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CLARK, DANIEL, médecin, fonctionnaire, éditeur de journal, surintendant d’asile et auteur, né le 29 août 1830 à Grantown-on-Spey, Écosse, fils d’Alexander Clark, fermier, et d’Anne McIntosh ; en novembre 1859, il épousa Jennie Elizabeth Gissing, de Princeton, Haut-Canada, et ils eurent cinq enfants, tous morts en bas âge ; décédé le 4 juin 1912 à Toronto.

Arrivés dans le Haut-Canada en 1841 par New York et le canal Érié, les Clark s’établirent près de Port Dover. Apparemment, Daniel avait peu fréquenté l’école en Écosse et n’y alla pas beaucoup non plus au Canada. Il affirmerait plus tard s’être formé en grande partie lui-même, par des lectures et de l’étude. En avril 1850, Clark et d’autres habitants de la région de Port Dover décidèrent d’aller tenter leur chance dans les régions aurifères de la Californie. Partis de New York, ils passèrent par l’isthme de Panama et se rendirent à San Francisco en bateau, après quoi ils cherchèrent de l’or à la batée dans les eaux de la rivière American, dans la sierra Nevada. Grâce à ce voyage en Californie, le jeune Clark vit du pays, rencontra des gens et, surtout peut-être, amassa assez d’argent pour parfaire son instruction.

De retour chez lui en octobre 1851, Clark s’inscrivit à la grammar school de Simcoe. Deux ans plus tard, il obtint un brevet d’enseignement et entra au Knox College de Toronto afin de se préparer à être ministre de l’Église presbytérienne du Canada. Cependant, il changea d’avis, peut-être sur le conseil de ses médecins à la suite d’une maladie, et s’inscrivit à la Toronto School of Medicine l’année suivante. Trois étés durant, il enseigna dans le canton de Blenheim pour payer ses études. Il fut aussi instituteur à Burford et participa à la construction d’une école en rondins à Princeton. En avril 1858, après des études d’humanités, de mathématiques, de philosophie et de médecine, il reçut un diplôme du Victoria College de Cobourg. Parti pour l’Écosse, il passa l’hiver à suivre des cours de médecine à la University of Edinburgh et travailla à la clinique externe de la Royal Infirmary. Après avoir fait un saut sur le continent, il rentra au Canada au cours de l’été de 1859 et s’installa comme généraliste à Princeton. Avant la fin de l’année, il épousa Jennie Elizabeth Gissing, née dans cette localité, de parents anglais.

Exception faite d’une courte période en 1864, pendant la guerre de Sécession, où il servit volontairement comme médecin dans l’armée de l’Union, Clark et sa femme vécurent à Princeton jusqu’en 1875. Clark exerça la médecine durant 16 ans dans la région de Blandford-Blenheim ; selon toute apparence, il était populaire. Peut-être fut-il le premier praticien de la région à administrer du chloroforme, dont James Young Simpson lui avait enseigné l’usage à Édimbourg. Les fonctions qu’il exerçait dans son milieu – distributeur de dispenses de bans de mariage, coroner et commissaire aux affidavits – rehaussaient son prestige de médecin et de chirurgien. Plus tard, il évoquerait avec nostalgie sa participation à des événements littéraires. À un moment quelconque, il envisagea peut-être de se lancer en politique provinciale.

Clark était un bon praticien et, au fil des ans, sa renommée grandit auprès de ses collègues. Il réussit une hystérectomie en 1865 et s’occupa de deux cas de transfusion sanguine en 1875. Élu au conseil médical de la province en 1872, il y serait réélu trois ans plus tard et en serait président en 1876 et en 1877. Ses champs d’intérêt étaient nombreux, mais il se spécialisa dans l’étude de l’aliénation mentale. Sa compétence en ce domaine, sa réputation professionnelle et l’appui du conseil lui valurent d’être nommé surintendant médical de l’Asylum for the Insane de Toronto en novembre 1875, après que Joseph Workman* eut pris sa retraite.

Clark fut médecin-chef et directeur administratif de l’asile de Toronto durant 30 ans. Au cours de cette période, le nombre de malades passa de 956 à 1 195 et le nombre d’employés, de 97 à 144. Clark rendait compte de son travail dans le rapport présenté chaque année par l’asile à l’inspecteur provincial des prisons, asiles et établissements publics de charité [V. John Woodburn Langmuir], dont l’Assemblée législative de l’Ontario publiait les conclusions dans ses documents de la session. Les rapports de Clark ont une touche personnelle et révèlent une indépendance d’esprit qu’on ne trouve plus aujourd’hui dans les publications officielles. En résumant les grands événements survenus à l’asile pendant la période visée, il en profitait pour exposer ses idées sur le traitement des aliénés. Il n’hésitait pas à critiquer les décisions gouvernementales qui avaient pour effet de surpeupler l’établissement et d’en réduire les ressources. Une de ces mesures, l’admission de malades incurables, empêchait l’asile de s’acquitter pleinement de sa mission d’établissement curatif. Clark préconisait de construire de petits pavillons pour désengorger les salles communes et ne réprimait pas toujours son irritation devant la parcimonie des autorités. Pointilleux sur les questions de droit et la constitution des preuves, il condamnait souvent le laxisme des examens pratiqués sur les personnes supposément atteintes d’aliénation mentale, laxisme dont témoignaient les certificats remplis à la va-vite. Dès les années 1880, ses fonctions d’administrateur et de médecin lui paraissaient difficilement conciliables. L’établissement grossissait ; le gérer devenait de plus en plus lourd. En outre, les fonctionnaires exigeaient de plus en plus de paperasse et de statistiques dont l’utilité ne lui paraissait pas évidente.

Au cours de ses années à l’asile de Toronto, Clark approfondit ses recherches sur l’aliénation mentale et se fit connaître à l’échelle du continent, parfois comme un personnage un peu bizarre. Même s’il lisait beaucoup de documentation médicale et suivait l’évolution de l’administration asilaire ailleurs au Canada et surtout aux États-Unis, c’était un franc-tireur ; il ne faisait pas cause commune avec ses collègues du service ontarien des asiles. Parfois, il prenait la plume pour critiquer leurs théories médicales et leurs pratiques institutionnelles. Son point de vue, écrivit en 1917 Henry Mills Hurd, « ne coïncidait jamais avec celui du psychiatre d’aujourd’hui, et il formait une école presque à lui tout seul ». Clark participa aux débats de son époque, notamment sur la relation entre l’aliénation mentale et la masturbation, sur le rapport entre les problèmes gynécologiques et les désordres mentaux chez les femmes et sur l’utilisation de la contrainte physique, à laquelle il prétendait avoir mis fin à Toronto en 1883. Néanmoins, il recourait à cette méthode quand il le jugeait nécessaire, surtout pour administrer de la nourriture et des médicaments. Contrairement à certains de ses collègues, il s’opposait au bannissement de l’alcool, qu’il préférait à l’opium et à l’hydrate de chloral comme sédatif dans des cas particuliers. Sceptique quant à l’efficacité de la chirurgie dans le traitement des aliénés, il niait la valeur diagnostique du pouls et de la température. Toutefois, il fit des expériences avec le nitrite d’amyle et devint partisan de son utilisation. Il crut toujours fermement aux bénéfices d’un régime fait d’activités, de cérémonies religieuses, de thérapies fondées sur l’activité et de loisirs soigneusement planifiés ; cependant, le travail ne lui semblait pas pouvoir être une discipline et un remède universels. Exaspéré par beaucoup de réformateurs d’asiles, il affirmait « être fidèle à des méthodes de traitement éprouvées » et fuir les modes passagères.

Clark se tailla également une solide réputation d’expert en psychiatrie légale en témoignant tantôt pour la couronne, tantôt pour la défense. Au procès de Louis Riel*, à titre de témoin-expert de la défense, il déclara l’accusé irresponsable de ses actes ; ce fut peut-être sa comparution la plus célèbre. En 1887, il lut une communication sur l’« histoire psychomédicale » de Riel devant l’Association of Medical Superintendents of American Institutions for the Insane. Il exposa ce cas et un certain nombre d’autres dans un article paru en 1895 dans les mémoires de l’organisme qui succéda à celui-ci, l’American Medico-Psychological Association. En médecine légale comme en administration asilaire, Clark insistait sur la nécessité de se conformer à la loi ; jamais il n’hésitait à signaler les erreurs de procédure ni les déficiences de la preuve.

Clark fut examinateur de chimie pour le College of Physicians and Surgeons of Ontario et examinateur d’obstétrique et de médecine légale pour la University of Toronto. De 1887 à 1903, il donna à cette université des cours hors faculté sur les maladies mentales. Élu en 1891 président de l’Association of Medical Superintendents of American Institutions for the Insane, il reçut en 1906 le titre de membre honoraire de l’organisme qui remplaça cette société. En outre, il occupa la présidence de l’Ontario Medical Association en 1883–1884 et la vice-présidence de la Medico-Legal Association of New York. Il publia de nombreux articles sur des questions relatives à l’aliénation mentale et à l’administration institutionnelle, notamment dans deux périodiques torontois, le Canada Lancet et le Canadian Journal of Medical Science, dans l’American Journal of Insanity d’Utica, dans l’État de New York, et dans le British Medical Journal de Londres. En 1881, il compila un manuel à l’intention du personnel de l’asile de Toronto. Ses conférences aux étudiants en médecine parurent sous le titre de Medical diseases : a synopsis [...] (Toronto et Montréal, [1895 ?]).

Clark s’intéressa toujours à la poésie, à la fiction et à la biographie ; ses dons d’observateur et ses qualités d’analyste lui servirent en ces matières. Il collabora à deux périodiques de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, le Stewart’s Quarterly et le Maritime Monthly, ainsi qu’au Rose-Belford’s Canadian Monthly and National Review de Toronto. Avec son beau-frère Frederick J. Gissing, il publia en 1870 à Princeton un journal intitulé Weekly Review. Son livre Pen photographs of celebrated men and noted places [...], paru à Toronto en 1873 et réédité l’année suivante sous le titre Ghosts and their relations [...], contient un compte rendu de son voyage en Californie et de son expérience de la guerre de Sécession. On dit qu’il composa un roman inspiré de la rébellion de 1837, Josiah Garth, mais aucun exemplaire n’en a été retracé. Il fut l’un des éditeurs d’une anthologie publiée à Toronto en 1900 sous l’égide de la Caledonian Society de Toronto, Selections from Scottish Canadian poets [...].

Daniel Clark appartenait à l’église presbytérienne St Andrew et fut président de la Caledonian Society, de la St Andrew’s Society et de la section torontoise de la Scottish Home Rule Association. Il contribua à de nombreuses œuvres de charité de la région torontoise, dont l’Armée du salut, l’Hospital for Sick Children, le Home for Incurables, les foyers pour femmes et hommes âgés, la House of Industry et le Toronto Free Hospital for Consumptives de Weston (Toronto). Obligé de prendre un congé pour des raisons de santé en 1903, il perdit sa femme l’année suivante et prit officiellement sa retraite en 1905, à l’âge de 74 ans. La maladie assombrit ses dernières années. Finalement, une néphrite chronique le cloua au lit. Décédé en juin 1912, il fut inhumé au Forest Lawn Mausoleum de York Mills (Toronto). Une stèle honore sa mémoire au cimetière de Princeton.

Barbara L. Craig

Les rapports annuels de 1876 à 1906 rédigés par Daniel Clark à titre de surintendant médical de l’Asylum for the Insane figurent dans Ontario, Legislature, Sessional papers. On trouve la liste des ses monographies et de tirés à part d’un grand nombre des ses articles dans Canadiana, 1876–1900 et dans le Répertoire de l’ICMH ; d’autres articles sont répertoriés dans divers index, notamment dans l’Index medicus (New York, et autres lieux), 1879–1899, 19021927.

Parmi les articles dignes de mention publiés dans des revues, on trouve le rapport de Clark sur l’hystérectomie qu’il a faite en 1865, dans une lettre adressée au Canada Lancet (Toronto), 10 (1877–1878) : 71 ; son article de 1875 sur les transfusions sanguines intitulé « Two cases of transfusion », Canada Lancet, 7 (1874–1875) : 227–229 ; « A psycho-medical history of Louis Riel », American Journal of Insanity (Utica, N.Y.), 44 (18871888) : 38–51 ; et « A few Canadian cases in criminal courts in which the plea of insanity was presented », American Medico-Psychological Assoc., Proc. (s.l.), 2 (1895) : 171–191.

AN, RG 31, C1, 1861, 1871, Blenheim Township, Ontario ; 1881, 1891, Toronto (mfm aux AO).— AO, F 977, Forest Lawn Mausoleum, York Mills (Toronto) ; Princeton cemetery, Oxford County, Ontario (mfm) ; RG 8-1-1, 1581/1875 ; RG 22-305, no 25768 ; RG 80-8-0-451, no 3919.— Globe, 5 juin 1912 : 9.— William Campbell, « Scottish-Canadian poetry », Canadian Magazine, 28 (nov. 1906–avril 1907) : 585–592.— Canada Lancet, 8 (1875–1876) 152, 156 ; 39 (1905–1906) : 165s. ; 45 (1911–1912) 856s.— Canadian biog. dict.Canadian Journal of Medical Science (Toronto), 1 (1876) : 30.— Canadian Journal of Medicine and Surgery (Toronto), 18 (juill.–déc. 1905) : 267s. ; 32 (juill.–déc. 1912) : 63s.— Ethel Canfield, « Pioneer doctors of Oxford County », Ontario Medical Assoc., Bull. (Toronto), 3 (1936) : 94s.— F. A. Clarkson, « Dr. Daniel Clark, a physician of old Ontario », Calgary Associate Clinic, Hist. Bull., 22 (1957–1958) : 157–170.— H. H. Gunson, « Men and books : blood transfusions in 1875 », Canadian Medical Assoc., Journal (Toronto), 80 (1959) : 130.— H. M. Hurd et al., The institutional care of the insane in the United States and Canada, H. M. Hurd, édit. (4 vol., Baltimore, Md, 1916–1917 ; réimpr., New York, 1973), 4 : 559–561.— « Mechanical restraint in the care and treatment of the insane », Clark Bell, édit., Medico-Legal Journal (New York), 10 (1892) : 1–32, particulièrement la page 28.

Bibliographie générale

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Barbara L. Craig, « CLARK, DANIEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/clark_daniel_14F.html.

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Auteur de l'article:   Barbara L. Craig
Titre de l'article:   CLARK, DANIEL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   21 octobre 2014