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BEARE, JOHN, fermier et meunier, né le 14 novembre 1820 à Bideford, Angleterre, fils de Joseph Beare et d’une prénommée Anne ; le 29 juillet 1850, il épousa à Markham, Haut-Canada, Harriet Abbott, et ils eurent cinq fils et six filles, puis le 31 juillet 1901, à Oshawa, Ontario, Mary Ann Coates [Wilson*], avec qui il n’eut pas d’enfants ; décédé le 5 avril 1914 à Port Perry, Ontario.

Issu d’une famille pauvre, John Beare s’engagea à envoyer de l’argent à sa mère tant qu’elle vivrait. Il avait, semble-t-il, quelques années de scolarité et appartenait à une secte non conformiste. À l’âge de 19 ans, il vint dans le Haut-Canada dans l’intention de faire de l’argent pour aider sa mère et payer la traversée de sa fiancée. Finalement, il allait y rester toute sa vie avec l’espoir de devenir riche. À son arrivée, il se rendit directement à Hagerman’s Corners, au sud de Markham, où il avait un cousin tailleur. Il travailla là jusque vers 1843 puis, ayant économisé assez d’argent pour ses besoins immédiats, monta vers le nord-est dans le canton de Reach, ouvert depuis peu à la colonisation, et squatta une terre de 100 acres près de Marsh Hill. Cet endroit, disait-il, lui donnait de l’eau pour boire, du poisson et de la venaison pour manger, et du bois pour se tenir au chaud. En 1850, comme il avait défriché 45 acres et construit une grange de rondins et une maison à pans de bois, il fit venir d’Angleterre sa fiancée, Harriet Abbott. Le lendemain de leur mariage à Markham, les époux firent à pied les 35 milles qui les séparaient de la ferme. Dès lors, Harriet fut enceinte presque sans interruption durant 16 ans et John passa une trentaine d’années à accumuler des biens.

Beare agrandit de 200 acres sa ferme, qu’il destinait à son premier-né. En 1859, il fit l’acquisition d’un moulin à blé et à farine au sud du nouveau village de Greenbank. Neuf ans plus tard, il put payer l’agrandissement du moulin, qui lui rapporterait un revenu régulier jusqu’à ce que, dans les années 1890, les chemins de fer et les moulins à cylindres mettent fin à la meunerie artisanale. En 1869, il confia l’exploitation du moulin à son frère William et s’installa non loin de là sur une terre de 125 acres où il y avait une maison de pierre assez spacieuse pour accueillir sa nombreuse famille. Il continuait sans cesse d’acquérir des terres. Il finit par en posséder 689 acres, avec de quoi établir ses cinq fils, et un deuxième moulin. En même temps, il empruntait et investissait avec un tel succès que, dans la région, il passait pour un homme riche.

Beare était un fermier entreprenant qui suivait l’évolution du marché. Il avait plus d’acres en production que tous les autres cultivateurs du canton. Il disposait d’une main-d’œuvre nombreuse (ses 11 enfants) et avait le comptant nécessaire pour devenir l’un des premiers et des plus gros utilisateurs de machinerie agricole du comté d’Ontario. Grâce au travail de sa famille et à ses moissonneuses, râteaux, semoirs, batteuses et charrues polysocs, ses fermes étaient les plus productives du canton. Il partageait ses énergies entre l’agriculture et la finance, mais on a peu de détails sur les moyens manifestement très divers par lesquels il faisait de l’argent. Selon des estimations fondées sur les recensements et les prix agricoles, il avait des disponibilités beaucoup plus élevées que ses voisins. Sa cote d’imposition était toujours de trois à quatre fois plus forte que celle des propriétaires fonciers de sa catégorie. On rapporte qu’il aurait dit : « C’est quand j’étais le plus endetté que j’ai fait le plus d’argent. » Le fait qu’il recourait constamment à des hypothèques à court terme étaye cette affirmation. Il n’arrêtait pas de se quereller avec le conseil local et ses voisins au sujet de limites de terrain et de droits de passage, ce qui témoigne aussi de son caractère agressif. Un jour, au cours d’une assemblée du conseil, il lança qu’on ne devait pas se jouer de lui et ajouta, un peu sans raison : « Personne ne me foulera aux pieds. » Il n’exerça jamais aucune fonction ; ses fermes et ses investissements l’occupaient trop, et son caractère ne s’y prêtait probablement pas.

Lorsque Harriet mourut, en 1896, Beare venait de traverser sans encombre majeure presque 20 années difficiles : mauvaises récoltes, faibles prix agricoles, dépression commerciale. Il n’avait plus aucune obligation sur les terres dont il était propriétaire, la prospérité revenait, presque toutes ses filles étaient mariées. Ses fils vivaient et travaillaient sur des terres qu’il leur avait fournies. Lorsqu’ils furent dans la quarantaine, ce patriarche les jugea assez mûrs pour prendre leurs affaires en main. Il leur vendit donc leurs fermes à des prix qui montrent qu’il tenait compte de la valeur de leur travail passé – ce qui était rare à l’époque. En outre, il leur consentit des hypothèques à des conditions avantageuses. Pendant quelques années, il continua de vivre avec son troisième fils, John, dans la grande maison de pierre, et à superviser les fermes de tous ses fils.

Puis, soudain, en 1901, Beare se remaria et acheta à Port Perry une jolie maison où il installa sa nouvelle femme, Mary Ann Coates. Ils se connaissaient de longue date et elle était devenue veuve peu de temps auparavant. Cinq ans après, elle le quitta et retourna chez elle, à Prince Albert. Beare passa ses dernières années dans une quasi-pauvreté mystérieuse. Sa fille Rebecca, d’humeur capricieuse et célibataire, veillait sur lui, de même qu’une de ses filles mariées qui vivait dans le voisinage et leur apportait à manger. À sa mort en 1914, il ne laissait que sa maison et son lot de Port Perry ainsi qu’un poney et une voiture. On ignore ce qu’il était advenu de l’argent qu’il avait reçu pour ses fermes et des sommes qu’il avait dû mettre de côté pour sa retraite.

John Beare incarnait les idéaux de son temps et de son milieu. Dans une contrée où l’agriculture était de toute première importance, il exerçait le métier de cultivateur. Non seulement était-il un bon fermier, mais sa production correspondait toujours à la demande. Les inventaires de son bétail et de ses cultures reflétaient presque invariablement les fluctuations des prix. Malgré la conjoncture difficile, il avait accumulé, grâce à son astuce, du comptant et du crédit qu’il utilisait manifestement avec enthousiasme en ce temps où le capitalisme remplaçait peu à peu l’économie de subsistance. Il avait su employer à bon escient tous ses talents. Venu dans un pays neuf, il avait défriché des terres et les avait mises en culture, eu une nombreuse famille, installé ses fils sur des fermes de son choix, vu cinq de ses filles se marier et gardé la sixième à la maison pour le réconforter dans sa vieillesse. À une époque où la Bible était le guide fondamental, Beare, membre de la secte des méthodistes primitifs, répondait aux exigences que Dieu avait fixées pour Abraham : « Lève-toi, par cours le pays dans sa longueur et dans sa largeur, car je te le donnerai » et « je l’ai choisi, afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel ».

W. H. Graham

Les détails concernant John Beare ont été obtenus à partir des papiers de la famille conservés par Mme George K. Beare, de Port Perry, en Ontario, et Russell Beare, de Markham, en Ontario.

Durham Land Registry Office (Oshawa, Ontario), Abstract index to deeds, Reach [Scugog] Township.— North Ontario Observer (Prince Albert, Ontario), 9 avril 1914.— Standard (Port Perry), 1885–1890.— W. H. Graham, Greenbank : country matters in 19th century Ontario (Peterborough, Ontario, 1988).

Bibliographie générale

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W. H. Graham, « BEARE, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beare_john_14F.html.

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Auteur de l'article:   W. H. Graham
Titre de l'article:   BEARE, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   18 septembre 2014