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ZIMMERMAN, BENJAMIN, homme d’affaires, juge de paix et leader communautaire, né le 23 juillet 1862 à Pereïaslav (Pereïaslav-Khmelnitskyi, Ukraine), fils de Nathan Zimmerman et d’une prénommée Hudel ; en 1887, il épousa à Winnipeg Minnie Schwartz (décédée en 1929), et ils eurent huit fils et une fille ; décédé le 12 septembre 1923 à Vancouver et inhumé à Winnipeg.

Chassés par les pogroms et par la persécution sociale, économique et politique du début des années 1880, des milliers de Juifs vivant dans l’Empire russe immigrèrent en Amérique du Nord. Parmi les quelques centaines qui s’établirent à Winnipeg en 1882 se trouvaient Nathan Zimmerman et sa famille. Après avoir travaillé comme ouvrier au chemin de fer canadien du Pacifique, à l’instar de beaucoup d’autres Juifs dépourvus de capitaux, Nathan Zimmerman se fit colporteur, probablement avec son fils Benjamin, qui durant plusieurs mois eut comme point d’attache la localité de Donald, en Colombie-Britannique, au bord de la ligne principale du chemin de fer. Dès 1884, Nathan Zimmerman tenait un petit magasin de vêtements et de marchandises sèches dans la partie nord de la rue Main de Winnipeg, où étaient en train de s’établir d’autres hommes d’affaires juifs. Benjamin assistait son père. Trois ans plus tard, sa mère prit la direction du magasin tandis que son père ouvrait une entreprise de prêt sur gages avec le beau-frère de Benjamin, Joseph (John) Levin (Levine).

Dès 1890, Benjamin Zimmerman possédait sa propre entreprise de colportage. Cinq ans plus tard, il était revendeur, spécialisé dans le vêtement au détail. En 1900, il tenait lui aussi un bureau de prêt sur gages, le Manchester, London and Liverpool Loan Office, au 630–632 de la rue Main, où il résidait avec sa famille. En 1901, on disait qu’il avait « le bureau de crédit le mieux connu et le plus honorable » de Winnipeg et « une réputation irréprochable en matière de marchés équitables et de pratiques commerciales honnêtes ». Il consentait des prêts sur des articles de valeur et négociait des marchandises neuves ou de seconde main tels des carabines, des pistolets et des bicyclettes. Les ventes de bijoux au détail représentaient une part croissante de son chiffre d’affaires.

En 1903, Zimmerman était assez à l’aise pour construire un immeuble de brique de trois étages au 671–673 de la rue Main afin de loger son commerce. À divers moments, certains de ses fils y travaillèrent ou administrèrent ses affaires. D’autres formeraient leurs propres entreprises. En 1910, Zimmerman vendait de l’alcool et des cigares ; son fils Norman était le directeur de ce commerce de gros. Ses fils Samuel et William N. tenaient le bureau de crédit ainsi que l’entreprise de bijouterie et de prêt sur gages. Sa famille habitait dans le chic quartier sud de la ville. Dès 1920, probablement à cause de l’avènement de la prohibition en 1916, peut-être aussi à cause d’ennuis de santé, Benjamin Zimmerman n’était plus grossiste en alcool. En 1922, son fils Abraham était propriétaire de la bijouterie Benjamin Zimmerman and Son.

À la fin du xixe siècle et dans les premières années du xxe, la communauté juive de Winnipeg était en pleine expansion, et Zimmerman appartenait à son élite. Au début des années 1880, il était président d’une petite congrégation hébraïque, la Anshey Sephard Anshey Russia. En 1889, il figurait parmi les membres fondateurs de la synagogue Shaarey Zedek. Par la suite, il fréquenta la synagogue Rosh Pina, établie en 1893, et en fut président, mais en 1911, il réintégra la congrégation Shaarey Zedek.

Zimmerman prit part à la fondation de la première œuvre de bienfaisance juive de Winnipeg. Créée en 1884, la Hebrew Benevolent Society soutenait financièrement des familles juives et des causes d’intérêt général, et fournissait des services de placement aux immigrants juifs. En 1900, Zimmerman appartint au comité juif du Fonds patriotique canadien. À la suite d’une série de pogroms survenus en Europe de l’Est, dont le plus horrible eut lieu en mai 1903 à Kichinev (Chisinau, Moldavie), il fit partie des cinq membres du comité du fonds de secours de Kichinev mis en place par les principales organisations juives de Winnipeg. En outre, il œuvra au comité directeur et au conseil d’administration de la United Hebrew Charities, formée en 1910. Deux ans plus tard, il participa à l’organisation de la Hebrew Immigration Society of Winnipeg. La même année, il fit partie des fondateurs de la Hebrew Free School. Il fut aussi l’un des premiers membres de la Winnipeg Lodge No. 650 de l’Independent Order of B’nai B’rith et appartint à la société des Oddfellows et à l’Ancient Order United Workmen.

L’engagement politique de Zimmerman est notable en tant qu’exemple d’acculturation et à cause de l’influence que ses positions durent exercer sur les autres électeurs juifs de Winnipeg. Dans les années 1890, il appuya tantôt le Parti libéral, tantôt le Parti conservateur, mais à compter de 1900 il resta fidèle aux conservateurs. Pendant la campagne fédérale de 1896, il prit la parole à une assemblée du Hebrew Independent Political Club, qui soutenait le conservateur Hugh John Macdonald, probablement parce que le député sortant, le libéral Joseph Martin, avait fait, à la Chambre des communes, des remarques désobligeantes sur les « colporteurs juifs ». En l’absence d’un candidat conservateur au scrutin partiel tenu l’année suivante à cause de l’annulation de l’élection de Macdonald, il soutint un candidat indépendant, Edmund Landor Taylor, qui subit la défaite.

En novembre 1898, Zimmerman fut nommé juge de paix par le gouvernement libéral provincial de Thomas Greenway*, qui souhaitait renouer avec les Juifs de Winnipeg. À ce titre, il siégea à l’occasion au tribunal de police de Winnipeg où, commentait un observateur, « il gagna la plus haute estime de toutes les classes de la collectivité grâce à l’impartialité et au discernement [dont il faisait preuve] dans ses décisions ». Il resterait juge de paix pendant près d’un quart de siècle.

Aux élections municipales et fédérales de 1904, Zimmerman soutint des candidats conservateurs. En mars 1908, il fut élu sans opposition parmi les 18 membres du comité directeur du Hebrew Conservative Club. Pendant la campagne fédérale de 1911, il prêta son concours au député sortant, le conservateur Alexander Haggart, en prenant la parole en yiddish une fois pour dénoncer l’entente de réciprocité avec les États-Unis. Au cours d’une réunion convoquée par l’échevin juif Altar Skaletar en juin 1914, il blâma le conseil municipal et le Trades and Labour Council de Winnipeg, qui avaient adopté des positions contre l’immigration au cours de la crise économique de 1912–1914, et présenta une motion contre ces organismes.

Atteint du mal de Bright, Benjamin Zimmerman mourut environ deux mois après s’être installé à Vancouver avec sa femme dans l’espoir de se refaire une santé. Selon le Manitoba Free Press, il était une « figure éminente des affaires de la communauté juive » et, d’après le quotidien Israelite Press, un des « résidents les plus distingués » de Winnipeg. Sa pierre tombale disait simplement qu’il avait « voué sa vie au judaïsme ». Zimmerman est représentatif de la première génération d’immigrants juifs d’Europe de l’Est, des gens industrieux qui réussirent financièrement et s’intégrèrent au reste de la société.

Henry Trachtenberg

Arch. privées, Henry Trachtenberg (Winnipeg), communication téléphonique en 1998 avec Ruth Gotlieb Zimmerman Portigal, de Winnipeg, belle-fille du frère du sujet.— Jewish Hist. Soc. of Western Canada Arch. (Winnipeg), Newspaper database.— Manitoba, Legislative Library (Winnipeg), Biog. scrapbooks, B7 : 219 ; B9 : 187 ; M11 : 255.— « History of the Jews of Winnipeg », Reform Advocate (Chicago), numéro spécial, 1914 (mfm à la Manitoba, Legislative Library).— Israelite Press (Winnipeg), 14 sept. 1923.— Manitoba Free Press, 9, 13, 16, 18 juill. 1892, 1er déc. 1899, 5, 9 nov. 1900, 13 déc. 1904, 20 sept. 1911, 9–12 déc. 1912, 16 juin 1914, 13 sept. 1923.— Winnipeg Telegram, 1er, 8 déc. 1899, 5 nov. 1900, 21 mai 1903, 28, 31 oct., 1er nov. 1904, 2 déc. 1905, 6 mars, 11, 25 mai 1908, 8 juill. 1910, 8, 19–20 sept. 1911, 8 juin 1914.— Winnipeg Tribune, 9, 13, 16 juill. 1892, 9 juin 1896, 23 avril 1897, 5, 8 déc. 1899, 3, 8 nov. 1900, 1er nov., 13 déc. 1904, 6 mars 1908, 13 sept. 1923.— Annuaire, Winnipeg, 1893–1923.— A. A. Chiel, Jewish experiences in early Manitoba (Winnipeg, 1955) ; The Jews in Manitoba : a social history (Toronto, 1961).— Harry Gutkin, Journey into our heritage : the story of the Jewish people in the Canadian west (Toronto, 1980).— The Jew in Canada : a complete record of Canadian Jewry from the days of the French régime to the present time, A. D. Hart, édit. (Toronto et Montréal, 1926).— Rosh Pina congregation ; dedication volume : 1892–1952 (Winnipeg, [1952 ?]).— H. M. Trachtenberg, « The old clo move : anti-semitism, politics and the Jews of Winnipeg, 1882–1921 » (thèse de ph.d., York Univ., North York [Toronto], 1984).— G. G. Weatherhead, Congregation Shaarey Zedek ; one hundred years : 1889–1989 (Winnipeg, 1990)

Bibliographie générale

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Henry Trachtenberg, « ZIMMERMAN, BENJAMIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 15 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/zimmerman_benjamin_15F.html.

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Auteur de l'article:   Henry Trachtenberg
Titre de l'article:   ZIMMERMAN, BENJAMIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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Date de consultation:   15 septembre 2014