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ALEXANDER, CHARLES, confiseur, traiteur, philanthrope, homme politique et juge de paix, né le 13 juin 1816 à Dundee, Écosse, fils de John Alexander et de Murina Mudie ; en 1838, il épousa à Dundee Margaret Kyle, et ils eurent cinq fils et deux filles, puis le 22 mai 1884, à Montréal, Mary Ann Patton ; décédé dans cette ville le 5 novembre 1905.

Après avoir fait ses études à la Dundee Parochial Grammar School, Charles Alexander devint apprenti chez Keiller and Sons, fabricants de marmelade. Il immigra au Bas-Canada en 1840 avec sa femme et son fils, et trouva une place à la succursale montréalaise de la firme Keiller. En 1841, il partit pour London, dans le Haut-Canada, où il s’associa à H. J. Mathewson, mais il retourna à Montréal l’année suivante. Après avoir travaillé quelques mois comme ouvrier confiseur, il ouvrit sa propre confiserie avec l’aide d’un emprunt.

Administrateur prudent et travailleur acharné, Alexander se bâtit une belle entreprise manufacturière et un commerce de gros et de détail. Il fut le premier à ouvrir à Montréal, en 1842, une salle à manger où l’on ne servait pas de boissons alcooliques. Par la suite, il y ajouta un salon où l’on consommait de la crème glacée. Il fut aussi l’un des premiers traiteurs de la ville. En 1858, des agents de crédit signalèrent que son entreprise était la meilleure du genre à Montréal. Ses affaires allaient si bien qu’il se réinstalla plusieurs fois dans des locaux plus grands. En 1871, il utilisait la vapeur. Vers la fin du siècle, il ouvrit un deuxième établissement. Au fil des ans, il eut comme apprentis plusieurs garçons, dont deux de ses fils ; cependant, la plupart de ses employés (il en avait 10 en 1861) étaient des femmes. En 1896, il transféra son entreprise à ses deux fils.

Homme d’affaires honnête et industrieux, Alexander investissait dans sa compagnie, un peu dans l’immobilier et dans des actions. Il ne fut donc pas de ceux qui participèrent aux grands projets d’expansion commerciale de Montréal. Il se signala davantage par ses activités réformistes et philanthropiques que par sa réussite personnelle en affaires. Moins riche que bien des membres de l’élite montréalaise, il aida une grande variété d’œuvres de charité et de réforme en leur consacrant du temps et en les faisant bénéficier de ses compétences d’administrateur plutôt qu’en leur versant de l’argent. Pour lui, pratiquer les vertus chrétiennes n’était pas une simple formule.

Alexander entama sa carrière dans l’administration montréalaise en se faisant élire en 1865 dans le quartier Ouest. Les résultats du scrutin, 147 à 0, indiquent qu’il était déjà populaire. Conseiller de 1865 à 1867, puis échevin de 1868 à 1875, il montra que le bien-être de ses concitoyens lui tenait à cœur. Il fit partie du comité d’hygiène et du comité des finances du conseil municipal ; au moment de sa démission, il était président du comité des finances. En outre, il appartint à la Citizens’ League of Montreal et à l’Association sanitaire de Montréal. Ce fut pendant son mandat de conseiller municipal qu’il se mit à s’intéresser à la réforme des prisons. Cette question allait toujours le préoccuper. Il exerça des pressions sur le conseil, la police, l’Assemblée législative et le Parlement pour qu’on apporte des améliorations. Il se rendit à Boston et à New York afin d’étudier les régimes pénitentiaires en vigueur aux États-Unis. Avec d’autres citoyens préoccupés par cette question, il pressa les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux d’adopter des lois et règlements qui allaient modifier radicalement le système pénitentiaire et qui mettaient l’accent sur la réadaptation et sur la création d’installations réservées aux jeunes et aux femmes. Vers 1871, Alexander fut en outre nommé juge de paix.

Le 6 février 1874, à l’occasion d’une élection partielle déclenchée à cause de la démission de Luther Hamilton Holton*, Alexander fut élu sans opposition député libéral indépendant de Montréal-Centre à l’Assemblée. Cependant, Alexander Walker Ogilvie coupa court à sa carrière politique en le défaisant aux élections générales de juillet 1875. Toujours soucieux du sort des femmes et des enfants, Alexander fut, de 1882 à 1900, vice-président de la Society for the Protection of Women and Children, à la fondation de laquelle il avait participé en 1869. Cet organisme enquêtait sur des cas de mauvais traitements, d’abandon et de défaut de soutien, et il offrait de l’aide juridique aux femmes et aux enfants emprisonnés. Enfin, il exerçait des pressions pour que soient adoptées des lois protectrices, car, à l’époque, rien ne limitait le travail des enfants, on ne faisait que des efforts négligeables pour garantir la sécurité dans les manufactures, et le pouvoir paternel était absolu. Toutefois, le fait que l’organisme considérait la pauvreté comme une question morale, ne comprenait pas les fondements économiques d’une bonne partie de la culture de la classe ouvrière et acceptait largement les inégalités du capitalisme industriel limitait sa capacité dé provoquer des changements réels.

Alexander fut aussi président, puis trésorier honoraire du Fresh Air Fund Committee, qui organisait des vacances à la campagne pour les jeunes enfants pauvres de la ville et leur mère. En 1897, il participa à la fondation d’un foyer pour les mères célibataires et les femmes sortant de prison, le Sheltering Home, dont il fut l’un des administrateurs.

En 1870, Alexander et plusieurs de ses amis s’attaquèrent au problème des adolescents sans logis en fondant le Boys’ Home of Montreal. Its cherchaient du travail à leurs pensionnaires, de préférence dans les métiers spécialisés, leur offraient à peu de frais le gîte et le couvert, et organisaient pour eux des activités – cours du soir et formation manuelle, par exemple. Alexander paya lui-même la construction du foyer et fut président de l’établissement de 1870 à sa mort. Pendant cette période, le Boys’ Home accueillit plus de 1 000 garçons. Alexander prouva aussi d’autres manières qu’il croyait en l’instruction. En 1869, il fut président fondateur de l’Institution protestante pour les sourds-muets et les aveugles [V. Joseph Mackay*]. Membre du conseil d’administration du Congregational College of British North America, il institua des bourses pour les étudiants pauvres qui fréquentaient cet établissement ou le McGill College. Il légua sa bibliothèque personnelle au Congregational College et à la Young Men’s Christian Association.

Alexander fit partie des membres de l’élite montréalaise qui fondèrent et soutinrent la Maison protestante d’industrie et de refuge de Montréal. Directeur dès la constitution de l’organisme en 1863, il en fut président de 1877 à 1900. En outre, il fit partie durant des années du comité du United Board of Outdoor Relief et en devint président en 1898. Cette œuvre, vouée à la population protestante et associée de près à la Maison d’industrie, fut fondée en 1865. Elle coordonnait tous les programmes d’aide offerte à l’extérieur des établissements de charité.

Alexander ne se préoccupait pas seulement du sort des humains. À titre de membre du premier comité de gestion de la Société canadienne pour empêcher les cruautés envers les animaux, qui vit le jour à Montréal en 1869, puis en tant que président de l’organisme de 1882 à 1905, il se consacra à la protection des chevaux, des oiseaux chanteurs et des chiens. L’Institut maritime de Montréal put aussi compter sur sa collaboration : directeur fondateur de 1862 à 1880, il en fut vice-président de 1880 à 1901 et président de 1901 à 1905. Dans sa jeunesse, il avait été victime d’un naufrage en se rendant au Bas-Canada, et il s’occupait de l’institut avec un zèle particulier. Au Montreal General Hospital, il fut directeur et gouverneur à vie à compter de 1868, ainsi que trésorier et vice-président. Membre de l’Association homéopathique de Montréal, il en fut président de 1894 à 1899 et contribua largement à la création de l’hôpital homéopathique de Montréal en 1894. En outre, il figura parmi ceux qui firent constituer en 1881 l’hôpital protestant des aliénés, ou asile de Verdun, et fit partie du conseil d’administration tant à titre de vice-président que de vice-président honoraire. Enfin, il versa des contributions à plusieurs autres établissements, dont l’asile des orphelins protestants de la cité de Montréal, la Société bienveillante des dames de Montréal, l’Institut de Hervey, la Young Men’s Christian Association et le dispensaire de Montréal.

Comme cela était courant dans la bonne société montréalaise, Alexander appartint à l’Institut des artisans de Montréal, à l’Association des gymnastes amateurs de Montréal, à la brigade des pompiers volontaires et à l’Association des beaux-arts de Montréal. Fidèle à ses origines écossaises, il était membre de la Société calédonienne et de la Société Saint-André. C’était aussi un fervent congrégationaliste : il fut diacre à l’église Zion et à l’église Emmanuel de même que président de la Société du fonds des veuves et des orphelins des ministres congrégationalistes. Dans les années 1870, il fut vice-président de la Société de tempérance de Montréal.

Homme d’affaires respecté, Alexander fut membre du Bureau de commerce de Montréal. Il fit partie du conseil d’administration de la Compagnie d’assurance mutuelle sur la vie, de Montréal, dite du Soleil (1871–1905), de celui de la Société permanente de construction de Montréal et de la société qui la remplaça, la Compagnie de prêt et d’hypothèque de Montréal (1865–1870), ainsi que de celui de la Compagnie du cimetière du Mont-Royal (1895–1905). En outre, il fut, en 1870, vérificateur de la Montreal Workingmen’s Mutual Benefit and Widows and Orphans Provident Society.

Alexander mourut accidentellement à l’âge de 89 ans : il se tenait à la fenêtre de sa chambre, qui était à l’étage, lorsqu’il s’évanouit et tomba en bas. Parlant de ses funérailles, un journal montréalais déclara que la ville n’en avait guère connues « de plus impressionnantes et de plus émouvantes ». « Des citoyens éplorés de toutes les classes sociales et de toutes les confessions » se mêlèrent aux représentants de tous les établissements et de toutes les sociétés auxquels il avait prêté son concours. Le révérend Hugh Pedley, de l’église Emmanuel, prononça un éloge funèbre, de même que l’archevêque anglican, William Bennett Bond, qui parla de la « bonté » d’Alexander et de sa « vie chrétienne ». Sous le titre de « Incidents in a noble life », le Montreal Daily Witness consacra une page et demie à des témoignages de personnes qu’Alexander avait aidées ou qui avaient participé avec lui à des œuvres philanthropiques. Alexander était l’un des hommes les plus aimés de la ville. Les citoyens versèrent 200 000 $ pour la construction d’une aile commémorative au Montreal General Hospital. Au Boys’ Home of Montreal, on plaça une plaque dans la nouvelle aile Alexander, qu’il aurait inaugurée cette année-là.

Charles Alexander représente ce que le xixe siècle a produit de mieux. Il réussit en affaires et se dépensa pour le bien de ses concitoyens, pour la réforme pénitentiaire et pour la protection de l’enfance. Sa philanthropie était plus sincère, moins symbolique que celle de bien des membres de l’élite.

Janice Harvey

De nombreux actes importants concernant Charles Alexander se trouvent aux ANQ-M dans les minutiers de Hugh Brodie (CN1-58, 1864–1898), de James Stewart Hunter (CN1-208, 1869–1910) et de Charles Cushing (CN1-438, 1869–1910).

AN, MG 24, D115 ; MG 28, I 129, vol. 1–2 ; 388 ; 405, vol. 1, dossiers 3–21 ; vol. 2, dossiers 9–10 ; vol. 3, dossier 1 ; vol. 7, dossier 11 ; RG 31, C1, 1861, Montréal, quartier Ouest.— ANQ-M, CE1-91, 22 mai 1884.— AVM, D015.22-4 ; D016.4 ; Procès-verbal du conseil municipal de Montréal, 15 févr., 13 mars 1865 ; Rôle d’évaluation et de perception des taxes foncières, quartier Ouest, 1904 ; quartier Saint-Antoine, 1883–1885, 1904.— Baker Library, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 5–7.— Gazette (Montréal), 6, 8 nov. 1905, 6 mars 1906.— Montreal Daily Herald, 23 mai 1884, 6–7 nov. 1905, 6 mars 1906.— Montreal Daily Star, 6–8 nov. 1905, 6 mars 1906.— Montreal Daily Witness, 6–9, 11 nov. 1905.— Annuaire, Montréal, 1842–1905.— Atherton, Montreal.— J. D. Borthwick, Hist. and biog. gazetteer ; History of the Montreal prison from A. D. 1784 to A. D. 1886 [...] (Montréal, 1886).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— Janice Harvey, « Upper class reaction to poverty in mid-nineteenth century Montreal : a Protestant example » (thèse de m.a., McGill Univ., Montréal, 1978).— Beatrice Johnston, For those who cannot speak : a history of the Canadian Society for the Prevention of Cruelty to Animals, 1869–1969 (Laval, Québec, 1970).— Montreal General Hospital, Annual report, 1905–1913.

Bibliographie générale

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Janice Harvey, « ALEXANDER, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/alexander_charles_13F.html.

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Auteur de l'article:   Janice Harvey
Titre de l'article:   ALEXANDER, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   1 novembre 2014