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SMITH, RALPH, mineur, dirigeant syndical et homme politique, né le 8 août 1858 à Newcastle upon Tyne, Angleterre, fils de Robert Smith, fermier, et de Margaret Isabella Gray ; père d’une fille née d’un premier mariage, il épousa le 10 février 1883 Mary Ellen Spear*, et ils eurent quatre fils et une fille ; décédé le 12 février 1917 à Victoria et inhumé à Vancouver.

Embauché dans les houillères de Newcastle dès l’âge de 11 ans, Ralph Smith accéda petit à petit à des emplois de bureau. Il s’engagea dans le mouvement libéral-ouvrier et fut délégué en 1889 au Glasgow Cooperative Congress. En 1891, il immigra au Canada avec sa femme, Mary Ellen Spear ; l’année suivante, le couple se fixa à Nanaimo, dans l’île de Vancouver. Smith y trouva un travail de mineur mais quitta les puits avant la fin de l’année.

Après une courte période d’essai comme ministre méthodiste, Smith fut élu secrétaire général de la Miners’ and Mine Laborers’ Protective Association. Ce syndicat local représentait les mineurs qui travaillaient à la New Vancouver Coal Mining and Land Company Limited à Nanaimo et, non loin de là, à Wellington, dans les mines mal famées de Robert Dunsmuir*. Les efforts de syndicalisation avaient donné lieu à l’établissement de listes noires et à des congédiements ; les grèves s’étaient soldées par des lock-out, l’éviction de familles ouvrières vivant dans les logements des compagnies, des arrestations et des affrontements avec la milice. La stratégie adoptée en 1883 par Dunsmuir, faire franchir les piquets de grève par des ouvriers chinois, atteignait son but : diviser les travailleurs. L’exclusion des Asiatiques devenait l’une des grandes revendications politiques des mineurs. En 1890–1891, ils firent une grève pour la journée de huit heures et la reconnaissance de leur syndicat. L’échec de cette grève convainquit les mineurs de Nanaimo de se tourner vers l’action politique. Après avoir formé le Nanaimo Reform Club avec des fermiers et d’autres gens mécontents du gouvernement de Theodore Davie*, ils présentèrent trois candidats aux élections provinciales de 1894 : Smith, Thomas Keith (un mineur élu pour la première fois à l’Assemblée législative en 1890) et Tully Boyce (président de la Miners’ and Mine Laborers’ Protective Association).

Même si les partis provinciaux ne s’affirmeraient pas comme entités distinctes en Colombie-Britannique avant 1903, un certain esprit partisan se manifestait en 1894. Le gouvernement Davie avait tendance à appuyer les conservateurs fédéraux. Fervent libéral, Smith se présenta dans North Nanaimo contre John Bryden, adepte de Davie et directeur des houillères de Dunsmuir. Le Nanaimo Reform Club réclamait particulièrement dans son programme la fin des subventions et chartes gouvernementales accordées aux chemins de fer. Le soutien des gouvernements à l’Esquimalt and Nanaimo Railway, contrôlé par Dunsmuir, était particulièrement controversé.

Le programme de Smith reprenait à la fois les préoccupations de l’opposition libérale et du mouvement ouvrier. Il préconisait plusieurs mesures chères à ce mouvement, dont la journée de huit heures et le suffrage féminin. Misant sur le racisme des mineurs, Smith exigeait que « tout Chinois soit retiré [...] des mines ». Toutefois, il prenait soin de ne pas effaroucher l’aile libérale du Nanaimo Reform Club. Il soutenait par exemple : « huit heures de travail par jour, c’est bien assez pour n’importe quel homme, mais voilà l’une de ces questions dont il n’[est] pas toujours tout à fait prudent pour un gouvernement de se mêler ». En guise de compromis, il s’engageait à écourter seulement les heures de travail des ouvriers engagés pour remplir des contrats provinciaux ou municipaux. De même, il se donnait beaucoup de mal pour démontrer à ses disciples qu’il n’était pas socialiste et ne favorisait nullement une redistribution radicale de la richesse. Son but était plutôt de faire contrepoids au pouvoir des capitalistes au sein du gouvernement et d’offrir aux ouvriers et aux capitalistes « une chance égale d’accéder aux ressources naturelles du pays ».

Malgré l’appui qu’ils reçurent parmi les mineurs, Smith et les autres candidats du Nanaimo Reform Club essuyèrent une défaite. En 1898, Smith et les adversaires du gouvernement se regroupèrent ; cette fois, perçus davantage comme des libéraux, ils eurent du succès. Les électeurs en avaient assez de la méthode du premier ministre provincial John Herbert Turner*, le « gouvernement par les groupes en place ». Candidat dans South Nanaimo, Smith tabla sur la volonté populaire de réforme et battit à plate couture le candidat progouvernemental William Wymond Walkem. Le chef du nouveau gouvernement, Charles Augustus Semlin*, peu sympathique au mouvement ouvrier, se retrouva avec une majorité de deux sièges. La balance des pouvoirs était entre les mains de Smith et des autres députés pro-ouvriers, ce qui leur permit de faire adopter d’importants projets de loi sur des questions telles la journée de huit heures dans l’industrie minière, les inspections de sécurité et, ce qui était moins progressiste mais répondait aux désirs des mineurs, l’interdiction pour les Chinois de travailler au fond des mines.

Dans les années 1890, Smith continua également de gravir les échelons du mouvement syndical. En 1896, à titre de représentant de la Miners’ and Mine Laborers’ Protective Association à l’assemblée annuelle du Congrès des métiers et du travail du Canada, il exhorta cet organisme à faire pression sur le gouvernement fédéral pour obtenir une hausse du droit d’entrée imposé aux ouvriers chinois et un resserrement des mesures contre les Japonais. Élu vice-président du Congrès des métiers et du travail du Canada à cette même assemblée, il en fut président de 1898 à 1902, et continua de réclamer d’Ottawa des réformes ouvrières et l’exclusion des Asiatiques. En tant que réformiste libéral-ouvrier, Smith avait ses entrées au gouvernement libéral de sir Wilfrid Laurier. Il accepta en septembre 1900 d’être représentant ouvrier à la commission royale fédérale d’enquête sur l’immigration chinoise et japonaise en Colombie-Britannique, mais il refusa un poste de sous-ministre du Travail en déclarant qu’il ne « se dissocierait pas des ouvriers de l’île de Vancouver ».

La chute du gouvernement Semlin en Colombie-Britannique, en février 1900, avait privé Smith d’une position politique sûre. Le libéral Joseph Martin* forma le nouveau gouvernement, mais en raison de ses positions et de son caractère entêté et ostentatoire, il s’aliéna presque tous ceux avec qui il pouvait espérer bâtir une coalition, et son gouvernement ne dura pas longtemps. Smith combattit Martin, entre autres parce que ce dernier avait comploté contre le gouvernement Semlin, à qui le mouvement ouvrier avait réussi à arracher quelques réformes. De plus, Martin ne s’entendait pas bien avec Laurier et son populisme menaçait l’autorité de Smith sur les forces réformistes de la province.

À cause de cette querelle, Smith fit campagne sous la bannière ouvrière aux élections provinciales de juin 1900. Officieusement chef du Parti ouvrier indépendant, il alla prêter main-forte aux candidats de Vancouver, de Rossland, de Kaslo, de Revelstoke et de Nelson. On trouvait dans son programme les revendications de l’aile conservatrice du mouvement ouvrier, dont la propriété publique des services, l’impôt foncier unique, la journée de huit heures et l’étiquette syndicale sur les biens gouvernementaux. La plupart des candidats du Parti ouvrier indépendant subirent la défaite, mais Smith remporta une éclatante victoire dans la circonscription de la ville de Nanaimo. Malheureusement pour les fidèles du mouvement ouvrier, James Dunsmuir fut appelé à former le gouvernement. Pire encore pour Smith, Martin devint leader de l’opposition et commença à manœuvrer en vue de prendre la direction des libéraux de la Colombie-Britannique. Pour Smith, il n’était pas question de travailler sous les ordres de Martin. Quand le Congrès des métiers et du travail du Canada lui demanda de se présenter comme candidat ouvrier aux élections fédérales de novembre 1900 dans la circonscription de Vancouver, qui englobait Nanaimo, il s’empressa de démissionner de son siège et d’accepter. S’il avait une bonne raison de sauter dans l’arène fédérale, ses électeurs provinciaux allaient lui en donner une autre. Devant l’échec de la politique réformiste et de leurs luttes constantes avec les compagnies de houille [V. James A. Baker*], les mineurs de l’île de Vancouver optaient pour le socialisme et le syndicalisme radical. En 1900, le réformisme incarné par Smith ne convenait plus aux mineurs de Nanaimo.

Smith choisit d’être candidat ouvrier indépendant pour échapper au ressentiment des électeurs qui en voulaient à Laurier et aux libéraux fédéraux d’avoir refusé de reconnaître les lois antiasiatiques de la Colombie-Britannique. Malgré cela, des gens qui le trouvaient trop proche de Laurier, dont deux de ses anciens alliés du Nanaimo Reform Club, Boyce et Keith, le combattirent à l’assemblée d’investiture. Smith sortit quand même gagnant de cette assemblée et de l’élection, après quoi il quitta la commission royale d’enquête sur l’immigration. Sa victoire s’explique par son éloquence et par la diversité de l’électorat de sa circonscription, où se trouvait la ville de Vancouver. Les mineurs militants avaient moins de poids dans cette circonscription. En outre, le réformisme modéré de Smith et sa loyauté envers le parti plurent aux éléments conservateurs du mouvement ouvrier de Vancouver et à d’autres citoyens.

Bien que Smith ait continué de préconiser la réforme ouvrière au sein du Parti libéral, il délaissa de plus en plus le syndicalisme au profit de la politique partisane. Aux Communes, il s’efforça de rallier les travailleurs aux libéraux et pressa le parti d’adopter des réformes ouvrières, dont l’arbitrage obligatoire. Son objectif était de mettre fin aux abus qui engendraient le radicalisme et les conflits de classes. Ainsi, en 1900 et en 1901, il demanda au département fédéral du Travail de servir de médiateur dans des conflits industriels en Colombie-Britannique. Il souhaitait en particulier la participation du sous-ministre William Lyon Mackenzie King*, qui, en privé, le considérait comme un farouche rival au poste de ministre et se moquait de son habitude de mâchonner des cigares. Cependant, les membres du Congrès des métiers et du travail du Canada qui doutaient que le gouvernement puisse ou veuille être impartial ne soutenaient pas la position de Smith sur l’arbitrage obligatoire. L’assemblée de 1901 adopta plutôt une solution moins interventionniste, la « conciliation obligatoire ».

Smith embrassa alors une autre cause impopulaire. En 1901, à titre de président du Congrès des métiers et du travail du Canada, il lança une offensive contre les syndicats internationaux américains du type de l’American Federation of Labor, dirigée par Samuel Gompers. Le pouvoir grandissant de ce syndicat au Canada (où environ 80 % des ouvriers appartenaient à des syndicats internationaux en 1900) menaçait Smith, car l’American Federation of Labor refusait que le mouvement ouvrier soit lié à un seul parti. En tant que lieutenant ouvrier des libéraux, Smith ne pouvait être d’accord avec cette position. Il réclama la création de syndicats canadiens en invoquant la nécessité de trouver des solutions canadiennes aux problèmes ouvriers canadiens et de garder au pays les cotisations versées par des Canadiens aux syndicats américains. Mais il y a lieu de croire que son objectif réel était d’amener le mouvement ouvrier du Canada à s’engager envers le Parti libéral. En même temps, il multipliait ses attaques contre le socialisme dans l’espoir de gagner l’appui des conservateurs de l’American Federation of Labor. Ce faisant, il ne réussit qu’à unir les socialistes et les conservateurs contre lui. Vu le nombre de Canadiens dans les syndicats américains, sa campagne était vouée à l’échec dès le début.

À Nanaimo, où Smith maintenait une présence à titre de secrétaire de la Miners’ and Mine Laborers’ Protective Association, les mineurs interprétèrent son rejet du socialisme comme un désaveu de leur propre action politique et un reproche d’avoir élu en 1901 à l’Assemblée législative le socialiste James Hurst Hawthornthwaite*. Les efforts de Smith pour remplacer les syndicats américains contrariaient également les mineurs, qui avaient besoin d’alliés pour tenir tête aux magnats du charbon. En fait, au moment même où Smith essayait de créer un mouvement ouvrier entièrement canadien qui serait lié au Parti libéral, les mineurs élisaient des socialistes et se préparaient à joindre les rangs d’un puissant syndicat américain dirigé par des socialistes, la Western Federation of Miners. En 1902, quand ils annoncèrent leur intention de quitter le Congrès des métiers et du travail du Canada pour s’affilier à cette fédération, Smith se démena pour les en dissuader. Il multiplia réunions et discours, talonna les socialistes et faillit réussir : en septembre, au vote final, 264 mineurs se prononcèrent pour l’adhésion à la Western Federation of Miners et 260 contre. Malgré cette défaite honorable, Smith quitta immédiatement le secrétariat du syndicat local.

Smith était toujours président du Congrès des métiers et du travail du Canada, mais à cause de sa démission, il ne pouvait assister à l’assemblée annuelle en tant que délégué votant. Ses amis du mouvement ouvrier de Vancouver, dont beaucoup étaient des libéraux, vinrent à sa rescousse. Sur l’initiative de Joseph Henry Watson*, du syndicat des chaudronniers, le Trades and Labor Council de Vancouver lui offrit de faire partie de sa délégation. Smith accepta et, en septembre 1902, à l’assemblée du Congrès des métiers et du travail du Canada à Berlin (Kitchener, Ontario), il reprit ses thèmes favoris : syndicalisme national, réforme ouvrière, opposition au socialisme. Toutefois, les défenseurs de l’American Federation of Labor, encore moins bien disposés qu’auparavant envers l’idée du syndicalisme canadien, adoptèrent une proposition voulant que le Congrès des métiers et du travail du Canada exclue les syndicats non affiliés à l’American Federation of Labor. Pris sous les feux croisés des conservateurs et des socialistes à cette assemblée, Smith ne sollicita pas un autre mandat à la présidence. Le poste alla à un partisan de l’American Federation of Labor, John A. Flett, de Hamilton en Ontario.

Rabroué par le mouvement ouvrier, Smith se lança à corps perdu dans la politique libérale. En 1903, lorsque les hommes politiques de la Colombie-Britannique s’affilièrent officiellement à des partis, il se présenta à la direction des libéraux provinciaux. Mais, encore une fois, il se heurta à Joseph Martin et aux libéraux provinciaux qui craignaient qu’il ne les inféode à Laurier. Il sonda son ancienne circonscription provinciale, Nanaimo, et conclut qu’il n’aurait pas grand-chance de s’y faire élire. À la convocation des élections, à l’automne de 1903, il exhorta les libéraux et les conservateurs à appuyer un seul candidat pour empêcher la réélection de Hawthornthwaite. Ce fut en vain. Au cours d’une assemblée de campagne, malgré l’amélioration de ses relations avec l’American Federation of Labor, des mineurs en colère le huèrent à tel point qu’il dut quitter la tribune. Il retourna à la politique fédérale, où la vie était plus paisible.

Aux élections fédérales de 1904, Smith remporta la victoire dans Nanaimo, qui était devenue une circonscription distincte. Durant quatre ans, il milita dans la Lord’s Day Alliance, et fit pression pour le suffrage féminin et la pension de vieillesse pour tous. Son credo était toujours individualiste, avec une teinte de réformisme ; comme il le déclara dans un discours en 1906, il croyait en « l’effort individuel d’abord, l’effort commun ensuite, l’assistance de l’État en dernier lieu ». Encore opposé à l’immigration asiatique, il soutint en 1907 l’Asiatic Exclusion League de Vancouver. Par ailleurs, son apport le plus utile fut peut-être l’appui qu’il donna à ceux qui réclamaient la construction d’une route côtière pour desservir des stations de sauvetage de l’île de Vancouver.

Malgré sa popularité locale et sa loyauté au parti, Smith ne se vit jamais offrir de place au cabinet. Le gouvernement envisagea de lui confier, en guise de faveur, le poste de commissaire de l’immigration en Angleterre, mais lui offrit en fin de compte celui de commissaire du Yukon en 1907. Il refusa, car il se jugeait mieux qualifié pour la fonction de ministre du Travail, qui était allée à Rodolphe Lemieux*. Il refusa également un poste moins élevé et moins intéressant pour lui, la surintendance des Affaires indiennes en Colombie-Britannique. Certes, les libéraux le consultaient sur les affaires ouvrières, et les dirigeants du Congrès des métiers et du travail du Canada passaient par lui pour avoir l’attention du gouvernement, mais la rudesse de certains ministres de Laurier à son endroit et la façon cavalière dont le parti traitait nombre de questions ouvrières – par exemple le projet de loi de Smith sur l’étiquette syndicale en 1904–1905 – témoignent que les travailleurs et Smith n’avaient pas tant de poids dans les cercles libéraux. La principale contribution des libéraux à la cause ouvrière fut la Loi des enquêtes en matière de différends industriels, conçue par King et adoptée en 1907, mais Smith avait eu peu à voir avec cette loi qui, finalement, n’assurait qu’un minimum de protection aux travailleurs.

Smith fut réélu en 1908 même si son vieil ennemi Hawthornthwaite le déclassa dans les districts miniers. Seuls les électeurs d’Esquimalt, où se trouvait une base navale fédérale, le sauvèrent ; il les avait d’ailleurs beaucoup courtisés. Il annonça qu’il serait ministre dans le nouveau cabinet, mais on ne lui offrit pas de poste. Défait avec le gouvernement Laurier aux élections sur la réciprocité en 1911, il s’installa à Vancouver et tenta sa chance dans les affaires – immobilier, assurance, actions minières. Comme il seyait à un personnage politique de son importance, Smith, ancien membre du conseil d’administration de la British Columbia Permanent Loan Loan and Savings Company, s’inscrivit à un cercle élitiste, le Terminal City Club, et il appartint au Bureau de commerce de Vancouver. Mais la politique restait sa grande passion, et il se porta candidat dans la circonscription de la ville de Vancouver aux élections provinciales de 1912. Toutefois, les conservateurs de Richard McBride, avantagés par la vague de prospérité que connaissait la province, remportèrent une victoire écrasante, et les libéraux furent exclus de l’Assemblée législative. À titre de président de la Vancouver Libéral Association et de vice-président de l’association provinciale, Smith contribua beaucoup à la reconstruction du parti.

Au moment des élections de septembre 1916, les libéraux étaient prêts pour la victoire. La dépression de 1912–1914 avait nui aux conservateurs, qui n’avaient plus un chef efficace depuis le départ du populaire McBride en 1915. En outre, les promesses libérales – suffrage féminin, élimination du favoritisme dans la fonction publique, amélioration du Workmen’s Compensation Act – convenaient à la population, assoiffée de réformes. Sous la direction de Harlan Carey Brewster, les libéraux l’emportèrent haut la main ; Smith gagna l’un des six sièges de Vancouver.

Malgré ses ambitions et ses longues années de service, Smith n’était pas destiné, au début, à avoir un poste au cabinet. Le premier ministre avait d’autres personnes en vue et espérait lui confier une tâche plus modeste, la présidence de la nouvelle Commission des accidents du travail. C’était peut-être un moyen de le punir, lui qui s’était dissocié des libéraux quelques mois avant les élections parce que Brewster, par opportunisme, avait affirmé que la législature avait échu en mars et que les lois adoptées après cette date n’étaient pas valides. Apparemment, Smith fit amende honorable, car Brewster le nomma ministre des Finances en novembre. Son succès serait de courte durée. Tombé malade au début de février 1917, il mourut une semaine plus tard dans son appartement de Victoria. Il laissait dans le deuil sa femme, trois fils et une fille. Sa succession, estimée à 31 150 $, comportait 23 000 $ de dettes ; le plus gros de son actif était constitué de biens immobiliers et d’une police d’assurance-vie.

Vue sous un certain angle, la carrière de Ralph Smith a l’air d’une série d’occasions manquées. Le titre de sous-ministre du Travail alla à un autre que lui ; on lui refusa des postes au cabinet fédéral ; le mouvement ouvrier le rejeta à cause de son affiliation politique ; enfin, il devint ministre provincial seulement quelques mois avant de mourir. On serait tenté de le ranger parmi ces gens qui ne se trouvent jamais au bon endroit au bon moment. D’ailleurs, les historiens l’ont beaucoup négligé. Mary Ellen Spear Smith connaîtrait une plus grande notoriété que lui. Candidate à l’élection partielle tenue en 1918 à la suite du décès de son mari, elle serait l’une des premières femmes élues dans un parlement de l’Empire britannique et deviendrait en 1921 la première femme ministre. Pourtant, la carrière de Ralph Smith acquiert plus d’importance si on l’observe sous un autre angle. Elle résume un épisode important des débuts du mouvement ouvrier en Colombie-Britannique. Smith participa à certaines des plus grandes batailles du mouvement et, même si ses victoires personnelles furent souvent éphémères, il représente une tendance réformiste trop souvent occultée.

Mark Leier

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Bibliographie générale

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Mark Leier, « SMITH, RALPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/smith_ralph_14F.html.

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Auteur de l'article:   Mark Leier
Titre de l'article:   SMITH, RALPH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   21 août 2014