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CARVELL, JEDEDIAH SLASON, homme d’affaires, homme politique et fonctionnaire, né le 16 mars 1832 à Newcastle, Nouveau-Brunswick, fils de Jacob Carvell et d’Isabella Henderson ; le 19 juin 1861, il épousa à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, Alice Caroline Hanford, et ils eurent trois fils ; décédé le 14 février 1894 à Charlottetown.

Issu d’une vieille famille loyaliste d’origine hollandaise, Jedediah Slason Carvell étudia à Saint-Jean et à la Fredericton Collegiate School avant d’aller vivre en Australie. De retour en Amérique du Nord en 1855, il habita quelque temps en Californie, trouva un emploi dans le commerce du bois à Portland, en Oregon, puis revint au Nouveau-Brunswick où il s’engagea chez des entrepreneurs qui travaillaient à la construction du European and North American Railway. En 1860, il s’établit à Charlottetown et y devint marchand général.

L’année suivante, Carvell épousa la nièce de Samuel Leonard Tilley, et ce mariage consolida ses liens avec ce qui allait devenir le groupe confédérateur du Nouveau-Brunswick. De même, le cercle de ses relations dans l’Île-du-Prince-Édouard comprenait William Henry Pope*, James Colledge Pope*, Robert Hodgson* et d’autres qui préconisaient l’union avec le Haut et le Bas-Canada. Les relations qu’il s’était faites parmi les insulaires étaient une conséquence normale du nouveau commerce d’import-export qu’il exploitait avec l’aide intermittente de ses deux frères Jacob et Lewis, la Carvell Brothers. Dans les années 1860, l’entreprise s’adonnait surtout à l’exportation d’avoine vers l’Angleterre, mais elle jouait aussi le rôle de marchand détaillant, de commissaire-priseur et d’agent maritime. Selon ce que déclara en 1867 l’agent de la R. G. Dun and Company, les Carvell étaient des « hommes d’affaires respectables, sérieux, sobres et perspicaces » ; à l’époque leur entreprise était reconnue comme le plus gros exportateur de marchandises de l’île, qui faisait « des affaires énormes pour l’endroit ». James Colledge Pope, entrepreneur de Summerside, déclara en 1871 que le montant de ses transactions annuelles avec la Carvell Brothers était supérieur à l’ensemble du revenu de la colonie.

Le commerce d’exportation amena Carvell et l’Examiner, le journal qu’il avait acquis vers 1869, à appuyer ceux qui réclamaient la construction d’un chemin de fer dans l’île. Ses opposants l’accusèrent alors de former, avec d’autres, une clique motivée par la recherche d’avantages personnels dans ce projet. Il est vrai que Carvell et la Carvell Brothers achetèrent de vastes terrains à Summerside et à Georgetown et que, selon le Patriot et l’Island Argus, Carvell revendit l’une de ses propriétés de Summerside à la compagnie de chemin de fer 1 250 $ de plus que ce qu’elle lui avait coûté seulement quelques mois plus tôt avec 20 acres supplémentaires. S’il réalisa des profits grâce à la spéculation foncière, Carvell dut également sa prospérité à une économie en pleine croissance qu’alimentaient la construction des chemins de fer, la hausse des prix des produits agricoles et la forte demande de navires et de services de transport maritime en Angleterre.

Carvell prêta son appui et les services de l’Examiner aux tenants de l’union avec le Canada, de même qu’aux éléments réformistes qui exigeaient de meilleurs services sociaux. Même s’il se dessaisit de son journal après la Confédération, le 1er juillet 1873, il n’en poursuivit pas moins sa carrière publique. Il siégea à titre de président d’un jury d’accusation qui, à Charlottetown, dénonça les abus et la négligence dont les patients de l’asile d’aliénés étaient victimes ; puis, en qualité de maire réformiste en 1877–1878, il mit un terme à la malhonnêteté et à l’inefficacité des pratiques comptables et proposa un ensemble de mesures administratives concernant l’environnement et de travaux d’aménagement, dont témoignent le Prince Edward Island Hospital for the Insane (connu plus tard sous le nom de Falconwood Hospital), inauguré en 1880, et l’embellissement du parc Victoria. La récession de la fin des années 1870, durement ressentie par tous les commerçants de l’île, l’affecta aussi. Carvell vendit la somptueuse demeure dont il venait de faire l’acquisition, réorganisa ses affaires à une échelle plus modeste et se tourna vers ses amis politiques pour obtenir leur aide.

La nomination de Carvell au Sénat au titre de représentant de Kings, le 18 décembre 1879, souleva un tollé. Comme il n’habitait pas ce comté, certains insulaires le considéraient comme un parfait étranger, qui avait peu contribué aux affaires publiques mais avait profité de ses contacts personnels pour obtenir de l’avancement. Dans une lettre anonyme publiée par le Patriot le 8 janvier 1880, un observateur furieux soutenait que Carvell avait « connu la population de l’île libre, prospère et satisfaite, et qu’il avait tout fait pour la priver de sa liberté, la spolier de sa prospérité et la rendre insatisfaite et malheureuse ». Neuf ans plus tard, un commentateur faisait tout simplement remarquer que le mécontentement tenait au sentiment qu’en nommant quelqu’un de l’extérieur on avait négligé les intérêts légitimes de la circonscription de Kings. Pendant son mandat, Carvell exerça énormément d’influence sur les affaires de l’île, et ses avis suscitèrent l’attention, sinon toujours l’assentiment, du premier ministre sir John Alexander Macdonald. On peut constater à quel point il était efficace lorsqu’il intervint en 1884 pour empêcher un autre homme politique de l’île, George William Howlan*, de remplacer Thomas Heath Haviland au poste de lieutenant-gouverneur. Selon Carvell, Howlan était coupable de trahison politique et refusait d’honorer ses dettes commerciales. Malgré l’appui que l’archevêque catholique de Halifax, Cornelius O’Brien*, accordait à Howlan, Carvell réussit à obtenir la nomination d’Andrew Archibald Macdonald*.

Dans les années 1880, la santé de Carvell, de plus en plus mauvaise, l’obligea à ralentir ses activités politiques et commerciales. Il faillit mourir en 1884 et en 1886. La maladie, les soucis commerciaux et le sentiment que le moment était propice l’incitèrent finalement à renoncer à son poste au Sénat le 3 juillet 1889. Entré en fonction à titre de lieutenant-gouverneur à Charlottetown le 5 septembre suivant, il s’installa dans la « misérable » résidence officielle, « qui mena[çait] ruine ». Avec le temps, son amabilité et ses liens parmi la population firent en sorte que sa nomination fut bien accueillie. Toutefois, sa santé ne s’améliora pas et il mourut pendant son mandat, le 14 février 1894. Howlan lui succéda au poste de lieutenant-gouverneur. Quoiqu’il se fût retiré des affaires en 1891, Carvell avait pu reconstituer une grande partie de sa fortune ; il laissa des legs importants à son épouse et aux deux fils qui lui survivaient.

Jedediah Slason Carvell fut un homme dont l’ambition, l’influence et le sens des affaires étaient remarquables, et dont la fortune fluctua au gré de l’économie de l’île. Il aurait pu s’enrichir davantage s’il avait vécu dans une grande ville, où il aurait probablement échappé, en partie du moins, à la méfiance que les petites localités réservent aux étrangers. Il choisit néanmoins d’habiter Charlottetown, et ce fut tout à l’avantage de l’Île-du-Prince-Édouard.

Peter E. Rider

Il n’existe pas de source unique qui révèle une partie importante de la carrière de Jedediah Slason Carvell. Les papiers Pope aux AN, MG 27, I, F2, et les papiers S. L. Tilley aux AN, MG 27, I, D15, contiennent des détails sur l’aspect non politique de sa vie, tout comme le Baker Library, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 9 : 393. Les registres du United States Consul de Charlottetown aux National Arch. (Washington), RG 84, disponibles sur microfilm aux AN, expliquent un peu le contexte économique dans lequel Carvell mena ses affaires. Les papiers Macdonald (AN, MG 26, A) contiennent un nombre considérable de lettres de Carvell, ou à son sujet, à la suite de sa nomination au Sénat et les papiers de Joseph Pope, AN, MG 30, E86, renferment des détails sur la rivalité entre Carvell et George William Howlan. Les registres de la ville de Charlottetown, conservés aux PAPEI, RG 20, constituent une source majeure en ce qui a trait au mandat de Carvell comme maire, en particulier les minutes du conseil de ville, vol. 4–6. Son testament homologué se trouve à la Supreme Court of Prince Edward Island (Charlottetown), Estates Division, liber 13 : fos 480–484, et il est disponible sur microfilm aux PAPEI.

Les appendices de Î.-P.-É., House of Assembly, Journal, donnent des faits sur le scandale des conditions du Lunatic Asylum ; en particulier les documents suivants : 1875, app. G, app. T ; et 1876, app. G. Les phases importantes de la carrière politique de Carvell sont traitées dans les journaux de Charlottetown, le Patriot offrant une vision critique et l’Examiner une vision favorable. Le débat public sur sa participation aux questions concernant le chemin de fer figure dans le Patriot, 9 mars 1871, 9 mars 1872, et dans l’Island Argus, 1er août 1871, 28 janv., 4 févr. 1873. On trouve les fait illustrant sa carrière dans l’administration dans l’Examiner, 7 août 1871, 3, 6 août 1877, l’Argus, août 1873, et le Patriot, 9 août 1877. La controverse ayant trait à sa nomination au Sénat est traitée dans le Daily Examiner, 19–23 déc. 1879, le Patriot, 20 déc. 1879, 3–24 janv. 1880, et l’Argus, 23 déc. 1879–13 janv. 1880, les numéros du 23 et du 30 déc. offrant une analyse raisonnablement impartiale. On peut trouver la réaction à la nomination de Carvell comme lieutenant-gouverneur dans le Daily Examiner, 12–18 juill. 1889, et dans le Patriot, 16 juill.–7 sept. 1889.

Outre les détails biographiques habituels contenus dans CPC, 1883 ; 1885 ; 1891, et Canadian directory of parl. (Johnson), des renseignements personnels utiles sur Carvell se trouvent dans « The press in Prince Edward Island » et « William Frederick Harrison Carvell », tous deux dans Past and present of Prince Edward Island [...], D. A. MacKinnon et A. B. Warburton, édit. (Charlottetown, [1906]), 112–121 et 668–670. Les articles consacrés à son décès dans le Daily Examiner, 14, 16 févr. 1894, ainsi que la notice nécrologique de l’Island Guardian, 15, 22 févr. 1894, sont aussi dignes d’intérêt. Un avis paru dans le Ross’s Weekly (Charlottetown), 1er janv. 1861, annonçant des articles à vendre au magasin de Carvell établit sa présence à Charlottetown en 1860. On a aussi trouvé des renseignements biographiques dans le P.E.I. directory, 1864, et le livre si utile d’I. L. Rogers, Charlottetown : the life in its buildings (Charlottetown, 1983), qui renferme des détails ayant trait aux propriétés de Carvell.  [p. e. r.]

Bibliographie générale

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Peter E. Rider, « CARVELL, JEDEDIAH SLASON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/carvell_jedediah_slason_12F.html.

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Auteur de l'article:   Peter E. Rider
Titre de l'article:   CARVELL, JEDEDIAH SLASON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   19 avril 2014