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SAINT-OURS, CHARLES DE (baptisé Roch-Louis), officier dans la milice et dans l’armée, seigneur et homme politique, né le 24 août 1753 à Québec, fils cadet de Pierre-Roch de Saint-Ours, officier dans les troupes de la Marine, et de Charlotte Deschamps de Boishébert ; décédé le 11 novembre 1834 à Saint-Ours, Bas-Canada.

Digne représentant de cette vieille aristocratie qui choisit de demeurer dans la colonie au lendemain de la Conquête, Charles de Saint-Ours connut une brillante carrière militaire que d’aucuns cependant n’hésitent pas à attribuer à sa collaboration empressée avec les autorités britanniques. Il n’avait que 22 ans quand éclata la guerre d’Indépendance américaine en 1775. Major dans la milice depuis l’année précédente, il participa bientôt à son premier fait d’armes après s’être engagé dans un corps de volontaires levé pour défendre – le fort Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu). Après la reddition du fort, il fut conduit dans les colonies américaines.

À son retour dans la province de Québec, Saint-Ours fut nommé lieutenant de milice le 26 juin 1777. Le 11 décembre suivant, il devint aide de camp du gouverneur Guy Carleton*, poste qu’il occupa aussi sous Frederick Haldimand*, et de nouveau sous Carleton, devenu lord Dorchester. Promu lieutenant-capitaine dans le 84th Foot en 1783, il retira la demi-solde plus tard la même année. Il figura parmi les quatre aides de camp du prince William Henry, le futur Guillaume IV, lorsque ce dernier séjourna dans la province en 1787. Fait lieutenant-colonel du bataillon de milice de Chambly en 1790, il devint major honoraire dans l’armée quatre ans plus tard, avant d’être nommé capitaine du 60th Foot, le 2 décembre 1795. Le 132nd Foot lui versa la demi-solde l’année suivante. Au début de la guerre de 1812, Saint-Ours était colonel du bataillon de milice de Saint-Ours. Profondément choqué de l’attitude de certains habitants lors de l’émeute de Lachine contre la conscription, il la condamna avec vigueur. En garnison d’abord à William Henry (Sorel), où son bataillon demeura jusqu’à sa démobilisation le 26 novembre 1812, il fut de nouveau appelé à servir en octobre 1813. Cantonné alors à Chambly, il y resta jusqu’à la fin du conflit.

Saint-Ours avait fait un voyage en Europe en 1785. Parti avec son cousin, Charles-Louis Tarieu* de Lanaudière, il fut d’abord reçu à la cour d’Angleterre, où le roi George III lui témoigna la plus haute estime. En France, il fut admis en présence de Louis XVI et de la famille royale, et il garda de cette visite un souvenir ému, surtout au lendemain de la Révolution. Passé par la suite en Prusse, il apprit que le roi Frédéric II devait procéder à une revue de l’armée. Il sollicita la permission d’y assister, ce à quoi consentit le roi qui lui adressa un billet signé de sa main. Saint-Ours le conserva toute sa vie et se plaisait à le montrer à son entourage en rappelant l’une de ses plus belles expériences.

En 1782, Saint-Ours avait hérité d’une partie des seigneuries de Saint-Ours, de L’Assomption et de Deschaillons. Son souci, dès lors, fut double : remembrer la seigneurie de Saint-Ours et y construire un manoir qu’il pourrait habiter et qui deviendrait le centre de ses entreprises seigneuriales. Il mit toutefois plus de 30 ans pour atteindre son premier objectif, en obtenant d’abord les droits de son frère Charles-Quinson, le 2 juillet 1790, puis ceux de sa sœur Jeanne-Geneviève, le 4 mars 1806, et enfin ceux de son frère Paul-Roch, le 18 mars 1812. Mais ce n’est vraiment que le 12 octobre 1827 qu’il réussit à compléter le tout, en profitant de son statut de procureur des héritiers de son oncle, Jacques-Philippe de Saint-Ours, pour vendre leur part à son fils François-Roch. C’est à ce dernier que revint une douzaine d’années plus tard de réunir au fief principal la part des héritiers de la seigneurie de Contrecœur. Quant au manoir, sa construction fut commencée dès 1792 sur un domaine d’une vingtaine d’arpents que Charles de Saint-Ours constitua par échange et achat de terrains déjà concédés à des censitaires. Il était situé entre la rivière et le chemin royal, à environ deux arpents au nord de l’église paroissiale. Des allées gracieuses furent tracées, des pelouses et des parterres aménagés. Planté de fleurs et d’arbres différents, le lieu fut qualifié de « petit paradis terrestre » par les habitants de l’endroit. La tradition a d’ailleurs conservé le souvenir de l’attrait qu’exerça ce domaine sur la haute société de Montréal et de Québec, et des fêtes brillantes qu’on y donna. Saint-Ours s’occupa activement de sa seigneurie et, entre 1781 et 1827, il accorda plus de 400 concessions. Pendant qu’il s’appliquait à faire ouvrir des chemins et à ériger des ponts pour activer le commerce des grains, il participa à l’établissement de la paroisse Saint-Jude en 1822, où prospéraient ses entreprises forestières.

Appelé, comme l’avait été son frère Paul-Roch, à siéger au Conseil législatif, Saint-Ours y entra le 2 décembre 1808 et y demeura jusqu’à sa mort. Il occupa les dernières années de sa vie à promouvoir la cause de l’éducation. Dès 1821, il avait secondé le fondateur du collège de Saint-Hyacinthe Antoine Girouard, en mettant sa bibliothèque au service des professeurs et en fondant l’Association pour faciliter les moyens d’éducation dans la Rivière-Chambly. Cette société était chargée de recruter des élèves doués et de leur assurer les coûts de pension et d’instruction pendant huit années consécutives. Au cours de son existence, jusqu’en 1829, elle versa quelque 4 500 $ aux écoliers, dont plusieurs venaient d’ailleurs de Saint-Ours où le seigneur encourageait la construction d’écoles.

Doté d’une bonne santé, Charles de Saint-Ours demeura actif jusqu’à sa mort, survenue le 11 novembre 1834. Il fut inhumé trois jours plus tard dans l’église paroissiale. De son mariage avec Josette Murray, célébré probablement en 1792, étaient nés trois enfants : Josette qui épousa Pierre-Dominique Debartzch*, Charles-Pierre et François-Roch ; les patriotes, en particulier le notaire Jean-Joseph Girouard*, ont présenté ce dernier comme la « bête noire des détenus », « l’ours shérif » détesté des prisonniers. Quant à Mme de Saint-Ours, elle mourut en 1840 et fut inhumée aux côtés de son époux dans l’église paroissiale.

Serge Courville

ANQ-Q, CE1-1, 24 août 1753 ; CE3-6, 14 nov. 1834.— APC, MG 23, GII, 6 ; RG 31, C1, 1825, 1831, Richelieu.— La Gazette de Québec, 16 août 1787, 5 mai 1791, 17 juill. 1794, 15 août 1811, 21 nov. 1816, 6 janv. 1820, 5 avril, 7 juin 1821.— La Minerve, 13 août 1832.— F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— Bouchette, Topographical description of L.C.— Le Jeune, Dictionnaire, 2 : 600.— Officers of British forces in Canada (Irving).— Tanguay, Dictionnaire, 3 : 402.— Turcotte, le Conseil législatif.— F.-J. Audet, Contrecœur ; famille, seigneurie, paroisse, village (Montréal, 1940).— Béatrice Chassé, « le Notaire Girouard, patriote et rebelle » (thèse de d. ès l., univ. Laval, 1974).— C.-P. Choquette, Histoire du séminaire de Saint-Hyacinthe depuis sa fondation jusqu’à nos jours (2 vol., Montréal, 1911–1912).— Azarie Couillard-Després, Histoire de la seigneurie de Saint-Ours (2 vol., Montréal, 1915–1917).

Bibliographie générale

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Serge Courville, « SAINT-OURS, CHARLES DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/saint_ours_charles_de_6F.html.

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Auteur de l'article:   Serge Courville
Titre de l'article:   SAINT-OURS, CHARLES DE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   19 septembre 2014