DCB/DBC Mobile beta
+

ROAF, JOHN, ministre congrégationaliste, né le 5 juillet 1801 à Margate, dans le comté de Kent en Angleterre, fils d’un officier de marine, décédé le 2 septembre 1862 à Toronto, Haut-Canada.

John Roaf fut élevé dans un pensionnat puis devint apprenti chez un imprimeur de Londres. C’est là que des prédicateurs évangéliques le gagnèrent à la religion et, en 1819, il entreprit des études à la Hoxton Academy en vue de devenir ministre congrégationaliste. En 1823, il fut nommé pasteur d’une chapelle de Wolverhampton et, « ministre de la puissance et du salut », il s’acquitta de ses fonctions avec un succès remarquable jusqu’en 1837. Il prit également une part active aux intérêts de la communauté, le Bureau de santé par exemple. Puis il accepta de se faire le représentant de la Congregationalist Colonial Missionary Society dans le Haut-Canada, où il devait administrer les fonds fournis par cette société pour créer des églises parmi les congrégationalistes dont les immigrants britanniques n’avaient cessé de grossir les rangs.

Il arriva à Toronto en octobre 1837 ; au début de l’année suivante, on lui demanda d’assumer le pastorat auprès d’un petit groupe de congrégationalistes qui y avait été fondé en 1834 et se réunissait dans des locaux loués. Il se mit activement en campagne pour obtenir un bâtiment permanent et augmenter le nombre des adeptes. L’église Zion, inaugurée le 1er janvier 1840 et agrandie en 1843, devint un centre important du congrégationalisme, dont surgirent d’autres églises sœurs dans la ville et dans la province, sous l’influence exemplaire de Roaf. L’organisation restait toutefois médiocre au sein de cette confession, du fait qu’elle revendiquait l’autonomie des congrégations locales ; il fallut attendre jusqu’en 1853 pour voir se former la Congregational Union of Canada (pour la province du Canada).

Roaf intervint à plusieurs reprises dans les controverses populaires de l’époque, car il était de tempérament autoritaire et aussi éloquent et sûr de lui sur la place publique qu’en chaire. De plus, ses principes politiques et religieux le poussaient à la participation. Il refusait toute influence de l’Église sur l’État et tout rapport entre eux, opinion qu’il tenait de ses ancêtres congrégationalistes, les puritains indépendants du xviie siècle. L’État n’avait pas à intervenir dans les questions religieuses, pas plus qu’il ne devait exister de communautés religieuses privilégiées ou reconnues par l’État. Les libertés civiles et religieuses n’existeraient vraiment que si on séparait complètement l’Église et l’État. Roaf avait pris part en Angleterre, dans les années 1820, au mouvement ecclésiastique antiétatique qui voulait lever les incapacités politiques des non-conformistes et mettre fin à la suprématie officielle de l’Église d’Angleterre. Au Canada, il demanda instamment l’abolition des « réserves » du clergé, terres domaniales départies à l’Église d’Angleterre. En 1838, il déposa contre les « réserves » devant la commission d’enquête dirigée par lord Durham [Lambton*] ; ses opinions concordaient fort avec celles d’Egerton Ryerson*, l’éminent méthodiste canadien.

Au cours des années 40, Roaf fit également partie de ceux qui protestaient contre le contrôle exercé par les anglicans sur King’s College, l’université de la province. C’est en 1849 que celle-ci fut sécularisée avec la création de l’University of Toronto. Au début des années 50, Roaf joua un rôle de premier plan dans l’Anti-State Church Association, qui vit enfin en 1854 l’abolition des « réserves » du clergé. Il s’intéressa aussi aux questions scolaires. Il fut membre d’un comité, qui comportait d’éminents pasteurs protestants, nommé par le conseil municipal de Toronto en 1843 pour mettre au point, à l’intention des écoles de Toronto, un modèle non confessionnel d’enseignement et de surveillance, dans le cadre du nouveau système provincial d’instruction publique. Il était partisan des écoles affranchies de tout lien religieux mais ne croyait pas en un enseignement entièrement subventionné par l’État. En 1852, il prit publiquement parti contre l’instruction gratuite, sous prétexte qu’elle détruisait le sens des responsabilités des individus et représentait le « communisme ». À ce sujet, qui rassembla sous le même drapeau des détracteurs de droite de l’enseignement public et des partisans du libéralisme de son espèce, il affronta vainement Ryerson, alors surintendant de l’Éducation dans le Haut-Canada.

Roaf trouva malgré tout le temps de faire des conférences au Mechanics’ Institute de Toronto, de fonder la Toronto Temperance Reformation Society en 1839 (dont il devint plus tard président) et de produire plusieurs ouvrages sur des sujets religieux, entre autres de nombreux sermons publiés. Il fut un des commissaires du Toronto Lunatic Asylum et c’est par ce biais qu’il se trouva mêlé en 1853 à une controverse impliquant son gendre le docteur John Scott.

En 1854, sa santé allait déclinant. Il souffrait d’asthme et de surmenage et avait mis à rude épreuve sa forte constitution. S’il était tenté par les entreprises financières – il finança par exemple la construction d’une église Zion plus vaste dont il posa la première pierre en 1855 – il ne faisait pas toujours preuve d’un jugement sûr. À cette époque, il entraîna son église dans des difficultés d’argent qui engendrèrent la discorde. De plus, les efforts missionnaires qu’il avait orientés vers la propagation du congrégationalisme dans la province échouèrent aussi, en partie par manque d’harmonie entre les ministres du culte, en partie parce que Roaf s’était occupé de trop de problèmes. En 1851, la Colonial Missionary Society abandonna le programme dont il s’était fait le représentant. La société continua de faire gérer ses fonds au Canada par un comité, mais la période d’expansion congrégationaliste était terminée. Financièrement gêné, malade, découragé et mécontent, Roaf abandonna son pastorat en 1856. Il passa ses dernières années dans une relative obscurité et mourut à Toronto « d’une crise d’asthme ».

J. M. S. Careless

John Roaf est l’auteur de : A catechism on the constitution and government of Christian churches (Toronto, 1839) ; Lectures on the millennium (Toronto, 1844) ; Two sermons on baptism, delivered to his church (Toronto, 1850). Les autres sermons qu’il publia se trouvent aux UCA.— UCA, Biography, Roaf, John (Rev.).— [W. F. Clarke], « In memoriam », the late Rev. John Roaf [...] (Toronto, [1863]).— Canadian Independent (Toronto), octobre 1862.— Christian Guardian, 10 sept. 1862.— Globe, 27 avril, 9 mai 1850 ; 31 janv., 5 févr. 1852.— Middleton, Municipality of Toronto.— I. J. E. Middleton et Fred Landon, The province of Ontario : a history, 1615–1927 (5 vol., Toronto, [1927–1928]), II : 869–871.— Moir, Church and State in Canada West.— Sissons, Ryerson, I.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

J. M. S. Careless, « ROAF, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/roaf_john_9F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/roaf_john_9F.html
Auteur de l'article:   J. M. S. Careless
Titre de l'article:   ROAF, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   1 août 2014