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COLNETT, JAMES, capitaine de navire et trafiquant de fourrures marines ; il se peut qu’il s’agisse du James Collnett qui fut baptisé le 18 octobre 1753 à Stoke Damerel (Plymouth), Angleterre, fils de James et de Sarah Collnett ; décédé en septembre 1806 à Londres.

Le 28 juin 1770, James Colnett commença sa carrière dans la marine comme matelot de deuxième classe sur le Hazard. Le 4 septembre de l’année suivante, il devint midshipman sous les ordres de James Cook* à bord du Scorpion et fut muté sur le Resolution au moment où le grand explorateur se préparait à entreprendre son deuxième voyage dans le Pacifique. Au cours de l’expédition, Colnett repéra la Nouvelle-Calédonie, le 4 septembre 1774, et Cook baptisa le cap Colnett sur cette île en son honneur. Colnett avait fait preuve, d’habileté comme navigateur et il devint officier de navigation à bord de l’Adventure pendant la guerre d’Indépendance américaine. Par la suite, il fut promu lieutenant en premier du Bienfaisant, puis du Pegase avant d’être mis à la demi-solde le 17 août 1786. Environ un mois plus tard, l’Amirauté lui accorda la permission de prendre le commandement de l’expédition des navires Prince of Wales et Princess Royal (dont Charles Duncan* était capitaine) qui étaient la propriété de la Richard Cadman Etches and Company (également connue sous le nom de King George’s Sound Company) et qui entreprenaient un voyage de commerce à destination de la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord et de la Chine. Après avoir quitté l’Angleterre en 1786, Colnett visita d’abord la côte nord-ouest l’année suivante. Il y fit du commerce pendant deux étés et hiverna dans les îles Sandwich (Hawaï). Il atteignit Canton (république populaire de Chine), le 12 novembre 1788. Là, il commença de faire des affaires avec un autre marchand britannique, John Meares, qui, cet hiver-là, avec les associés de la King George’s Sound Company forma l’Associated Merchants Trading to the Northwest Coast of America. On confia à Colnett le poste de commodore de la flotte de cinq ou six navires de cette nouvelle compagnie et, lorsque le Prince of Wales fut prêt à retourner en Angleterre avec une cargaison de thé, on acheta un autre navire, l’Argonaut.

Selon les directives de ses nouveaux employeurs, Colnett quitta la Chine au printemps de 1789 et emmena avec lui sur l’Argonaut 29 artisans chinois et tout le matériel nécessaire à la construction de navires et à l’implantation d’un nouvel établissement bien défendu dans la baie de Nootka (Colombie-Britannique). Le nouveau poste, qui devait être baptisé fort Pitt en l’honneur du premier ministre britannique, devait aussi être le premier d’une série de postes destinés à établir les droits des Britanniques sur cette côte. Mais, au même moment, le vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Manuel Antonio Flórez, commençait à s’inquiéter des possibilités d’empiétement par les autres nations, particulièrement par la Russie, le long de la côte nord-ouest, que l’Espagne revendiquait comme une de ses possessions. En conséquence, au printemps de 1789, on envoya Esteban José Martínez* vers le nord, à la tête d’une petite expédition dans le but d’établir un poste temporaire à la baie de Nootka. Ainsi, tout était en place pour un affrontement entre l’Espagne et la Grande-Bretagne dans leur lutte pour s’assurer le commerce et le pouvoir dans le Pacifique.

Colnett partit de Macao, près de Canton, et arriva à la baie de Nootka le 2 juillet 1789 pour découvrir que Martinez y avait déjà mis sur pied un établissement. Les relations d’abord empreintes de politesse entre les deux hommes se détériorèrent bientôt et dégénérèrent même en une violente altercation à bord du navire de Martinez, qui se termina par l’arrestation de Colnett et la saisie de son navire. José Mariano Moziño écrivit plus tard : « Il est probable que le tempérament hargneux de chacun d’eux ait précipité les événements [...] car ceux qui avaient navigué avec eux se plaignirent également et condamnèrent leur grossièreté et leur manque de culture. » L’Argonaut et le Princess Royal (qui avait également été saisi à son arrivée le 12 juillet) furent affectés au service de l’Espagne et envoyés avec leurs équipages au quartier général maritime espagnol, à San Blas (état de Nayarit, Mexique). Les prisonniers étaient gardés non loin de là, à Tepic, malgré qu’on eût accordé à Colnett la permission de se rendre à Mexico en mars 1790 pour une rencontre personnelle avec le comte de Revilla Gigedo, successeur de Flórez. Revilla Gigedo n’approuva pas la position des Britanniques, mais, par ordre de Madrid, il déclara à Colnett que les vaisseaux britanniques seraient libérés et qu’on compenserait pour les salaires et les provisions. Malgré le fait qu’il se plaignit constamment des conditions de sa captivité, Colnett fut traité de façon courtoise.

L’Argonaut et le Princess Royal furent libérés le 9 juillet 1790. Colnett embarqua tous les Anglais et les Chinois qui désiraient retourner à la baie de Nootka, et, après avoir fait relâche à la baie Bodega (Californie) et à la baie Clayoquot (Colombie-Britannique), il arriva à la baie de Nootka en janvier 1791. En dépit de l’interdiction de faire du commerce qu’il avait reçue de Revilla Gigedo, Colnett se procura, entre octobre 1790 et mars 1791, 1 000 peaux de loutre marine, usant de ruse à l’endroit de Francisco de Eliza* y Reventa, commandant à la baie de Nootka. Lorsqu’il arriva à Macao le 30 mai, Colnett découvrit que les ports de Chine étaient fermés aux trafiquants de fourrures et il prit l’initiative de naviguer jusqu’au Japon, devenant ainsi le premier marchand britannique depuis 1673 à tenter de reprendre le commerce avec les Japonais. N’ayant trouvé que peu de débouchés pour ses marchandises au Japon et à Macao, il fit voile pour l’Angleterre où il vendit ce qui restait de la cargaison à l’East India Company pour la somme de £9 760.

Entre-temps, l’incident survenu à la baie de Nootka avait provoqué un grave conflit entre la Grande-Bretagne et l’Espagne. Le récit quelque peu déformé et imprécis que fit Meares des événements ameuta le gouvernement britannique qui résolut de réclamer à l’Espagne la reconnaissance des droits britanniques sur la côte nord-ouest. Le refus de l’Espagne amena la Grande-Bretagne au bord de la guerre, et on arma une grande flotte. De son côté, le gouvernement espagnol était également prêt à entrer en conflit pour défendre ses revendications, mais une telle décision dépendait en partie de l’aide de la France. Les rebondissements de la Révolution française rendirent cet appui incertain, et l’Espagne dut faire marche arrière. Par la convention de la baie de Nootka, en 1790, elle reconnut le droit des Britanniques à s’adonner au commerce et à la navigation sur la côte nord-ouest et accepta apparemment de rétrocéder tout le territoire de la baie de Nootka enlevé aux sujets britanniques en 1789. Par la suite, des pressions accrues de la Grande-Bretagne, de la Russie et des États-Unis vinrent limiter les revendications de l’Espagne sur la côte nord-ouest.

Au retour de Colnett en Angleterre, l’Amirauté le nomma commandant du Rattler, navire marchand destiné à faire un relevé des ports du Pacifique qui pourraient convenir aux baleiniers britanniques. Le navire prit la mer en janvier 1793, passa une année dans les ports situés entre le Chili et la Basse-Californie, et revint en Angleterre en novembre 1794. Pendant la traversée, Colnett fit les relevés hydrographiques des îles Revillagigedo, de l’île Coco, de l’archipel des Galápagos, des îles San Ambrosio et San Félix, dont les cartes furent publiées par Aaron Arrowsmith en 1798. Le récit que fit Colnett de cette expédition, publié la même année, contribua grandement à ouvrir le Pacifique Sud à la pêche au cachalot et aux entreprises commerciales connexes.

Après huit ans dans la marine marchande, Colnett retourna dans la marine royale le 18 décembre 1794, pour être promu au grade de commander et se voir confier le commandement du sloop Merlin. Il fut bientôt muté sur le Hawk où il fit des relevés hydrographiques d’une partie de la côte orientale de l’Angleterre afin de déterminer les meilleurs emplacements pour des batteries. Le 4 octobre 1796, Colnett fut nommé commandant du Hussar et promu capitaine le lendemain. Alors qu’il escortait le paquebot de l’East India Company à travers la Manche, le navire sombra au large de la Bretagne, et Colnett fut fait prisonnier des Français avec son équipage. On lui confia d’autres tâches, dont celle d’escorter des navires dans la Baltique, puis il abandonna le service actif le 7 mars 1805, après 35 ans de navigation. Il mourut en septembre 1806, probablement à l’âge de 51 ans. Colnett semble ne s’être jamais marié, mais son testament prévoyait « l’éducation, le vêtement et l’entretien de [sa] fille naturelle, Elizabeth Caroline Colnett, fille de Catherine Aulte », pendant sa minorité. Quand elle aurait 21 ans, le reste des biens, d’une valeur de £5 000, devait lui être légué.

James Colnett fut un officier compétent, ainsi qu’un bon hydrographe et un bon serviteur de la couronne. À la baie de Nootka, il se comporta en proconsul britannique et joua un rôle incontestable dans la controverse qui y fut soulevée, mais il ne fut pas le seul à en porter la responsabilité. Il avait une haute opinion de lui-même : le journal de bord de l’Argonaut montre bien qu’il ne perdait jamais l’occasion de faire valoir sa position et son autorité, attitude qui entraînait des risques surtout lorsqu’elle s’ajoutait aux propos fanfarons qu’il débitait fréquemment sur la grandeur du peuple britannique. L’insistance de Martinez à soutenir que les droits et les revendications de l’Espagne ne pouvaient souffrir aucun empiétement conduisit Colnett à des actions jugées immodérées par certains. Meares et d’autres crurent que sa captivité avait véritablement compromis l’équilibre mental de Colnett. Si ce fut le cas, il se rétablit, et on lui confia par la suite des tâches importantes tant dans le domaine commercial que maritime. Son nom se retrouve encore dans le Pacifique, sur la côte occidentale du Mexique, au cap et à la baie Colnett, en Nouvelle-Calédonie, au cap et au mont Colnett, au sud du Japon, dans le détroit de Colnett (Tokara Kaiky‡), ainsi que sur l’île de Vancouver, au mont Colnett.

Barry Morton Gough

James Colnett est l’auteur de A voyage to the South Atlantic and round Cape Horn into the Pacific Ocean [...] (Londres, 1798 ; réimpr., Amsterdam et New York, 1968). Le journal qu’il rédigea à bord de l’Argonaut est déposé au PRO, ADM 55/142, et a été publié sous le titre de The journal of Captain James Colnett aboard the Argonaut from April 26, 1789, to Nov. 3, 1791, F. W. Howay, édit. (Toronto, 1940).

PRO, ADM 55/146.— West Devon Record Office (Plymouth, Angl.), St Andrew, Stoke Damerel (Plymouth), Reg. of baptisms, marriages and burials, 18 oct. 1753.— J. M. Moziño [Losada] Suárez de Figueroa, Noticias de Nutka : an account of Nootka Sound in 1792, I. H. Wilson [Engstrand], trad. et édit. (Seattle, Wash., 1970).— J. T. Walbran, British Columbia coast names, 1592–1906 [...] (Ottawa, 1909 ; réimpr., Vancouver, 1979), 102s.— Cook, Flood tide of empire. B. M. Gough, Distant dominion : Britain and the northwest coast of North America, 1579–1809 (Vancouver, 1980).

Bibliographie générale

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Barry Morton Gough, « COLNETT, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/colnett_james_5F.html.

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Auteur de l'article:   Barry Morton Gough
Titre de l'article:   COLNETT, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   25 juillet 2014