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WOODMAN, ELIJAH CROCKER, homme d’affaires et patriote, né le 22 septembre 1797 à Buxton (Maine), fils d’Edmund Woodman et de Lydia Crocker ; en février 1819, il épousa Apphia Elden, de Buxton, et ils eurent trois fils et quatre filles ; décédé le 13 juin 1847 près des îles Juan Fernández.

Elijah Crocker Woodman, issu d’Américains de la sixième génération, travailla comme fermier, bûcheron et maçon avant de s’installer, en 1830, dans le Haut-Canada. Il construisit alors une scierie sur le ruisseau Big Otter, près de Dereham Forge (Tillsonburg). Deux ans plus tard, sa femme et ses enfants le rejoignirent dans cette région riche en bois d’œuvre. En 1836, il était associé à Reuben W. Lamb mais, par suite de la crise économique qui sévit cette année-là, son entreprise de bois s’effondra, ce qui le poussa à s’installer à London. Cette faillite, ajoutée au souci de réforme sociale qui devait l’animer en qualité d’universaliste, explique peut-être qu’il se soit rangé du côté des radicaux haut-canadiens.

Woodman ne participa ni à la tentative de soulèvement qu’organisa près de Toronto William Lyon Mackenzie* en décembre 1837 ni à celle que dirigea Charles Duncombe* dans le sud-ouest de la province. Cependant, comme il le reconnut plus tard, il aida les rebelles incarcérés à London en trouvant des témoins pour leur procès et en leur portant assistance en prison. Arrêté en juin 1838 sous l’accusation de leur avoir fait parvenir des couteaux et des limes, il passa l’été en prison, de toute évidence sans être jugé. Une fois libéré, à la fin d’août, il se rendit aux États-Unis, où il se joignit aux frères-chasseurs, ces patriotes canadiens et américains qui avaient juré de libérer le Canada de l’oppression britannique.

Au début de décembre, à bord du Champlain, Woodman quitta Detroit avec le groupe de patriotes qui projetaient d’envahir le Haut-Canada à partir de Windsor. À son procès, il allait prétendre que son navire devait se rendre à Black River, au Michigan, où il avait une affaire à traiter, mais qu’il avait été « entraîné de force » près de Windsor avec les envahisseurs. Apparemment, il participa d’une quelconque manière à l’escarmouche qui s’ensuivit [V. John Prince*] ais il réussit à prendre la fuite. Le 5 décembre, on l’arrêta sur la route de Chatham..

Emprisonné à London, Woodman passa en conseil de guerre au mois de janvier devant le juge-avocat Henry Sherwood*. Même s’il plaida non coupable, il confia à son journal personnel que, eu égard à sa famille, il avait prié pour être fusillé plutôt que pendu. Trouvé coupable d’« invasion pirate », il fut d’abord condamné à mort, puis à être déporté à la terre de Van Diemen (Tasmanie, Australie). Au début d’avril, on l’amena avec d’autres compagnons de prison à Toronto, en chariot, voyage qu’il a décrit en termes évocateurs dans son journal ; six semaines plus tard, on les transféra au fort Henry, à Kingston. En septembre, conduits à Québec, ils s’embarquèrent avec les prisonniers bas-canadiens sur le bâtiment de transport Buffalo. Pour Woodman, les quatre mois de traversée se déroulèrent sans incident et, dans l’ensemble, il les trouva moins durs que ses neuf mois d’incarcération.

Le navire arriva à Hobart Town (Hobart, Australie) le 12 février 1840 et, tandis que les prisonniers bas-canadiens reprenaient la mer pour se rendre à Sydney, on conduisait Woodman, Daniel D. Heustis et les autres prisonniers du Haut-Canada à la station routière de la baie Sandy, près de Hobart Town, pour travailler sur les routes. La discipline, surtout durant les premières semaines, fut extrêmement sévère. Woodman notait que le régime pénitentiaire était beaucoup plus « rigide » qu’il ne l’avait prévu (et encore son journal est-il le moins plaintif de tous ceux qu’ont laissés les patriotes) ; pourtant, comme l’un de ses compagnons, Linus Wilson Miller*, le signalait dans ses carnets, Woodman conservait une bonne humeur et un courage remarquables. En juin, il fit partie du groupe qu’on transféra à la station de Lovely Banks, où les conditions étaient encore pires. C’est là qu’après deux ans de travaux forcés il obtint sa libération conditionnelle et un emploi de charpentier et de constructeur de moulins à Mona Vale, le domaine de William Kermode, au nord de Hobart Town. En février 1844, Kermode appuya sa requête de grâce conditionnelle, qui ne lui fut jamais accordée. Il fut cependant gracié le 23 juillet 1845, ce qui lui permettait de rentrer au pays s’il en avait les moyens. Mais il était en mauvaise santé, approchait de la cinquantaine et était presque dans la misère. Franc-maçon depuis longtemps, il reçut une aide financière de la loge maçonnique de Hobart Town ; malgré cela, ce n’est que le 2 mars 1847, après avoir amassé assez d’argent pour le voyage de retour, qu’il put s’embarquer sur le Young Eagle, une baleinière qui se rendait aux États-Unis en passant par le cap Horn. Atteint de tuberculose, il déclina pendant la traversée et mourut le 13 juin au large des îles Juan Fernández. Deux jours plus tard, en vue de la côte sud-américaine, on jeta son corps à la mer.

Le Young Eagle fit naufrage peu après, mais une partie des journaux et des papiers d’Elijah Crocker Woodman purent être récupérés et finalement retournés à sa famille, qui vivait près de London. Sa fille Emeline avait épousé Elijah Leonard*, et leur fils Frank Elton Leonard, après avoir rassemblé ces documents et d’autres papiers de son grand-père, fit des copies de nombre d’entre eux.

George Rudé

Guillet, Lives and times of Patriots.— Fred Landon, An exile from Canada to Van Diemen’s Land ; being the story of Elijah Woodman, transported overseas for participation in the Upper Canada troubles of 1837–38 (Toronto, 1960).— M. G. Milne, « North American political prisoners : the rebellions of 1837–8 in Upper and Lower Canada, and the transportation of American, French-Canadian and Anglo-Canadian prisoners to Van Diemen’s Land and New South Wales » (thèse de B.A., Univ. of Tasmania, Hobart, Australie, 1965).

Bibliographie générale

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George Rudé, « WOODMAN, ELIJAH CROCKER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/woodman_elijah_crocker_7F.html.

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Auteur de l'article:   George Rudé
Titre de l'article:   WOODMAN, ELIJAH CROCKER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   23 octobre 2014