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MIDDLETON, sir FREDERICK DOBSON, officier dans l’armée et dans la milice, né le 4 novembre 1825 à Belfast (Irlande du Nord), troisième fils du major général Charles Middleton et de Fanny Wheatley ; décédé le 25 janvier 1898 à Londres.

Frederick Dobson Middleton fit ses études en Angleterre, à la Maidstone Grammar School et au Royal Military College de Sandhurst. Le 30 décembre 1842, il obtint, sans l’acheter, un brevet d’officier dans le 58th Foot. Deux ans plus tard, ce régiment fut envoyé en Nouvelle-Galles du Sud (Australie) et assura la surveillance sur des navires de convicts pendant le voyage. Posté à la célèbre colonie pénitentiaire de l’île Norfolk, Middleton fut détaché en 1845 en Nouvelle-Zélande avec son régiment pour mater la rébellion commandée par le chef maori Hone Henke. Pendant cette campagne difficile et dangereuse, on le cita dans des dépêches pour son courage à la prise de la place forte du chef maori Kawiti, puis pour son rôle dans la défaite d’une attaque maorie contre Wanganui.

Le 18 août 1848, Middleton combla une lieutenance vacante dans le 96th Foot, que l’on envoyait en Inde. Un officier jeune et impécunieux y avait des chances de combattre et d’avoir de l’avancement. Le 6 juillet 1852, après qu’il eut réussi un examen de topographie, on annonça sa promotion au grade de capitaine. En 1855, il commanda une troupe de cavalerie au moment de la répression de la rébellion des Santals et mérita des remerciements du gouvernement indien. Quand le 96th Foot rentra en Angleterre, en juin de la même année, il passa au 29th Foot, qui servait alors en Birmanie.

C’était une heureuse décision. À l’été de 1857, la révolte des cipayes éclata ; on muta alors Middleton à Calcutta, où il servit à titre d’officier d’ordonnance. En cette époque où les généraux donnaient leurs ordres sur le champ de bataille, les officiers d’état-major vivaient dangereusement. Deux actes de bravoure valurent à Middleton d’être recommandé pour la croix de Victoria, nouvellement instituée, mais lord Clyde, commandant en chef en Inde, décida que les officiers d’état-major n’auraient pas droit à cette décoration. Middleton reçut plutôt, le 20 juillet 1858, le grade de major. Pendant la mutinerie, il fut l’un de ceux qui eurent l’idée de faire monter à cheval les soldats d’infanterie pour accroître leur mobilité. Bien que cette innovation n’ait guère été révolutionnaire sur le plan tactique, elle parut suffisamment hérétique dans cette année de conservateurs aux vues étriquées pour que Middleton, sir Henry Marshman Havelock-Allan et d’autres fassent figure de progressistes.

Middleton rentra en Angleterre en 1859 avec le 29th Foot. En 1861–1862, il servit à Gibraltar et à Malte. Sachant qu’il ne pourrait jamais se payer un grade plus élevé, il chercha à obtenir de l’avancement en acquérant une formation professionnelle. Il décrocha un certificat de première classe à la School of Musketry de Hythe, dans le Kent, et s’inscrivit au Staff College de Camberley en décembre 1866. Le 29th Foot fut muté au Canada en juillet 1867 mais, comme il n’avait pas terminé ses études, Middleton ne le rejoignit qu’en août 1868. Après avoir passé six mois à Hamilton, en Ontario, il se mit à la demi-solde et occupa une série de fonctions d’état-major : d’avril 1869 à 1870, il fut successivement major de garnison à London, adjoint intérimaire au quartier-maître général à Montréal ainsi que sous-adjudant et quartier-maître général à titre temporaire.

Il subsiste peu de détails sur le premier mariage de Middleton ; sa femme s’appelait Mary Emily Hassall et venait de Haverfordwest, au pays de Galles. Devenu veuf, il épousa le 17 février 1870, à l’âge de 44 ans, Eugénie Doucet, fille du notaire montréalais Théodore Doucet. La même année, il retourna en Angleterre avec elle pour occuper un poste d’officier surveillant de l’instruction de garnison. Le 8 septembre 1874, on l’affecta au Royal Military College de Sandhurst à titre d’officier suppléant et d’assistant du directeur. L’abolition de l’achat des brevets et l’instauration de concours avaient modifié le rôle et la clientèle du collège. Au lieu d’être des écoliers, les cadets étaient désormais des officiers à titre provisoire. Middleton avait pour mission de transformer ce collège bien établi mais souvent turbulent, et ce ne fut pas facile. Il reçut en récompense le grade de colonel en juillet 1875, le poste de commandant en 1879 et le titre de compagnon de l’ordre du Bain en 1881. À l’été de 1884, il pouvait entrevoir la fin d’une carrière honorable mais nullement brillante et envisager de passer sa retraite dans une digne pauvreté, car il n’aurait que sa demi-solde pour assurer la subsistance de sa femme et de leurs deux jeunes enfants.

Le Canada s’offrait alors comme solution de rechange. En 1875, le gouvernement d’Alexander Mackenzie avait créé le poste d’officier général commandant de la milice, que l’on devait confier à un colonel britannique. Ainsi un homme d’expérience se trouverait à la tête des troupes, et le gouvernement britannique serait rassuré de voir le Canada assumer ses responsabilités en matière de défense. Cette fonction était surtout une façade. La milice ne servait pas, sauf à l’occasion d’émeutes et d’autres désordres mineurs. Les bataillons des villes faisaient l’exercice en salle et organisaient des rencontres mondaines et des activités athlétiques pour leurs membres, et l’autre moitié des 40 000 miliciens ne s’entraînaient que 12 jours tous les deux ans. La majeure partie du budget annuel de la défense, soit un million de dollars, était dépensée au bénéfice du parti au pouvoir ; ce fut particulièrement le cas à compter de 1880, l’année où Adolphe-Philippe Caron* devint ministre de la Milice et de la Défense. La situation se gâta pour le deuxième officier général commandant, le major général Richard George Amherst Luard ; c’était un homme énergique et désireux d’appliquer des réformes, mais il était caustique et eut des démêlés avec son ministre et d’autres hommes politiques.

Comme Middleton était impatient de revenir au Canada, il exploita les relations qu’il y avait. En 1883, il félicita Caron d’avoir fait adopter une nouvelle loi sur la milice et d’avoir porté la troupe permanente à 750 hommes. La famille de sa femme fit mousser sa candidature au poste d’officier général commandant, tout comme l’avocat torontois Christopher Robinson*. « Je n’ai jamais rencontré, affirma celui-ci au premier ministre, un homme qui soit moins « soldat, et rien d’autre », ou qui soit davantage capable de s’adapter partout et à toutes les sortes de gens. » En 1884, le ministère britannique de la Guerre muta Luard à une autre fonction. Le gouverneur général lord Lorne [Campbell*] et son successeur, lord Lansdowne [Petty-Fitzmaurice*], avaient tous deux insisté pour que Middleton lui succède. Caron, qui le favorisait aussi, écarta les pressions des hommes politiques qui voulaient que le commandement passe à quelqu’un d’autre.

Les journalistes qui rencontrèrent Middleton à Québec le 13 juillet 1884 le décrivirent comme un homme rougeaud, très court et sympathique. Il comprit vite ce que l’on attendait de lui en échange de son grade temporaire de major général et de son salaire de 4 000 $. Il fit la tournée des camps de milice de l’est du Canada, rapporta que les nouvelles écoles de cavalerie et d’infanterie fondées par Caron avaient « fait des merveilles » et affirma, au sujet du Royal Military College of Canada à Kingston : « il y a en Europe très peu d’établissements d’un genre semblable qui l’égalent et aucun qui le surpasse ». Ses opinions plus sévères sur la situation canadienne, il les exprimait dans ses lettres au duc de Cambridge, commandant en chef de l’armée britannique. Cette année-là, Caron créa une commission sur les mesures de défense du Canada, mais Middleton y consacra peu de temps ; le secrétaire de la commission, Colin Campbell, grommela que Middleton était trop occupé à patiner.

Le 23 mars 1885, on apprenait à Ottawa que le chef métis Louis Riel* avait pris des otages près de Batoche (Saskatchewan) et formé un gouvernement provisoire. On dépêcha Middleton à Winnipeg le jour même, à quelques heures d’avis. Il arriva le 27 mars, soit le lendemain de la bataille du lac aux Canards (lac Duck, Saskatchewan), où le lieutenant de Riel, Gabriel Dumont*, avait défait les hommes de Leif Newry Fitzroy Crozier*, officier de la Police à cheval du Nord-Ouest. « Affaire devient sérieuse, télégraphia Middleton à Caron. Mieux vaut envoyer tous soldats armée régulière et bons régiments de ville. » Puis il partit pour Qu’Appelle afin d’improviser la première campagne militaire du dominion.

Middleton avait 59 ans et son service actif aurait dû être terminé. Pourtant, sous des dehors de baderne, il cachait un courage et une résistance remarquables, beaucoup de bon sens et plus d’expérience de la guerre d’embuscades que n’en avaient la plupart des officiers britanniques aux états de service équivalents. Les difficultés auxquelles il faisait face étaient sérieuses. Même les « bons régiments de ville » manquaient d’entraînement, et leurs officiers ne savaient rien du métier de soldat. Les villages des Prairies lui demandèrent d’éparpiller ses hommes pour assurer leur défense. Ottawa le pressait d’être prudent. La logistique posait un problème de taille. « Ces canailles ont justement choisi le moment où les chemins seront quasi impraticables, comme la rivière, et où toutes les équipes doivent se mettre aux semailles presque immédiatement. »

Résolu à frapper à Batoche avant que la rébellion ne s’étende, Middleton quitta Qu’Appelle le 6 avril. Des troupes venues de l’Est le rejoignirent en chemin ou se rendirent à Swift Current, d’où elles devaient descendre la Saskatchewan-du-Sud par vapeur. On dépêcha deux bataillons québécois à Calgary, où ils allaient affronter des Indiens et non des Métis (puisque ceux-ci étaient francophones). La nouvelle du massacre survenu au lac La Grenouille (lac Frog, Alberta) [V. Kapapamahchakwew*] et une directive ferme de Caron forcèrent Middleton à diriger la colonne parvenue à Swift Current vers le nord jusqu’à Battleford. Pour se préparer à encercler les Métis à Batoche, la moitié de ses 800 hommes durent traverser la rivière sur un bac.

Jusque-là Riel et Dumont avaient rendu la tâche facile à Middleton en restant sur la défensive. Cependant, le 24 avril, il tomba sur Dumont et ses hommes, qui occupaient une bonne position au ruisseau Fish. Ses éclaireurs évitèrent une embuscade, mais les miliciens inexpérimentés se laissèrent impressionner par les coups de feu et furent incapables de repousser les Métis et les Indiens. Pour leur donner du cran, Middleton s’exposa avec témérité ; ses deux aides de camp furent blessés. À la tombée de la nuit, les deux camps se replièrent. Les troupes canadiennes avaient alors perdu 6 hommes et comptaient 49 blessés.

Middleton avait presque perdu confiance en ses hommes et sa foi en une victoire facile s’était affaiblie. Il dit à Caron que les troupes s’étaient bien conduites mais ajouta : « je dois confesser [...] qu’il a bien failli en être autrement ». La perte de jeunes gens « qui pensaient qu’on les envoyait en pique-nique », écrivit-il au duc de Cambridge, l’avait ébranlé. Le vapeur qu’on avait promis d’envoyer, le Northcote, n’était pas encore arrivé. Frustré et épuisé par les nuits passées à inspecter les avant-postes, Middleton trouvait à redire contre tout le monde, dont l’excentrique major général Thomas Bland Strange*, commandant du district de l’Alberta, le major général John Wimburn Laurie, qui supervisait les approvisionnements à Swift Current, et le lieutenant-colonel William Dillon Otter*, qui avait commis l’erreur d’attaquer le camp du chef cri Poundmaker [Pītikwahanapiwīyin**] au mont Cut Knife. « [Otter] est aussi inexpérimenté que ses hommes », se plaignit Middleton à Caron. Le Northcote arriva le 5 mai avec des provisions et l’hôpital de campagne. À ce moment, Middleton avait recouvré son moral et dressé de nouveaux plans, tandis que ses soldats, réunis du côté est de la rivière, s’impatientaient des retards. Deux jours plus tard, il quitta la rive à la tête de ses troupes, qui comptaient quelque 900 hommes. Tôt le 9 mai, ils avancèrent sur Batoche en venant du côté des terres, pendant que le Northcote ferait diversion sur la rivière. Le vapeur arriva une heure trop tôt, perdit ses cheminées et son mât lorsque les Métis retirèrent de l’eau un câble de touage, et s’enfuit en aval sous un feu nourri. L’escarmouche donna à Middleton le temps de s’approcher, mais il s’arrêta pour bombarder le village, ce qui permit aux Métis de regagner péniblement leurs positions. Comme au ruisseau Fish, ses hommes étaient nerveux et à découvert. S’il avançait, il risquait gros ; s’il battait en retraite, ce pourrait être la panique. Il recula donc pour étudier la situation.

Finalement, les Métis n’attaquèrent pas ; les 10 et 11 mai, les miliciens firent des sorties qui leur infligèrent peu de pertes, et Middleton put concevoir un plan en voyant que les Métis, à cause de leur faiblesse numérique, devaient courir du sud à l’est pour défendre les abords de Batoche. Au matin du 12 mai, il se mit en route avec sa cavalerie pour feindre une attaque à partir de l’ouest. Au moment où les Métis répliqueraient, le bruit de son canon annoncerait à son infanterie qu’il était temps d’attaquer à partir du sud-est. Cependant, l’infanterie n’entendit pas le canon et n’avança pas. Furieux, Middleton engueula vertement ses officiers, dont le lieutenant-colonel Arthur Trefusis Heneage Williams*, puis se retira pour déjeuner.

Dans l’après-midi, lorsque l’infanterie se mit en branle pour reprendre les positions occupées le 9 mai, les officiers et les hommes de troupe bouillonnaient d’indignation et de frustration. Les hommes de Williams, sur le flanc gauche, dégagèrent le terrain et continuèrent d’avancer. Les autres suivirent. Bientôt, plusieurs centaines de miliciens descendirent la colline en criant et en tirant. Middleton quitta sa tente en vitesse pour organiser les manœuvres d’appui. Épuisés, à court de munitions, les Métis ne pouvaient faire grand-chose. Dès la tombée de la nuit, ils s’étaient éparpillés, et la milice pillait Batoche. Tour à tour, Middleton se félicitait de la victoire et condamnait la folle entreprise qui, ce jour-là, avait fait 5 morts et 25 blessés.

La chute de Batoche et la reddition de Riel, le 15 mai, signifièrent la fin de la rébellion des Métis. Après avoir prêté sa capote à Riel, qui grelottait, Middleton l’envoya vers le sud pour qu’on le remette entre les mains de la justice. À la tête de ses troupes, il se rendit ensuite à Prince Albert, et bifurqua vers l’ouest pour aller à Battleford accepter la reddition de Poundmaker. Pendant quelques semaines, la milice tenta de rattraper Gros Ours [Mistahimaskwa*], mission dans laquelle le vieux général montra peu de génie. Le 22 juin, ayant récupéré les derniers prisonniers des Indiens, les troupes purent prendre le chemin du retour.

Le gouvernement avait confié à Middleton des hommes non entraînés et des officiers sans expérience. Il les avait conduits à travers des dangers et des difficultés dont ils ne concevaient pas toute l’ampleur. La victoire était venue bien plus tôt que les probabilités ne l’annonçaient. En lisant son rapport officiel sur la campagne, ainsi qu’une série d’articles qu’il publia en 1893–1894, on sent qu’il croyait posséder la sagesse et l’omniscience qui sont l’apanage des vieux généraux. Pas plus que la plupart des historiens, il ne reconnut à quel point Riel et Dumont avaient contribué à leur propre défaite. Tout de même, il avait écarté de mauvais conseils, surmonté les obstacles et gagné. Il reçut des remerciements du Parlement du Canada, un cadeau de 20 000 $ du gouvernement canadien, un titre de chevalier le 25 août 1885, la confirmation de son grade local de major général et, du gouvernement britannique, une rente annuelle de £100 pour ses remarquables états de service.

Parmi les subordonnés de Middleton, rares furent ceux qui se joignirent à ce concert de louanges. Ses hommes de troupe reconnaissaient son courage mais le trouvaient pompeux et irritable. Ses subordonnés canadiens avaient été exclus de son petit cercle d’officiers britanniques. Pour une foule de raisons – les événements de Batoche et la préférence de Middleton pour les éclaireurs de l’Ouest [V. Charles Arkoll Boulton ; John French*] par rapport à la cavalerie de la milice de l’Est – les officiers canadiens se sentaient contrariés. Ils trouvèrent leur héros et martyr en la personne de Williams, qui mourut de la fièvre typhoïde sur le chemin du retour. Les rancunes s’intensifièrent quand on vit que seul le général était décoré. On l’en blâma mais, en fait, c’était la faute de Caron. Comme les rares décorations que la Grande-Bretagne réserverait aux officiers de milice pour une expédition aussi mineure ne pourraient satisfaire toutes les ambitions, le ministre, perspicace, avait décidé de n’en décerner aucune.

Après avoir témoigné au procès de Riel, Middleton reprit ses fonctions habituelles. Le ministère britannique de la Guerre lui annonça qu’il ne toucherait pas sa demi-solde pendant qu’il servirait au Canada. C’était un dur coup sur le plan financier, contre lequel Caron, sir John Alexander Macdonald et Lansdowne protestèrent, mais qu’Ottawa refusa manifestement d’amoindrir en ne haussant pas le salaire de 4 000 $ qui lui était alloué. En 1887, le ministère de la Guerre l’inscrivit sur la liste des retraités, en lui décernant le grade honoraire de lieutenant général, et présuma que la fonction d’officier général commandant irait à un homme plus jeune. Caron souligna que le travail de Middleton était tout à fait satisfaisant et que son départ pourrait nuire aux importantes réformes militaires auxquelles lui-même songeait. Il s’arrangea donc pour que le mandat de Middleton ne se termine qu’en 1892. « J’espère et crois sincèrement, écrivit celui-ci, que vous ne regretterez jamais d’être intervenu dans cette affaire. »

En réalité, Middleton n’éprouvait plus guère d’affection pour les Canadiens ni pour leurs hommes politiques. « Si seulement j’étais nommé ailleurs, écrivit-il à lord Melgund [Elliot*], secrétaire militaire de Landsdowne, je n’hésiterais pas à quitter ce pays d’hommes vaniteux, ivrognes, menteurs et corrompus, mais je ne peux, pas me permettre de tout « envoyer promener. » A cause du régime de favoritisme, il n’eut pas grand-chose à dire sur les nouvelles écoles pour la milice à London et à Winnipeg ni sur la nouvelle garnison permanente d’Esquimalt en Colombie-Britannique. À son avis, il eut mieux valu organiser la défense à Vancouver, terminus du chemin de fer canadien du Pacifique, plutôt qu’à Esquimalt mais, tout comme sa proposition de faire de la Police à cheval du Nord-Ouest une infanterie à cheval, ses idées avaient peu de poids, et il les gardait pour lui-même et son ministre. En 1887, on créa une nouvelle commission sur la défense, mais il la convoqua une seule fois. Il trouvait quand même que le Canada demeurait un bon endroit pour un homme aux moyens modestes, amateur de sports de plein air et pénétré de sa propre importance. À mesure que l’heure de la pleine retraite approchait, il espérait devenir président d’une compagnie d’assurances.

Soudain, la carrière de Middleton fut ruinée. À Battleford, un Métis nommé Charles Bremner, arrêté en mai 1885, découvrit à sa libération que ses fourrures, entreposées par la Police à cheval du Nord-Ouest, avaient disparu. D’un indice à l’autre, on remonta jusqu’à Middleton et jusqu’aux membres de son état-major, dont Samuel Lawrence Bedson. Voyant les preuves s’accumuler, Middleton exigea une enquête. À sa comparution devant un comité spécial de la chambre des Communes, le 1er avril 1890, il se révéla un témoin évasif et antipathique. S’il avait fait saisir les fourrures, quelqu’un les avait ensuite volées. « Je croyais que c’était moi l’autorité là-bas, dit-il aux membres du comité. Je pouvais faire à peu près tout ce que je voulais à condition que ce soit dans les limites du raisonnable. » Le comité ne fut pas d’accord avec lui : les saisies étaient « injustifiables et illégales », et sa conduite, « hautement inconvenante ».

Bien vite, les blâmes se mirent à pleuvoir sur Middleton. Il « a déprécié sa haute position, jeté la disgrâce sur l’uniforme d’officier britannique et altéré l’idéal du gentleman anglais », déclara le Globe. Le gouvernement le désavoua. En juillet, blessé et dépassé par les événements, il démissionna. Macdonald insista pour que Caron efface toute trace de sympathie de la lettre qui accusait réception de sa démission, de peur qu’elle ne suscite « des commentaires sévères au Parlement ». Pour se défendre, Middleton publia une lettre intitulée Parting address to the people of Canada. Il y rejetait les allégations de Bremner et, pour répondre à une autre accusation douloureuse, énumérait le nom des officiers qu’il avait recommandé de décorer en 1885. C’était une erreur. La fureur de ceux qu’il ne nommait pas n’eut d’égale que la colère de ceux qui s’estimaient dignes d’une plus haute distinction. « Ce pauvre Middleton, nota Caron, a fait un véritable gâchis. »

Sir Frederick Dobson Middleton, les autorités britanniques en étaient convaincues, avait été victime d’une conspiration politique. Rentré en Angleterre avec sa famille, il passa ses dernières années à écrire sur des sujets comme le sport et l’infanterie à cheval pour des publications aussi différentes que le United Service Magazine et le Boy’s Own Paper. Son dernier compte rendu de la campagne de 1885, qui parut en 1893–1894, ranima l’indignation de ses détracteurs canadiens. En 1896, on le nomma gardien des joyaux de la couronne – belle revanche contre ceux qui l’avaient chassé du Canada comme un voleur. Jusqu’à la fin, il conserva la forme : il faisait de la marche tous les jours et allait patiner chaque fois qu’il le pouvait. Il mourut subitement dans ses quartiers de la Tour de Londres.

Desmond Morton

Nous remercions les Royal Arch., Windsor Castle (Windsor, Angl.) de nous avoir fourni des copies des rapports de Frederick Dobson Middleton à son commandant en chef, le duc de Cambridge.

Middleton est l’auteur de plusieurs articles et brochures, dont un des plus important pour sa carrière canadienne fut Parting address to the people of Canada (Toronto, 1890). Le compte rendu de la rébellion de 1885 qu’il publia en série dans le United Service Magazine (Londres) en 1893–1894 fut publié en volume sous le titre de Suppression of the rebellion in the North West Territories of Canada, 1885, G. H. Needler, édit. (Toronto, 1948).

AN, MG 26, A ; MG 27, I, D3 ; II, B I.— ANQ-M, CE1-33, 17 févr. 1870.— National Library of Scotland (Édimbourg), Dept. of mss, 12446–12587.— [C. A.] Boulton, Reminiscences of the North-West rebellions, with a record of the raising of Her Majesty’s 100th Regiment in Canada, and a chapter on Canadian social & political life (Toronto, 1886).— Canada, chambre des Communes, Journaux, 1890, app. 1 ; Parl., Doc. de la session, 1886, n° 6a.— Globe, 27 juin 1890.— Times (Londres), 26 janv. 1898.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), 1.— Hart’s army list, 1842–1887.— Desmond Morton, The last war drum : the North-West campaign of 1885 (Toronto, 1972) ; Ministers and generals : politics and the Canadian militia, 1868–1904 (Toronto et Buffalo, N. Y., 1970).

Bibliographie générale

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Desmond Morton, « MIDDLETON, sir FREDERICK DOBSON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/middleton_frederick_dobson_12F.html.

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Auteur de l'article:   Desmond Morton
Titre de l'article:   MIDDLETON, sir FREDERICK DOBSON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 octobre 2014