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TESSOUAT (Le Borgne de l’Île), chef de la tribu algonquine de l’île aux Allumettes (Kichesipirini), probablement un des successeurs de ce Tessouat à qui Champlain rendit visite en 1613, mort en 1636.

Tessouat était un chef algonquin sagace et ambitieux dont la tribu jouissait d’un pouvoir tout à fait disproportionné à son importance numérique, par suite de la position stratégique qu’elle occupait sur la rivière des Outaouais (Ottawa), par où passait la route qu’empruntaient les traitants de fourrures. Non contents de réglementer le trafic fluvial au moyen de droits et de péages, Tessouat et ses gens cherchaient sans cesse à se réserver exclusivement le rôle d’intermédiaires. Les Français reconnurent très tôt qu’il était important d’être en bons termes avec cette tribu. En 1620, Champlain avait envoyé le jeune Jean Nicollet vivre avec eux. En 1629, il nomma Le Borgne, ou Tessouat, qu’il qualifia alors d’ « homme intelligent », membre d’un conseil de cinq chefs indiens présidé par Chomina. Mais les Anglais ayant capturé Québec peu de temps après la ratification du conseil par les Indiens, cette mesure resta sans effet.

Lorsque les Français retournèrent au pays huron en 1634, Tessouat s’efforçait de détourner le commerce des fourrures du haut pays et il chercha à faire croire que Champlain voulait se venger de la mort d’Étienne Brûlé sur les gens du village d’Ihonatiria (Saint-Joseph 1) de la nation des Attignaouantans (Ours). Exploitant le sentiment de culpabilité et de crainte de ces gens, il espérait déloger les Jésuites de leur village et mettre ainsi fin aux relations des Ours avec les Français. Mais prévoyant ce qui pouvait arriver, le père de Brébeuf résolut de demeurer à Ihonatiria afin de fortifier le sentiment de confiance que les Français inspiraient aux habitants.

En mars 1636, Le Borgne franchit environ 300 lieues dans la neige et sur la glace pour se rendre en pays huron avec quatre membres de sa tribu et un jeune Français, François Marguerie, qui passait l’hiver avec eux. Il y allait en quête d’alliés parmi les Hurons, les Algonquins et les Népissingues en prévision d’une attaque contre les Iroquois qui avaient récemment tué 23 membres de sa tribu. Il leur offrit, à cette occasion, 23 colliers de porcelaine. Une fois de plus, Tessouat employa son habileté diplomatique à séparer les Ours des Français, avec qui cette tribu avait toujours des rapports étroits. Tessouat n’offrit aux Ours aucun présent ; il chercha même à leur dissimuler l’objet de sa visite. Aussi sa mission fut-elle infructueuse auprès de cette nation qui était la plus influente de toutes les tribus huronnes, et les Népissingues lui refusèrent leur aide a cause des exactions dont ils avaient été victimes lorsqu’ils passaient près de son île.

Dans ses discours, Tessouat se vanta de sa puissance à portée de voix des Jésuites, rappelant que sa sécurité et celle de son peuple étaient essentielles au maintien du commerce entre Indiens et Français. Son corps était « des haches », expliqua-t-il, et sa protection « estoit la conservation des haches, des chaudières et de toute la traite des François ». Il prétendit même que les Français étaient à ses ordres. Avant de quitter les Hurons, cependant, il eut un long entretien amical avec les Jésuites, les exhortant à abandonner le pays huron et particulièrement la nation des Ours ; il souligna la méchanceté de ce peuple qui avait massacré Brûlé, le père Nicolas Viel et son compagnon en 1616 et, peu de temps auparavant, huit Indiens de son île. Les Jésuites s’efforcèrent de maintenir l’amitié de Tessouat pour les Français et, à son départ, ils lui offrirent un canot et de petits cadeaux.

Tessouat mourut peu de temps après cette rencontre, au printemps de 1636 ; au mois d’août, lorsque le chef huron Taratouan et sa flottille atteignirent l’île aux Allumettes, le peuple de Tessouat leur barra la route jusqu’à l’arrivée du père Antoine Daniel qui intercéda pour eux, car leur chef récemment décédé n’avait pas encore été « caché », c’est-à-dire que personne n’avait encore assumé son nom et ses responsabilités. Ils profitèrent de la situation pour exiger des droits encore plus élevés que d’habitude.

Elsie McLeod Jury

JR (Thwaites), passim.— Desrosiers, Iroquoisie, 122–124,150–152.— V, aussi la note qui suit la biographie de Tessouat (mort en 1654).

Bibliographie générale

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Elsie McLeod Jury, « TESSOUAT (mort en 1636) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tessouat_1636_1F.html.

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Auteur de l'article:   Elsie McLeod Jury
Titre de l'article:   TESSOUAT (mort en 1636)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   1 septembre 2014