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TREMAIN, RICHARD, marchand, juge de paix, propriétaire d’un moulin, officier de milice et fonctionnaire, né le 20 juin 1774 à New York, fils de Jonathan Tremain* et d’Abigail Stout ; en 1801, il épousa à Halifax Mary Boggs, et ils eurent sept filles et cinq fils ; décédé le 30 juillet 1854 à Halifax.

Le père de Richard Tremain quitta l’Angleterre en 1760 pour s’installer à New York, où il mit sur pied un commerce florissant. Loyaliste, il se réfugia à Québec en 1783, puis s’établit à Halifax en 1786. Là, il se lança de nouveau dans le commerce, investissant aussi dans la meunerie, la pêche, la propriété foncière et l’extraction du charbon. Sa famille occupait une position sûre au sein de l’oligarchie de la province, grâce à des liens étroits avec le lieutenant-gouverneur, sir John Wentworth*, et avec d’autres grandes familles loyalistes.

Richard, le second fils de Jonathan Tremain, fit probablement son apprentissage du commerce auprès de son père. En 1801, tout de suite après avoir épousé une femme issue d’une autre éminente famille loyaliste, il s’associa à son beau-frère, Charles Boggs, pour ouvrir un magasin général et une brasserie. Le commerce se révélant plus rentable que la fabrication de la bière, Tremain se consacra surtout aux opérations d’import-export de son magasin et, en 1814, il reçut pour £24 929 de marchandises sèches d’Europe de même que 19 744 gallons de mélasse et 919 quintaux de cassonade. Une grande partie de ses activités consistait à acheter des prises de guerre qu’il revendait ensuite aux États-Unis, opération lucrative au plus fort de la guerre de 1812. Son association avec Boggs avait pris fin en 1813, et Tremain s’était ensuite associé à son jeune frère James et à un ami de la famille, Robert Hartshorne. Cette association fut à son tour dissoute en 1821, après quoi Tremain fit affaire seul. Pendant les années 1820, il continua de tenir un magasin général à Halifax, mais ses activités commerciales se concentrèrent de plus en plus à Dartmouth, où, en 1815, il avait pris en charge, avec son frère James, un moulin à farine et une boulangerie qui avaient d’abord appartenu à son père et à Lawrence Hartshorne*. Cette entreprise eut du succès, en grande partie parce que Tremain avait obtenu un contrat exclusif pour approvisionner en farine la garnison locale. Pourtant, en 1831, il vendit ses propriétés de Dartmouth à la Shubenacadie Canal Company, pour la somme de £6 700, peut-être parce que, en 1826, les révisions de la politique tarifaire de la Grande-Bretagne avaient brusquement ouvert le marché de Halifax à la farine américaine. Par la suite, Tremain ne redevint jamais un homme d’affaires actif et vécut apparemment de ses rentes.

Ainsi, au milieu des années 1830, Tremain se retrouva dans la situation d’un gentleman en mesure de vivre très confortablement à Oakland, sa propriété de la banlieue sud de Halifax. Président de la chambre de commerce, marguillier de la paroisse St Paul, président des volontaires dans la lutte contre l’incendie de Halifax, lieutenant-colonel de la milice locale et membre du conseil d’administration de la Nova Scotia Bible Society, il était bien vu de ses concitoyens. En outre, il était juge de paix depuis 1810, avait été commissaire de la maison de correction de 1825 à 1831, ainsi que vice-président et trésorier de la commission de l’hospice des pauvres de 1826 à 1830. Ces diverses fonctions auraient dû être une source d’influence et de prestige ; elles lui valurent plutôt d’être dénigré publiquement lors d’un incident qui permit à Joseph Howe* de lancer sa campagne en faveur du gouvernement responsable.

L’incident eut lieu au milieu des années 1830, période de récession commerciale et de hausse de taxes. Le conseil des juges de paix qui s’occupait des affaires internes de Halifax suscitait la colère de plus en plus grande des contribuables en refusant de rendre compte des dépenses publiques et en restant sourd aux appels du jury d’accusation qui l’exhortait à réformer son administration financière. Dans cette atmosphère de mécontentement général, le journal de Howe, le Novascotian or Colonial Herald, publia en janvier 1835 une lettre anonyme dans laquelle les juges de paix étaient accusés d’arrogance, d’incompétence et de corruption. Les magistrats qui siégeaient aussi à la commission de l’hospice des pauvres faisaient l’objet de critiques particulières. Selon l’auteur, ils employaient les pauvres de l’institution comme domestiques, ne les payaient pas et les nourrissaient avec de la farine de qualité inférieure, achetée au prix fort dans des magasins qui appartenaient aux commissaires. Cette pratique, qui pouvait être interprétée comme illégale ou simplement imprudente, devint immédiatement le sujet principal d’un affrontement entre Howe et les champions de l’oligarchie.

Tremain, dont on avait déjà critiqué plusieurs fois le rôle dans l’administration de Halifax, présuma qu’il était la cible principale du correspondant anonyme de Howe. Pour se défendre il maintint que, même s’il avait vendu diverses sortes de farine à l’hospice des pauvres pendant qu’il était commissaire de cet établissement, toutes les ventes avaient été faites par soumission publique et les prix, soumis au jeu de la concurrence. De plus, d’autres commissaires avaient fait de même. Suggérer que quelque chose d’illégal ou même d’immoral avait été fait, insistait Tremain, c’était lancer une attaque « malveillante » contre ceux qui administraient les affaires de la communauté. Les critiques publiques de ce genre réveillaient la combativité de Tremain. Il avait la réputation d’être un homme belliqueux, et cela depuis que, pendant la guerre de 1812, il avait participé à une émeute où s’affrontèrent un détachement de racoleurs et un groupe d’hommes venus libérer des marins de l’endroit, recrutés de force par la marine royale. Pas plus tard qu’en 1832, il avait été accusé de voies de fait sur la personne d’un autre juge de paix. Il n’est donc pas étonnant que Tremain, en sa qualité de magistrat, ait été le premier à exiger que Howe soit poursuivi au criminel pour diffamation.

Le zèle que Tremain mit à défendre son honneur précipita Halifax dans une crise grave. Plusieurs membres de la gentry, dont le père de Howe, étaient alors convaincus qu’il fallait consentir à des réformes pour se concilier la masse agitée des contribuables. Profitant du mécontentement populaire et des courants divergents qui se manifestaient au sein de l’élite, Howe transforma son procès pour diffamation en une tribune, où il renouvela avec éloquence ses attaques contre les faiblesses de l’administration des juges de paix. Acquitté par un jury bien disposé envers lui, Howe entreprit une carrière politique qui devait culminer quelque 13 ans plus tard, avec l’avènement du gouvernement responsable en Nouvelle-Écosse. Tremain fut réduit à protester de son innocence dans des lettres adressées au lieutenant-gouverneur sir Colin Campbell* et au rédacteur en chef du Journal de Halifax. Admettant qu’il était humilié, il fit valoir que l’incident avait de graves implications : « si les hommes publics, disait-il, doivent rechercher l’approbation des rédacteurs en chef des journaux plutôt que celle du gouvernement dont ils tirent leur autorité, ce sont ces derniers qui bientôt deviendront les maîtres, et les grands comme les petits devront les courtiser pour obtenir leur caution morale ».

Plusieurs juges de paix réagirent à la victoire de Howe en démissionnant, mais Tremain refusa de capituler. Renvoyé de la commission de l’hospice des pauvres, il demeura cependant juge de paix. Ce poste perdit toutefois la plus grande partie de son autorité quand, en 1841, l’administration de Halifax fut enlevée aux juges de la Cour des sessions trimestrielles et confiée à un conseil municipal élu. Tremain subit sa dernière défaite quand, en 1849, le parti réformiste, élu depuis peu, annula son mandat de juge de paix. Entre-temps, semble-t-il, ses affaires personnelles avaient périclité. Au milieu des années 1830, la faillite de son frère John lui avait infligé une perte de £800, et sa sécurité financière en était ébranlée. Puis, en 1848, sa maison d’Oakland fut détruite dans un incendie. Décédé six ans plus tard, Tremain n’eut droit qu’à une notice nécrologique de deux lignes dans le Church Times.

Richard Tremain fut avant tout un représentant de l’ancien régime en Nouvelle-Écosse. Plus conventionnel que corrompu, il s’acquitta de ses fonctions publiques en respectant des normes antérieures à l’époque de la réforme. Il acquit de la notoriété essentiellement parce que les principes dans lesquels il avait été élevé étaient devenus désuets. Au lieu de s’adapter, il résista, provoquant ainsi la destruction de sa carrière publique.

David A. Sutherland

Halifax County Registry of Deeds (Halifax), Deeds, 35 : fo 681 ; 38 : fo 75 ; 42 : fo 422 ; 43 : fo 9 ; 50 : fo 342 ; 54 : fo 186 ; 59 : fo 43 ; 61 : fo 192 (mfm aux PANS).— PANS, RG 1, 149, 23 mars 1835 ; 150 : fo 19 ; 226 : fos 90, 117 ; 248 : fo 9 ; 411, no 130 ; 412, nos 137–139 ; RG 5, P, 120, 21 janv. 1824 ; RG 13, 25 ; RG 31-104, 9, 1814.— PRO, CO 217/203 : 323.— Acadian Recorder, 17 mars 1821, 18 févr. 1826.— Church Times (Halifax), 5 août 1854.— Journal (Halifax), 6, 20–27 avril 1835.— Novascotian, 12 janv. 1832, 8 mai 1834, 1er janv. 1835, 19 juin 1842.— Nova-Scotia Royal Gazette, 4 juin 1801, 7 janv. 1802, 21 juill. 1813, 5 oct. 1814, 15 janv. 1820.— Belcher’s farmer’s almanack, 1824–1854.— W. E. Boggs, The genealogical record of the Boggs family, the descendants of Ezekiel Boggs (Halifax, 1916), 17, 82.— Halifax almanack, 1819.— C. T. Harrington, A general history of the Harrington, DeWolfe and Tremaine families, with a genealogical record of 1643 to 1938 (Newton, Mass., 1938), 79–80.— J. M. et L. J. Payzant, Like a weaver’s shuttle : a history of the Halifax-Dartmouth ferries (Halifax, 1979), 11–19.

Bibliographie générale

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David A. Sutherland, « TREMAIN, RICHARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tremain_richard_8F.html.

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Auteur de l'article:   David A. Sutherland
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   25 octobre 2014