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OSTELL, JOHN, arpenteur, fonctionnaire, architecte et homme d’affaires, né le 7 août 1813 à Londres, fils d’Isaac Ostell, sellier, et d’une prénommée Charlotte ; décédé le 6 avril 1892 à Montréal.

John Ostell avait déjà reçu en Angleterre une formation d’architecte et d’arpenteur lorsqu’il immigra à Montréal. Le 17 juillet 1834, il entreprit un an d’apprentissage auprès de l’arpenteur André Trudeau, qui lui enseigna sans doute la topographie française. Dès janvier 1835, il faisait du travail professionnel. Au début des années 1840, il occupait le poste d’arpenteur municipal et, en 1840–1841, il dressa le premier plan complet de la ville de Montréal. Arpenteur de la province en 1848, il entrait trois ans plus tard au Bureau d’examinateurs des candidats arpenteurs pour le Bas-Canada.

Entre-temps, la pratique privée d’Ostell avait prospéré. En 1842, par exemple, il subdivisa la vaste propriété sur laquelle se trouvait la villa de l’homme d’affaires John Redpath*. À compter du début des années 1840, il fut l’arpenteur auquel l’influent séminaire de Saint-Sulpice faisait le plus souvent appel, pour des services de diverse nature. Ainsi il le représentait dans des litiges relatifs à la commutation du régime foncier et, de 1842 à 1845, il subdivisa en plus de 500 lots de ville les terrains que le séminaire possédait en bordure du canal de Lachine. En 1854, c’est lui qui dressa le plan du cimetière de Côte-des-Neiges.

Parallèlement à son travail d’arpenteur, Ostell menait une fructueuse carrière d’architecte. Son talent se prêtait à tout, ouvrages civils ou édifices religieux, commandes pour le secteur privé, et l’on ne tarda pas à le savoir. De 1836 à 1856, dans le seul domaine de l’architecture civile, il exécuta les plans des ouvrages suivants : le bureau des douanes de la place Royale, construit en 1836, l’immeuble de la faculté des arts du McGill College de 1839 à 1843, la McGill Normal School en 1845, l’asile des orphelins protestants de la cité de Montréal en 1848–1849, une aile de la prison de Montréal en 1851 (il y fit aussi des travaux de réfection), le bureau du percepteur au canal de Lachine la même année, et le palais de justice de Montréal de 1850 à 1856. Pour les commandes de ce genre, il puisait généralement dans le vocabulaire « classicisant » de James Gibbs, le concepteur de l’église St Martin-in-the-Fields de Londres, où Ostell avait reçu le baptême. Le palais de justice, dernier gros ouvrage civil auquel il travailla, révèle l’influence d’un autre architecte anglais, sir Robert Smirke.

Bien qu’Ostell ait été anglican, il exécuta une bonne partie de ses ouvrages religieux pour les sulpiciens et pour l’évêque catholique Ignace Bourget*. Dans la plupart des cas, il s’agissait de constructions érigées à Montréal ou dans les environs : les clochers de l’église Notre-Dame (d’après les élévations de James O’Donnell*), construits en 1841 et 1843, l’asile de la Providence en 1842, le palais épiscopal de 1849 à 1851 (rasé par un incendie huit mois après la fin des travaux), l’aile est du vieux séminaire de Saint-Sulpice sur la place d’Armes en 1849, l’église de la Visitation-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie à Sault-au-Récollet en 1850–1851, l’église Notre-Dame-de-Grâce en 1850–1851, l’église St Ann dans Griffintown de 1851 à 1854, le grand séminaire de Montréal de 1855 à 1864, et la cathédrale anglicane Saint-Jacques en 1857 (détruite par le feu six mois après sa consécration). En 1849, il soumit des plans pour la construction de la cathédrale anglicane St James de Toronto, mais il se classa deuxième au concours, derrière Frederic William Cumberland*. En architecture religieuse, il employait soit le style néo-baroque, soit le néo-gothique. La façade de l’église de la Visitation-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie et celle de Notre-Dame-de-Grâce présentent des éléments qui rappellent le style italien du xviie siècle. Son plan de la cathédrale St James était de style gothique anglais primitif, choix que les juges qualifièrent de « très bon ».

Ostell fit aussi les plans de résidences privées à Montréal, notamment celle de James Millar*, construite en 1836, et celle de Mary Anne Merry, en 1856 ; il veilla en outre à l’agrandissement de la résidence de John Torrance* en 1839. Il construisit un petit magasin pour Harrison Stephens* en 1836, mais ses grosses commandes industrielles et commerciales – la quincaillerie de la Frothingham and Workman [V. Thomas Workman*] et la raffinerie de sucre de John Redpath – vinrent beaucoup plus tard, soit en 1854, au moment où lui-même s’était taillé une place solide dans les affaires.

Au total, de 1836 à 1856, Ostell dessina les plans de plus de deux douzaines d’édifices, ce qui faisait de lui l’architecte anglophone le plus en vue à Montréal. Sa réputation n’était pas surfaite. Avant de se lancer dans un projet d’envergure, il examinait les immeubles de type semblable, la plupart du temps aux États-Unis. Ainsi il s’y rendit en 1851 afin d’étudier la prison d’état de Charlestown (Boston) et, écrivit-il, « bien d’autres établissements du même genre ». Parlant d’un projet d’asile d’aliénés, il notait avoir en main « beaucoup de renseignements et de détails, recueillis à très grands frais au cours d’inspections personnelles aux États-Unis ». Ses contemporains ne tarissaient pas d’éloges sur cet architecte consciencieux. John Gardner Dillman Engleheart, qui accompagnait le duc de Newcastle à titre de secrétaire particulier au cours de sa visite au Canada, déclara que plusieurs de ses édifices étaient « de bon goût ». Un touriste allemand, Johann Georg Kohl, compara le palais de justice à « un temple grec, [à cette différence près qu’il était] plus vaste et plus massif ». Certains critiques trouvaient le palais de justice « insalubre », mais Frederick Preston Rubidge, qui représentait le client d’Ostell, le département des Travaux publics, déclara en 1856 : « [il n’existe] actuellement aucun édifice provincial qui lui soit comparable ».

Dès le moment où Ostell avait commencé à faire des travaux d’arpentage et d’architecture, il avait été amené à fréquenter des hommes d’affaires et à participer, à Montréal, à des initiatives commerciales ou industrielles. De 1836 à 1838, avec Albert Furniss, il avait construit une première usine à gaz dans la ville. En novembre 1837, elle alimentait des lampes dans certains magasins et, dès 1838, ses propriétaires procédaient à des essais en vue d’éclairer quelques rues. Peu après, Ostell quitta la société qui exploitait l’usine, mais en 1850 il entra au conseil d’administration de la Nouvelle Compagnie du gaz de la cité de Montréal, dont il fut président de 1860 à 1865. Entre-temps, soit en 1845, le séminaire de Saint-Sulpice avait mis aux enchères ses lots cadastrés du canal de Lachine. Devant l’inertie du marché, Ostell avait investi £3 650 pour en acquérir, ce qui le classait parmi les plus gros acheteurs. De 1851 à 1857, lui-même, John Young*, Jacob De Witt* et le minotier Ira Gould, regroupés au sein de la St Gabriel Hydraulic Company, obtinrent à prix réduit des lots qui faisaient partie des terrains cadastrés du séminaire et se trouvaient près de l’écluse Saint-Gabriel. Leur intention était d’y faire de la spéculation et de l’aménagement à des fins industrielles.

Ostell faisait aussi le commerce du bois. Il avait ouvert une cour à bois en 1848, et sans doute était-il l’un des associés de la McArthur and Ostell, qui présenta des meubles et des produits forestiers à l’exposition provinciale de 1853. L’année précédente, il avait établi, à l’écluse Saint-Gabriel, une scierie et une usine qui produisait des châssis, des portes, des fenêtres et des garnitures de menuiserie. Le traité de réciprocité de 1854 interrompit l’essor de l’usine en la privant d’un vaste marché américain ; par contre, il fut profitable à la scierie, qui exportait des produits non manufacturés. Dans l’espoir de trouver de nouveaux débouchés à l’usine, Ostell envoya ses produits à l’Exposition universelle de Paris en 1856. Cette année-là, l’entreprise possédait plusieurs immeubles et cinq acres de terrain ; elle employait 75 ouvriers et la valeur de sa production s’élevait à £18 750. Cependant, ses clients se trouvaient surtout dans le Bas et le Haut-Canada ; seule une petite quantité de ses produits allait aux États-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne. Ostell vendit la scierie en 1862, probablement parce qu’il se trouvait dans une situation de plus en plus difficile. Il semble qu’il déclara faillite l’année suivante ; en 1864, les propriétés qu’il avait près de l’écluse furent vendues à William Molson*, mais il put se remettre à exploiter l’usine à titre de locataire. Bien que le pire ait été passé pour lui, sa production stagna durant 20 ans. Toutefois, en 1886, son usine se classait « parmi les grosses entreprises manufacturières et commerciales de Montréal ».

Dans les années 1850, Ostell avait commencé à participer au boom ferroviaire. Avec William Molson, entre autres, il avait des intérêts dans la Compagnie du chemin de fer de Montréal et Champlain, fondée au début des années 1850 et dont il fut président de 1859 à 1865, dans la Compagnie du chemin de fer de Montréal et New York, établie en 1857, et dans la Compagnie du chemin de fer de Carillon et Grenville, constituée juridiquement pour la deuxième fois en 1859. Deux ans plus tard, avec Molson et d’autres, il fonda la Compagnie du terminus du chemin de fer de Montréal, qui exploitait un service d’omnibus dont le succès fut immédiat. En outre, il fit partie du conseil d’administration de la Royal Insurance Company.

Étant donné sa réputation professionnelle, Ostell participait dans une certaine mesure à la vie municipale. En 1845, il contribua à la reconnaissance juridique de l’Institut des artisans et devint membre du conseil de la Société d’histoire naturelle de Montréal. Le fait d’entretenir des liens de plus en plus étroits avec le milieu des affaires explique sans doute pourquoi, quelques années plus tard, il milita dans le mouvement en faveur de l’annexion aux États-Unis, à titre de trésorier de l’Association d’annexion de Montréal [V. James Bruce*]. Il appartint au Club St James de Montréal, probablement dès sa fondation en 1857, ce qui confirme qu’à cette époque il faisait partie de l’élite des hommes d’affaires de la ville.

Ostell avait épousé le 8 janvier 1837 Élisabeth-Éléonore Gauvin, sœur du docteur Henri-Alphonse Gauvin, l’un des chefs de la rébellion de 1837. De religion anglicane, il s’était toutefois marié dans une église catholique, et sous le régime de la communauté de biens, pratique courante au Canada français. Cependant, chacun des époux demeurait responsable de ses dettes, comme le voulait la règle dans les mariages britanniques ou contractés par des gens d’affaires. Le couple eut au moins huit enfants. En 1850, Ostell prit pour associé l’un de ses neveux, Henri-Maurice Perrault, architecte. À la fin des années 1880, il était veuf et habitait seul. Converti au catholicisme le 24 novembre 1891, il mourut le 6 avril 1892, à l’âge de 78 ans. On l’inhuma aux côtés de sa femme, dans un lot de 300 pieds acquis en 1854 au cimetière de Côte-des-Neiges. Des notices nécrologiques parurent dans les grands journaux de la ville, dont la Patrie qui disait : « Son décès est la disparition d’une grande figure dans notre monde social et politique. »

La carrière de John Ostell, l’un des premiers et principaux architectes anglophones de Montréal, rejoint celle de tous ces pionniers qui firent d’une ville coloniale à l’avenir incertain dans les années 1830 la métropole d’un pays neuf. Les majestueux édifices qu’il conçut témoignent de cette évolution.

Ellen S. James

AN, RG 11, A1, 16, n° 14689 ; 17, n° 16177 ; 18–19 ; 20, nos 20628, 21939 ; 21–24 ; 25, n° 29477a ; 26, n° 30023 ; 65, n° 15399 ; RG 68, General index, 1841–1867 : 21.— ANQ-M, CE1-51, 9 avril 1892 ; CN1-7, 14 juin 1836 ; CN1-32, 28 nov. 1850, 7 mars 1851 ; CN1-56, 6 janv. 1837 ; CN1-135, 30 oct. 1839 ; CN1-175, 13 nov. 1835, 22 mars 1836 ; CN1-187, 17 déc. 1829, 26 févr. 1836, 8 mars 1839 ; CN1-227, 2 déc. 1891 ; CN1-385, 17 juill. 1834 ; P1000-44-884.— ASQ, Polygraphie, VI : 82.— ASSM, Gestion, Arpenteurs, Ostell, 1840–1848 ; Perrault, 1862–1879 ; Notaires, Le Maire (Oka), 1849–1879 ; Parent (Québec), 1826–1847.— McGill Univ. Arch., Acc. 221, n° 5 ; RG 4, c.1–c.8 ; c.437.— Redpath Sugar Museum (Toronto), Mason’s specifications, Redpath House, 14 janv. 1854.— Westminster City Libraries, Victoria Library, Arch. Dept. (Londres), Reg. of baptisms, St Martin-in-the-Fields, 5 sept. 1813.— « The annexation movement, 1849–50 », A. G. Penny, édit., CHR, 5 (1924) : 236–261.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1835–1836 : 244, 246, 436–437.— Canada, prov. du, Statuts, 1859, chap. 96 ; 1861, chap. 84.— J. G. D. Engleheart, Journal of the progress of H.R.H. the Prince of Wales through British North America ; and his visit to the United States, 10th July to 15th November 1860 ([Londres, 1860]).— J. G. Kohl, Travels in Canada, and through the states of New York and Pennsylvania, Mme Percy Sinnett, trad. (2 vol., Londres, 1861).— Gazette (Montréal), 12 nov. 1835, 17 sept. 1839, 14 juill. 1845, 7 avril 1892.— Globe, 13 oct. 1849.— La Minerve, 28 févr. 1848.— Montreal Daily Star, 7 avril 1892.— La Patrie, 7 avril 1892.— Montreal almanack, 1845 : 87 ; 1850 : 30 ; 1860 : 92.— Atherton, Montreal, 2 : 630.— Frost, McGill Univ.— Industries of Canada, city of Montreal, historical and descriptive review, leading firms and moneyed institutions (Montréal, 1886).— J.-C. Marsan, Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement montréalais (Montréal, 1974).— [J.-L.-]O. Maurault, Marges d’histoire ; l’art au Canada ([Montréal], 1929), 213–216 ; la Paroisse : histoire de l’église Notre-Dame de Montréal (Montréal et New York, 1929) ; Saint-Jacques de Montréal : l’église, la paroisse (Montréal, 1923).— Montreal in 1856 : a sketch prepared for the celebration of the opening of the Grand Trunk Railway of Canada (Montréal, 1856).— Luc Noppen, les Églises du Québec (1600–1850) (Québec, 1977).— P.-G. Roy, les Petites Choses de notre histoire (7 sér., Lévis, Québec, 1919–1944), 5 : 283.— F. K. B. S. Toker, l’Église Notre-Dame de Montréal : son architecture, son passé, J.-P. Partensky, trad. (Montréal, 1981).— Ramsay Traquair, The Church of the Visitation (Montréal, 1927).— Tulchinsky, River barons.— B. [J.] Young, In its corporate capacity ; the Seminary of Montreal as a business institution, 1816–1876 (Kingston, Ontario, et Montréal, 1986).— John Bland, « Deux architectes du xixe siècle », Architecture, Bâtiment, Construction (Montréal), 8 (juill. 1953) : 8, 20.— Alan Gowans, « The baroque revival in Quebec », Soc. of Architectural Historians, Journal (Charlottesville, Va.), 14 (oct. 1955) : 8–14.— Maréchal Nantel, « le Palais de Justice de Montréal et ses abords », Cahiers des Dix, 12 (1947), 197–230.

Bibliographie générale

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Ellen S. James, « OSTELL, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ostell_john_12F.html.

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Auteur de l'article:   Ellen S. James
Titre de l'article:   OSTELL, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   22 novembre 2014