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COFFIN, JOHN, homme d’affaires, officier de milice et fonctionnaire, né le 19 août 1729 à Boston, fils de William et d’Ann Coffin ; décédé le 25 septembre 1808 à Québec.

Au début de la Révolution américaine, John Coffin était établi à Boston comme marchand, distillateur et armateur. Quoique habituellement discret et réservé, il ne cachait pas ses sentiments loyalistes, à l’instar des autres membres de sa famille, dont certains prirent le parti d’émigrer. Lui-même arriva à Québec au début d’août 1775, à bord de son schooner Neptune, avec sa femme, Isabella Child, et ses 11 enfants, apportant aussi quelques biens.

Dès son arrivée, Coffin acheta un emplacement le long du fleuve Saint-Laurent, au pied du cap Diamant, à Près-de-Ville, et il y commença la construction d’une distillerie. Mais, devant l’imminence d’une attaque américaine contre Québec, cet endroit fut sommairement converti en poste de défense et pourvu de quelques canons. Coffin se porta volontaire auprès de la milice et se joignit à une petite garnison qui, tôt le matin du 31 décembre 1775, au cours d’une violente tempête, arrêta l’attaque du major général américain Richard Montgomery*, le tuant et obligeant ses troupes à battre en retraite. Le gouverneur Guy Carleton, le capitaine de milice Thomas Ainslie et les lieutenants-colonels Henry Caldwell et Allan Maclean* attribuèrent ce succès aux officiers de milice et à Coffin lui-même. En juillet 1776, Maclean lui rendit cet hommage : « À votre décision et à votre vigilance [...] en maintenant la garde de Près-de-Ville sous les armes, attendant l’attaque que vous prévoyiez ; le sang-froid remarquable avec lequel vous avez laissé s’approcher les rebelles ; le courage que votre exemple maintint chez les hommes, et le moment clé que vous avez choisi pour déclencher le tir du capitaine [Adam] Barnsfare contre Montgomery et ses troupes, - c’est à ces seuls facteurs que je peux attribuer le refoulement des rebelles de ce poste important où, en perdant leur chef, ils perdirent tout courage. »

En mai 1778, Coffin acheta l’ancienne maison de Michel-Jean-Hugues Péan*, par l’entremise de William Grant (1744–1805), lequel agissait comme procureur de sir Thomas Mills* qui était alors à Londres. Cette maison, celle-là même où mourut Louis-Joseph de Montcalm*, était située rue Saint-Louis, et Coffin y demeurait déjà depuis « environ trois années ». Il n’était toutefois pas en mesure d’acquitter tout de suite les £1 000 que valaient le terrain, la maison, les hangars et les autres dépendances. De 1778 à 1781, il emprunta £465 à Thomas Dunn et, en mars 1780, il contracta une obligation de £1 058 envers Grant afin de payer sa propriété, bien qu’à la fin de cette année-là il prêtât à son tour £2 500. En février 1783, à la suite des « malheurs arrivés en ses affaires par la [...] guerre », Coffin ne put honorer son obligation envers Grant et dut lui rétrocéder sa maison en échange de cette dette. Il s’installa d’abord à Près-de-Ville, sur l’emplacement de sa distillerie, et, après 1785, il habita de nouveau rue Saint-Louis. En 1790, il contracta un emprunt de £190 envers Jacob Jordan*, à qui il devait encore £150 en mars 1801.

En tant que loyaliste, Coffin présenta de nombreuses réclamations au gouvernement, notamment en 1776, 1778, 1783 et 1784. Il évaluait à £961 les dommages causés à son établissement et à son bateau par l’attaque des rebelles américains, sans compter la confiscation de ses biens en 1779 par la colonie du Massachusetts. Il demanda aussi au gouvernement britannique l’octroi de terres et reçut, en 1802, un généreux certificat lui assurant, de même qu’à sa femme et à neuf de ses enfants, 1 200 acres de terre à prendre pour chacun dans les cantons réservés aux Loyalistes, mais sans indication précise de lieu ni de temps. En raison du prix de £5 exigé pour les lettres patentes de chaque lot de 200 acres, Coffin et sa famille ne donnèrent pas suite à cette offre, à l’exception d’un de ses petits-fils, le lieutenant-colonel William Foster Coffin*, qui s’en prévalut et obtint 1 200 acres de terre en 1864.

En revanche, Coffin trouva sans doute compensation dans les diverses charges qu’il occupa. En 1785, il fut nommé juge de paix pour le district de Québec et, en 1787, lieutenant dans le Quebec Battalion of British Militia. À la fin de décembre de cette même année, Carleton, devenu lord Dorchester, le nomma parmi les commissaires chargés d’enquêter sur les biens des jésuites [V. Augustin-Louis de Glapion*]. À compter de 1788, au moins, il remplit les fonctions de sous-inspecteur des forêts et sous-inspecteur général de police à Québec. L’année suivante, son nom figura au nombre des propriétaires du premier pont, appelé Dorchester, érigé sur la rivière Saint-Charles ; à ce titre, il était autorisé à en prélever les péages [V. David Lynd]. En juillet 1794, il accéda au poste de commissaire de police pour la ville et le district de Québec au salaire annuel de £100 et, en août, il devint capitaine dans son bataillon de milice. En 1795, il reçut une autre promotion au poste d’inspecteur général des forêts du Bas-Canada, sinécure qui lui rapportait un traitement annuel de £200 et qu’il occupa le reste de sa vie. Au cours des années suivantes, Coffin obtint diverses commissions, entre autres celle pour faire prêter serment aux membres du Conseil législatif et de la chambre d’Assemblée, et celle pour enquêter sur les demandes de terres de la couronne. Il fut aussi membre du comité de supervision de la maison de correction à Québec. Il assuma ces responsabilités jusqu’à sa mort survenue le 25 septembre 1808. À trois reprises, sa veuve soumit une requête pour obtenir une pension, mais ses demandes restèrent sans suite.

Loyaliste convaincu, John Coffin a contribué, par ses actions et par l’influence de sa famille, au maintien de la couronne britannique dans son pays d’adoption. Il avait adhéré, dès sa formation à Québec en juin 1794, à l’Association, dont le but était d’appuyer le gouvernement britannique au Bas-Canada. Parmi les membres de sa famille, qui s’était accrue de deux enfants après son arrivée au Canada, deux fils, Thomas* et Nathaniel*, ainsi qu’un gendre, John Craigie, époux de sa fille Susannah, furent députés. Son fils William, pour sa part, devint capitaine dans le 15e d’infanterie, tandis que James occupa le poste d’ajoint au commissaire général de l’armée à Québec et John celui de sous-commissaire général (Coffin père l’avait peut-être précédé dans cette fonction) de 1794 à 1800. Sa fille Margaret épousa Roger Hale Sheaffe* qui succéda à sir Isaac Brock au commandement militaire du Haut-Canada.

Marie-Paule R. LaBrèque

ANQ-Q, CE1-61, 23 sept. 1808 ; CN1-25, 22 mai 1778, 23 mars 1780, 6 févr. 1783, 29 juill. 1784 ; CN1-83, 1er juill. 1784, 13 juin 1785, 31 mai, 30 juill. 1790, 30 déc. 1793 ; CN1-178, 21 mai 1800 ; CN1-205, 23 août 1775, 19 sept. 1777, 31 juill. 1781 ; CN1-230, 30 mars 1801 ; CN1-262, 29 août 1797.— APC, RG 4, A1 : 18850, 20057.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1795 : 89s.— Ainslie, Canada preserved (Cohen), 36.— Blockade of Quebec in 1775–1776 by the American revolutionists (les Bastonnais), F. C. Würtele, édit. (Québec, 1906 ; réimpr., Port Washington, N.Y., et Londres, 1970), 103s.— Boston, Registry Dept., Records relating to the early history of Boston, W. H. Whitmore et al., édit. (39 vol., Boston, 1876–1909), [5] ; N. I. Bowditch, « Gleaner » articles, 238.— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 1759–1791 (Shortt et Doughty ; 1921), 1 : 721–723.— « United Empire Loyalists : inquiry into losses and services », AO Report, 1904 : 343.— La Gazette de Québec, 10 août 1775, 12 mai 1785, 26 juill. 1787, 3, 31 juill., 23 oct. 1794, 3 sept. 1795, 29 sept. 1808.— Almanach de Québec, 1788 : 18, 20, 47 ; 1796 : 82 ; 1798 : 82 ; 1800 : 88s. ; 1801 : 75 ; 1805 : 18s., 21, 27, 40 ; 1808 : 19, 21.— F.-J. Audet et Fabre Surveyer, Les députés au premier Parl. au B.-C., 70.— Langelier, Liste des terrains concédés, 1270.— « Papiers d’État », APC Rapport, 1890 : 305s., 327.— « Papiers d’État - B.-C. », APC Rapport, 1891 : 15, 114 ; 1893 : 32, 34, 44, 60.— « Papiers d’État - Bas-Canada, 1787–1841 », APC Rapport, 1930 : 27.— J. M. LeMoine, StLouis Street and its storied past [...] (Québec, 1891), 9.— P.-G. Roy, La ville de Québec sous le Régime français (2 vol., Québec, 1930), 2 : 356.— Stanley, L’invasion du Canada (MacDonald), 98s., 112–115.— Stark, Loyalists of Mass. (1910), 125, 137, 234, 243–246.— Ivanhoë Caron, « Les censitaires du coteau Sainte-Geneviève (banlieue de Québec)de 1636 à 1800 », BRH, 27 (1921) : 164. P.-B. Casgrain, « La maison d’Arnoux où Montcalm est mort », BRH, 9 (1903) : 71. W. F. Coffin, « On some additional incidents in connection with the siege and blockade of Québec, in 1775–6 », Literary and Hist. Soc. of Quebec, Trans. (Québec), nouv. sér., 10 (1872–1873) : 5–20. Philéas Gagnon, « Le premier pont sur la rivière Saint-Charles », BRH, 4 (1898) : 55. P.-G. Roy, « La famille Coffin», BRH, 40 (1934) : 229–232 ; « Sir Jeffery Amherst et les biens des jésuites », BRH, 12 (1906) : 153.

Bibliographie générale

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Marie-Paule R. LaBrèque, « COFFIN, JOHN (1729-1808) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/coffin_john_1729_1808_5F.html.

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Auteur de l'article:   Marie-Paule R. LaBrèque
Titre de l'article:   COFFIN, JOHN (1729-1808)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   18 avril 2014