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BÉDARD, JOSEPH-ISIDORE, poète, avocat et homme politique, né le 9 janvier 1806 à Québec, troisième fils de Pierre-Stanislas Bédard et de Luce Lajus ; décédé célibataire le 14 avril 1833 à Paris.

À l’âge de dix ans, Joseph-Isidore Bédard commence de brillantes études au séminaire de Nicolet où, jusqu’en 1824, il remporte des succès, notamment en latin. Puis il entreprend son stage de clerc chez l’avocat Georges-Barthélemi Faribault*. Intéressé par la poésie inspirée des thèmes du pays, il signe sous le pseudonyme de Baptiste deux strophes de Sol canadien ! Terre chérie ! dans la Gazette de Québec du 6 août 1827. Deux ans plus tard, il publie une nouvelle version de ce chant dans le même journal, qui le présente comme le premier hymne national des Canadiens. Durant nombre d’années, ce chant, mis en musique par Théodore-Frédéric Molt*, l’emportera dans la faveur du public sur tous les autres chants patriotiques. La poésie de Bédard atteste l’influence de la pensée politique de son père et, selon son auteur, elle résume bien les sentiments des Canadiens de l’époque qui, soupçonnés de manquer de loyauté, respectent le régime britannique et abhorrent l’idée de l’annexion aux Etats-Unis :

Si d’Albion la main chérie
                        Cesse un jour de te protéger,
                        Soutiens-toi seule, ô ma patrie !
                        Méprise un secours étranger.

Mais cette protestation de fidélité à l’Angleterre va de pair avec une menace énergique à l’adresse de concitoyens ennemis des libertés :

Respecte la main protectrice
                        D’Albion ton digne soutien ;
                        Mais fais échouer la malice
                        D’ennemis nourris dans ton sein.

Le 12 octobre 1829, Bédard est admis au barreau. Des talents variés, un esprit jovial et caustique, un tempérament passionné, une facilité d’élocution, jointe à une voix mâle et agréable, le font rechercher dans les assemblées publiques. Citoyen dévoué, il participe à un mouvement important en faveur de la tempérance. Ainsi conseille-t-il à son frère cadet, François-Zoël, « d’éviter les mauvaises compagnies et de se mettre de la Société de tempérance ».

Bédard est élu député de la circonscription de Saguenay à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada le 6 octobre 1830. Député fort jeune mais très ardent, il se signale en chambre par son esprit indépendant. Il vote contre les expulsions de Robert Christie*, député de Gaspé, allant ainsi à l’encontre des chefs du parti patriote, Louis-Joseph Papineau* et Denis-Benjamin Viger*. Plus tard, il s’en prend à Thomas Lee, député de la Basse-Ville de Québec, qui sollicite l’appui de jeunes collègues pour obtenir un Conseil législatif électif. « M. Lee en a appelé aux jeunes, s’écrie Bédard, mais il n’a pas exprimé leurs sentiments lorsqu’il a déploré le malheur qu’avaient eu nos ancêtres de ne pas se séparer de la Grande-Bretagne. Nos aïeux ont a, gi sagement en ne se rendant pas à l’invitation des Etats-Unis. C’est de la métropole que cette province tire toute sa force. » À plusieurs reprises, Bédard siège comme président du comité des griefs. C’est vraisemblablement à cette époque qu’il fournit des renseignements, notamment une notice biographique de son père, à Isidore-Frédéric-Thomas Lebrun qui prépare la publication de Tableau statistique et politique des deux Canadas.

En 1831, Bédard accompagne Viger en Angleterre où ce dernier vient d’être nommé agent de la chambre d’Assemblée. Ils quittent Montréal le 9 mai et atteignent Liverpool le 13 juin suivant. Bédard visite l’Irlande, l’Écosse et la France. À Londres, il loge avec François-Xavier Garneau*, alors secrétaire de Viger. Tandis qu’à Paris les voyages, les amusements, le jeu, le théâtre, les flâneries sur les boulevards et dans les jardins publics accaparaient Bédard, à Londres, dans le voisinage de Garneau, il est sage. À l’instar de la jeunesse libérale d’Europe entre 1815 et 1830, il manifeste des traits byroniens. Dans les moments de solitude, les idées de mort l’assaillent ; il les dépasse y cherchant le sens de la vie et de son mystère. Il déplore devoir subir la rude condition humaine avec son écartèlement entre le vouloir et le faire. Par contre, il entretient une vision objective de la réalité. Optimiste invétéré, capable d’une amitié solide, il en arrive à une certaine forme de sagesse : jouir modérément du présent, rendre grâce de ce qui lui est donné, s’ouvrir au mystère de l’avenir. Dans le concret, il aspire à l’heure où il reviendra servir son pays. Vers la fin de septembre 1832, à la veille de rentrer au Canada, Bédard est subitement atteint d’une violente hémorragie pulmonaire. Le 20 novembre suivant, il informe Papineau, alors président de la chambre d’Assemblée, qu’il ne pourra assister à la session en cours. Son état s’aggrave et, le 14 avril 1833, à l’âge de 27 ans, il meurt à Paris ; il est inhumé au cimetière de Montmartre.

Joseph-Isidore Bédard a cherché et trouvé une réponse positive aux multiples questions qu’il s’est posées comme poète, citoyen, député et être humain. Sa pensée lui a survécu par le truchement de Sol canadien ! Terre chérie ! qui a été édité une trentaine de fois au Canada et qui figure dans un ouvrage publié à Londres en 1830. Narcisse-Eutrope Dionne* lui consacre une courte biographie en 1901. Puis il tombe presque dans l’oubli. De nos jours, des ouvrages savants lui accordent une modeste place. Pour le reste, il se pourrait qu’on se souvienne surtout du bohème romantique mort jeune à l’étranger. Sa pensée et sa poésie, toujours actuelles, mériteraient un nouvel éclairage. Témoin d’une période nationale sombre, aux conditions culturelles quasi désespérées, Bédard offre l’exemple du jeune Canadien audacieux, épris de son pays, décidé à en améliorer le sort et qui s’est forgé une pensée personnelle.

Jeanne D’arc Lortie

Joseph-Isidore Bédard est l’auteur du chant Sol canadien ! Terre chérie ! publié d’abord sous le pseudonyme de Baptiste dans la Gazette de Québec, 6 août 1827, qui parut ensuite sous forme de tiré à part à Montréal en 1859. Cette version figure dans la plupart des recueils de chansons parus de 1830 jusqu’à la fin du siècle et elle est réimprimée, avec des commentaires appropriés, dans divers périodiques. On retrouve le chant notamment dans : l’Aurore des Canadas (Montréal), 15 déc. 1840 ; le Canadien, 1er juill. 1835, 4 juill. 1842 ; la Gazette de Québec, 1er janv. 1829 ; la Minerve, 8 juill. 1830, 13 juin 1833 ; le Passe-tems ou Nouveau Recueil de chansons, romances, vaudevilles [...], Ludger Duvernay, édit. (Montréal, 1830), 142143 ; [P.-J. de Sales Laterrière], Political and historical account of Lower Canada ; with remarks [...] (Londres, 1830), 251 ; Joseph Laurin, le Chansonnier canadien ou Nouveau Recueil de chansons (Québec, 1838), 152154 ; Joseph Roch-Lettoré, l’Écho de la chanson ou Nouveau Recueil de poésies, romances, vaudevilles (Montréal, 1843), 3738 ; la Lyre canadienne : répertoire des meilleures chansons et romances du jour, [T.-F. Molt, compil.] (Québec, 1847), 9596 ; le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne, James Huston, compil. (4 vol., Montréal, 18481850), 1 : 211212, 236 ; Nouvelle Lyre canadienne ou Chansonnier de tous les âges (Montréal, 1858), 106107 ; Journal de l’Instruction publique (Québec et Montréal), 3 (1859) ; [Alphonse Lusignan], Recueil de chansons canadiennes et françaises (Montréal, 1859), 341342 ; Canadiana (Montréal), avril 1890 : 75.

ANQ-Q, CE1-1, 26 juill. 1796, 10 janv. 1806. APC, MG 24, B1, 15 : 182 ; 38 : 779782 ; 42 : 20942097 ; MG 30, D1, 4 : 1015 ; MG 53, 246.— La Gazette de Québec, 11 oct. 1830.— La Minerve, 9 mai 1831, 25 juin 1835. F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— F.-J. Audet et Fabre Surveyer, les Députés au premier Parl. du B.-C., 3637. Desjardins, Guide parl., 153.— DOLQ, 1 : 683. Réginald Hamel et al., Dictionnaire pratique des auteurs québécois (Montréal, 1976), 45. H. J. Morgan, Bibliotheca Canadensis, 23. P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec, 26. Wallace, Macmillan dict. J.-G. Barthe, Souvenirs d’un demi-siècle ou Mémoires pour servir à l’histoire contemporaine (Montréal, 1885). N.-E. Dionne, Pierre Bédard et ses fils (Québec, 1909), 221240, 266267. J.-A.-I. Douville, Histoire du collège-séminaire de Nicolet, 1803–1903, avec les listes complètes des directeurs, professeurs et élèves de l’institution (2 vol., Montréal, 1903), 2 : 137. Edmond Lareau, Histoire de la littérature canadienne (Montréal, 1874), 65, 71.— I. [-F.-T.] Lebrun, Tableau statistique et politique des deux Canadas (Paris, 1833). Jeanne d’Arc Lortie, la Poésie nationaliste au Canada français (1606–1867) (Québec, 1975), 171172 ; « les Origines de la poésie au Canada français », Arch. des lettres canadiennes (Montréal), 4 (1969) : 1149. Étienne Parent, « Pierre Bédard et ses deux fils », le Foyer domestique (Ottawa), 1 (janv.–juin 1876) : 3235. Alain Pontaut, « le Drôle d’amour de nos « notables » pour la France », la Presse, 12 août 1967 : 19.

Bibliographie générale

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Jeanne D’arc Lortie, « BÉDARD, JOSEPH-ISIDORE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bedard_joseph_isidore_6F.html.

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Auteur de l'article:   Jeanne D’arc Lortie
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   21 avril 2014