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WILLIAMS, THOMAS (aussi connu sous les noms de Tehoragwanegen, Teholagwanegen, Tehora Kwanekeu et Thomas Théoragwanegon), chef iroquois, né vers 1758 à Caughnawaga (Kahnawake, Québec) ; décédé le 16 septembre 1848.

Petit-fils d’Eunice Williams* et arrière-petit-fils du révérend John Williams*, de Deerfield, au Massachusetts, Thomas Williams était le fils de Sarah Williams et d’un Indien de Caughnawaga dont on ignore l’identité. Élevé dans la communauté catholique indienne de Caughnawaga, peut-être par sa tante maternelle, il passa des saisons de chasse dans la région du lac Saint-Sacrement (Lake George, New York), et son enfance n’eut apparemment rien d’exceptionnel pour un Indien. Au début des années 1770, il fut recruté par Levi Frisbie, un agent d’Eleazar Wheelock, pour aller à la Moor’s Indian Charity School, à Hanover, New Hampshire. Williams accepta l’invitation mais ne put y donner suite parce qu’il contracta une maladie (peut-être la variole).

Williams devint chef à Caughnawaga en 1777 et il commanda, cette année-là, un groupe d’Indiens alliés du major général John Burgoyne*, au cours des batailles du fort Ticonderoga (près de Ticonderoga, New York), de Bennington, dans le Vermont, et de Saratoga (Schuylerville, New York). Son fils et biographe, Éléazar Williams*, a prétendu qu’il chercha principalement à éviter « toute effusion de sang [chez les Américains] », mais cette assertion est peu plausible, et il est impossible de faire le détail de ses activités. D’après la même source, Williams participa l’année suivante à un raid infructueux dans la vallée de la Mohawk. En mars 1780, il accomplit une audacieuse mission avec le lieutenant Joseph Launière, du département des Affaires indiennes. Les membres de l’expédition lancèrent une attaque contre la base américaine de Machias (Maine) mais se retirèrent rapidement à cause de leur infériorité numérique. Ils retournèrent ensuite à Québec, après avoir remis des dépêches aux Britanniques de fort George (Castine, Maine). En mai, Williams aurait accompagné l’expédition de sir John Johnson* dans la vallée de la Mohawk. Il aurait également été sur place lors de l’attaque dirigée contre le colonel Frederick Visscher et sa famille. Pendant cette période, il participa aussi aux raids menés par le lieutenant Richard Houghton contre des localités frontalières américaines, et la dernière fois qu’il servit ainsi la cause britannique ce fut le 16 octobre 1780, à l’attaque du village de Royalton, dans le Vermont.

Après la guerre, Williams reprit ses activités saisonnières dans le nord de l’état de New York et fit la connaissance des fonctionnaires de l’endroit. Pendant plusieurs années, à partir de 1793 et peut-être même de 1789, il fut l’un des représentants des Sept-Nations du Canada, en compagnie notamment d’Atiatoharongwen*, d’Ohnaweio (Gond Stream) et de William Gray, aux négociations avec l’état de New York concernant des revendications territoriales dans la région de la mission Saint-Régis. Les Sept-Nations du Canada, ainsi que se désignaient eux-mêmes les Indiens des différentes missions catholiques, étaient composées des Iroquois de Caughnawaga et de Saint-Régis (Akwesasne), des Iroquois, des Algonquins et des Népissingues de Lac-des-Deux-Montagnes (Oka), des Hurons de Jeune-Lorette (Wendake) et des Abénaquis de Saint-François-de-Sales (Odanak). Cet ensemble était à la fois distinct et géographiquement séparé de la ligue des Six-Nations. En 1796, Williams fut l’un des signataires du traité qui établit St Régis Reservation dans l’état de New York. L’année suivante, d’après son fils, les autorités britanniques à Québec lui confièrent une mission secrète de reconnaissance au lac Champlain. Le succès de cette mission contribua à briser un complot qu’aurait tramé David McLane*.

À l’exemple de sa grand-mère Eunice, Williams visitait périodiquement ses parents de la Nouvelle-Angleterre et, en 1800, il emmena deux de ses fils à Longmeadow, au Massachusetts, pour leur faire suivre des études. Au printemps de 1803, la McTavish, Frobisher and Company l’engagea pour faire partie d’un convoi de trafiquants de fourrures à destination du fort Moose (Moose Factory, Ontario). Williams accompagna ainsi les trafiquants dans l’Ouest, comme d’autres Iroquois de Caughnawaga, dont certains se rendirent au delà de la rivière Rouge jusqu’aux Prairies et aux montagnes Rocheuses.

Durant la guerre de 1812, Williams fut du groupe d’Indiens qui partirent de Caughnawaga, en 1813, pour se ranger du côté des Américains, acceptant une invitation permanente du président Thomas Jefferson. Le général américain Henry Dearborn témoigna de son influence en persuadant un grand nombre d’Indiens du Bas-Canada de ne pas s’insurger contre les Américains. Il recommanda que Williams soit récompensé pour sa collaboration. Le comité de la Chambre des représentants pour les affaires militaires reconnut plus tard officiellement les services rendus pendant la guerre par Williams (d’après son fils, il aurait, entre autres, participé à la bataille de Plattsburgh). Pendant plusieurs années, Williams et ses héritiers présentèrent des requêtes à des comités du Congrès. Ils reçurent un soutien occasionnel, mais rien n’indique que le gouvernement américain ait jamais accordé à Williams une pension en reconnaissance de ses services ou une compensation pour ses biens perdus au Bas-Canada, dont la valeur se situait entre 7 000 et 14 000 dollars. Comme Williams avait épousé la cause américaine, il lui était devenu impossible de retourner à Caughnawaga et, en 1816, il s’était installé à la St Régis Reservation. Il continua, par la suite, à représenter sa tribu dans ses pourparlers avec l’état de New York, agissant comme délégué aux négociations de 1816, de 1818 et de 1824 et, enfin, pour la conclusion du traité de 1825 qui précisait les limites de la réserve.

Williams avait épousé Konwatewenteta (Konantewanteta), appelée aussi Mary Ann Rice, le 7 janvier 1779. Le couple eut 12 ou 13 enfants entre 1780 et 1807. La plupart des renseignements concernant la vie de Williams proviennent de son fils Éléazar, qui devint missionnaire chez les Onneiouts et à Saint-Régis et qui, plus tard, profitant du fait que sa date de naissance n’était consignée nulle part, chercha à se faire passer pour le « dauphin disparu » de France. Les informations contenues dans son œuvre sont sujettes à caution : on doit les considérer comme douteuses tant qu’elles ne sont pas confirmées par d’autres données.

On ne sait quand Thomas Williams retourna à Caughnawaga, mais il s’y trouvait certainement depuis longtemps lorsqu’il mourut, « dans sa 90e année ». Sa veuve y demeura elle aussi jusqu’à sa mort, survenue le 1er mai 1856, et ses descendants y habitent encore.

Geoffrey E. Buerger

ANQ-M, CN1-74, 25 avril 1803.— BL, Add. mss 21771, 21773, 21777, 21792–21793, 21809–21810 (mfm aux APC).— Mo. Hist. Soc. (St Louis), Eleazer Williams coll.— Wis., State Hist. Soc., Eleazer Williams papers.— É.-U., House of Representatives report, 31st Congress, 2nd session, no 89, 3 mars 1851 ; 34th Congress, 3rd session, nº 83, 16 janv. 1857 ; 35th Congress, 1st session, no 303, 17 avril 1858 ; 35th Congress, 1st session, no 459, 29 mai 1858 ; Senate report, 31st Congress, 2nd session, no 311, 20 févr. 1851 ; 35th Congress, 1st session, no 86, 24 févr. 1858.— New England Hist. and Geneal. Reg. (Boston), 3 (1849) : 103.— N.Y., Commissioners of Indian Affairs, Proceedings of the Commissioners of Indian Affairs [...], introd. de F. B. Hough (2 vol. en 1, Albany, N.Y., 1861).— Boston Daily Journal, 17 oct. 1848.— Handbook of American Indians north of Mexico, F. W. Hodge, édit. (2 vol., Washington, 1907–1910), 2 : 723–724.— E. J. Devine, Historic Caughnawaga (Montréal, 1922).— J. H. Hanson, The lost prince : facts tending to prove the identity of Louis the Seventeenth, of France, and the Rev. Eleazar Williams, missionary among the Indians of North America (New York, 1854).— F. B. Hough, A history of St. Lawrence and Franklin counties, New York, from the earliest times to the present time (Albany, 1853).— W. W. Wight, Eleazer Williams – his forerunners, himself (Milwaukee, Wis., 1896).— Eleazer Williams, Life of Te-ho-ra-gwa-ne-gen, alias Thomas Williams, a chief of the Caughnawaga tribe of Indians in Canada (Albany, 1859).

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Geoffrey E. Buerger, « WILLIAMS, THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/williams_thomas_7F.html.

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Auteur de l'article:   Geoffrey E. Buerger
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   17 avril 2014