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Titre original :  Quiblier

Provenance : Lien

QUIBLIER, JOSEPH-VINCENT (baptisé Josephe ; souvent désigné sous le seul prénom de Joseph, il signait cependant Joseph-Vincent Quiblier), prêtre, sulpicien, professeur et administrateur scolaire, né le 26 juin 1796 à Colombier, France, fils de Jean Quiblier, journalier, et de Catherine Quiblier ; décédé le 12 septembre 1852 à Issy-les-Moulineaux, France.

On sait peu de chose des premières années de Joseph-Vincent Quiblier. Après son cours classique, il étudia la théologie de 1816 à 1819 au séminaire Saint-Irénée à Lyon, dirigé par les sulpiciens. Ordonné prêtre à Grenoble le 7 mars 1819, il exerça la même année le ministère paroissial comme vicaire à Montbrison, dans le département de la Loire, puis durant près de six ans à Notre-Dame de Saint-Étienne. À l’été de 1825, Quiblier interrompit sa carrière pastorale et quitta précipitamment la France, sans avoir acquis la formation spirituelle que recevait généralement un sulpicien. On ignore tout des motifs de ce changement radical.

En septembre 1825, Quiblier arriva à Montréal avec un jeune étudiant en théologie non ordonné, Joseph-Alexandre Baile*. C’est sans doute pour permettre à Quiblier de s’intégrer graduellement à la vie sulpicienne et montréalaise, et pour répondre à l’urgence de remplacer Antoine-Jacques Houdet*, dont la santé s’était subitement détériorée à cette époque, que dès son arrivée on fit de lui un professeur de philosophie et de sciences naturelles au petit séminaire de Montréal. Jeune, peu formé et peu expérimenté, il eut cependant la chance de pouvoir utiliser les notes de cours très élaborées de son prédécesseur. Nommé directeur du petit séminaire en août 1828, il n’en continua pas moins d’œuvrer jusqu’en 1830 au milieu d’un groupe de professeurs de carrière ; il favorisa d’ailleurs plus tard l’édition de leurs notes de cours sous forme de manuels. Sa nomination survint au moment même où le supérieur du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, Jean-Henry-Auguste Roux*, revenait de Londres où il avait négocié avec les autorités britanniques un accord sur le problème des droits seigneuriaux de l’institution. Cette entente, qui prévoyait que le séminaire céderait au gouvernement du Bas-Canada ses droits de lods et ventes moyennant une rente, précipita un violent conflit entre les sulpiciens français qui l’appuyaient et les sulpiciens canadiens-français qui s’y opposaient. Dans ce contexte, l’accession rapide de Quiblier au poste de directeur témoigne de la confiance qu’il avait su inspirer à la majorité française du séminaire, dont il allait rapidement devenir la personne clé en raison de son ascendant et de son jeune âge. Il partageait l’orientation royaliste de ce groupe en ce qui regardait l’État et sa tendance gallicane quant à la place de l’Église (et du séminaire), ce qui devait lier largement le sort du séminaire à la décision du gouvernement britannique et explique l’opposition endémique de l’institution au pouvoir épiscopal rival de l’auxiliaire de l’archevêque de Québec à Montréal, Mgr Jean-Jacques Lartigue*.

En août 1830, Quiblier succéda à Jacques-Guillaume Roque* comme vice-supérieur du séminaire. L’archevêque de Québec, Mgr Bernard-Claude Panet*, reconnut Quiblier en tant que tel, mais lui refusa la dignité de grand vicaire et la reconnaissance de son droit automatique à la cure de la paroisse Notre-Dame de Montréal jusqu’à ce que le Saint-Siège, auquel en avait appelé le séminaire, ait décidé qui était le véritable curé en titre. En 1831, Mgr Panet, Mgr Lartigue et Quiblier eurent une occasion unique de bâtir un front commun dans une opposition au projet de loi sur les fabriques ; par ce projet, le parti patriote voulait introduire la participation de tous les propriétaires terriens aux délibérations des fabriques [V. Louis Bourdages*]. Mais la querelle ecclésiastique interne l’emporta sur l’intérêt général du groupe clérical, puisque l’offre de Quiblier de publier un ouvrage considérable de Roux sur la question du droit des fabriques n’eut finalement pas de suite. Quiblier voulait affirmer l’autonomie du séminaire en publiant seul, alors que Mgr Panet et surtout Mgr Lartigue exigeaient d’approuver et d’amender l’ouvrage avant sa publication.

Entre-temps, l’impotence avait amoindri considérablement les facultés de Roux, si bien qu’il mourut en avril 1831. Quiblier le remplaça alors comme supérieur et la querelle autour de ses pouvoirs et de ceux des évêques continua de différentes manières. Elle éclata finalement sur la scène publique avec l’affaire suscitée par la nomination du coadjuteur de l’archevêque de Québec. Le séminaire voulait faire passer son candidat, Jean-Baptiste Saint-Germain*, prêtre tout dévoué aux intérêts de l’institution, à la place du candidat de l’archevêque de Québec lui-même, Pierre-Flavien Turgeon*. Le choix de Turgeon par le nouvel archevêque de Québec, Mgr Joseph Signay*, à la mort de Mgr Panet en février 1833 et sa confirmation immédiate par Londres furent perçus comme un acte objectivement hostile aux intérêts du séminaire. Aussi celui-ci recourut-il à des manœuvres occultes auprès du Saint-Siège, s’appliquant à faire renverser le processus de nomination à Rome par l’intermédiaire de son agent, Jean-Baptiste Thavenet*. Prévenu dès avril des intrigues de ce dernier et du peu de chance de voir aboutir sa cause, Mgr Signay attendit jusqu’en août avant d’aborder le vif du sujet avec Quiblier. Il demanda alors à Quiblier de lui permettre de faire taire les rumeurs selon lesquelles Saint-Sulpice, perçu encore comme un groupe d’étrangers, voulait arrêter la marche normale de la nomination des évêques du Bas-Canada. Pour l’archevêque de Québec, il fallait désavouer publiquement tout ce qui avait pu être fait à Rome, même par Thavenet. Le comportement de Quiblier à l’égard de Mgr Signay consista dès lors à user de restriction mentale et à ne pas répondre précisément aux questions. Poussé dans ses derniers retranchements par les demandes répétées de l’archevêque de Québec, Quiblier fit signer un désaveu formel à tous les membres du séminaire, par lequel ils niaient avoir participé directement ou indirectement aux intrigues contre l’émission des bulles de Mgr Turgeon. Cela lui permit de plaider la répugnance invincible d’un certain nombre de membres du séminaire à signer ce désaveu et de la justifier par un recours aux règles ordinaires du droit canonique et des constitutions de la Compagnie de Saint-Sulpice, dont Mgr Signay ignorait le contenu.

Depuis octobre 1833, les journaux du Bas-Canada s’étaient saisis de l’affaire qu’ils interprétaient comme un geste anti-canadien-français de la part du séminaire dont le refus de démentir les accusations constituait alors, aux yeux même de Mgr Signay, un aveu de culpabilité ; compte tenu de la participation active du séminaire à l’intrigue, Quiblier ne pouvait que s’abriter derrière la décision à venir de Rome et le respect dû à cette instance suprême. C’est finalement Mgr Signay qui mit un terme à ce qui fut sans doute un des cas les plus extrêmes de tension entre le séminaire et l’archevêque. Au début de 1834, il résuma son attitude qui avait été celle d’un protecteur du séminaire contre l’opinion publique. Le refus du séminaire l’avait privé d’un outil important de réplique et cela demeurait regrettable. Il devait se contenter du désaveu assez ambigu du conseil des Douze, conseil d’administration du séminaire, et estima l’affaire close. En mars, Rome accorda la victoire à Mgr Signay en émettant les bulles de Mgr Turgeon. C’était une défaite majeure pour la diplomatie romaine de Quiblier. Il fallait maintenant panser les plaies causées par la division publique du clergé.

L’hiver de 1835 marqua un point tournant dans les relations de Quiblier avec les évêques. Mgr Lartigue lui avait confié ses bonnes dispositions à l’égard du séminaire. Il souhaitait voir un sulpicien lui succéder à la charge d’évêque de Telmesse afin que les deux institutions s’appuient l’une sur l’autre. Il était même prêt à accepter Jean-Baptiste Roupe, candidat proposé par Quiblier, moins indépendant que Nicolas Dufresne*, afin de rattacher le séminaire à l’épiscopat. Ainsi, près de 15 ans après le début de l’épiscopat de Mgr Lartigue à Montréal, le supérieur des sulpiciens et l’évêque allaient s’entendre. La célébration du jubilé sacerdotal de Roque à Notre-Dame, le 24 septembre 1835, servit à manifester publiquement la réconciliation officielle. Quelques jours plus tard, Quiblier reconnut que l’érection d’un siège épiscopal à Montréal dépendait de son intervention et affirma que Mgr Lartigue devait en être le premier titulaire. Avec le consentement de Mgr Lartigue, il rédigea une supplique au Saint-Siège et une lettre à l’archevêque de Québec qu’il signa et fit signer à tous les membres du séminaire et à tous les curés du district de Montréal ; d’autre part, il informa Rome de la démarche du clergé montréalais. En mars 1836, Quiblier apprit que des décisions favorables avaient été prises à Rome : le district de Montréal serait érigé en diocèse ; Mgr Lartigue en serait le titulaire ; on accorderait par la suite un coadjuteur qui serait agréable à l’évêque comme au séminaire. Après la solennelle intronisation de Mgr Lartigue dans la cathédrale, le 8 septembre, il ne manquait plus au nouvel évêque de Montréal que la reconnaissance civile qui constituerait le district en diocèse et donnerait à son titulaire le pouvoir d’acquérir et de posséder des biens-fonds. Là encore, il semble bien que Quiblier ait joué un rôle d’intermédiaire efficace auprès du gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique, lord Gosford [Acheson*], puis de son successeur, sir John Colborne*, ainsi que du procureur général du Bas-Canada, Charles Richard Ogden*.

En 1836, le séminaire lui-même demeurait toujours dépourvu de toute reconnaissance formelle précisant la nature de son droit de propriété seigneuriale. La réaction très vive des sulpiciens canadiens-français et de l’épiscopat, qui voyaient dans l’accord négocié par Roux en octobre 1827 une véritable spoliation d’un patrimoine national, avait empêché tant le gouvernement britannique que le séminaire de le mettre en œuvre. Au printemps de 1832, Mgr Panet redoutait encore que Quiblier cède aux pressions de la Grande-Bretagne en ce sens, et les réponses évasives du supérieur ne le rassuraient pas. L’archevêque de Québec faisait toujours l’objet des pressions de Rome qui lui demandait de faciliter les transactions déjà amorcées et de favoriser la recherche d’un règlement en vertu duquel les sulpiciens accepteraient d’aliéner leurs droits de propriété moyennant une compensation en biens immeubles de la part du gouvernement. Au début de 1834, quelques députés de la chambre d’Assemblée du Bas-Canada prirent l’initiative d’élaborer un projet de loi autorisant le séminaire de Saint-Sulpice à Montréal à négocier avec ceux de ses censitaires de la ville qui voudraient transformer les droits de lods et ventes en franc-alleu. Quiblier manifesta un très grand intérêt pour cette solution qui pouvait faire l’unanimité, satisfaire les citoyens de Montréal et écarter tout prétexte de transactions ultérieures.

Il fallut le bouleversement social et politique créé par la rébellion de 1837–1838 pour que le gouvernement britannique se décide à agir en ce sens. Le comportement activement loyaliste de Quiblier et du séminaire à cette époque contribua certainement à ce déblocage. Dès 1832, conscient qu’il était de l’intérêt du séminaire d’afficher le plus strict loyalisme, Quiblier avait encouragé Pierre-Édouard Leclère*, chef de la police de Montréal, et John Jones, imprimeur du roi, à fonder l’Ami du peuple, de l’ordre et des lois. Sous la direction officieuse de Quiblier, le journal allait défendre « les vrais intérêts du pays » tout en prônant l’obéissance aux lois et le respect dû à l’autorité légitime [V. Alfred-Xavier Rambau]. Ce loyalisme ne pouvait que susciter la colère des patriotes. À l’automne de 1837, se sachant l’objet de la haine et de la convoitise des patriotes du fait que ses biens pourraient financer la guerre, le séminaire de Saint-Sulpice à Montréal brûla plusieurs documents compromettants, de peur qu’ils ne tombent entre les mains d’une foule de manifestants révolutionnaires. Mais l’action principale de Quiblier consista à empêcher que la communauté irlandaise se range du côté des patriotes. Pour ce faire, il usa de sa grande influence auprès des leaders Peter Dunn et Joseph Macnaughton qui retirèrent leur appui aux patriotes au cours d’une réunion où devaient parler Edmund Bailey O’Callaghan* et Thomas Storrow Brown*, puis encouragea les Irlandais à passer de l’attitude de neutralité, qu’il leur avait d’abord conseillée, à l’engagement actif dans la milice britannique. En février 1838, Quiblier accepta de se charger de la mission ambivalente et dangereuse de faire revenir au Bas-Canada les patriotes qui s’étaient réfugiés au nord du lac Champlain. Peu de patriotes acceptèrent le passeport offert, mais ces actions valurent à Quiblier d’être traité de « sauveur du pays » par Charles Buller*, secrétaire du nouveau gouverneur en chef, lord Durham [Lambton*], et de se faire toute une réputation au ministère des Colonies à Londres. C’est ainsi qu’il fut amené à jouer également un rôle d’intermédiaire pour plaider la clémence à l’égard de certains accusés, au moment où Mgr Lartigue, tenu pour peu sûr à cause de ses liens de parenté avec les chefs de file nationalistes Denis-Benjamin Viger* et Louis-Joseph Papineau*, avait glissé aux yeux des dirigeants politiques bas-canadiens du côté de ceux que les autorités soupçonnaient de manque de loyauté.

Quiblier savait que son loyalisme pourrait jouer en sa faveur dans le règlement de la question des biens du séminaire. Aussi dut-il se féliciter que l’ancien gouverneur lord Gosford admette, en janvier 1838, que sans cette conduite la commission de lord Durham n’aurait eu rien de positif à proposer au sujet de l’avenir du Bas et du Haut-Canada. Les choses allaient dès lors trouver une solution heureuse. Quiblier consentit à livrer les états de compte du séminaire pour les cinq dernières années, poursuivit lord Durham de ses assiduités, fit accepter des amendements au projet d’ordonnance de Colborne constituant le séminaire en corporation civile en avril 1839 et eut le bonheur de voir ses amis faire adopter le projet de loi à Londres au printemps de 1840. En vertu des dispositions de la nouvelle loi, le séminaire allait tirer de diverses sources un revenu annuel moyen de £14 200 entre 1840 et 1846 pour faire face à des dépenses de £12 202, dont 12,5 p. cent devaient être consacrés à l’aide sociale et près de 25 p. cent à l’éducation.

Au début du xixe siècle, le séminaire avait commencé à mettre sur pied des écoles primaires gratuites à Montréal. Quiblier poursuivit cet effort d’organisation et de financement en l’infléchissant dans un sens tout à fait conforme à la stratégie de cléricalisation de Mgr Lartigue qui souhaitait remplacer les enseignants laïques par des religieux et religieuses sur lesquels l’épiscopat pouvait compter. Dès le début de son mandat, il entreprit de faire venir des frères des écoles chrétiennes ; ses démarches aboutirent en novembre 1837 avec l’arrivée de quatre frères que le séminaire ne tarda pas à établir dans de nouveaux édifices et à subventionner entièrement [V. Louis Roblot*]. Le séminaire se trouvait ainsi à occuper un champ d’influence sur lequel l’évêque de Montréal aurait souhaité exercer sa mainmise. D’autre part, Quiblier encouragea directement l’éducation des jeunes filles en pressant les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame d’ouvrir des classes d’externes dans les faubourgs, où elles compteraient 1 359 élèves en 1846. À l’automne de 1838, Quiblier continua d’apporter son soutien au petit séminaire de Montréal, fort décrié dans les milieux patriotes à cause de l’idéologie « despotique » de ses professeurs. Il fit miroiter aux yeux d’Arthur William Buller*, commissaire chargé de l’enquête sur l’éducation dans le Bas-Canada, un projet d’érection du séminaire en université. Argument supplémentaire pour légitimer les immenses ressources économiques du séminaire ou projet sérieux, il est impossible d’en décider. Par rapport à la vocation primitive de Saint-Sulpice qui était la formation des candidats au sacerdoce, l’institution montréalaise manquait depuis deux siècles à sa tâche essentielle, car elle n’avait jamais fait fonction de grand séminaire. L’atmosphère plus calme des rapports entre le séminaire et l’épiscopat ainsi que l’augmentation du nombre des vocations incitèrent le nouvel évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget*, à demander au séminaire de prendre en charge l’éducation théologique et spirituelle des futurs clercs. À son assemblée du 24 août 1840, le conseil des Douze répondit par l’affirmative, et un concordat, où l’autorité directe de l’évêque sur les candidats de son diocèse était affirmée, fut signé en novembre. On doit encore ajouter au rôle culturel de Quiblier ses relations avec la librairie Gaume et Frères, de Paris, pour l’achat de livres, et la caution qu’il fournit au libraire Édouard-Raymond Fabre, dont la solvabilité inquiétait la maison Gaume. Il participa enfin en 1844 au lancement de la première bibliothèque francophone de collectivité de Montréal, l’Œuvre des bons livres, qui était constituée à partir des fonds de livres des confréries et des sulpiciens, et qui visait à combattre les mauvais livres, à occuper les soirées d’hiver et à continuer l’œuvre des écoles.

Paradoxalement, c’est peut-être la fonction spécifiquement pastorale du supérieur du séminaire qui échappe le plus à la mémoire historique. Depuis sa nomination en avril 1831, Quiblier avait tenu à exercer sa fonction de curé en titre de la paroisse Notre-Dame de Montréal, malgré que l’épiscopat se soit opposé à ce type de cure inamovible jusqu’en mai 1843. Il n’avait pas jugé bon de remplacer Claude Fay, nommé par Roux et dont les talents de curé d’office demeurèrent fort modestes. Avant le réveil religieux exceptionnel que provoqua en 1840 la grande prédication de 40 jours de Mgr Charles-Marie-Auguste-Joseph de Forbin-Janson*, le dynamisme religieux de la paroisse était fort bas. On peut évaluer le taux de pascalisants entre 35 et 45 p. cent en 1831 ; ce taux stagnera de plus en plus jusqu’en 1841, année où l’on observe une augmentation de plus de la moitié de ceux-ci. Relié sans doute à l’interprétation religieuse de la rébellion et de son échec, ce phénomène suscita une nouvelle période d’initiatives pastorales dont Mgr Bourget assuma le leadership. Les sulpiciens montréalais se trouvaient alors dans un état de routine et d’inaction (vieillissement de l’effectif, incapacité de faire face à l’accroissement sensible du nombre des fidèles, attitudes défensives et réactionnaires héritées du passé), et Quiblier en était sans doute en bonne partie responsable.

C’était en tout cas, semble-t-il, l’opinion de Mgr Bourget qui, voyant venir à échéance le troisième mandat de supérieur de Quiblier, intervint fortement auprès de celui-ci et des autres membres du séminaire, réclamant même d’être entendu au cours d’une nouvelle assemblée du conseil des Douze. Le rapport de force entre le séminaire et l’évêque jouait alors en faveur de Bourget, puisque Quiblier, sentant le souhait de la majorité, démissionna le 21 avril 1846. Il fut remplacé par Pierre-Louis Billaudèle*, directeur du grand séminaire. On peut penser que ce geste fut pour Quiblier un moment fort de son expérience religieuse personnelle : il obéissait à son évêque en renonçant à sa volonté et à son jugement propre, ce qui n’était pas peu faire, compte tenu de la longue tradition d’indépendance des supérieurs sulpiciens. Quiblier partit très discrètement pour un séjour à l’extérieur du Bas-Canada, qui le mena au concile de Baltimore, dans le Maryland, au début de mai, puis à Kingston, dans le Haut-Canada, où il demeura jusqu’à la fin de juillet. Il avait souhaité rester au séminaire pour toujours, mais le processus qui l’avait amené à résigner ses fonctions avait créé un tel climat à l’intérieur de la maison comme dans l’opinion publique que Quiblier jugea plus opportun de partir pour l’Europe en octobre.

Quiblier ne reverra plus Montréal mais, en 1847 et 1848, il s’employa, en Irlande surtout, à parler de l’œuvre du séminaire au Bas-Canada pour recruter de nouveaux associés. Un de ceux-ci fut Patrick Dowd*, futur curé de St Patrick, à Montréal, que Quiblier avait contribué à faire construire. Mais il acquit l’impression que le séminaire ne l’appuyait pas dans ses initiatives ; aussi, à l’instigation de l’évêque de Westminster, Mgr Nicholas Patrick Stephen Wiseman, se trouva-t-il engagé dans le ministère pastoral auprès des Irlandais qui affluaient en Angleterre. Il fonda pour eux à Norwood (Londres) une mission qu’il installa dans une église spacieuse. L’opinion, d’abord hostile aux catholiques, semblait connaître un revirement. Quiblier s’occupa de jeunes religieuses fraîchement converties du protestantisme. Puis, en septembre 1848, il reçut un groupe de religieuses françaises venues fonder un orphelinat. L’année suivante, il mit sur pied une desserte à Spitalfields (Londres) où se trouvaient 6 000 Irlandais pauvres et où sévissait le problème des mariages mixtes. Il passa en France, à Lyon, où il réussit à obtenir de l’aide des Pères maristes.

N’ayant pas à se soucier de sa subsistance personnelle, puisque le séminaire veillait à l’entretien de son ancien supérieur, Joseph-Vincent Quiblier termina sa vie comme il l’avait commencée, c’est-à-dire dans le ministère paroissial. Voyant sa santé décliner, il se rendit à Paris en 1851, puis de nouveau à l’été de 1852. Il dut alors s’aliter et mourut à Issy-les-Moulineaux le 12 septembre de cette année-là. Il fut inhumé dans le petit cimetière de Lorette où, selon la tradition, sont enterrés les supérieurs généraux de Saint-Sulpice.

Louis Rousseau

Joseph-Vincent Quiblier est l’auteur de : « Notice sur le séminaire de Montréal », recueil de notes qu’il a dû rédiger sur les événements qui se sont produits au cours de son mandat de 15 ans. L’original de ce document est conservé aux Arch. de la Compagnie de Saint-Sulpice (Paris), sous la cote mss 1208.

AAQ, 210 A, XV : 423.— ACAM, 465.101, 840-5, 846-3, 850-1 ; 901.025, 834-1 ; RLL, V : 431, 442 ; VI : 114, 192 ; VII : 754.— AD, Loire (Saint-Étienne), État civil, Colombier, 27 juin 1796.— Arch. de la Compagnie de Saint-Sulpice (Paris), Dossier 98.— Arch. municipales, Issy-les-Moulineaux (France), État civil, Issy-les-Moulineaux, 17 sept. 1852.— ASSM, 1 bis, Tiroir 5, vol. 2 ; 21, Cartons 61, 61A ; 27, Tiroirs 96, 97.— B.-C., Conseil spécial, Ordonnances, févr.–avril 1839, chap. 50.— Beaulieu et Hamelin, la Presse québécoise, 1 : 74.— Henri Gauthier, Sulpitiana ([2e éd.], Montréal, 1926), 185, 252, 267.— Louis Bertrand, Bibliothèque sulpicienne, ou Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice (3 vol., Paris, 1900), 2 : 202–204.— Chaussé, Jean-Jacques Lartigue, 122–129, 177–178.— Marcel Lajeunesse, les Sulpiciens et la Vie culturelle à Montréal au XIXe siècle (Montréal, 1982).— Yvan Lamonde, les Bibliothèques de collectivités à Montréal (17e–19e siècle) (Montréal, 1979), 51–53 ; la Philosophie et son enseignement au Québec (1665–1920) (Montréal, 1980), 72.— Lemieux, l’Établissement de la première prov. eccl., 370–371.— [D.-A. Lemire-Marsolais, dite Sainte-Henriette et] Thérèse Lambert, dite Sainte-Marie-Médiatrice, Histoire de la Congrégation de Notre-Dame (11 vol. en 13 parus, Montréal, 1941–  ), 8 : 299–302.— Maurault, le Collège de Montréal (Dansereau ; 1967) ; Nos messieurs (Montréal, [1936]), 101–121.— Meilleur, Mémorial de l’éducation (1876), 86, 101–102, 184–188.— Pouliot, Mgr Bourget et son temps, 2 : 26–30.— Louis Rousseau, la Prédication à Montréal de 1800 à 1830 ; approche religiologique (Montréal, 1976), 44, 70, 90–92.— Olivier Maurault, « M. Vincent Quiblier, prêtre de Saint-Sulpice », SRC Mémoires, 3e sér., 28 (1934), sect. : 139–148.

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Louis Rousseau, « QUIBLIER, JOSEPH-VINCENT », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/quiblier_joseph_vincent_8F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   23 avril 2014