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PUYJALON, HENRI DE (à sa naissance, il reçut les prénoms de Jean-Baptiste-Henri), naturaliste, fonctionnaire et auteur, né le 15 mars 1841 à Gluges, non loin de Martel, France, fils de Louis de Puyjalon et de Marie-Amélie Maignen de Nanteuil ; le 11 octobre 1882, il épousa à Québec Angelina Ouimet, fille de Gédéon Ouimet, surintendant du Conseil de l’instruction publique, et ils eurent deux fils ; décédé le 17 août 1905 à l’île à la Chasse, une des îles de Mingan, Québec.

On sait peu de chose sur Henri de Puyjalon avant son arrivée dans la province de Québec en 1872. Selon certains auteurs, il aurait étudié à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, en France, mais il ne figure pas dans les listes des élèves de cet établissement. Il fréquente les milieux artistiques et littéraires de Paris et, doué d’une belle voix de ténor, il aurait été sollicité par le compositeur Charles Gounod pour faire carrière à l’opéra.

À la suite de ce qui semble être un revers de fortune, Puyjalon décide de s’installer au Canada. Il arrive à Montréal en 1872 et, au bout de quelque temps, se fixe à Québec. Il ne tarde pas à se faire des amis dans les cercles littéraires et politiques. Au nombre de ses intimes, on compte les écrivains Arthur Buies et Oscar Dunn*, de même que Joseph-Adolphe Chapleau*, élu en 1867 au Parlement de Québec. En 1878, Puyjalon envisage de fonder un journal catholique à Québec et il offre à l’écrivain Léon Bloy de participer à cette entreprise. Malgré l’enthousiasme de ce dernier, le projet n’aura pas de suite. Très intéressé par la nature et passionné de chasse, Puyjalon entreprend très tôt de longues expéditions le long des rivières débouchant sur la rive nord du Saint-Laurent. S’appuyant sur des connaissances scientifiques et doué d’un sens d’observation peu commun, il explore les ressources naturelles des territoires visités.

Le gouvernement provincial décide de mettre à profit les possibilités offertes par cette exploration du milieu nordique québécois et demande à Puyjalon, au cours de l’année 1880, de faire une analyse de la situation minéralogique de la Côte-Nord, depuis la rivière Saguenay jusqu’à Blanc-Sablon. Les études qu’entreprend alors Puyjalon lui permettent d’étendre ses observations à la faune, à la flore, ainsi qu’aux différentes espèces de poissons de la région. Le département des Terres de la couronne accorde un grand intérêt aux rapports qu’il présente sur l’état des ressources naturelles de ce territoire. Certains députés, qui ne manquent pas de les consulter, en font même état en Chambre. Ainsi, le 16 avril 1884, Louis-Georges Desjardins*, député de Montmorency, déclare : « La province a lieu de, se féliciter des services importants de M. le comte de Puyjalon [on l’appelait ainsi à cause des origines nobles de sa famille] et nul doute que cette Chambre comme le pays lui sont reconnaissants des services signalés qu’il rend par ses travaux. »

De 1888 à 1891, Puyjalon est gardien du phare de l’île aux Perroquets, pour le compte du gouvernement fédéral. Pendant cette période, il poursuit ses recherches sur les minéraux, la faune, la flore ainsi que les poissons des régions de la Côte-Nord et du Labrador. En 1892, il fait paraître à Montréal le Petit Guide du chercheur de minéraux. L’année suivante, il publie dans la même ville le Guide du chasseur de pelletrie de même qu’un écrit plus général intitulé Labrador et Géographie et, en 1894, Récits du Labrador.

Le 24 février 1897, Puyjalon est nommé inspecteur général des pêcheries et de la chasse de la province de Québec, poste qu’il occupe jusqu’en 1901. Dans les rapports qu’il adresse au gouvernement, il préconise des mesures pour assurer la conservation des espèces menacées. Sans négliger les recommandations visant à protéger la morue, le saumon et le hareng, il s’intéresse particulièrement à la préservation du homard. Après avoir dénoncé les pratiques honteuses des « homardiers-braconniers » le long des côtes, Puyjalon suggère de partager le territoire en question en districts de pêche contrôlés, de créer une réserve gouvernementale où la pêche au homard serait prohibée et de varier la date de fermeture et d’ouverture de la pêche au homard dans les différents districts. Quant aux animaux à plumes, qui sont également l’objet d’un braconnage éhonté à l’époque, Puyjalon recommande la création de sanctuaires d’oiseaux et la poursuite des « œufriers » ou dénicheurs d’oiseaux. Son intérêt pour le canard eider est manifeste. Il est convaincu de la valeur commerciale du duvet de cet oiseau. Afin de rentabiliser les animaux à fourrure, il préconise de développer l’élevage de certaines espèces, notamment le renard.

En 1900, Puyjalon publie à Québec son ouvrage principal, Histoire naturelle à l’usage des chasseurs canadiens et des éleveurs d’animaux à fourrure, qui sera réimprimé en 1975. Cette dernière publication représente un apport particulièrement intéressant pour le développement des sciences naturelles. En effet, tant par l’exactitude des descriptions qu’il donne de certains mammifères des régions nordiques, que par la justesse des observations qu’il apporte sur leur éthologie, Puyjalon rejoint, dans cet ouvrage, les tendances de la zoologie moderne qui, au début du xxe siècle, s’oriente de plus en plus vers la systémique et l’écologie.

Après la mort de sa femme, en 1900, qui, chaque été, venait passer quelques mois avec lui, Henri de Puyjalon s’installe définitivement dans le camp de chasse qu’il a bâti à l’île à la Chasse. C’est là qu’il meurt le 17 août 1905. Cinquante ans plus tard, la Société historique de la Côte-Nord tint à rendre hommage à son œuvre de pionnier en plantant une nouvelle croix sur l’emplacement de sa sépulture.

Isabelle Bourgeois

Outre les ouvrages que Henri de Puyjalon a publiés, on peut consulter les rapports qu’il a préparés à l’intention du gouvernement du Québec dans les Doc. de la session, 1881–1882, 1884–1885, 1887, et plus particulièrement pour le commissaire des Terres, Forêts et Pêcheries dans ceux de 1898 à 1901

ANQ-SLSJ, Coll. Mgr Victor Tremblay, SHS, dossier 1441, pièces 1–3.— Arch. départementales, Lot (Cahors, France), État civil, Martel, 16 mars 1841 (copie à la Soc. hist. de la Côte-Nord, Baie-Comeau, Québec).— La Côte-Nord (Baie-Comeau), 2 janv. 1963, 30 nov. 1966.— W. E. Greening, « North shore naturalist », Beaver, outfit 284 (sept. 1953) : 22–25.— V.-A. Huard, « Feu M. de Puyjalon », le Naturaliste canadien (Québec), 32 (1905) : 93s.— Damase Potvin, Puyjalon ; le solitaire de l’Île-à-la-Chasse (Québec, 1938).— Québec, Assemblée législative, Débats, 1884.

Bibliographie générale

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Isabelle Bourgeois, « PUYJALON, HENRI DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/puyjalon_henri_de_13F.html.

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Auteur de l'article:   Isabelle Bourgeois
Titre de l'article:   PUYJALON, HENRI DE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   26 octobre 2014