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WILLIAMS, ARTHUR TREFUSIS HENEAGE, officier de milice, homme d’affaires et homme politique, né le 13 juin 1837 à Port Hope, Haut-Canada, fils aîné de John Tucker Williams, député de Durham et premier maire de Port Hope, et de Sarah Ward, fille de Thomas Ward, juge et receveur de l’enregistrement du comté de Durham ; en 1859, il épousa Emily W. Seymour, fille de Benjamin Seymour, qui fut plus tard sénateur, et ils eurent cinq enfants, dont le lieutenant-colonel Victor Arthur Seymour Williams ; décédé le 4 juillet 1885 à bord du vapeur Northwest, sur la rivière Saskatchewan-Nord, près du fort Pitt (Fort Pitt, Saskatchewan).

Arthur Trefusis Heneage Williams grandit à Penryn Park, la propriété de son père à Port Hope, fréquenta Upper Canada College à la même époque qu’Edward Blake* et hérita de grandes propriétés, à la mort de son père en 1854. Après avoir passé un an dans l’étude d’avocats de James Scott et de Nesbitt Kirchhoffer à Port Hope, il termina ses études à l’University of Edinburgh et voyagea beaucoup en Europe. Bien qu’il se soit inscrit à la Law Society of Upper Canada, en 1859, il ne fut pas admis au barreau. Au lieu de cela, il était « ravi de se qualifier de fermier », il administrait sa propriété et participa à la croissance rapide de Port Hope dans les années 1860.

En 1867, Williams fut élu à la législature provinciale comme député conservateur d’East Durham. Il fut réélu sans opposition en 1871. Séduisant, populaire et modeste, il était à cette époque juge de paix, agent immobilier, membre du conseil d’administration du chemin de fer Midland du Canada et président de la commission du port de Port Hope. En 1873, il fonda la Midland Loan and Savings Company et en occupa le poste de président. La négociation d’un abattement sur la célèbre dette du canton de Hope envers le fonds d’emprunt municipal, mesure qui la fit passer de $115 207 à seulement $34 949, constitua une réalisation de taille aux yeux de ses électeurs. Il accomplit cet exploit en persuadant la province d’assumer une grande partie de l’engagement. En 1875, il ne se porta pas candidat à l’Assemblée législative provinciale mais, en 1878, il battit un libéral et remporta le siège d’East Durham à la chambre des Communes, où il fut réélu en 1882.

Williams prenait rarement la parole à la chambre des Communes, mais il travaillait pour ses électeurs d’East Durham, s’occupant plutôt de leur procurer des faveurs politiques et de les faire bénéficier des travaux publics. Son expérience et sa loyauté le firent rapidement devenir whip du parti, soit en 1878. Son influence politique représenta un instrument utile dans son passe-temps favori, la milice.

Le père de Williams, qui avait été à la tête de la milice locale en 1837, transmit à son fils son enthousiasme pour la chose militaire et le sentiment qu’être un chef était une obligation sociale. Le 17 octobre 1862, Williams avait été nommé capitaine de l’une des trois compagnies de milice volontaire de Port Hope. En 1865–1866, il passa l’hiver avec sa compagnie dans la région de la rivière St Clair, à la frontière, à attendre les attaques des Féniens. En 1866, il commanda un bataillon provisoire de milice à Kingston. Plus tard cette année-là, le 16 novembre, quand on forma les compagnies de milice rurale en bataillons, il prit le commandement du 46th East Durham Battalion, poste qu’il conserva presque 19 ans, jusqu’à sa mort.

En qualité de « colonel du parlement », Williams obtint des faveurs, comme celle de commander le groupe de fusiliers canadiens qui participa à des compétitions à Wimbledon, Angleterre, en 1880. En plaidant à la chambre des Communes en faveur de la milice rurale, il la soutint contre les corps plus efficaces des villes. En 1883, ayant été blâmé pour insubordination par le major général Richard George Amherst Luard* au cours d’une discussion, au sujet du pouvoir du parlement sur la milice, Williams se servit de son influence politique pour s’assurer de la destitution immédiate du général. En 1885, lorsque la tentative de délivrer le général Charles George Cordon à Khartoum, Soudan, souleva l’émotion dans l’Empire britannique et qu’en même temps celui-ci faillit être entraîné dans une guerre avec la Russie, Williams compta parmi plusieurs colonels de la milice canadienne qui offrirent de lever des bataillons pour défendre l’Empire. L’importance de Williams fit même naître des rumeurs voulant qu’il devienne peut-être le prochain lieutenant-gouverneur de l’Ontario.

Le fait que Williams aspira à la carrière militaire n’était pas attribuable, en réalité, comme le laissa entendre sir John Alexander Macdonald*, à ce qu’il « recherchait les sensations ou la célébrité », mais plutôt à l’instabilité temporaire de ses affaires financières. Il avait en particulier investi $50 000 dans des pâturages dans le Nord-Ouest, apparemment sans en retirer de profits. Ironiquement, c’est là qu’il allait trouver des circonstances favorables à sa carrière militaire. Quand la rébellion éclata à la fin de mars 1885 [V. Louis Riel], on confia à Williams le commandement du Midland Battalion, une réunion de compagnies rurales de l’est de l’Ontario. Faisant parvenir au premier ministre et aux fonctionnaires un flot incessant de conseils et de critiques, Williams partit pour le front le 6 avril 1885. Après avoir suivi la route inachevée du chemin de fer canadien du Pacifique au nord du lac Supérieur, il voyagea à bord du Northcote sur la rivière Saskatchewan-Sud avec deux compagnies, et arriva à temps pour se joindre à la colonne du major général Frederick Dobson Middleton*, avant la bataille de Batoche (Saskatchewan). Au quatrième jour de combat, le 12 mai, il précipita l’attaque en désordre des miliciens qui coûta aux Canadiens 30 hommes, soit 5 morts et 25 blessés, mais mit fin à la résistance des Métis. Williams devint le héros de la campagne aux yeux des officiers de la milice irrités de la façon de commander de Middleton. Le héros se doubla d’un martyr. Lorsque Williams fut terrassé le 1er juillet, on attribua ce malheur aux privations, à la fatigue, à la mauvaise nourriture et au fait d’avoir dormi dans des fondrières. On le transporta dans la cabine du capitaine sur le bateau à vapeur Northwest. « Ma foi, ce serait une malchance si je devais passer l’arme à gauche maintenant », aurait-il observé. Le matin du 4 juillet, après trois jours de fièvre et de délire, il mourait.

Le colonel Williams fut le seul personnage connu dans tout le pays à mourir pendant la campagne dans le Nord-Ouest, et son corps fut ramené chez lui avec tous les honneurs réservés à un grand serviteur de l’État. Des funérailles imposantes eurent lieu à Port Hope où des citoyens élevèrent une statue en son honneur. Le parlement vota une pension spéciale pour ses enfants. Puis, comme la plupart des héros, il tomba peu à peu dans l’oubli. Aux yeux de Charles Arkoll Boulton*, un de ses contemporains, Williams « représentait ce qu’on pourrait appeler la jeunesse du Canada » ; à ceux de la postérité, il évoque un modèle de gentilhomme terrien patriote qui utilisa sa fortune et sa position pour servir la société avec dignité, n’acceptant en retour que l’honneur et le prestige. Bref, Arthur Trefusis Heneage Williams était d’un autre âge.

Desmond Morton

Les papiers d’Arthur Trefusis Heneage Williams se trouvent en la possession de Michael Wladyka, Port Hope, Ontario.

APC, MG 26, A ; MG 27, I, D3.— [C. A.] Boulton, Reminiscences of the North-West rebellions, with a record of the raising of Her Majesty’s 100th Regiment in Canada [...] (Toronto, 1886).— Canada, chambre des Communes, Debates, 13 avril 1880.— Telegrams of the North-West campaign, 1885, Desmond Morton et R. H. Roy, édit. (Toronto, 1972).— Globe, 16 juill. 1885.— Canadian biog. dict., I.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose), I.— Wallace, Macmillan dict.— G. T. Denison, Soldiering in Canada ; recollections and experiences (Toronto, 1900).— Desmond Morton, The last war drum : the North West campaign of 1885 (Toronto, 1972) ; Ministers and generals : politics and the Canadian militia, 1868–1904 (Toronto et Buffalo, N.Y., 1970).

Bibliographie générale

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Desmond Morton, « WILLIAMS, ARTHUR TREFUSIS HENEAGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/williams_arthur_trefusis_heneage_11F.html.

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Auteur de l'article:   Desmond Morton
Titre de l'article:   WILLIAMS, ARTHUR TREFUSIS HENEAGE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   16 avril 2014