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BUCHANAN, ALEXANDER CARLISLE, commerçant et agent d’émigration, né en 1786 dans le comté de Tyrone (Irlande du Nord), probablement à Omagh, fils de John Buchanan et de Sarah Sproule ; décédé célibataire le 13 avril 1840 à Omagh.

Alexander Carlisle Buchanan appartenait à une famille de marchands terriens du nord de l’Irlande qui s’adonnaient au commerce du bois et des céréales, et organisaient des traversées pour voyageurs des deux côtés de l’Atlantique. Au milieu des années 1820, il quitta Londonderry pour Montréal, où il s’associa à son frère William dans le commerce maritime ; ensemble, ils fondèrent également une meunerie et une scierie près de Sorel (Sorel-Tracy). Entre-temps, leur frère James, plus âgé, utilisait son poste de consul de la Grande-Bretagne à New York pour inciter des milliers d’immigrants britanniques qui s’y trouvaient, principalement des protestants de l’Ulster, à aller s’installer dans le Haut-Canada. Alexander Carlisle misa bientôt sur les connaissances et les relations de sa famille pour se lancer en affaires dans le secteur de l’émigration.

Après avoir vu de ses propres yeux les conséquences fatales de pratiques chaotiques et désordonnées, telles que la surpopulation et l’allocation de quantités insuffisantes de provisions et d’eau, Buchanan se rendit à Londres en 1826 pour s’adresser au Select Committee on Emigration de la Chambre des communes. Robert John Wilmot-Horton, sous-secrétaire parlementaire au ministère des Colonies, présidait ce comité et se faisait le plus grand défenseur en Grande-Bretagne de l’émigration parrainée par l’État. Buchanan collaborerait avec lui ultérieurement. En 1828, il publia, à Londres, Emigration practically considered : with detailed directions to emigrants proceeding to British North America, particularly to the Canadas : in a letter to the Right Hon. R. Wilmot Horton, m.p.Dans sa tentative de raviver le projet de colonisation ambitieux caressé par Wilmot-Horton au début des années 1820 [V. Peter Robinson], il soutenait que, grâce à l’abrogation du Passenger Vessels Act en 1827, l’établissement d’une famille dans les colonies coûterait moins d’argent. Le document visait également à faire valoir la compétence de l’auteur en la matière : Buchanan déclarait que, jusqu’en 1828, il avait organisé 15 ou 16 traversées transatlantiques représentant au total 6 000 émigrants, et ajoutait qu’il s’était « intéressé au retrait » d’Irlande d’un contingent supplémentaire de 12 000 à 15 000 personnes. De plus, il dressa un plan destiné à aider l’établissement annuel de 100 000 immigrants, durant une période de cinq ans, en leur offrant des prêts totalisant 500 000 £. Son projet, comme celui de Wilmot-Horton, supposait que les fonds dépensés par le gouvernement pour le transport et l’installation seraient remboursés principalement par les immigrants, qui deviendraient des colons exemptés de redevances pendant sept ans. Il précisa toutefois que les paroisses anglaises ainsi que les propriétaires terriens d’origine écossaise ou irlandaise seraient également tout à fait disposés à fournir une contribution. Il écrivit : « La catégorie de personnes que je proposerais à l’émigration de l’Irlande se constitue d’ouvriers démunis, de locataires expulsés et de pauvres paysans actuellement considérés comme une obstruction à la consolidation des fermes et à l’amélioration des domaines, et pour lesquels on ne pourrait jamais envisager de meilleures conditions dans leur pays. »

Selon toute vraisemblance, le ministère des Colonies ne prit pas au sérieux la proposition de Buchanan, mais, probablement grâce à ses pressions, on lui demanda d’aider à la préparation d’un nouveau projet de loi pour les passagers. Certaines de ses recommandations s’ajoutèrent à la loi de 1828, notamment des mesures pour réduire la surpopulation à bord des bateaux et pour s’assurer de l’application de la loi. De plus, Buchanan suggéra d’affecter un « agent général des terres et de l’émigration » à la ville de Québec pour endiguer le flux de passagers qui, après y avoir débarqué, poursuivaient habituellement leur voyage pour s’établir aux États-Unis. Cette suggestion entraîna sa nomination au poste en question au printemps de 1828. La nouvelle loi de 1835 sur les passagers de navires incluait nombre de ses autres recommandations, dont des quantités accrues de nourriture et l’obligation pour les navires de mettre à la disposition des passagers un exemplaire du texte de loi.

Immédiatement après l’engagement de Buchanan, le nombre d’immigrants à Québec connut une hausse considérable : il passa de 13 000 au début de son mandat à 50 000 trois ans plus tard. Son salaire initial de 300 £ s’éleva à 400 £ en 1832. Selon l’historien Norman Macdonald, « les tâches officielles de Buchanan étaient lourdes et difficiles. Il devait accueillir les immigrants à leur arrivée, leur remettre l’allocation d’installation le cas échéant, vêtir et nourrir les affamés, entendre les plaintes et entreprendre des démarches contre les capitaines pris en défaut, rester en contact avec les chercheurs d’emploi, aider les nouveaux venus à retrouver leurs amis et les transborder vers leur destination finale, et toutes [ses actions devaient être] soigneusement consignées. » Macdonald ajouta que Buchanan « dépassait ses obligations officielles en compilant de l’information précieuse sur les endroits disponibles, l’état des routes, les distances et les dépenses. Il invitait les propriétaires qui souhaitaient vendre leur propriété à l’en informer. Son bureau devint un centre d’information indispensable pour les étrangers désorientés et inquiets, et leur évitait d’être exposés aux grossiers abus de confiance des spéculateurs fonciers. » De sa propre initiative, après 1830, Buchanan lutta férocement pour l’application de la loi sur les passagers, et intenta des poursuites en cas d’infraction et en vue d’obtenir des indemnités au nom des passagers lésés.

Pourtant, Buchanan ne s’estimait pas entièrement satisfait des résultats de son travail ardu, car il nourrissait l’ambition d’encourager une proportion substantielle de ceux qui mettaient pied à terre à Québec à s’installer dans la colonie du Bas-Canada. Le but, comme il le déclarait, consistait à ériger « des obstacles à l’emprise monopolistique des Américains, qui [avaient] déjà la mainmise sur les Cantons-de-l’Est ». Avec l’approbation du ministère des Colonies, il concentra son attention sur les cantons de l’extrémité nord des Appalaches. Le chemin Craig, qui partait de la rive sud du Saint-Laurent près de Lévis, reliait ces cantons depuis 1811, mais se détériora pendant la guerre de 1812 ; les propriétaires absents des propriétés voisines avaient par la suite négligé de développer leurs grandes propriétés. Conséquemment, il n’y avait, en 1829, que quelques colons dans ce qui deviendrait cette année-là le comté de Mégantic. Buchanan réussit à attirer un nombre considérable de nouveaux venus britanniques à profiter des conditions généreuses offertes par le gouvernement, sans oublier les emplois qu’ils pouvaient trouver dans la construction des routes qui traversaient les concessions récemment ouvertes.

Au terme de la saison de navigation de 1829, Buchanan écrivit dans son rapport annuel que, parmi les 15 945 passagers arrivés à Québec par bateau cette année-là, 3 754 s’étaient établis dans le Bas-Canada, région « auparavant à peine connue de l’immigrant britannique ». Il faisait valoir également que les 166 familles (totalisant 830 personnes) installées dans le voisinage du canton d’Inverness dans le comté de Mégantic constituaient « dans l’ensemble le plus remarquable contingent de colons du Royaume-Uni jamais implanté dans la province du Bas-Canada ». Selon ses rapports subséquents, Buchanan évitait de choisir des immigrants très pauvres qui auraient eu des difficultés à venir habiter une région relativement isolée. Les vastes réseaux de parenté parmi les Irlandais protestants suggèrent néanmoins que des stratégies familiales, et non pas seulement les diktats de l’agent d’émigration, jouaient un rôle décisif pour déterminer qui s’installait dans les colonies.

En 1830 et 1831, environ 3 500 personnes, des Irlandais protestants pour la plupart, suivirent le chemin Craig et le chemin Gosford construit depuis peu pour relier trois cantons – Leeds, Inverness et Irlande –, ainsi que les seigneuries avoisinantes de Saint-Gilles et de Sainte-Croix. Le recensement officiel du printemps de 1831 révéla que les colons avaient prospéré tangiblement : ils avaient défriché en moyenne 4,5 hectares par ménage dans le canton d’Inverness, et pouvaient compter sur de bonnes récoltes de pommes de terre et de céréales. Buchanan, personnellement et vivement intéressé par les progrès des nouveaux arrivants, les aidait à s’installer sur une terre quand il le pouvait et investit plus de 500 £ sur deux lots que le gouvernement lui avait attribués. Cependant, comme presque toute la terre arable était occupée à la fin de 1831, les saisons suivantes seraient décevantes pour la poursuite de la colonisation. Les Canadiens français, plutôt que les Britanniques, viendraient ensuite peupler les cantons restants en bordure des seigneuries sur la rive sud du Saint-Laurent, et la population anglophone de la région économiquement isolée amorcerait un déclin numérique constant au début des années 1860.

Aux élections de 1832, Buchanan se porta candidat à l’Assemblée législative dans la nouvelle circonscription de Mégantic ; il perdit par dix voix seulement contre un résident de Québec fortement soutenu par des propriétaires absents. Cet automne-là, Buchanan se rendit à Londres, où il s’adressa à un comité gouvernemental sur l’émigration avec Patrick McMahon* de la Société de Québec des émigrés. Il resta sur place pendant plus d’une année et fit pression sur le ministère des Colonies pour la création de postes d’agents d’émigration en Grande-Bretagne. Grâce, principalement, aux efforts de Buchanan, on engagea le premier d’entre eux à Liverpool en 1833. Toutefois, la théorie du stratège impérialiste Edward Gibbon Wakefield* avait entre-temps convaincu les fonctionnaires du ministère d’abolir l’exemption de redevances, d’obliger les colons à effectuer des paiements deux fois par année et, pour la première fois, d’imposer un intérêt sur les prêts. Toutes ces mesures entravèrent l’émigration. De plus, la collecte de revenus sur les ventes de terres de la couronne signifierait que le coût de l’émigration serait transféré aux colonies.

Même si Alexander Carlisle Buchanan affirma à juste titre, en 1836, avoir démontré que la population excédentaire du nord de l’Irlande pouvait s’implanter avantageusement dans les colonies nord-américaines à un coût minimal pour les contribuables britanniques, le gouvernement avait perdu intérêt pour les projets d’émigration. Trois ans auparavant, il avait pris congé pendant l’hiver pour des raisons de santé, et son neveu, aussi nommé Alexander Carlisle Buchanan*, assumait de plus en plus ses fonctions. Il finit par donner sa démission en 1838 et retourna dans le nord de l’Irlande, où il mourut en 1840. Buchanan aida, à Québec, des milliers d’arrivants britanniques appauvris, et joua un rôle de premier plan dans l’établissement d’une colonie britannique qui justifia grandement sa position sur la faisabilité d’une émigration assistée. Il tomba malgré tout dans un oubli quasi total.

J. I. Little

Alexander Carlisle Buchanan est aussi l’auteur de : Information published by His Majesty’s chief agent for the superintendence of settlers and emigrants in Upper and Lower Canada : for the use of emigrants (Québec, 1832).

Bibliothèque et Arch. Canada (Ottawa), MG11-CO384 ; R10870-9-8 ; R10875-4-5 ; R14518-0-3 ; R233-29-7, Québec, dist. Québec, sous-dist. St. Jean.— Gazette (Montréal), 13 déc. 1830.— Quebec Mercury, 12 juin, 11 déc. 1830 ; 21 mai 1831 ; 4 févr., 3, 5 avril, 3 nov. 1832.— Ancestry.ca, « Alexander Carlisle Buchanan – faits » : www.ancestry.ca (consulté le 3 mai 2016).— Gwen Rawlings Barry, A history of Megantic County : downhomers of Quebec’s Eastern Townships (Lower Sackville, N.-É., 1999).— A. W. P. Buchanan, The Buchanan book : the life of Alexander Buchanan, Q.C., of Montreal, followed by an account of the family of Buchanan (Montréal, 1911).— H. I. Cowan, British emigration to British North America : the first hundred years (éd. rév., Toronto, 1961).— Peter Dunkley, « Emigration and the state, 1803–1842 : the nineteenth-century revolution in government reconsidered », Hist. Journal (Cambridge, Angleterre, et New York), 23 (1980) : 353–380.— E. J. Errington, « British migration and British America, 1783–1867 », dans Canada and the British Empire, P. [A.] Buckner, édit. (Oxford, Angleterre, 2010), 140–159.— Richard Froggatt, « James Buchanan (1772–1851) : magistrate and diplomat » : www.newulsterbiography.co.uk/index.php/home/viewPerson/1895 (consulté le 6 août 2018).— R. N. Ghosh, « The colonization controversy : R. J. Wilmot-Horton and the classical economists », Economica (Londres), 31 (1964) : 385–400.— C. J. Houston et W. J. Smyth, Irish emigration and Canadian settlement : patterns, links, and letters (Toronto et Belfast, 1990).— H. J. M. Johnston, British emigration policy, 1815–1830 : « shovelling out paupers » (Oxford, 1972).— J. I. Little, « A. C. Buchanan and the Megantic experiment : promoting British colonization in Lower Canada », Hist. sociale (Ottawa), 46 (2013) : 295–319 ; « Imperialism and colonization in Lower Canada : the role of William Bowman Felton », CHR, 66 (1985) : 511–540.— Norman Macdonald, Canada 1763–1841, immigration and settlement : the administration of the imperial land regulations (Londres et Toronto, 1939).— John Richards, « Report on waste lands & emigration (1830) », dans The Irish University Press series of the British parliamentary papers : subject set on Canada and Canadian boundary (36 vol., Shannon, Irlande, 1969), 6 : 3–26.— W. B. Turner, « Buchanan, Alexander Carlisle », dans Dictionnaire biographique du Canada : www.biographi.ca/fr/bio/buchanan_alexander_carlisle_9F.html (consulté le 7 mars 2019).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

J. I. Little, « BUCHANAN, ALEXANDER CARLISLE (1786–1840) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2021, http://www.biographi.ca/fr/bio/buchanan_alexander_carlisle_1786_1840_7F.html.

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Auteur de l'article:    J. I. Little
Titre de l'article:    BUCHANAN, ALEXANDER CARLISLE (1786–1840)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2021
Année de la révision:    2021
Date de consultation:    23 avril 2021