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SMITH, ANDREW, vétérinaire, éducateur et auteur, né le 12 juillet 1834 à Dalrymple, Écosse, unique enfant de James Smith et d’Agnes McNider ; le 15 septembre 1863, il épousa à Toronto Mary Anne Hornsby, et ils eurent quatre fils et trois filles (trois des garçons et une des filles moururent en bas âge) ; décédé dans cette ville le 15 août 1910.

Après avoir fréquenté l’école paroissiale, Andrew Smith travailla dans la ferme familiale (une exploitation de 160 acres), éleva des bêtes de race et fut secrétaire de la société locale d’agriculture. À l’âge de 25 ans, il entra à l’Edinburgh Veterinary College. Promu avec grande distinction en 1861, il reçut le diplôme de vétérinaire de la Highland and Agricultural Society of Scotland. Ensuite, il chercha à s’enrôler dans l’armée britannique comme officier vétérinaire, mais une offre d’emploi lui vint du Haut-Canada. Le cheptel de la province se multipliait et l’on manquait de personnes qualifiées pour le préserver de la maladie. Adam Fergusson*, de la Chambre d’agriculture du Haut-Canada, et George Buckland*, professeur d’agriculture à la University of Toronto, cherchaient donc quelqu’un qui serait en mesure de diriger une école de vétérinaires. Sur la recommandation de William Dick, professeur au collège d’Édimbourg, la Chambre d’agriculture prit Smith comme vétérinaire. Il arriva à Toronto le 23 septembre 1861. Râblé, barbu, les cheveux foncés, ce jeune homme avait l’air sérieux, presque sombre ; il était distingué et, on allait le constater, doué de persévérance et de sens pratique.

Smith commença à travailler le 1er janvier 1862 dans une « infirmerie pour chevaux et [un] établissement de médecine vétérinaire » situés dans des immeubles de location. Le 12 février, il inaugura une série de leçons d’art vétérinaire en même temps qu’un cours d’agriculture offert gratuitement au public, pendant les mois d’hiver, par la Chambre d’agriculture. Ce furent ces leçons, reprises l’hiver suivant, qui marquèrent la naissance de l’Upper Canada Veterinary School (parfois appelée Toronto Veterinary School), la première du genre au pays. En 1864, Smith lança un programme « standard », inspiré du modèle britannique : il consistait en deux semestres étalés sur deux ans et se terminait par des examens. Outre ses cours magistraux, il donnait des démonstrations d’anatomie derrière l’infirmerie, dans un hangar sans chauffage ; elles avaient lieu en novembre, sans doute parce que le temps était alors assez frais pour conserver les sujets de dissection, mais non trop froid pour indisposer les étudiants. Jusqu’en 1868, la Chambre d’agriculture décerna un diplôme aux finissants, après quoi l’Agricultural and Arts Association of Ontario prit la relève. Les trois premiers diplômés sortirent du collège en 1866. Ils avaient le droit d’ajouter à leur nom les initiales vs (veterinary surgeon) pour se distinguer des maréchaux-ferrants et des guérisseurs, qui n’avaient pas fait d’études, mais se qualifiaient souvent de « vétérinaires ».

Durant 46 ans, Smith allait imprimer au collège sa conception des choses et sa direction. En tant que propriétaire et administrateur, il fournissait les locaux et payait les membres du corps professoral, qui provenaient de la profession et de l’université ; il y avait, entre autres, Buckland et James Bovell*. À titre de directeur et de professeur, il déterminait le programme, sélectionnait les élèves, enseignait et veillait à la discipline. Au début, étant donné l’importance que les chevaux avaient à l’époque dans l’exploitation agricole et le transport, le collège mit l’accent sur les maladies équines. En 1867, Smith publia à Toronto The Canadian horse and his diseases en collaboration avec un autre diplômé d’Édimbourg, Duncan McNab McEachran*, qu’il avait convaincu de venir au Canada pour enseigner au collège. Comme le cours de Smith insistait surtout sur les aspects pratiques de l’art vétérinaire et n’exigeait presque pas de formation préalable, l’assistance était forte. En 1869–1870, Smith fit construire le premier établissement au Canada où l’on enseignait l’art vétérinaire, l’Ontario Veterinary College ; en 1876, il le fit agrandir. En 1889, le nombre d’étudiants atteignant presque 400, il érigea un autre immeuble. Enfin, en 1890, il dota le collège d’une « salle de dissection ».

Smith tenait à ce que ses diplômés, contrairement aux guérisseurs, soient reconnus comme des praticiens professionnels. C’est pourquoi il promut la création de l’Ontario Veterinary Medical Association. Cet organisme, fondé le 24 septembre 1874, visait le « perfectionnement mutuel de ses membres [...] et l’avancement de la position et des intérêts de la profession vétérinaire dans la province ». Smith en fut président jusqu’en 1879, date où l’organisme fut constitué sous le nom d’Ontario Veterinary Association, et, même après, il en demeura l’âme. Les assemblées annuelles se tenaient au collège, et il pressait les membres de participer aux programmes « scientifiques » qu’on offrait en ces occasions. Au début, il ne s’agissait que d’études de cas, mais par la suite, on y ajouta des communications. À l’assemblée de 1903, Smith présenta un exposé, de même que son fils, David King Smith, qui enseignait la pathologie au collège. À compter de 1884, en vue de protéger tant la population que la profession, un comité, dont faisait partie Andrew Smith, fit pression (sans succès) sur le gouvernement pour qu’il adopte une loi interdisant aux personnes non qualifiées de pratiquer la médecine vétérinaire dans la province.

Smith lui-même haussa sa qualification. Il adhéra au Royal College of Veterinary Surgeons en 1880 et en fut élu associé l’année suivante ; en 1888, il réussit l’examen donnant droit au titre de membre. En 1909, la University of Toronto lui décerna un doctorat honorifique en science vétérinaire. En outre, il fut vétérinaire auprès de la Toronto Field Battery, inspecteur fédéral du bétail en Ontario et juge à des expositions chevalines aux États-Unis et outre-mer. En 1884, il conseilla le commissaire de l’Agriculture de l’Ontario sur les moyens de lutter contre les maladies contagieuses des chevaux. En 1892, il fit partie d’une commission ontarienne sur le décornage des bovins. En 1883, certaines de ses leçons parurent sous le titre de Veterinary notes.

Smith avait une véritable passion pour les chevaux. Dans sa jeunesse, il avait remporté des courses de steeple-chase. Il avait des chevaux de course. En 1883, il participa à la fondation du Toronto Hunt Club, où il exerça durant dix ans la fonction de maître d’équipage. Il fut aussi l’un des fondateurs de l’Ontario Jockey Club et de la Canadian National Horse Show Association, et il appartenait à un cercle d’éleveurs de chevaux, le National Club. Par ailleurs, il fut administrateur honoraire du Toronto General Hospital, fit partie du conseil d’administration de la Consumers’ Gas Company et participa à la création de l’Industrial Exhibition de Toronto, dont il fut aussi président et administrateur. Fidèle à ses origines écossaises, il fréquentait l’église presbytérienne St Andrew, appartenait à la St Andrew’s Society et à la Société calédonienne, et était maître dans la loge maçonnique St Andrew.

Presque dès le début de son histoire, le collège de Smith avait suscité la controverse : le programme était trop court et le contenu en était discutable ; on disait de plus qu’il était trop facile d’y être admis et d’obtenir un diplôme. En 1866, McEachran avait démissionné pour ouvrir son propre collège à Montréal. Le programme, d’une durée de trois ans, donnait une formation scientifique plus complète ; les critères d’admission et d’accession au diplôme étaient élevés pour l’époque. Smith, lui, résistait aux réformes parce qu’il tenait à préserver la popularité de son collège. En 1897, il le fit constituer juridiquement ; ainsi, il renforçait son autorité sur l’établissement et le rendait apte à décerner ses propres diplômes. De plus, le collège s’affilia à la University of Toronto au cours de la même année. Cependant, Smith n’offrait pas un programme menant à l’obtention d’un diplôme universitaire et, au début du xxe siècle, on ne pouvait plus se cacher que la formation en art vétérinaire était devenue désuète en Ontario. Les progrès de la scolarisation dans la province, l’expansion de l’élevage et de la production laitière, l’avancement des connaissances scientifiques, la tendance à l’allongement des cours d’art vétérinaire ailleurs (ils duraient quatre ans en Grande-Bretagne et six ou sept ans en Europe), tout cela exigeait qu’on améliore la situation. La profession, John Gunion Rutherford* en tête, commençait à réclamer que le gouvernement de l’Ontario se porte acquéreur du collège. En 1901, le Farmers’ Advocate and Home Magazine de London déplora que les diplômés aient à faire une autre année d’études avant d’être admissibles à un poste d’inspecteur fédéral des viandes ou de pouvoir pratiquer au Manitoba parce que le collège était « dirigé selon le plan de ce cher bon vieux professeur Dick (d’Édim[bourg]), qui convenait sans doute très bien quinze ou vingt ans [auparavant], mais [...] plus du tout [désormais] ». Finalement, en 1906, Smith annonça que le cours durerait trois ans. En 1908, après des négociations, il loua les immeubles au ministre de l’Agriculture, et l’Ontario Veterinary College devint un établissement provincial. Fait professeur émérite, il conserva un bureau au collège, dont la direction passa à Edward Alexander Andrew Grange. Il continua de s’y rendre tous les jours jusqu’à ce que, au début de l’été de 1910, il commence à souffrir d’un empoisonnement du sang. Il mourut deux mois plus tard.

Andrew Smith fonda le premier collège d’art vétérinaire au Canada. Critiqué pour son conservatisme, rendu responsable des faiblesses de l’Ontario Veterinary College, il semble pourtant avoir été justifié de penser que la sorte de formation vétérinaire qu’il offrait était celle qui convenait à un pays jeune. Bon nombre des collèges privés fondés à l’époque, dont celui de McEachran, n’eurent qu’une brève existence. Le sien fit plus que durer. De sa fondation à 1908, il produisit 3 365 diplômés ; en 1965, il s’intégra à la University of Guelph. De plus, ce fut grâce à l’Ontario Veterinary Association, créée par Smith, que les médecins vétérinaires de l’Ontario obtinrent finalement l’autonomie professionnelle.

A. Margaret Evans

Une série de conférences données par Andrew Smith ont été publiées sous le titre de Veterinary notes, printed from a corrected copy of shorthand notes, taken by R. W. Stewart, of an entire course of lectures delivered by Prof. A. Smith, v.s., on the causes, symptoms and treatment of the diseases of domestic animals, given before the class of veterinary students, at the Ontario Veterinary College, of Toronto, Canada, during the session of 1881–82 ([Columbus, Ohio, 1883]) ; des éditions subséquentes ont paru à Toronto en 1885, en 1889, et en 1891 sous le titre de Veterinary notes delivered by Prof. A. Smith [...] at the Ontario Veterinary College, of Toronto, Canada. L’édition de 1885 a été réimprimée (s.l., [1981 ?]) et un exemplaire de l’édition originale et un de la réimpression sont déposés à la bibliothèque de l’Univ. of Guelph, Ontario.

CTA, RG 5, F, St Andrew’s Ward, 1862–1863, 1870, 1877, 1890.— Ontario Veterinary College Museum, Univ. of Guelph, Andrew Smith coll.— Univ. of Guelph Library, Arch. and Special Coll., REI OVC A0088 (Ontario Veterinary College, Faculty, Ontario Veterinary Assoc. minutes), 1874–1910.— Farmer’s Advocate and Home Magazine, particulièrement 1er mars 1897, 2 janv. 1899, 15 juill. 1901.— Globe, 17 oct. 1861, 16 août 1910.— C. A. V. Barker, dans la Rev. vétérinaire canadienne (Ottawa), « The « dissecting room » of the Ontario Veterinary College of 1890–1914 », 28 (1987) : 65–67 ; « John G. Rutherford and the controversial standards of education at the Ontario Veterinary College from 1864 to 1920 », 18 (1977) : 327–340 ; « The Ontario Veterinary College : Temperance Street era », 16 (1975) : 319–328 ; « Robert Robinson, 1836–1901 : one of OVC’s first three », 31 (1990) : 461–463 ; « The Toronto Veterinary School (Ontario Veterinary College) buildings, 40–42 Temperance Street, 1862–1875 », 29 (1988) : 754–757 ; et « Notes on the history of the Ontario Veterinary College » (texte dactylographié, Guelph, 1987 ; rév. 1990 ; exemplaire à l’Ontario Veterinary College Museum).— M. L. Barres, « Andrew Smith, founder, Ontario Veterinary College », Ontario Veterinary College, Univ. of Guelph, OVC Alumni Centennial Bull., 1967 : [5s.].— Canada Farmer (Toronto), 3 (1866), 2 avril, 1er mai ; 5 (1868), 16 avril ; nouv. sér., 1 (1869), 15 déc. ; 2 (1870), 15 mars.— Canadian Agriculturist (Toronto), 14 (1862), 1er janv., 16 nov., 1er déc.— A. M. Evans et C. A. V. Barker, Century one : a history of the Ontario Veterinary Association, 1874–1974 (Guelph, 1976).— F. E. Gattinger, A century of challenge : a history of the Ontario Veterinary College ([Toronto], 1962).— H.-C., Board of Agriculture and Agricultural Assoc., Journal and Trans. (Toronto), 1 (1846–1855) : 39 ; Trans. (Toronto), 4 (1859–1860) : 102 ; 5 (1860–1863) : 212 ; 6 (1864–1868) : 8, 566.— Ontario Veterinary College, Annual announcements (Toronto), 1875–1908.

Bibliographie générale

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A. Margaret Evans, « SMITH, ANDREW », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/smith_andrew_13F.html.

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Auteur de l'article:   A. Margaret Evans
Titre de l'article:   SMITH, ANDREW
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   26 octobre 2014