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ADAMSON, AGAR STEWART ALLAN MASTERTON, fonctionnaire, officier dans la milice et dans l’armée, homme d’affaires, né le 25 décembre 1865 à Ottawa, deuxième fils de James Adamson et de Mary Julia Derbishire ; le 15 novembre 1899, il épousa à Toronto Ann Mabel Cawthra*, et ils eurent deux fils ; décédé le 21 novembre 1929 à Londres.

S’il n’avait eu une guerre où combattre, Agar Stewart Allan Masterton Adamson aurait cheminé vers la vieillesse en restant un dandy de l’époque édouardienne et n’aurait été renommé que pour son charme et sa belle apparence. Or, les événements de 1914 lui offrirent la chance de se couler dans un nouveau personnage, de devenir un remarquable soldat. Âgé de 48 ans, il fut l’un des plus vieux à s’enrôler et l’un des premiers à s’en aller outre-mer. Il survécut près de trois ans dans les tranchées et commanda le légendaire Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Le souvenir le plus précieux qu’il a laissé est son journal de guerre, écrit sous forme de lettres quotidiennes à sa femme. Toujours honnêtes et sans détour, elles constituent l’un des meilleurs témoignages de première main rendus par un Canadien sur la Grande Guerre.

Adamson était issu de la vieille gentry haut-canadienne ; comme bien des membres de cette classe sociale, il se considérait comme un Anglais des colonies. Son grand-père paternel, le ministre du culte et sportif anglo-irlandais William Agar Adamson*, avait immigré dans le Haut-Canada en 1840 et avait été l’aumônier du gouverneur, lord Sydenham [Thomson*]. Son grand-père maternel, Stewart Derbishire*, était arrivé en 1838 avec la suite de lord Durham [Lambton*], dont il était l’un des hommes de confiance, et avait occupé par après le siège de Bytown à l’Assemblée législative. Adamson grandit dans l’Ottawa d’après la Confédération, où son père était commis au Sénat. Grâce à un riche oncle maternel en Angleterre, il passa plusieurs années à Cambridge. Bien qu’il n’ait pas brillé dans ses études et ait quitté l’université sans diplôme, il se distingua en équitation et gagna même la prestigieuse course de Newmarket. De retour à Ottawa, il rejoignit son père parmi le personnel du Sénat le 4 février 1890 en tant que commis subalterne. Il occuperait toujours ce poste au moment de son départ de la fonction publique. Prendre son rang parmi les petits-maîtres les plus populaires de la capitale lui tenait bien plus à cœur, semble-t-il, que son travail. Promu en 1893 lieutenant dans le No. 1 Battalion of Infantry (Governor General’s Foot Guards), il devint l’un des favoris à la cour vice-royale un tantinet louche que présidaient lord Minto [Elliot*] et lady Minto. En 1899, il épousa une héritière torontoise, Ann Mabel Cawthra, femme talentueuse et déterminée. En congé du Sénat, il fut nommé en mars 1900 lieutenant dans le Lord Strathcona’s Horse et partit à la guerre en Afrique du Sud.

Les expériences qu’Adamson connut dans le veld le transformèrent. Il servit avec efficacité et eut droit à une mention dans les dépêches. Naturellement doué pour le commandement, il avait un respect inné pour ses hommes. « La manière dont il portait l’uniforme ressemblait assez à celle dont un prêtre porte des vêtements sacerdotaux », a écrit son plus jeune fils, Anthony, dans un document sur leur famille. Une fois les hostilités terminées, Adamson tenta sans succès de faire carrière comme officier dans un régiment britannique, puis de s’établir comme gentleman-farmer. En 1903, il rentra au Canada avec Ann Mabel. Deux ans plus tard, il démissionna du Sénat et s’installa à Toronto, où il prit nominalement la tête de la succursale d’une entreprise britannique de décoration, la Thornton-Smith Company, que sa femme avait ouverte au Canada.

Le 4 août 1914, jour de la déclaration de guerre, Adamson était en vacances à Grove Farm, propriété située à Port Credit, en Ontario, et concédée à la famille Cawthra en 1804. Dès le lendemain, il se rendit à Ottawa. Bien qu’il ait été presque aveugle d’un œil, il réussit, grâce à ses relations à Rideau Hall, à obtenir une commission de capitaine dans le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. En octobre, il débarqua en Angleterre avec ce régiment de formation récente, financé par le millionnaire montréalais Andrew Hamilton Gault*.

Les premières lettres écrites par Adamson au front datent du début de 1915, après que le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, intégré à la 27e division britannique, fut arrivé en première ligne. Plus que tout, le martèlement de l’artillerie et l’odeur des cadavres humains et animaux l’affectaient. « Hier, j’ai compté sept chevaux morts juste à l’extérieur de ma tranchée, notait-il le 3 mars. Il y a aussi un Français mort, et il est là depuis longtemps. Nous avons reçu des ordres disant « Passez à gauche de la ferme Shelley, puis entre l’arbre brisé et le Français mort à votre droite », si bien que, même mort, ce pauvre gars servait à quelque chose. » Adamson rapporta son expérience la plus atroce le 7 mai, peu avant la deuxième bataille d’Ypres, où périrent presque tous les membres de l’effectif original de son régiment : « Ennemi en face de nous faisant progresser sa ligne de tranchées et tirs isolés de partout, tirs de [mitrailleuses] Maxim et d’artillerie [venant] de 3 directions différentes […] Deux hommes sont devenus fous et ont dû être désarmés […] Il paraît certain que cette ligne est impossible à tenir et que nous ne faisons que donner le change. »

Pourtant, la ligne tint bon, et Adamson fut décoré de l’ordre du Service distingué pour la bravoure qu’il avait manifestée à la crête de Bellewaarde. Au début de 1916, après s’être remis d’une blessure à l’épaule, il rejoignit son régiment. Fin tacticien, il fut nommé officier commandant le 31 octobre 1916 (ce qui s’avéra plutôt une source de déconvenue pour lui) et promu lieutenant-colonel. « L’isolement est nécessaire pour un officier commandant, écrivit-il à Ann Mabel, mais très éprouvant pour un homme de mon tempérament. » Néanmoins, sous sa conduite, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry se distingua à la crête de Vimy et à Passchendaele et, en janvier 1918, le lieutenant-général sir Arthur William Currie*, commandant du Corps d’armée canadien, vanta la solidarité de ses membres.

En mars 1918, Adamson transmit son commandement à Charles James Townshend Stewart* afin de se rendre au chevet de sa femme. Ann Mabel avait passé les années de guerre à Londres et à l’arrière des lignes en Belgique, à travailler auprès de réfugiés civils. Elle recouvra rapidement la santé, mais, peu de temps après, Adamson, qui avait été affecté au quartier général de sa division, commença à souffrir d’une forme tardive de traumatisme dû au bombardement. Cette maladie, appelée par la suite syndrome de stress post-traumatique, altérait son jugement et sa personnalité. Peu après l’armistice, son mariage se désintégra au point de ne plus être qu’une façade. Rentré au Canada en mars 1919, Adamson passa une bonne partie de la décennie suivante à rendre visite à de vieux amis à Ottawa et à fréquenter des maisons de jeu en Angleterre.

En octobre 1929, Adamson, qui avait conçu une passion pour l’aviation, partit pour l’Irlande à bord d’un aéronef expérimental avec un pilote britannique. L’appareil s’écrasa dans la mer d’Irlande. Les deux hommes survécurent à l’accident mais restèrent deux heures dans l’eau glacée. Malgré sa constitution exceptionnelle, Adamson ne s’en remit pas. Il mourut à Londres quelques semaines plus tard, en présence de sa femme et de son fils Anthony. Avec un sens du théâtre qui l’aurait enchanté, Anthony rapporta ses cendres au Canada dans son carton à chapeau. Après des obsèques où on lui rendit tous les honneurs militaires, Adamson fut inhumé à l’église anglicane Trinity de Port Credit.

Parmi les nombreux témoignages qu’a inspirés Agar Stewart Allan Masterton Adamson, ceux qu’il aurait préférés venaient de ses compagnons d’armes. « D’après ses collègues officiers et ses amis, a dit le biographe Arthur Leonard Tunnell, dîner avec lui était un pur délice. Il avait une voix sonore, un bon accent et un riche vocabulaire. Ses discours d’après dîner étaient très attendus, même s’il pouvait prendre plaisir à faire preuve d’une ironie mordante, sans se soucier de savoir qui il froissait […] Pour lui, s’ennuyer était hors de question. »

Sandra Gwyn

La correspondance de guerre d’Agar Stewart Allan Masterton Adamson a été publiée sous le titre Letters to Agar Adamson, 1914 to 1919 : lieutenant colonel, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, N. M. Christie, édit. (Nepean, Ontario, 1997).

AO, RG 80-5-0-298, nº 2602.-- BAC, MG 30, E149.-- Anthony Adamson, Wasps in the attic ([Toronto, 1987]).-- Annuaire, Toronto, 1905–1913.-- Canada, Parl., Doc. de la session, 1906, nº 30 : 196.-- Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).-- Sandra Gwyn, The private capital : ambition and love in the age of Macdonald and Laurier (Toronto, 1984) ; Tapestry of war : a private view of Canadians in the Great War (Toronto, 1992).-- Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell).

Bibliographie générale

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Sandra Gwyn, « ADAMSON, AGAR STEWART ALLAN MASTERTON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/adamson_agar_stewart_allan_masterton_15F.html.

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Auteur de l'article:   Sandra Gwyn
Titre de l'article:   ADAMSON, AGAR STEWART ALLAN MASTERTON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   20 décembre 2014