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DUPLESSIS (Gastineau Duplessis ; Radisson, dit Duplessis), MARGUERITE (Marie-Marguerite), Indienne de la nation des Panis, esclave, née vers 1718 et décédée à une date inconnue.

Issue de la nation des Panis, Marguerite Duplessis était l’esclave de René Bourassa dès 1726. Ce dernier, associé de François-Antoine Lefebvre Duplessis Faber à Baie-des-Puants (Green Bay, Wisc.), en fit cadeau à l’épouse de celui-ci, laquelle demeurait à Montréal chez le marchand Étienne Volant* de Radisson. Après la mort de Duplessis Faber, en 1733, Marguerite demeura chez les Volant jusqu’à la mort du marchand, survenue en 1735. Elle fut alors vendue au négociant Louis Fornel qui la céda à son tour, en 1740, à Marc-Antoine Huart Dormicourt. Selon le témoignage de ce dernier, Marguerite Duplessis aurait donné dans le vice, dans le libertinage et dans le vol, et c’est pourquoi, regrettant son achat, il décida de la déporter aux Antilles afin qu’elle y soit vendue.

Avant d’être embarquée pour les îles, Marguerite Duplessis fut enfermée dans la prison de Québec où elle réussit à intéresser à son sort malheureux quelques don Quichottes, dont le praticien Jacques Nouette. Le 1er octobre 1740, ou quelques jours avant, Marguerite Duplessis présenta à l’intendant Gilles Hocquart* une requête dans laquelle elle prétendit qu’elle était la fille naturelle de Duplessis Faber, qu’ayant toujours vécu sur les terres du roi de France et qu’étant baptisée, elle était une femme libre. C’était interpréter tendancieusement et le Code Noir de 1685, et l’édit royal de 1716 qui établissait une nette distinction entre la France continentale et les colonies, et l’ordonnance de Jacques Raudot* en 1709 qui légalisait l’esclavage dans la colonie, et le jugement de Pierre Raimbault*, en 1733, qui avait permis la vente d’un esclave baptisé [V. Pierre]. Le 4 octobre, l’intendant ayant renvoyé les parties devant la Prévôté de Québec, ce tribunal reçut l’argumentation de Huart Dormicourt qui détruisait la requête de l’esclave et ordonna au praticien Nouette de produire l’extrait de baptême de sa cliente. Ce document n’était pas une pièce favorable à la demanderesse qui, quatre jours plus tard, demandait à l’intendant la permission de se pourvoir devant le Conseil supérieur de Québec. Le 17 octobre, le conseil reçut les parties et les renvoya devant l’intendant. Mais déjà la saison de navigation était fort avancée, et Huart Dormicourt craignit d’être obligé de nourrir et loger l’esclave jusqu’à l’automne suivant. Il aurait été prêt à rendre la liberté à Marguerite Duplessis, si les bonnes gens qui avaient soutenu la cause de l’esclave avaient bien voulu lui rendre le montant du prix d’achat de sa servante.

Le 20 octobre, l’intendant rendit une ordonnance qui reconnaissait Marguerite Duplessis comme l’esclave de Huart Dormicourt et qui rejettait l’appel en la condamnant aux dépens. C’était la première esclave qui avait réussi à mettre en branle tout l’appareil judiciaire de la Nouvelle-France.

Par la suite, on perd la trace de Marguerite Duplessis ; une esclave portant le même nom fit sa première communion à Montréal le 13 juin 1767. Il est plus plausible de croire qu’après l’ordonnance de l’intendant l’esclave, qui avait réussi, par des requêtes, des délais et des convocations de témoins, à retarder son départ, quitta effectivement la Nouvelle-France à destination des Antilles à la fin d’octobre 1740, alors que la saison de navigation prenait fin.

Michel Paquin

Comme pour la biographie du Padouca Pierre, le lecteur doit consulter l’ouvrage, Lesclavage au Canada français, dans lequel le professeur Marcel Trudel a analysé de façon exhaustive le cas de la Panisse Marguerite Duplessis.  [m. p.]

Bibliographie générale

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Michel Paquin, « DUPLESSIS, MARGUERITE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/duplessis_marguerite_3F.html.

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Auteur de l'article:   Michel Paquin
Titre de l'article:   DUPLESSIS, MARGUERITE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   23 août 2014