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TUBBEE, OKAH (William Chubbee, William McCarey), musicien et médecin ; circa 1830–1856.

C’est dans les diverses versions de la biographie d’Okah Tubbee, publiées entre 1848 et 1852, que l’on trouve les détails ayant trait à ses jeunes années. Selon ses propres affirmations, Tubbee était un Chacta de naissance, qui avait été enlevé par un Blanc quand il était enfant, puis élevé par une « mère » noire sous le nom de William McCarey et comme esclave à Natchez, au Mississippi. Bien qu’il se soit toujours douté qu’il était de descendance indienne, le jeune garçon ne savait rien de ses origines et, pendant son enfance, il fut constamment en butte à des cruautés et à des injures raciales. Son « caractère violent » l’amena finalement à frapper un autre adolescent à la tête avec une brique, geste qui lui valut un bref séjour en prison. Peu après, il travailla comme apprenti chez un forgeron de Natchez, mais il mit fin à son apprentissage après avoir été brutalement fouetté. À peu près à cette époque, McCarey découvrit qu’il était le fils du chef chacta Mosholeh Tubbee (William Chubbee). McCarey commença alors à se faire appeler Okah Tubbee ou William Chubbee et entama des poursuites judiciaires, qui durèrent apparemment plusieurs années, afin de se faire reconnaître légalement en tant qu’Indien plutôt qu’esclave noir.

Enfant, Tubbee s’était révélé un siffleur et un ventriloque talentueux et, pendant les années 1830, il mena la vie d’un musicien ambulant, étant à cette époque un flûtiste accompli. Au début des années 1840, il épousa à Iowa City (Iowa) Laah Ceil Manatoi Elaah, qui était censément la fille d’un chef agnier, et ils eurent au moins un fils et deux filles. Pendant cette décennie, il semble que la vie de Tubbee fut une suite d’événements spectaculaires : il dut quitter plusieurs villes (en raison, déclare-t-il, de fausses rumeurs au sujet de son comportement violent d’autrefois) et il se conduisit comme le soi-disant héros d’un naufrage. Il commença aussi à faire de nombreux voyages chez les tribus indiennes d’un bout à l’autre des États-Unis, en qualité de musicien et d’apôtre de la tempérance.

En 1850, Tubbee avait concentré ses activités dans le Nord et se faisait déjà passer pour médecin. Tirant largement profit de l’expérience acquise au cours de l’année où il avait travaillé auprès d’un chirurgien militaire, mais vantant surtout les herbes médicinales qu’il avait appris à préparer au hasard de ses rencontres avec de nombreux guérisseurs, Tubbee commença à faire des tournées dans le Haut-Canada dès 1851. Toutefois, les nombreux témoignages qui figurent dans l’édition de 1852 de sa biographie, parue à Toronto, laissent entendre qu’au moins jusqu’à l’été de 1852 les habitants du Haut-Canada étaient plus intéressés par son talent de musicien que par ses connaissances médicales. Les missionnaires méthodistes Peter Jones et William Case témoignent du succès que Tubbee remporta lors d’un concert donné à Cayuga le 8 janvier 1852, et John Stoughton Dennis* parle de l’excellence d’un récital qui eut lieu à Weston (Toronto) deux mois plus tard. Certains citoyens de Toronto, dans des témoignages datés de juillet et d’août, remercient Tubbee d’avoir traité les maux suivants : « affection du foie, malaise féminin, tumeur au cou, jambe scrofuleuse et consomption héréditaire ».

Malheureusement, Tubbee avait mal choisi son moment pour déménager. Il était arrivé dans le Haut-Canada à l’époque où s’amorçait une campagne dirigée contre les charlatans et les vendeurs de spécialités médicales. Le 7 avril 1854, une lettre de A. B. McNab de Durham, dans le comté de Grey, parut dans le quotidien torontois Globe ; elle accusait Tubbee d’avoir reçu 10 $ pour un remède vendu à la famille d’un jeune homme gravement malade, décédé depuis. Aucun remède n’avait été livré et McNab exigeait que Tubbee remette les 10 $ à la famille. Deux semaines plus tard, le Globe publia la réponse de Tubbee ; ce dernier affirmait que McNab avait insisté pour qu’il accepte l’argent, qu’il y avait certainement eu un malentendu et qu’il rembourserait volontiers les intéressés. Le 22 avril, au milieu de cette controverse, Robert Jackson Macgeorge* de la Weekly Review de Streetsville écrivit : « Puisse l’hospitalité du pénitentier être accordée à tous les « docteurs herboristes », « médecins indiens » et « médecins allemands et réformateurs. » Le 3 mai, le Globe fit savoir qu’il ne voyait pas l’utilité de publier la réplique de McNab au « docteur et charlatan indien », puisque « tous connaiss[aient] très bien le cas et qu’en parler davantage ne ferait qu’ajouter à la notoriété du charlatan ». Tubbee fit alors paraître une annonce pleine de poésie dans laquelle il déplorait le fait suivant : « dernièrement, j’ai été honteusement McNabé ».

Il semble que les protestations d’Okah Tubbee tombèrent dans l’oreille d’un sourd, puisqu’en 1857 il avait apparemment quitté Toronto. À ce que l’on croit, il s’était installé à New York, espérant peut-être y trouver l’anonymat que seule la plus grande ville du continent pouvait offrir.

Charles Dougall

L’auteur remercie Joan E. Mitchell, qui occupait le poste de bibliographe au DCR, pour son travail de fin limier sans lequel cette biographie n’aurait pu être écrite.  [c. d.]

Au moins trois brochures racontent la vie d’Okah Tubbee, toutes trois ont été écrites d’après le témoignage même de Tubbee. L. L. Allen a écrit A thrilling sketch of the life of the distinguished chief Okah Tubbee, alias, Wm. Chubbee, son of the head chief, Mosholeh Tubbee, of the Choctaw nation of Indians (New York, 1848). Pour sa part, la femme de Tubbee, Laah Ceil Manatoi Elaah Tubbee, a fait paraître A sketch of the life of Okah Tubbee, alias, William Chubbee, son of the head chief, Mosholeh Tubbee, of the Choctaw nation of Indians (Springfield, Mass., 1848), et A sketch of the life of Okah Tubbee, (called) William Chubbee, son of the head chief, Mosholeh Tubbee, of the Choctaw nation of Indians (Toronto, 1852).

Globe, 7, 21 avril, 3 mai 1854 (il s’agit de l’édition quotidienne qui se trouve dans la Baldwin Room de la MTL, et non celle qui est conservée au CLA sur microfilm).— Weekly Review (Streetsville, Ontario), 22 avril 1854.— Toronto directory, 1856.— J. J. Talman, « Three Scottish-Canadian newspaper editor poets », CHR, 28 (1947) : 166–177.

Bibliographie générale

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Charles Dougall, « TUBBEE, OKAH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tubbee_okah_8F.html.

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Auteur de l'article:   Charles Dougall
Titre de l'article:   TUBBEE, OKAH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   22 août 2014