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TORRANCE, JOHN, commerçant, armateur et entrepreneur, né le 8 juin 1786, vraisemblablement à Larkhall, dans le comté de Lanark en Écosse, fils de Thomas Torrance, décédé à Montréal le 20 janvier 1870.

Les cinq frères de la famille Torrance quittèrent la région de Galloway en Écosse pour émigrer au Canada, via New York, peu après 1800. Thomas* ouvrit un commerce de marchandises diverses à Montréal. Âgé de 21 ans à son arrivée à Montréal, John habitait à Québec, où il représentait probablement la firme de Thomas, quand il épousa à Montréal Elizabeth Fisher (1794–1862), fille de Duncan Fisher*, commerçant montréalais, le 28 mai 1811. Le contrat de mariage accordait £1 000 à l’épouse, advenant qu’elle survive à son mari, ce qui indique qu’il était déjà prospère. Le couple eut 15 enfants qui atteignirent tous l’âge adulte ; au nombre des gendres, il y eut des négociants de Liverpool ainsi qu’Alexander Tilloch Galt*.

De retour à Montréal en 1814, John ouvrit son propre « magasin général », rue Saint-Paul, non loin de celui de Thomas. David Torrance*, un des fils de James Torrance, un frère de John qui habitait Kingston, était employé dans l’entreprise de John en 1826. David épousa la fille aînée de John en 1832 et les deux hommes formèrent, en 1833, une association qui dura jusqu’en 1853, année où John prit sa retraite. Cette association explique peut-être pourquoi un des fils de John, James, ouvrit une firme rivale.

La maison John Torrance and Company faisait le commerce de diverses marchandises, se spécialisant toutefois dans l’épicerie, le commerce des spiritueux et plus particulièrement celui du thé. À la fin des années 20, en important le the directement de la Chine et de l’Inde, la firme fut la première à concurrencer l’East India Company, dominée par Forsyth, Richardson and Company, qui jusque-là détenait le monopole. De leur entrepôt en douane, les Torrance fournissaient les commerçants du Haut-Canada, tel Jacob Keefer*, et leur consentaient des prêts. Vu l’importance des communications pour leur commerce, ils fondèrent la Montreal and Quebec Steamboat Company qui, au début, fit concurrence aux Molson, mais s’y rallia par la suite. Si on excepte les Molson, les Torrance ont probablement fait plus que tout autre groupe pour l’établissement d’un service de bateaux à vapeur sur le Saint-Laurent [V. David Torrance].

Les Torrance s’intéressèrent également à la construction des chemins de fer. Dès 1832, ils étaient au nombre des associés qui obtinrent la constitution en société du chemin à lisses de Champlain et du Saint-Laurent. En 1847, leur firme avait déjà investi £1 000 dans le chemin à lisses du Saint-Laurent et de l’Atlantique, projet lancé par John Alfred Poor* dans le but de relier Montréal à Portland, Maine, port de mer accessible à l’année longue. John Torrance fit partie du conseil d’administration de cette ligne de chemin de fer de 1847 à 1853, alors qu’elle fut intégrée dans le réseau du chemin de fer du Grand Tronc du Canada. Galt en était le président, et William Molson*, qui était étroitement associé aux autres spéculations de John Torrance dans les chemins de fer, siégeait au conseil d’administration. Ces spéculations avaient pour objet la constitution en sociétés de compagnies formant un réseau complexe destiné à relier Montréal à l’arrière-pays vers l’ouest et à l’état de New York. En 1846, Torrance était au nombre des associés qui obtinrent la constitution en société de la Compagnie du chemin à rails de Montréal et de Lachine et il siégea par la suite à son conseil d’administration. Quand cette compagnie fut intégrée à la Compagnie du chemin de fer de Montréal et New York en 1850, Torrance y possédait des investissements de l’ordre de £500 et de nouveau siégea au conseil. Il fit également partie du conseil de la Compagnie du grand chemin de fer de jonction du Saint-Laurent et de l’Outaouais qui reçut sa charte en 1850, pour le prolongement du tronçon Montréal-Lachine jusqu’à Prescott, Haut-Canada. Torrance établit d’étroites relations avec certains entrepreneurs américains, dont Poor et le commodore Cornelius Vanderbilt, de New York. Le fils de John, Daniel, avait épousé la fille du commodore en 1846, et par la suite fut nommé vice-président du New York Central Railway appartenant à Vanderbilt.

Comme complément à ses intérêts dans le commerce, John Torrance détenait des intérêts dans le domaine de la finance. Il eut des actions dans l’éphémère Banque du Canada à Montréal et fut élu membre du conseil d’administration de la Banque de Montréal en 1826, à la mort de son frère Thomas, qui avait fait partie du conseil depuis 1818. John occupa ce poste jusqu’en 1857.

Durant les années 40, John Torrance siégea au conseil de la Banque d’Épargnes et de Prévoyance de Montréal (fondée en 1841) et, à un moment donné, il avait £2 000 investies dans la Banque de la Cité. Ses intérêts dans les transports l’obligeaient également à entretenir des relations dans les milieux des assurances. À partir de sa fondation en 1840, et au moins jusqu’en 1854, il siégea au conseil d’administration de la Compagnie d’assurance de Montréal contre le feu, sur la vie et pour la navigation intérieure, dont James Ferrier* était président et William Dow un des membres. Dans les années 50, Torrance faisait partie, comme représentant de Montréal, du conseil d’administration de l’Equitable Fire Insurance Company de Londres. Il investit aussi dans diverses spéculations foncières et dans des hypothèques.

Quoiqu’il ne s’intéressât à la politique que dans la mesure où cela affectait le commerce, Torrance joua un rôle actif dans le développement de Montréal. Membre fondateur du Committee of Trade en 1822, et signataire, en 1828, de la pétition en faveur de l’érection de Montréal en ville, il fut au nombre des premiers conseillers municipaux élus en 1833. Comme la plupart des hommes d’affaires de Montréal, il faisait partie de la milice de la ville. Nommé lieutenant en 1821, il fut promu capitaine en 1830, puis major en 1845. Il fit sa plus importante incursion dans le domaine politique en 1849 : son nom figure en tête des 325 signataires du Manifeste annexionniste qui protestaient contre le libre-échange de la Grande-Bretagne et sa politique à l’égard du gouvernement responsable. Torrance fut au nombre des vice-présidents élus à l’Association d’annexion de Montréal. Le mouvement ne fit pas long feu ; néanmoins, Torrance fut démis de ses fonctions dans la milice en janvier 1850 à cause de sa participation à ce mouvement.

À l’origine, Torrance appartenait à l’église presbytérienne St Gabriel Street, toutefois, comme son neveu David, il adhéra par la suite à l’Église méthodiste, devint un membre énergique de l’église méthodiste St James Street et accorda son aide à l’église Dorchester Street en 1864. Membre de diverses associations littéraires et culturelles, membre à vie du conseil d’administration du Montreal General Hospital, il fut aussi fondateur et administrateur du cimetière du mont Royal. Il fit des dons à McGill University, dont un fonds constitué en souvenir de sa femme et assurant la remise d’une médaille en or à un étudiant en droit. Son fils, le juge Frederick William Torrance, entretenait des liens étroits avec cet établissement. Le jardinage était le passe-temps favori de Torrance, et, en 1849, il participa à la constitution de la Société d’horticulture de Montréal. Il habitait rue Saint-Antoine, très élégante à l’époque, une maison de 42 pièces, dans une propriété renommée pour ses vastes jardins, ses serres à fleurs et à vignes et ses vergers. Le haut mur de briques percé d’une imposante porte contribuait également au renom de la propriété. Cette porte, si on en croit la tradition de la famille, se fermait à dix heures tous les soirs.

À sa mort, John Torrance n’était pas seulement un patriarche de la ville de Montréal, mais également, comme l’a écrit la Gazette, « un des plus riches habitants de [la] ville ». Sa fortune fut répartie entre ses nombreux enfants, et David, qui poursuivait une carrière parallèle à la sienne, assuma avec compétence la direction de ses affaires. De nos jours, Torrance et sa famille sont presque oubliés. À l’exception de son gendre Galt, ils ne firent pas de politique et ne laissèrent pas non plus leur nom à de grandes firmes ou à des établissements créés par voie de donation, comme l’ont fait les Molson et les Redpath. Pourtant, John, son frère Thomas et son neveu David jouèrent un rôle important dans l’évolution de ce que Donald Grant Creighton a appelé « l’empire commercial du Saint-Laurent ». John Torrance est peut-être arrivé au bon moment et a choisi le bon endroit ; toutefois, ce sont son ardeur au travail, sa sagacité et son intelligence qui lui ont permis de bâtir sa fortune et, en même temps, de contribuer à l’expansion de la ville.

Frederick H. Armstrong

ANQ-M, État civil, Presbytériens, St Gabriel, 28 mai 1811 ; Testaments, Testaments olographes, John Torrance, 26 juill. 1861.— APC, MG 27, I, D8, 9, Marriage contract of John Torrance and Elizabeth Fisher, 28 mai 1811 ; RG 9, I, A3, 12, p.2 316 ; C4, 5, p.126.— B.-C., Statutes, 1832, c.58.— Canada, prov. du, Statutes, 1846, c.82 ; 1847, c.67 ; 1849, c.153.— Gazette (Montréal), 20, 21 janv. 1870.— La Gazette de Québec, 24 mai 1821.— Montreal Herald, 15 oct. 1849, 21 janv. 1870.— Montreal Witness, 11 mars 1862, 20 janv. 1870, 31 janv. 1876.— Alphabetical list of merchants, traders, and housekeepers in Montreal (Doige).— Montreal directory, 1842–1867.— Atherton, Montreal, II : 531, 574, 577.— Campbell, History of Scotch Presbyterian Church, 72–75, 313–316.— James Croil, Steam navigation in Canada and its relation to the commerce of Canada and the United States (Toronto, 1898), 308s., 313–315.— Merrill Denison, The barley and the stream ; the Molson story ; a footnote to Canadian history ([Toronto], 1955), 90, 92, 95, 148, 152, 159 ; Canada’s first bank, I : 144, 228s., 232–234, 243, 293 ; II : 30, 577.— Rumilly, Hist. de Montréal, II : 152, 191, 277, 328.— E. C. Springett, For my children’s children (Montréal, 1937), 10–13.

Bibliographie générale

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Frederick H. Armstrong, « TORRANCE, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/torrance_john_9F.html.

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Auteur de l'article:   Frederick H. Armstrong
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   1 octobre 2014