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TEIORHÉÑHSEREˀ (Tayorheasere, Teyarhasere, Tigoransera, Tiyerhasere, Tyorhansera, appelé Little Abraham par les Blancs), chef agnier, membre du clan du Loup, fils d’Old Abraham, un chef éminent, décédé en 1780 au fort Niagara (près de Youngstown, New York).

Teiorhéñhsereˀ était un chef dénommé pine tree, c’est-à-dire qu’il avait été choisi et élu pour son éloquence et son adresse à la guerre. Les documents font mention de lui pour la première fois en 1755. L’année suivante, à la fin du printemps, il participa à une conférence entre le surintendant des Affaires des Indiens du Nord, sir William Johnson, et des représentants des Six-Nations alors rassemblés au fort Johnson (près d’Amsterdam, New York). Pendant la guerre de Sept Ans, il mena au moins un raid contre les Français et il était avec Amherst lors de la reddition de Montréal, en 1760. Il doit s’être distingué tôt dans sa carrière pour que sir William, un fin connaisseur d’hommes, l’appelât « le meilleur Indien de tous les Agniers ».

En plein milieu de la guerre, Teiorhéñhsereˀ trouva le temps d’utiliser ses puissants talents oratoires au profit d’une cause pour laquelle il lutta presque toute sa vie – la sauvegarde des territoires agniers contre les usurpations des Blancs. En sa qualité d’un des leaders de Fort Hunter (New York), le « village inférieur » des Agniers, Teiorhéñhsereˀ soutint, pendant les années 1760, la lutte pour conserver les terres des siens. Toutefois, durant la décennie suivante, cette lutte se compliqua du fait de l’éclatement de la Révolution américaine.

Au début, Teiorhéñhsereˀ affirma que les Six-Nations n’avaient « ni inclination ni dessein d’intervenir dans la querelle entre la Vieille Angleterre et Boston ». Selon lui, les Iroquois considéraient la révolution comme une « affaire de famille », ils n’auraient qu’à « se tenir tranquilles et à regarder [les antagonistes] vider la question ». La neutralité, cependant, se révéla impossible à observer. Pour plusieurs raisons, les Agniers étaient attirés du côté des Britanniques : leurs liens avec la famille Johnson, leur considération pour leur missionnaire, John Stuart*, leur ressentiment à l’endroit des Américains accapareurs de terres et – puisque les Américains étaient incapables de les approvisionner convenablement en produits essentiels – leur confiance dans le flux plus sûr des marchandises de traite britanniques. Il en résulta que les Agniers furent en général considérés comme amis de la couronne. Aussi, après la bataille d’Oriskany (près de Rome, New York), en août 1777, plusieurs durent abandonner leurs demeures pour chercher la sécurité à Montréal.

Cependant, Teiorhéñhsereˀ et quelques autres choisirent de rester en dépit du grand danger que représentaient les rebelles locaux qui s’accommodaient mal de leur présence. Cette décision peut être conséquente à la menace proférée parle major général Philip John Schuyler, un des commissaires américains auprès des Indiens, qu’advenant la désertion de leurs villages, les Agniers n’auraient plus l’autorisation d’y retourner. Teiorhéñhsereˀ, un des rares Agniers de quelque importance à demeurer en territoire hostile, a sans doute agi ainsi dans l’espoir d’empêcher la perte de la terre de son peuple.

Pendant qu’il était à Fort Hunter, le courageux chef essaya de prévenir toute effusion de sang entre les rebelles et les Loyalistes, tant indiens que blancs. Malheureusement pour Teiorhéñhsereˀ, sa conduite inspirée par la neutralité le fit considérer comme traître aux yeux des fonctionnaires britanniques. Quand, en février 1780, il se rendit au fort Niagara pour tenter de négocier un échange de prisonniers et lancer un appel pour mettre fin à l’engagement des Iroquois dans la guerre, il fut dénoncé par Kaienˀkwaahtoñ et Kanonraron (Aaron Hill) et arrêté par Guy Johnson, le successeur de sir William. Le chef vieillissant ne survécut pas à l’épreuve et mourut en prison. Conclusion heureuse, dans un sens, pour Teiorhénhsereˀ à qui fut ainsi épargnée la souffrance de voir la perte irrévocable de la terre de son peuple.

Ralph T. Pastore

APC, RG 10, A2, 1822–1826, 1829–1832.— National Archives (Washington), RG 360, M247, roll 172, item 153, vol. 1, ff.414–446, Philip Schuyler à J. Hancock, 23 janv. 1776 ; roll 173, item 153, vol. 3, ff.286–291, Philip Schuyler à H. Laurens, 15 mars 1778.— New York Public Library, Manuscripts and Archives Division, Schuyler papers, Indian boxes, box 13, Conférence between commissioners for Indian Affairs and the Six Nations, 26 avril–10 mai 1776 ; box 14, Board of commissioners for Indian Affairs in the Northern Department, minutes, 9 janv. 1778 ; box 14, Jelles Fonda to the commissioners, 21 avril 1778.— American archives (Clarke et Force), 4e sér., III : 485, 487 ; 5e sér., I : 1 040, 1 045s.— Johnson papers (Sullivan et al.).— NYCD (O’Callaghan et Fernow), VII : 115 ; VIII : 658s., 725.— Graymont, Iroquois.— R. T. Pastore, The Board of Commissioners for Indian Affairs in the Northern Department and the Iroquois Indians, 1775–1778 (thèse de PH.D., University of Notre Dame, Notre Dame, Ind., 1972), 125–129, 151 s., 165–177, 184, 200.

Bibliographie générale

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Ralph T. Pastore, « TEIORHÉÑHSERE‰ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/teiorhenhsere_4F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   22 juillet 2014