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BRADSTREET, JOHN (baptisé Jean-Baptiste), officier et fonctionnaire, né le 21 décembre 1714 à Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse, second fils d’Edward Bradstreet et d’Agathe de Saint-Étienne* de La Tour ; il épousa Mary Aldridge, et de ce mariage naquirent deux filles ; décédé à New York le 25 septembre 1774.

John Bradstreet et son frère Simon s’engagèrent dans le régiment de Richard Philipps* (le 40e d’infanterie) et servirent comme volontaires en Nouvelle-Écosse jusqu’en 1735, date à laquelle leur mère, par l’intermédiaire de l’agent du régiment, King Gould, put leur obtenir des commissions. John reçut le grade d’enseigne et entreprit ainsi une carrière militaire qui devait atteindre son apogée lorsqu’il fut fait major général en 1772.

L’enfance et l’histoire familiale de John Bradstreet baignent dans une certaine confusion, créée par la présence en Nouvelle-Écosse d’un de ses cousins qui portait le même nom. Lorsque celui-ci mourut, John épousa sa veuve – ce qui n’est pas de nature à clarifier la situation – et deux des quatre enfants que l’on croyait être les siens étaient en réalité ceux de son cousin. Plus tard, Bradstreet hésita à parler de ses antécédents familiaux et de ses années vécues en Nouvelle-Écosse. Son silence peut s’expliquer par la crainte de voir sa carrière dans l’armée britannique compromise si l’on venait à découvrir son ascendance acadienne et le fait qu’il s’était livré à des activités commerciales suspectes. C’est ainsi que les historiens l’ont présenté comme un personnage énigmatique qui apparaît pour la première fois durant la campagne contre Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), en 1745. Pourtant, Bradstreet avait mené une vie très active dans les années 30, alors qu’il était jeune officier en poste à Canseau (Canso, Nouvelle-Écosse). En outre de ses fonctions militaires, il avait mis sur pied un commerce lucratif de provisions et de bois avec la forteresse française. N’écoutant pas le conseil de Gould, qui lui disait de « laisser tomber » ces activités susceptibles de nuire à sa carrière militaire, il continua à faire du commerce avec Louisbourg jusqu’à une date avancée de l’année 1743. Il n’est pas étonnant qu’il ait reçu un traitement de faveur lorsque les Français prirent Canseau et sa garnison en mai 1744 [V. François Du Pont Duvivier]. Pendant les quelques mois qui suivirent, il joua le rôle de messager dans les discussions qui eurent lieu, à propos des échanges de prisonniers, entre le commandant de Louisbourg, Jean-Baptiste-Louis Le Prévost* Duquesnel, et le gouverneur du Massachusetts, William Shirley. Il s’efforça, en outre, de tirer bénéfice en Nouvelle-Angleterre de la connaissance qu’il avait de Louisbourg et d’augmenter ses chances d’avancement en Grande-Bretagne. En septembre 1744, le jour même où la garnison de Canseau arrivait à Boston après avoir été libérée, Bradstreet et l’un des officiers de cette garnison, George Ryall, présentèrent à Shirley un rapport sur Louisbourg dans lequel ils soulignaient l’importance de cette forteresse pour l’Empire français et faisaient allusion à sa vulnérabilité. Trois mois plus tard, Bradstreet soumit à Shirley le plan d’une attaque contre la place forte. Comme il n’existe pas de copie de ce plan, on n’est pas certain s’il fut utilisé comme donnée lors de l’attaque menée en 1745 ; William Vaughan* prétendit avoir dressé le plan définitif. Toutefois, William Pepperrell* qualifia Bradstreet de « premier instigateur de l’expédition » et Shirley affirma que c’était en raison de ses « renseignements et avis » qu’il avait lancé l’expédition.

Malgré sa déception de n’avoir pas obtenu le commandement de l’expédition, Bradstreet accepta une commission provinciale qui le créait lieutenant-colonel du 1er régiment du Massachusetts et il participa à la victoire remportée à Louisbourg. Ses actions lui valurent les éloges de Pepperrell, du commodore Peter Warren* et de Shirley. Le lendemain de la reddition, il fut nommé « major de la ville et [de la] forteresse », mais il n’obtint pas les récompenses auxquelles, visiblement, il s’attendait. De plus, après que Charles Knowles eut été nommé gouverneur de l’île du Cap-Breton en juin 1746, il perdit son poste de major. Les deux hommes commencèrent à se détester mutuellement, et les avantages marginaux consentis à Bradstreet – par exemple, l’approvisionnement de la garnison en rhum et en combustible – lui furent enlevés par Knowles, lequel déclara qu’il n’allait plus lui permettre de « piller le gouvernement ». Bien qu’il eût été nommé capitaine dans le régiment régulier de Pepperrell – un régiment nouvellement levé, en garnison à la forteresse – et qu’il fût nommé lieutenant-gouverneur de St John’s, Terre-Neuve, le 16 septembre 1746, Bradstreet éprouvait encore un sentiment d’amertume. En août 1747, ayant vainement fait d’autres tentatives pour améliorer sa situation et ne pouvant plus supporter les frustrations qu’il subissait à Louisbourg, il se rendit à St John’s pour occuper son poste de lieutenant-gouverneur.

Bradstreet ne se reposa pas très longtemps à Terre-Neuve ; à l’automne de 1751, il partait pour l’Angleterre. Muni du journal qu’il avait tenu durant le siège, il exposa le rôle qu’il avait joué et il se plaignit de son sort ; il regagna l’appui de King Gould et du fils de celui-ci, Charles, qui s’étaient détournés de lui en raison de ses activités commerciales, et il intéressa à sa cause des personnes aussi puissantes que sir Richard Lyttleton, un ami intime de William Pitt, Charles Townshend, qui allait devenir chancelier de l’Échiquier sous le gouvernement de Pitt, et lord Baltimore. Si Townshend et Baltimore ne parvinrent pas à lui procurer de l’avancement, Lyttleton et Charles Gould allaient lui être plus utiles. Désormais assuré d’avoir ses « entrées » – ce dont il avait grand besoin – chez des personnages capables de veiller sur lui en Angleterre, Bradstreet revint en Amérique en 1755 avec l’expédition du major général Edward Braddock.

Capitaine dans le nouveau 51e d’infanterie de Pepperrell, Bradstreet fut d’abord affecté, cette année-là, à la campagne menée par Shirley contre le fort Niagara (près de Youngstown, New York). Le gouverneur du Massachusetts, qui manquait d’hommes expérimentés, fit largement confiance à celui qui l’avait conseillé au sujet de Louisbourg. Au printemps de 1755, il commanda à Bradstreet de se rendre à Oswego (ou Chouaguen ; aujourd’hui Oswego, New York) pour raffermir les défenses du fort et en faire une base à partir de laquelle serait lancée l’attaque sur le fort Niagara. Bradstreet exécuta les ordres avec énergie et, en août, il fut promu major honoraire et adjudant général. Shirley rencontra toutefois des difficultés dans la préparation de son armée et l’acheminement de celle-ci à Oswego durant l’été et Bradstreet, voyant échapper l’occasion d’attaquer le fort Niagara, demanda la permission de donner immédiatement l’assaut. Shirley rejeta ce plan et, en septembre, il abandonna la campagne contre le fort. Il décida que le fort Frontenac (Kingston, Ontario), qu’il considérait comme « la clef » du lac Ontario, allait être l’objectif de la première campagne de 1756 et il chargea Bradstreet de mener cette attaque.

Au printemps, l’une des premières tâches confiées à Bradstreet fut de prendre la tête d’un convoi de barques formé en vue de renforcer la garnison d’Oswego. Une fois sur place, il devait choisir les hommes et les approvisionnements nécessaires et attaquer le fort Frontenac. Cependant, il éprouva des difficultés à atteindre Oswego ; par ailleurs, ayant constaté que la garnison était affaiblie et les fortifications incomplètes, il comprit qu’il n’était pas en mesure de lancer une offensive contre le fort Frontenac. Il s’occupa de tenir ouverte la route du ravitaillement qui reliait Albany et Oswego, car ce dernier endroit était de plus en plus menacé par les Français. Après avoir fait une autre visite à Oswego le ter juillet 1756, il revint à Albany où il attendit impatiemment l’occasion de se remettre en route. Toutefois, à la mi-août, Oswego fut pris par Montcalm*.

À cette date, lord Loudoun avait remplacé Shirley au poste de commandant des forces britanniques en Amérique. Identifié comme un affidé de Shirley par les ennemis de ce dernier, au nombre desquels se trouvaient sir Charles Hardy et sir William Johnson, Bradstreet eut tôt fait de se dissocier de son ancien commandant. Ayant été prévenu par Charles Gould, en mars 1756, qu’on n’avait « plus beaucoup d’estime ici [en Grande-Bretagne] » pour Shirley, il se montra peu disposé à collaborer lorsque celui-ci tenta de réunir des informations de nature à justifier sa conduite. Il s’efforça plutôt de gagner la sympathie de Loudoun et de son état-major et il y parvint tout à fait. Toutes les mesures autorisées par Shirley furent critiquées par ceux qui vinrent après lui, tandis que la conduite de Bradstreet « suscita des éloges sans réserve ». Avec l’approbation de Loudoun, Bradstreet se fit payer les frais de l’utilisation des barques ; il fut nommé capitaine dans les Royal Americans (60e d’infanterie) lorsque le 51e fut licencié au début de 1757 et il devint en pratique quartier-maître et aide de camp de Loudoun. Au cours du printemps de 1757, il rassembla à Boston les approvisionnements et les transports nécessaires à l’expédition de Loudoun contre Louisbourg, et, en août, à Halifax, il était de ceux qui jugeaient que l’attaque ne devait pas être remise à plus tard.

Déçu lorsque l’expédition fut contremandée, Bradstreet fut néanmoins heureux d’apprendre que William Pitt était devenu premier ministre de Grande-Bretagne et il écrivit à Lyttleton pour lui demander de dire « un bon mot » en sa faveur. Il n’hésita pas à indiquer les fonctions auxquelles il estimait avoir droit, notamment le poste de gouverneur du New Jersey, celui de colonel d’un régiment de rangers ou celui de quartier-maître général. En outre, comme il l’avait déjà fait, il soumit un plan à ses supérieurs en donnant à Lyttleton, au début de septembre 1757, son avis sur la manière de conquérir le Canada. Pour remporter une victoire complète en Amérique du Nord, il fallait, selon lui, attaquer les possessions françaises sur trois fronts. Une armée devait prendre Louisbourg puis marcher sur Québec, pendant qu’une autre, partant d’Albany, allait s’emparer des forts Carillon (Ticonderoga, New York) et Saint-Frédéric (près de Crown Point, New York) et opérer une jonction avec la troisième armée, laquelle partirait d’Oswego pour mener une attaque par le lac Ontario. Les forces réunies effectueraient ensuite « dans un bref délai la prise de la ville de Montréal ». Cette stratégie de Bradstreet offre une ressemblance frappante avec celle qui fut utilisée par Pitt, durant les campagnes de 1758 à 1760, pour conquérir le Canada.

« Ravi par le courage et le génie entreprenant » de Bradstreet, Lyttleton communiqua ce projet à Pitt et au commandant en chef de l’armée britannique, lord Ligonier. Il est certain que celui-ci s’en inspira lorsqu’il dressa les plans de la campagne de 1758. L’avancement demandé par Bradstreet lui fut accordé sans retard ; le 1er janvier 1758, Lyttleton annonça à Charles Gould, avec une évidente satisfaction : « J’ai obtenu pour notre ami Bradstreet le grade de lieutenant-colonel au service du Roi, en qualité d’adjoint au quartier-maître général de l’Amérique. »

Tandis qu’il obtenait de l’avancement en Angleterre, Bradstreet se voyait confier des tâches de plus en plus importantes en Amérique. Loudoun lui commanda de surveiller la construction, dans la région d’Albany, des barques qui devaient être utilisées sur le lac Ontario et sur les fleuves Hudson et Saint-Laurent au cours de la prochaine campagne ; de plus, il approuva son projet d’attaquer le fort Frontenac à l’arrivée du printemps. Ces plans furent brusquement modifiés au début de mars, toutefois, lorsque Loudoun fut remplacé par Abercromby. Selon les ordres qu’Abercromby tenait de Pitt, Bradstreet devait se rendre dans les colonies du Sud pour y exercer les fonctions de quartier-maître. Comme Abercromby connaissait les talents de Bradstreet, il décida plutôt, dans « un acte bien avisé de désobéissance », d’avoir recours à lui dans sa campagne contre le fort Carillon. Bradstreet dirigea donc la construction des barques ainsi que l’acheminement, sur le fleuve Hudson, des vivres et des effectifs réunis en vue de l’attaque. Lorsque le commandant en second, le vicomte Howe (George Augustus Howe), fut tué et que son remplaçant, Gage, se révéla incapable de devenir un des principaux conseillers d’Abercromby, Bradstreet « prit les choses en mains ». Avec la permission du commandant en chef, il conduisit à Carillon une troupe de plusieurs milliers de réguliers et de, provinciaux en empruntant une route plus directe que celle qui avait été suivie par l’armée. Une fois rendu devant le fort avec cette avant-garde, il demanda l’autorisation de se lancer immédiatement à l’assaut. Abercromby ne prêta pas « la moindre attention » à cette requête ; il s’amena avec le reste de l’armée et fixa au lendemain le moment de l’attaque. Le délai se révéla coûteux : le 8 juillet, les troupes françaises, renforcées et mieux retranchées, repoussèrent les vagues successives d’assaillants. Abercromby ayant décidé de battre en retraite, Bradstreet dirigea le rembarquement et transforma en une opération exécutée en bon ordre une ruée vers les barques qui s’annonçait comme un désastre.

Au contraire de ceux qui pansaient leurs blessures au lendemain de la défaite britannique, Bradstreet remit de l’avant son projet d’attaquer le fort Frontenac et il obtint l’autorisation d’Abercromby. Avec une troupe d’environ 3 000 hommes, en grande partie des coloniaux, il atteignit le lac Ontario le 21 août, et, quatre jours plus tard, il était en vue du fort français. La place forte n’étant pas en état de résister à un siège, Pierre-Jacques Payen de Noyan et de Chavoy, le commandant, capitula le 27 août. Après avoir pillé, incendié et démoli le fort, la troupe de Bradstreet regagna le territoire britannique. Ce coup d’éclat ébranla la ligne de défense de l’empire français sur les Grands Lacs. Comme résultat plus direct, la prise des provisions du fort, la destruction de la flottille française sur le lac Ontario et la diminution du prestige des Français aux yeux des Indiens contribuèrent à la défaite finale de la Nouvelle-France.

Le triomphe de Bradstreet fut applaudi en Grande-Bretagne et il fut rapidement promu colonel en Amérique, avec effet rétroactif au 20 août. Chose curieuse, bien qu’il eût atteint l’apogée de sa carrière militaire durant les années où la Grande-Bretagne subissait la défaite, le sentiment qu’il avait d’être frustré et négligé s’accrut pendant que les forces britanniques connaissaient la victoire. Cependant, il gagna le respect inconditionnel de son nouveau commandant, Amherst, pour la façon consciencieuse avec laquelle il s’acquitta de sa tâche d’adjoint au quartier-maître général à Albany. Pendant les préparatifs de la campagne de 1760, Bradstreet se dépensa sans compter au point que sa santé en souffrit et il vint tout près de mourir. Il fut obligé de rester à l’arrière, à Oswego, et de garder le lit tandis que l’armée d’Amherst se lançait dans la dernière attaque qui allait permettre de conquérir le Canada. Ses fonctions de quartier-maître étaient lucratives et lui permettaient de jouer un rôle de premier plan dans les cercles politiques et financiers de la région d’Albany ; toutefois, comme la guerre touchait à sa fin, il se mit à s’inquiéter de plus en plus de ce que le gouvernement britannique ne lui accordait pas, selon lui, une juste récompense pour sa contribution à la victoire. Malheureusement pour lui, Lyttleton quitta l’Angleterre en 1760 et Pitt perdit le pouvoir en 1761, mais le fidèle Charles Gould, continuant de plaider en sa faveur, parvint, en octobre 1763, à assurer sa nomination au poste de lieutenant-gouverneur soit de Montréal ou de Trois-Rivières, après que Ralph Burton* aurait arrêté son choix. La révolte fomentée par Pondiac* avait éclaté dans l’intervalle, et Bradstreet se vit offrir par Amherst le commandement d’une expédition qui devait se rendre aux Grands Lacs pour lutter contre les Indiens. Il accepta, car il espérait que le succès de cette mission impressionnerait davantage le gouvernement britannique que ne l’avaient fait ses activités militaires au Canada.

Les opérations prévues pour 1764 visaient surtout les Loups (Delawares) et les Chaouanons ; Bradstreet, du côté nord, devait conduire une troupe du fort Niagara à Détroit, tandis que Henry Bouquet, au sud, devait mener des hommes du fort Pitt (Pittsburgh, Pennsylvanie) en direction de la rivière Muskingum (Ohio). Incapable, pour diverses raisons, de quitter le fort Niagara avant le début d’août et amèrement déçu de n’avoir pas une troupe plus nombreuse, il se persuada que sa mission comportait aussi des tentatives de pacification. Il fit donc des offres de paix à une délégation indienne qu’il rencontra près du fort Presque Isle (Erie, Pennsylvanie) le 12 août et il entama de nouvelles négociations quand il fut arrivé à Détroit le 27 août.

À la mi-septembre, Bradstreet se trouvait à Sandusky (Ohio) où il s’était arrêté en revenant de son voyage. Gage, qui avait remplacé Amherst au poste de commandant en chef et avait été informé des tentatives de pacification faites par Bradstreet, désavoua l’action de son subordonné et lui ordonna de lancer une attaque par voie de terre contre les Loups (Delawares) et les Chaouanons. Bradstreet estima que ses hommes, affaiblis, n’étaient pas en mesure d’accomplir une telle mission et il demeura à Sandusky jusqu’au milieu d’octobre, se contentant de n’être qu’une menace virtuelle pour les Indiens et de fournir une aide indirecte à Bouquet. Des tempêtes et le manque de provisions transformèrent le retour de Sandusky en une débandade cauchemardesque et les premiers rescapés de l’expédition n’arrivèrent au fort Niagara que le 4 novembre. Bradstreet avait eu le mérite d’avoir secouru Détroit, aidé à rouvrir les divers postes des lacs Supérieur, Huron et Michigan et contribué, du moins indirectement, au succès plus marqué remporté par Bouquet. Mais, aux yeux de Gage et de sir William Johnson, il avait mal dirigé son expédition et outrepassé ses ordres ; après la campagne de Détroit, son dossier militaire et sa réputation étaient sérieusement ternis. À la suite de cet échec, Bradstreet continua de remplir ses fonctions d’adjoint au quartier-maître général à Albany, poste qui était presque une sinécure car ses dépenses de service et ses responsabilités étaient réduites au minimum par l’insensible Gage. Celui-ci demeura commandant en chef jusqu’à la fin de la vie de Bradstreet et contraria maintes fois les efforts qu’il fit pour obtenir de l’avancement. Bradstreet eut des succès financiers grâce à la spéculation foncière et à diverses transactions, mais sa carrière militaire resta dans un état de stagnation. Il soumit néanmoins aux autorités de la métropole des plans qui lui tenaient à cœur – par exemple, la fondation à Détroit d’une colonie distincte dont il aurait été le gouverneur – mais ses projets, parfois tout près d’être réalisés, n’aboutirent pas. Tout aussi vains furent ses efforts en vue d’être nommé gouverneur du Massachusetts, de New York et même du Canada lorsqu’il apprit que Guy Carleton* envisageait en 1770 de « ne jamais revenir ». En 1773, il aspirait encore à la succession de Gage ; l’année suivante, il présenta une autre fois son projet de fonder une nouvelle colonie à Détroit, mais l’Acte de Québec vint mettre un terme à ses espérances. Le sort épargna au vieux guerrier la nouvelle de ce dernier échec ainsi que le spectacle de la révolution qu’il anticipait depuis longtemps : il mourut à New York le 25 septembre 1774. Le lendemain, un long cortège funèbre accompagna la dépouille de Bradstreet à son dernier repos en l’église Trinity.

Il n’était pas facile à un Anglo-Américain acadien de mener à bien une carrière militaire dans l’armée britannique au milieu du xviiie siècle. Bradstreet réussit ce tour de force parce qu’il sut tout à la fois jouer un rôle de premier plan dans les victoires militaires, profiter des occasions, obtenir la protection de personnages haut placés et l’appui de son commandant, et faire reconnaître dans une large mesure ses dons particuliers. Son succès fut limité, cependant, par suite de la confusion entourant ses origines et du caractère équivoque d’un grand nombre de ses plans et de ses actions. On recourut à lui dans les situations d’urgence en temps de guerre, mais il fut généralement un régulier quelque peu... irrégulier.

W. G. Godfrey

La documentation relative à John Bradstreet est assez considérable, mais largement dispersée. La Tredegar Park coll. de la National Library of Wales (Aberystwyth) contient la correspondance Bradstreet-Gould, qu’on consultera toujours avec grand profit. Aux APC, de nombreuses séries (sur microfilms ou en copies) contiennent des renseignements sur les activités de Bradstreet. Parmi les plus importantes, mentionnons les archives de la famille Amherst (MG 18, L4) ; AN, Col., C11B (MG 1) ; Nova Scotia A (MG 11, [CO 217]) ; PRO, Adm. I (MG 12) ; PRO, CO 5, CO 194, CO 217 (MG 11) ; PRO 30/8 (MG 23, A2) et WO 1(MG 13). Aux PANS, les RG 1, 5–26, 29–30, 34–35 et 38 nous furent utiles. Les archives considérables de Thomas Gage, dont la section américaine contient une correspondance substantielle entre Gage et Bradstreet, se trouvent à la Clements Library. L’American Antiquarian Soc. (Worcester, Mass.) possède le fonds John Bradstreet, 1755–1777 ; la New York Public Library, Manuscripts and Archives Division, conserve le fonds Philip Schuyler, quelque peu décevant. La New York Hist. Soc. (New York) et la New York State Library (Albany) possèdent l’une et l’autre différentes pièces relatives à Bradstreet. La Huntington Library garde les archives d’Abercromby et de Loudoun qui valent la peine d’être consultées (les secondes en particulier), et la Mass. Hist. Soc. possède le fonds Belknap, également utile.

Parmi les sources imprimées, les plus importantes sont [John Bradstreet], An impartial account of LieutColBradstreet’s expedition to Fort Frontenac [...] (Londres, 1759 ; réimpr., Toronto, 1940) ; « The Colden letter books », N.Y. Hist. Soc., Coll., [3e sér.], IX (1876) ; X (1877) ; Correspondence of General Thomas Gage (Carter) ; Correspondence of William Pitt (Kimball) ; Correspondence of William Shirley (Lincoln) ; Diary of the siege of Detroit [...], F. B. Hough, édit. (Albany, 1860) ; The documentary history of the state of New-York [...], E. B. O’Callaghan, édit. (4 vol., Albany, 1849–1851), I ; IV ; G.-B., PRO, CSP, col., 1710–11–1738 ; « The Lee papers », vol. I, N.Y. Hist. Soc., Coll., [3e sér.], IV (1871) ; Louisbourg journals, 1745, L. E. De Forest, édit. (New York, 1932) ; Mass. Hist. Soc., Coll., (1re sér., 10 vol., Boston, 1792–1809), I ; VII ; (4e sér., 10 vol., 1852–1871), V ; IX ; X ; (6e sér., 10 vol., 1886–1899), VI ; IX ; Military affairs in North America, 1748–1765 (Pargellis) ; NYCD (O’Callaghan et Fernow), VII ; VIII ; X ; Royal Fort Frontenac (Preston et Lamontagne).

Bradstreet n’a jamais été le sujet d’une étude biographique exhaustive. S. McC. Pargellis a signé une courte esquisse biographique dans le DAB. Arthur Pound a tenté un examen plus détaillé dans Native stock : the rise of the American spirit seen in six lives (New York, 1931), mais son récit est entaché d’exagérations et d’inexactitudes. Le roman historique de Harvey Chalmers, Drums against Frontenac (New York, 1949) présente un tableau fascinant, quoique largement fictif. À cause de sa participation à tant de campagnes militaires américaines du milieu du {{xviii}}e siècle, Bradstreet est fréquemment mentionné dans plusieurs études, mais il fait rarement l’objet d’un examen détaillé. On peut citer, à titre d’exemples, Frégault, François Bigot ; L. H. Gipson, The British empire before the American revolution (15 vol., Caldwell, Idaho, et New York, 1936–1970), VII ; McLennan, Louisbourg ; Pargellis, Lord Lodoun ; Usher Parsons, The life of Sir William Pepperrell, bart [...] (2e éd., Boston et Londres, 1856) ; Rawlyk, Yankees at Louisbourg ; Shy, Toward Lexington ; Stanley, New France ; et Rex Whitworth, Field Marshal Lord Ligonier : a story of the British army, 1702–1770 (Oxford, 1958).

Les seules récentes études détaillées concernant des périodes particulières de la carrière de Bradstreet sont les suivantes : W. G. Godfrey, « John Bradstreet at Louisbourg : emergence or re-emergence ? », Acadiensis, IV (1974), no 1 : 100–120 ; Peter Marshall, « Imperial policy and the government of Detroit : projects and problems, 1760–1774 », Journal of Imperial and Commonwealth History (Londres), II (1974) : 153–189. W. G. Godfrey a fait une étude complète de la carrière de Bradstreet dans sa thèse de ph.d. : « John Bradstreet : an irregular regular, 1714–1774 » (Queen’s University, Kingston, Ontario, 1974).  [w. g. g.]

Bibliographie générale

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W. G. Godfrey, « BRADSTREET, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bradstreet_john_4F.html.

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Auteur de l'article:   W. G. Godfrey
Titre de l'article:   BRADSTREET, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   20 avril 2014