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DIONNE, NARCISSE-EUTROPE, médecin, journaliste, historien et bibliothécaire, né le 17 mai 1848 à Saint-Denis, près de Kamouraska, Bas-Canada, aîné des 12 enfants de Narcisse Dionne et d’Élisabeth Bouchard ; le 23 octobre 1873, il épousa à Québec Laure Bouchard (décédée en 1895), et ils eurent dix enfants, dont trois atteignirent l’âge adulte, puis le 8 septembre 1896 au même endroit Emma Bidégaré, et de ce mariage naquirent quatre enfants ; décédé le 30 mars 1917 à Québec.

Le père de Narcisse-Eutrope Dionne exerce le métier de menuisier à Saint-Denis. C’est un homme qui a fréquenté l’école et dont la mémoire et les talents de conteur sont, dit-on, remarquables. La mère de Narcisse-Eutrope, très pieuse, lui inculque une solide éducation religieuse. Le jeune homme fréquente l’école primaire du village et, dès cette époque, il se lie d’amitié avec les frères Thomas* et Jean-Charles* Chapais, eux aussi natifs de Saint-Denis. Leur père, Jean-Charles Chapais, député de Kamouraska, et le curé de Saint-Denis, Édouard Quertier*, parrainent les études du jeune Dionne au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière à compter de 1857. Le climat du collège pousse ce dernier vers la prêtrise et, en 1866, il entre au grand séminaire de Québec. Pendant deux ans, il poursuit des études de théologie, puis enseigne au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 1868–1869 et au collège de Lévis en 1869–1870.

L’amour vient réorienter la vocation et la carrière de Dionne. En 1869, il annonce à sa famille qu’il ne désire plus devenir prêtre parce qu’il veut épouser sa cousine, Laure Bouchard. Il s’inscrit alors à la faculté de médecine de l’université Laval. Malgré l’opposition de sa famille, il s’engage envers sa cousine le 20 janvier 1871 et promet de l’épouser dès la fin de ses études, auxquelles il se consacre alors avec ardeur ; il obtient son baccalauréat en 1872 et son doctorat en médecine en 1874.

C’est pendant ses études en médecine que Dionne prend contact avec la recherche en histoire en devenant, pendant quelques semaines, l’assistant de Francis Parkman*. L’historien américain est venu à Québec pour effectuer des recherches dans les archives. Presque aveugle, il a dû avoir recours à un secrétaire et on lui a recommandé le jeune Dionne ; cette initiation à la recherche historique avec un maître marquera pour toujours sa créativité intellectuelle.

En juin 1873, Dionne se rend à Princeville, dans la région des Bois-Francs, pour terminer sa formation médicale et s’y installer. Le 23 octobre, il épouse à Notre-Dame de Québec Laure Bouchard avec le consentement enfin obtenu de ses parents. Jusqu’au 1er mai 1875, le couple habite Princeville, puis s’installe à Québec, où le jeune médecin ouvre son cabinet, rixe Saint-François dans la basse ville. Il y exerce pendant quatre ans et c’est là que naissent ses premiers enfants.

À cette époque, une trentaine de médecins pratiquent leur art à Québec, dont la moitié dans la haute-ville. Encouragé par ses amis et espérant peut-être une promotion sociale, Dionne déménage son cabinet dans la haute ville, rue Saint-Jean. Cependant, il ne réussit pas à se reconstituer une clientèle et ses revenus chutent dramatiquement. C’est alors qu’il réoriente sa carrière. Son ami Thomas Chapais l’aide à entrer au Courrier du Canada, journal conservateur de la capitale. D’abord rédacteur adjoint, il est nommé le 5 novembre 1880 rédacteur en chef du journal, poste qu’il occupera jusqu’en 1884. Pendant ces années, il est aussi membre de la Tribune de la presse parlementaire, dont il devient le secrétaire en 1883. Il accède également au poste de secrétaire de la Société de géographie de Québec et devient membre fondateur, en 1882, de la Presse associée de la province de Québec, un des premiers regroupements de journalistes, d’éditeurs et de propriétaires de journaux au Canada. Ces professionnels de la presse organisent des excursions et des voyages, et invitent leurs collègues du Canada anglais et des États-Unis à des tournées de promotion touristique dans différents coins du Québec.

C’est aussi au cours de ces années que Dionne commence à se consacrer à des recherches historiques, comme d’ailleurs son ami Thomas Chapais. En 1880, il publie un essai sur le mystère du tombeau de Samuel de Champlain* qui lui a valu l’année précédente le prix décerné par le consul d’Espagne à Québec, le comte de Premio-Real. Il retourne à l’occasion dans Kamouraska pour y donner des conférences sur l’agriculture.

Dionne quitte brusquement le Courrier du Canada en janvier 1884, à la suite d’un désaccord avec Léger Brousseau*, éditeur du journal, et son frère Jean-Docile*. Il devient inspecteur des licences fédérales, mais ce poste est aboli un an plus tard. Il se retrouve alors dans une situation précaire. Il travaille pendant quelques mois au Journal de Québec, de Joseph-Edouard Cauchon*, puis il devient secrétaire perpétuel des élections. Toutefois, il doit aussi donner des soins à l’hôpital de la Marine et des Émigrés pour subvenir aux besoins de sa famille. Malgré son départ du Courrier, ses liens d’amitié avec les Chapais demeurent bien vivaces et la mort de Jean-Charles, son protecteur, le 17 juillet 1885, rassemble de nouveau les deux familles. C’est grâce à l’influence de Thomas qu’il revient au Courrier en 1887 à titre de rédacteur adjoint intérimaire.

Au cours des années suivantes, Dionne s’astreint à un régime de travail très exigeant, ce qui lui permet de publier à Québec, en 1889, Jacques Cartier, ouvrage salué par les critiques et qui reçoit le prix du concours du comité littéraire et historique du Cercle catholique de Québec ; il sera réédité en 1933 et 1934. Dionne publie aussi plusieurs articles et opuscules et il donne de nombreuses conférences.

En plus de ses activités journalistiques et de ses recherches historiques, Dionne est actif au sein d’associations religieuses. En septembre 1891, il lance un bulletin publié par la Ligue du Sacré-Cœur dont il est le président. Cette revue éphémère s’intitule Religion et Patrie et son but est « d’édifier, d’égayer et d’instruire ».

Le retour des conservateurs au pouvoir en décembre 1891 ouvre à Dionne les portes d’une nouvelle carrière. Le 29 septembre 1892, il est nommé bibliothécaire de l’Assemblée législative, où il remplace le poète Pamphile Le May qui occupait ce poste depuis 1867. Pendant 20 ans, il contribuera à affermir le prestige intellectuel de cette fonction. Il acquiert pour la bibliothèque plusieurs collections personnelles fort riches, dont celles de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau*, Léon Provancher* et Théodore Robitaille*. Sous sa direction, les volumes et brochures de la bibliothèque passent de quelque 34 000 à près de 120 000. En 1903, il publie à Québec un imposant Catalogue alphabétique de la Bibliothèque de la Législature de la province de Québec et, en 1910, il obtient du gouvernement libéral de sir Lomer Gouin* la construction d’un nouvel édifice pour loger la bibliothèque trop à l’étroit dans ses anciens locaux.

C’est aussi à partir de 1890 que sa production d’historien est la plus féconde. Dionne avoue lui-même travailler à cette époque comme un bénédictin et même comme un galérien. En 1891, il publie à Québec le premier tome de Samuel Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France : histoire de sa vie et de ses voyages (le deuxième tome paraîtra en 1906), puis une série de biographies canadiennes intitulée Galerie historique. Il ajoute plusieurs autres titres à son œuvre et collabore à des journaux et à des revues.

Dionne est admis en 1893 à la Société royale du Canada et devient président de sa section française en 1901. C’est à la demande de la société qu’il publie à Québec, entre 1905 et 1912, l’Inventaire chronologique des livres, brochures, journaux et revues publiés en langue française dans la province de Québec depuis l’établissement de l’imprimerie au Canada jusqu’à nos jours. Cet ouvrage est, avec l’essai bibliographique de Philéas Gagnon, le plus important travail de bibliographie canadienne publié à cette époque.

À l’occasion de son second mariage, en 1896, Dionne a fait avec sa nouvelle femme un voyage de quatre mois en Europe. Il en a profité pour visiter les grandes bibliothèques et participer à des événements comme le congrès antimaçonnique tenu à Trente (Italie). Il fournit d’ailleurs de la correspondance de voyage au Courrier du Canada. En 1900, l’université Laval lui décerne un doctorat honorifique en lettres et, à compter de 1907, elle lui confie le cours d’archéologie canadienne à la faculté des arts. Dionne participe activement à la préparation des fêtes du tricentenaire de Québec et poursuit au même rythme ses publications, dont le Parler populaire des Canadiens français : ou Lexique des canadianismes, acadianismes, anglicismes, américanismes [...], paru à Québec en 1909. Cette même année, le gouvernement français lui décerne le titre d’officier de l’Instruction publique.

L’année suivante, Dionne retourne en Europe pour représenter l’université Laval et le gouvernement de Québec à un congrès international de bibliothécaires tenu à Bruxelles. Il prend sa retraite en 1912, mais demeure actif ; il publie à Québec, en 1914, un recueil, les Canadiens-français ; origine des familles [...], et, en 1915, il effectue un voyage à l’Exposition universelle de San Francisco. Il y va avec sa femme à titre de correspondant du Quebec Chronicle.

C’est à Québec que Narcisse-Eutrope Dionne vit ses dernières années, passant ses étés dans son village natal de Saint-Denis. Il s’éteint à sa résidence de la rue Couillard, le vendredi 30 mars 1917. L’œuvre historique de Dionne, marquée par les idéologies conservatrices du xixe siècle, allait demeurer valable pendant longtemps à cause de sa rigueur méthodologique.

Gilles Gallichan

Le principal fonds d’archives sur Narcisse-Eutrope Dionne appartient toujours à ses descendants. Cependant, une photocopie complète de ces documents est conservée aux Arch. de l’Assemblée nationale (Québec), Fonds N.-E. Dionne.

Les œuvres publiées de Dionne sont recensées dans l’ouvrage de Fernande Villemaire, Bio-bibliographie de Narcisse-E. Dionne (Québec, 1983). On y trouve aussi plusieurs références à des articles et des études qui concernent le sujet, auxquelles on ajoutera les items suivants : DOLQ ; Hamel et al., DALFAN ; Serge Gagnon, « le {{xvi}}e siècle canadien de Narcisse-Eutrope Dionne à Marcel Trudel (1891–1963) », Rev. de l’univ. d’Ottawa, 47 (1977) : 65–83 ; deux articles de Gilles Gallichan, « Un pionnier de la bibliographie québécoise : Narcisse-Eutrope Dionne, bibliothécaire de la Législature (1892–1912) », les Cahiers du livre ancien du Canada français (Montréal), 1 (1984), no 2 : 4–16, et « le Voyage en Europe de N.-E. Dionne », Cahiers des Dix, 48 (1993) : 165–200.

Bibliographie générale

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Gilles Gallichan, « DIONNE, NARCISSE-EUTROPE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dionne_narcisse_eutrope_14F.html.

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Auteur de l'article:   Gilles Gallichan
Titre de l'article:   DIONNE, NARCISSE-EUTROPE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   25 juillet 2014