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DAVIDSON, JOHN, professeur, économiste, bibliothécaire et auteur, né le 29 juin 1869 à Édimbourg, fils de William Davidson et d’Agnes Laurie ; décédé le 28 juillet 1905 à Colinton (Édimbourg).

Le père de John Davidson était commissionnaire à Leith et à Édimbourg. Au sortir de la Royal High School d’Édimbourg, en 1886, John passa à la University of Edinburgh, où il reçut des distinctions et des prix en logique, éthique, métaphysique, anglais et économie politique, et obtint sa maîtrise ès arts en 1891. Grâce à des bourses, il put entreprendre des études à l’université de Berlin au printemps de 1892. Quelques mois plus tard, la University of New Brunswick lui offrit la chaire de philosophie intellectuelle et morale et d’économie politique.

Pendant les dix années qu’il passa à Fredericton, Davidson donna des cours dans de nombreux domaines, mais il garda une prédilection pour l’économie politique. Le programme traditionnel lui inspirait des réserves ; il insistait sur « l’étude de l’homme et particulièrement l’étude des activités de l’homme », et laissait entendre que les sciences sociales pouvaient enseigner une « philosophie concrète » de la vie économique et sociale. Il était populaire auprès de ses étudiants, qui non seulement suivaient des cours, mais visitaient des établissements industriels, faisaient des recherches sur le terrain et débattaient des questions d’actualité. Davidson donnait aussi des conférences publiques et promut le programme d’extension de l’enseignement à Saint-Jean.

Nommé bibliothécaire de l’université en 1896, Davidson suivait le précepte selon lequel il n’est pas de meilleure université qu’une bibliothèque. Sa première innovation fut d’ouvrir l’accès aux rayons deux heures par jour ; dès 1898, la bibliothèque était devenue « une salle de lecture générale ». Il enrichit le fonds en encourageant les donations, les échanges et les legs. En 1900, il annonça que la bibliothèque avait enfin un catalogue complet sur fiches, établi selon les règles modernes, par auteur, matière et titre.

Le 31 juillet 1895, Davidson avait épousé Helen Watt, fille d’un marchand de cuir d’Édimbourg. Bientôt, elle organisa des réunions mondaines à Fredericton tout en aidant son mari à préparer la publication de son premier livre. En 1897, Davidson reçut un doctorat de Berlin et un autre d’Édimbourg. Il commençait à en avoir assez de Fredericton. « Un changement, écrivit-il à un collègue, voilà mon désir le plus cher. On est trop isolé ici. » Les prétentions prohibitionnistes de la municipalité l’amusaient, et le cynisme qui entourait la politique provinciale le consternait. Bien qu’il ait été fidèle à un idéal impérial, il prônait un réexamen de la tradition loyaliste, qu’il associait à une obsession de la politique et à une négligence des affaires.

Davidson publia deux livres pendant qu’il enseignait à la University of New Brunswick. Dans The bargain theory of wages [...], qui parut à Londres et à New York en 1898, il étudiait la question du travail et concluait qu’aucune théorie des salaires n’était encore parvenue à décrire adéquatement les conditions de concurrence imparfaite qui régissaient les marchés du travail et les relations industrielles. Sa propre théorie, fondée en partie sur des données recueillies dans la région, était que « le prix de la main-d’œuvre se situe quelque part entre les estimations subjectives de l’acheteur et les estimations subjectives du vendeur [...] et [que] le résultat dépend de la force relative des parties ». L’ouvrage se distinguait en ceci qu’il reconnaissait le caractère unique de la force de travail comme bien personnel et tenait compte de l’importance de facteurs tels les modes de rémunération, les combinaisons d’employeurs, les mouvements de population et les syndicats dans la détermination des salaires.

Dans son deuxième livre, Commercial federation and colonial trade policy, publié à Londres et à New York en 1900, Davidson élargissait le contexte historique et économique où se situaient, à l’époque, les débats sur les relations impériales. D’après lui, à la fin du xixe siècle, les intérêts économiques de la Grande-Bretagne n’étaient plus confinés à l’Empire, et il fallait cesser de considérer les colonies comme des dépendances. À l’instar d’autres impérialistes de son temps, il affirmait que le Canada conserverait son identité dans la mesure où il demeurerait lié à la Grande-Bretagne, et se réjouissait de voir le sentiment impérial resurgir. Cependant, il était sceptique quant aux possibilités de fédération impériale ou commerciale. Selon lui, on pouvait renforcer les idéaux de l’Empire par des mesures plus terre à terre, par exemple en subventionnant les moyens de communication comme les vapeurs, les câbles et la poste et en encourageant les expositions, le commerce et les prêts.

En 1902, Davidson obtint un an de congé pour faire des recherches sur l’histoire économique de l’Écosse. Peu après son arrivée à Édimbourg, il fut atteint d’une maladie pulmonaire qui nécessita une intervention médicale. Son congé fut renouvelé, mais en 1904, il démissionna de son poste. « J’aimais mon travail, notait-il, et j’avais le sentiment de le bien faire ; cela suffit pour regretter qu’il soit fini. » Il mourut l’année suivante. Un collaborateur, Alexander Gray, termina son dernier livre, The Scottish staple at Veere [...], qui parut en 1909 à Londres et fut bien accueilli par la critique.

Le rôle que joua John Davidson à la University of New Brunswick illustre l’importance des influences écossaises dans les milieux canadiens de l’enseignement supérieur et confirme la persistance d’une tradition intellectuelle progressiste dans les Maritimes à la fin du siècle. À une époque où l’université mettait de plus en plus l’accent sur les programmes professionnels, le génie par exemple, Davidson contribua à préserver la forte réputation de l’établissement dans le domaine des arts et jeta les bases de l’étude des sciences sociales. Il appartenait à une génération de spécialistes de l’économie politique qui tentaient de concilier théorie et observation empirique. Son œuvre abordait des questions d’intérêt public aussi bien que spéculatives, et comme d’autres économistes de l’école historique, il introduisait des éléments éthiques et subjectifs dans l’analyse des problèmes économiques. Craufurd D. W. Goodwin a eu raison de dire que le Canada trouva en lui son premier économiste du travail. Burton Seely Keirstead a suggéré que la « méthode Davidson » préfigurait l’alliance de théorie et d’histoire qui a caractérisé l’étude de l’économie au Canada. Avec William James Ashley, de la University of Toronto, et Adam Shortt*, de la Queen’s University, à Kingston, en Ontario, Davidson a contribué à créer une tradition canadienne de l’économie politique, tradition fortement orientée sur l’histoire et la politique économiques.

David Frank

Outre les ouvrages mentionnés dans le texte, John Davidson a publié des articles dans Quarterly Journal of Economics (Boston), Political Science Quarterly (New York), Economic Journal (Londres), Annals de l’American Academy of Political and Social Science (Philadelphie), et d’autres périodiques spécialisés. Il a aussi publié dans des revues d’opinion comme Fortnightly Rev. (Londres) et Macmillan’s Magazine (Londres, etc.).

GRO-E, RBMS de Colinton et d’Édimbourg.— QUA, Adam Shortt papers, Davidson à Shortt, 23 sept. 1897.— UNBL, UA RG 81, 2.2.37.— Scotsman (Édimbourg), 31 juill. 1905.— Economic Journal, 15 (1905) : 454s.— C. D. W. Goodwin, Canadian economic thought : the political economy of a developing nation, 1814–1914 (Durham, N.C., et Londres, 1961).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), 1 (ébauche par F[rancis] C[ox] W[alker]).— University Monthly (Fredericton), 1881–1906.— The University of New Brunswick memorial volume [...], A. G. Bailey, édit. (Fredericton, 1950).

Bibliographie générale

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David Frank, « DAVIDSON, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/davidson_john_13F.html.

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Auteur de l'article:   David Frank
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   24 octobre 2014