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TESSOUAT (Tesswehas, Le Borgne de Ille), baptisé Paul, chef algonquin de la tribu de l’île aux Allumettes, mort en 1654.

Tessouat n’avait qu’un œil, d’où son surnom de « Le Borgne ». Selon les Jésuites, il était hautain et fier, rusé, astucieux, et particulièrement arrogant et méchant. Il disait de lui-même : « Je suis comme un arbre, les hommes en sont les branches, auxquelles je donne la vigueur ».

Son peuple, qui hivernait sur le bord du Saint-Laurent en 1640–1641, se querella avec les chrétiens de Sillery et les menaça de mort. Tessouat incitait les convertis à retourner au paganisme. Quelques chrétiens de Sillery se joignirent à son parti de guerre, qui subit une défaite inattendue après que les non-chrétiens eurent consulté leurs démons.

À Trois-Rivières, le père Buteux ayant cherché à interrompre une cérémonie païenne de guérison des malades, Tessouat lui lança de la braise incandescente dans les yeux et menaça de le tuer avec une corde. Plus tard, devant le gouverneur de Champflour, il nia avoir eu cette intention. En 1642, il fomenta de nouveaux troubles ; il était alors un des deux principaux chefs établis à Trois-Rivières. Il défendait à son peuple d’assister à la messe. En novembre, il alla s’établir au fort Richelieu afin d’être auprès des autres membres de sa tribu pour faire la chasse ou la guerre.

En mars 1643, Tessouat arriva au nouvel établissement de Ville-Marie, dans l’île de Montréal, où vivait son neveu Joseph Oumasasikoueie. Joseph et sa femme, Mitigoukoue (plus tard appelée Jeanne), furent les premiers Indiens à être baptisés et à se marier à Ville-Marie selon tous les rites de l’Église. À la surprise générale, Tessouat exprima le désir de recevoir le baptême et de faire un mariage chrétien. On fit grand cas de son projet de conversion, car il était un chef et avait été jusque-là hostile aux chrétiens. Les cérémonies du 9 mars furent donc marquées d’une grande solennité. M. de Chomedey de Maisonneuve et Mlle Mance (ses parents spirituels) lui donnèrent le nom de Paul. M. de Puiseaux et Mme de Chauvigny de La Peltrie furent les parrain et marraine de sa femme, à qui ils donnèrent le nom de Magdelaine. Maisonneuve offrit une arquebuse à Tessouat et les invita, lui et sa femme, à dîner avec les Français. Plus tard, Tessouat convia les Indiens à un festin auquel les Français assistèrent. Il exprima à Maisonneuve sa reconnaissance et son désir de s’établir près de lui. Le gouverneur accorda une concession à Tessouat et lui prêta deux hommes pour l’aider à cultiver sa terre.

L’homme le plus hautain du monde avant son baptême, Tessouat devint, selon les Jésuites, doux et humble comme un petit enfant. D’un zèle ardent, il prêchait souvent et poussait les autres membres de sa tribu à suivre son exemple.

Mais en 1644, Tessouat prêta son concours à Pigarouich, ancien sorcier guérisseur de sa tribu, qui était alors mal vu des Français. Afin de rentrer dans les grâces de ceux-ci, il fit des soumissions « assez fascheuses à un homme de son humeur ».

Tessouat passa l’hiver de 1645–1646 à Montréal, où il planta du mais, maïs ayant appris que les Iroquois s’apprêtaient à attaquer, il se retira à Trois-Rivières et exhorta les autres à le suivre. Sans doute avait-il appris que les Français avaient abandonné les Algonquins non chrétiens dans le traité conclu avec les Iroquois en 1645.

Tessouat était, dit-on, un des plus grands tribuns de son temps et, au mois de mai 1646, il défendit éloquemment la cause de tous les Algonquins devant des conseils réunis pour discuter de paix avec des ambassadeurs iroquois. Toutefois, ses discours laissaient percer une certaine crainte de voir les Français trahir leurs alliés, les Hurons et les Algonquins, et signer une paix séparée avec les Iroquois. Comme gage de sa bonne foi, il fit présent aux Iroquois de 14 couvertures en peau d’orignal peintes et bien coupées. On remit à trois villages iroquois quatre couvertures chacun en les suppliant de remettre en liberté, sains et saufs, les enfants et les adultes algonquins qu’ils retenaient captifs.

Rentrant dans leur pays au mois d’août, ses compagnons et lui tombèrent dans une embuscade. Tessouat perdit alors un jeune homme qui, blessé d’un coup d’arquebuse, dut retourner à Montréal, ainsi que deux femmes, dont l’une était très vieille.

En 1648, Tessouat se trouvait à Sillery et s’inquiétait de voir l’accès de la mission interdit aux non-chrétiens à un moment ou des troupes de guerriers iroquois infestaient la région. Pris à partie par Negabamat parce qu’il refusait d’accepter le christianisme, il donna alors quelque espoir d’une nouvelle conversion.

Nicolas Perrot* a écrit au sujet de Tessouat ou Le Borgne qu’il passait pour être la « terreur de toutes les nations, mesme de l’Irroquois ». Il raconte que le prêtre français qui accompagnait les Hurons dans leur fuite, en 1650, donna l’ordre de pousser au delà de l’île du Borgne sans acquitter de droit, déclarant que les Français étaient maîtres de toutes les nations. Tessouat, qui avait alors 400 guerriers sous son commandement, se fit amener le groupe de force et fit « suspendre le prêtre à un arbre par les aisselles ». (En fait, Perrot confond le supérieur de la mission huronne, le père Paul Ragueneau, avec le père Jérôme Lalemant, qui ne faisait pas partie du groupe.) L’année suivante, poursuit Perrot, Tessouat se rendit jusque dans la colonie française. Il fut transporté à terre dans son canot, et, bien qu’il eût toujours des gardes à ses côtés, on s’empara de lui et on le mit au cachot pendant quelques jours pour le punir du traitement qu’il avait infligé au prêtre.

En 1654, « ce borgne tant fameux », le plus grand orateur de son temps, mourut en chrétien à Trois-Rivières.

Elsie McLeod Jury

[N.B. : Puisque le nom de « Tessouat » (ou une variante) et le surnom de « Le Borgne de l’Île » se sont transmis à plusieurs chefs de la tribu de l’île aux Allumettes, il est extrêmement difficile de préciser de quel chef il est fait mention dans les documents anciens. Aussi bien, la biographie de Tessouat (mort en 1654) pourrait être une somme de la carrière de deux chefs. Toutefois, selon toute vraisemblance, les faits qui y sont racontés se rapportent à un seul et même homme qui, comme beaucoup d’autres Indiens de son temps, fut instable dans son appartenance à la foi chrétienne.]

JR (Thwaites), passim.— Perrot, Memoir, in Indian tribes (Blair), I : 176–178.— Desrosiers, Iroquoisie, 330s., 335 ; La Rupture de la paix de 1645, Cahiers des Dix, XVII (1952) : 180.— Hunt, Wars of the Iroquois, 106.

Bibliographie générale

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Elsie McLeod Jury, « TESSOUAT (mort en 1654) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tessouat_1654_1F.html.

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Auteur de l'article:   Elsie McLeod Jury
Titre de l'article:   TESSOUAT (mort en 1654)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   23 août 2014