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ATIATOHARONGWEN (Thiathoharongouan, qui signifie « son corps est détaché de la potence » ou encore « celui qui renverse les gens » ; connu aussi sous les noms de Louis Atayataghronghta, de Louis Cook et de Colonel Louis), chef agnier de Caughnawaga et de Saint-Régis, né vers 1740 à Saratoga (Schuylerville, New York) ; décédé en octobre 1814 près de la frontière du Niagara.

Atiatoharongwen était fils d’un Noir et d’une Abénaquise de Saint-François. Tous trois furent faits prisonniers lors d’une attaque française contre Saratoga – celle, probablement, que mena en 1745 Paul Marin* de La Malgue. Le père d’Atiatoharongwen devint domestique à Montréal ; quant au garçon, il fut délivré par les Indiens de Caughnawaga après avoir été détenu par un officier français qui, le croyant de race noire, l’avait réclamé comme butin de guerre. La mère et le fils allèrent dès lors vivre avec les Indiens de Caughnawaga. Atiatoharongwen s’attacha bientôt au missionnaire jésuite Jean-Baptiste Tournois* et se convertit par la suite au catholicisme. Bien qu’il fût toute sa vie analphabète, Atiatoharongwen parlait couramment l’agnier, le français et l’anglais. De toute évidence, ce garçon était doué d’une vive intelligence et il s’intéressa très tôt aux réunions du conseil de la tribu.

Avec d’autres guerriers de Caughnawaga, Atiatoharongwen servit aux côtés des Français pendant la guerre de Sept Ans. Il participa à la campagne contre le major général Edward Braddock, en 1755, et fut blessé au cours d’un accrochage avec les Britanniques à Carillon (près de Ticonderoga, New York), au printemps de 1756. Au mois d’août de la même année, il prit part à la prise de Chouaguen (ou Oswego ; aujourd’hui Oswego, New York) [V. François-Pierre de Rigaud* de Vaudreuil] et, en juillet 1758, il se battit contre James Abercromby* à Carillon, où sa bravoure, son adresse et sa connaissance du français lui avaient valu le commandement d’un parti d’Indiens. Il fut aussi présent, avec les forces indiennes de François de Lévis*, lors de l’attaque contre Québec, en avril 1760.

La guerre terminée, Atiatoharongwen retourna à Caughnawaga, où il épousa, le 11 juillet 1763, Marie-Charlotte. Quelque temps avant le début de la Révolution américaine, il alla s’installer aux environs de la réserve de Saint-Régis. N’ayant jamais accepté la domination britannique, il s’attacha fortement à la cause américaine en 1775 ; et si la plupart des Indiens de Caughnawaga préférèrent la neutralité, il en convainquit un petit nombre de prendre parti pour les Américains. Il rendit visite au général George Washington à son camp de Cambridge, au Massachusetts, en août 1775, et lui fit part des dispositions favorables tant des Indiens que des Canadiens envers les colons américains. Plus tard, la même année, il retourna dans la province de Québec à titre de messager chargé d’assister le général de brigade Richard Montgomery* au cours de son expédition. Par la suite, il servit les Américains en de nombreuses occasions, soit comme éclaireur, soit comme messager.

Lorsque Atiatoharongwen rendit de nouveau visite à Washington en janvier 1776, il lui offrit de lever de 400 à 500 hommes. Washington hésita à accepter, n’étant point sûr que l’apport des Indiens justifiât les dépenses que nécessiterait leur engagement. Le major général Philip John Schuyler lui conseilla de ne pas faire appel à eux si, disait-il, « nous pouvons décemment écarter leur offre ». En 1777, Atiatoharongwen commanda les Indian Rangers, compagnie attachée au 1 st New York Régiment ; cette année-là, il dirigea un parti d’Onneiouts et de Tuscarorens lors de la victoire américaine sur le major général John Burgoyne*, près de Saratoga, où ses guerriers se distinguèrent par leur bravoure. Le 15 juin 1779, Atiatoharongwen se vit accorder par le deuxième Congrès continental, à titre de récompense, une commission de lieutenant-colonel. En octobre 1781, à la tête de 60 guerriers des villages onneiouts, il aida le lieutenant-colonel Marinus Willet à repousser le major John Ross* qui avait lancé un raid dans la vallée de la Mohawk.

Après la guerre, Atiatoharongwen vécut chez les Onneiouts, probablement à Kañoˀalohaleˀ (Sherrill, New York), et quelque temps à Onondaga (près de Syracuse), où il épousa Marguerite (Monique) Thewanihattha (Tewennihata) avec qui il eut plusieurs enfants. Vers 1789, il retourna sur la terre qu’il possédait près de Saint-Régis et devint l’un des chefs de la réserve. Il se rendit à Philadelphie, en 1792, pour conférer avec le secrétaire d’État à la Guerre, Henry Knox, de la situation tendue dans la région de l’Ohio, que les Britanniques avaient refusé d’évacuer à la fin de la Révolution américaine, et il promit d’user de son influence pour y maintenir les Indiens en paix.

En 1796, une délégation formée d’Atiatoharongwen et de Thomas Williams [Tehoragwanegen*], entre autres, représenta les Indiens de Saint-Régis et de Caughnawaga, ainsi que leurs alliés, au cours des négociations avec le gouvernement de l’état de New York, en vue d’obtenir compensation pour de vastes portions de terre dont ils avaient perdu la jouissance. Le 31 mai, les délégués indiens signèrent à contrecœur un traité par lequel ils renonçaient à leurs revendications, moyennant £1 230 et une rente de £213. En butte : aux critiques de leurs compatriotes pour avoir signé cette entente, les délégués, et Atiatoharongwen en particulier, cherchèrent à rejeter le blâme sur Joseph Brant [Thayendanegea]. Ils le rendirent responsable des baux fonciers de 999 ans signés en 1787 et 1788, sur lesquels les Américains s’étaient appuyés pour affaiblir la position des délégués. En fait, Brant, comme du reste Atiatoharongwen lui-même, n’avait fait que servir de témoin lors de la signature de ces documents. Ce fut Atiatoharongwen que l’on choisit pour aller recueillir chaque année la rente garantie par le traité. Mais selon ce qu’écrivait en 1801 le missionnaire catholique de Saint-Régis, Roderic MacDonell, Atiatoharongwen « dérob[ait] la plus grande partie de l’argent et dispos [ait] des terres, sur la frontière américaine, sans consulter les Indiens » de Saint-Régis ou de Caughnawaga, lesquels en furent vexés au point de songer à engager des poursuites contre lui.

Des fonctionnaires britanniques des deux Canadas tentèrent sans succès d’amener Atiatoharongwen à renoncer à son allégeance américaine en lui promettant une pension. À vrai dire, rares étaient ceux qui, à Saint-Régis, avaient adopté son parti, ses fidèles ne comptant, d’après le témoignage de MacDonell en 1801, qu’« environ quatre familles ». Pendant la guerre de 1812, il reçut une nouvelle commission des Américains et participa aux campagnes menées à la frontière du Niagara. C’est là qu’il mourut, fort regretté de ses compagnons, des suites de blessures qu’il s’était infligées en tombant de cheval au cours d’une escarmouche. Il fut enseveli près de Buffalo, dans l’état de New York.

Selon l’historien Franklin Benjamin Hough, Atiatoharongwen était « grand et d’allure athlétique, large d’épaules et solidement charpenté ; il avait le teint très noir et ses cheveux, quelque peu bouclés, grisonnèrent quand il prit de l’âge ». Pour sa part, MacDonell le qualifiait de « Noir ». À cause des grands talents qu’il déploya tant à la guerre qu’au sein des conseils, ses alliés français et américains apprécièrent hautement ses services. Au contraire, ses entreprises furent une source constante d’irritation pour les autorités britanniques.

Barbara Graymont

Une petite esquisse au crayon de John Trumbull, représentant Atiatoharongwen et intitulée Col. Joseph Lewis, chief of the Oneida Indians, se trouve à la Gallery of Fine Arts, Yale Univ. (New Haven, Conn.). Cette esquisse ainsi que plusieurs autres devaient servir d’études pour la toile de Trumbull, Death of General Montgomery in the attack of Quebec, qui se trouve au même endroit. Toutefois, le peintre ne prétendait pas que les représentations d’Atiatoharongwen et de tous les autres personnages, sauf trois, dans cette peinture, ressemblaient nécessairement aux personnages eux-mêmes. Atiatoharongwen a fait peindre son portrait pendant une visite à Albany, N.Y., mais il est maintenant perdu.

La notice biographique d’Atiatoharongwen dans Franklin Benjamin Hough, A history of StLawrence and Franklin counties, New York, from the earliest times to the present time (Albany, 1853), 182–198, s’avère la plus complète et la plus significative que nous possédions. Elle est fondée sur un récit de sa vie raconté à Hough par Mary, une des filles du chef indien. Toutefois, l’affirmation de Hough voulant qu’Atiatoharongwen et ses parents aient été capturés à Saratoga (Schuylerville, N. Y.) « vers la fin de 1755 » ne semble pas juste, puisqu’elle contredit d’autres faits établis dans cette même notice et dans l’histoire de l’époque.

Dans Anthony Wayne [...] the Wayne – Knox – Pickering – McHenry correspondence, R. C. Knopf, édit. (Pittsburgh, Pa., 1960 ; réimpr., Westport, Conn., 1975), 59, on trouve une référence à Atiatoharongwen sous le nom, probablement erroné, de Quitawape.  [b. g.]

AP, Saint-François-Xavier (Caughnawaga), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 11 juill. 1763 ; Saint-Régis, Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 6 juill., 3 nov. 1801.— APC, RG 10, A1, 486 : 58–62 ; A6, 659 : 181407–181409.— National Arch. (Washington), Military record of Lewis Atayataghronghta ; Pension record of Nicholas Cusick ; RG 360, M247, roll 158, item 147, 3 : 391.— NYPL, Philip Schuyler papers, Indian boxes, box 14.— N.Y. State Library (Albany), New York State land papers, 42 : 135.— The balloting book, and other documents relating to military bounty lands in the state of New York (Albany, 1825), 140, 151.— É.-U., Congress, American state papers (Lowrie et al.), class 2, 1 : 123, 235, 616–620.— N.Y., Commissioners of Indian Affairs, Proceedings of the commissioners of Indian affairs [...], introd. de F. B. Hough (2 vol. en 1, Albany, 1861), 37–40, 73, 101, 122, 132s., 135, 139–141, 143, 150, 153–155, 176, 196, 222, 229, 231, 233, 272–274, 311, 349, 351, 353s., 358, 365.— George Washington, The writings of George Washington, from the original manuscript sources, 1745–1799, J. C. Fitzpatrick, édit. (39 vol., Washington, 1931 1944), 3 : 397s. ; 4 : 274s., 280.— Gallery of Fine Arts, Yale Univ., Key to « Death of General Montgomery in the attack of Quebec » (s.d.).— Handbook of American Indians (Hodge), 2 : 723.— F. B. Hough, A history of StLawrence and Franklin counties [...], supra, 126–146.— J. R. Simms, Frontiersmen of New York, showing customs of the Indians, vicissitudes of the pioneer white settlers, and border strife in two wars (2 vol., Albany, 1882–1883) ; History of Schoharie County, and border wars of New York [...] (Albany, 1845).— Eleazer Williams, Life of Te-ho-ra-gwa-ne-gen, alias Thomas Williams, a chief of the Caughnawaga tribe of Indians in Canada [...] (Albany, 1859), 44s.

Bibliographie générale

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Barbara Graymont, « ATIATOHARONGWEN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 15 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/atiatoharongwen_5F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   15 septembre 2014