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RAUDOT, JACQUES, avocat au parlement de Paris, conseiller au parlement de Metz, magistrat, premier commis au département de la Marine, un des directeurs du commerce maritime de la France, conseiller de la Marine, conseiller honoraire à la Cour des aides de Paris, intendant de la Nouvelle-France de 1705 à 1711 ; né en 1638, mort à Paris le 20 février 1728.

La généalogie de la famille Raudot, originaire de la petite ville d’Arnay-le-Duc, près de Dijon, en Bourgogne, remonte jusqu’à 1360. Vers le milieu du xviie siècle, la famille y avait acquis, semble-t-il, une position sociale importante. L’oncle de Jacques était maire de la ville, et son père, Jean, seigneur de Bazernes, dans l’Yonne, et de Coudray, dans l’Aisne, était de plus au service du roi et occupait le poste de lieutenant à l’élection d’Auxerre et de commis à l’extraordinaire des guerres. Mais si les Raudot sont passés rapidement de l’obscurité provinciale à une situation importante dans les milieux de la marine, ils le durent au mariage de Jean avec Marguerite Talon, qui appartenait à la branche de la famille la plus célèbre, celle de Paris. Marguerite était la fille de Jean Talon, receveur général des « boettes et monnoyes de France », et sa cousine Marie avait épousé le père de l’aîné des Pontchartrain, le ministre de la Marine. C’est peut-être grâce à ces liens de parenté que Jean Raudot devint fermier général puis, le 1er mai 1640, secrétaire du roi. De toute façon, lorsqu’il mourut, en 1660, il avait ouvert bien des portes à ses trois fils, Jacques, Jean-Baptiste (né en 1657) et Louis-François (né en 1658). Tous se distinguèrent au service du roi, les deux plus jeunes dans l’armée, où l’on eut l’occasion de reconnaître leur valeur, et Jacques dans la magistrature, qu’il avait choisie de préférence.

On sait fort peu de chose de la jeunesse de Jacques Raudot, si ce n’est que son mariage avec Françoise Gioux, fille d’un procureur au parlement (vraisemblablement le parlement de Paris), lui fit une place encore plus importante au sein de la noblesse de robe. Françoise eut deux fils, Antoine-Denis, né en 1679, et Jacques-Denis, né en 1685 et mieux connu sous le nom de Raudot de Chalus, ainsi qu’une fille, Marguerite-Françoise. Il ne fait aucun doute que Jacques avait reçu une solide formation en droit, nécessaire à qui voulait faire carrière de juriste en France à cette époque. La marine exigeait de plus en plus, au début du xviiie siècle, que l’on eût fait ces études et qu’il s’y alliât l’expérience. Jusqu’en 1673, Raudot fut avocat au parlement de Paris mais, le 16 février de cette année, il devint conseiller au parlement de Metz. Le 26 mai 1678, il fut nommé conseiller à la Cour des aides de Paris, où on le considérait comme un « bon juge ». Ses 26 années de bons et loyaux services à la Cour des aides auraient sans doute suffi à lui mériter un poste aux colonies, mais il est probable que d’autres facteurs sont entrés en ligne de compte. Il était âgé de 66 ans qui and on lui confia, le 1er janvier 1705, conjointement avec son fils Antoine-Denis, l’intendance de la Nouvelle-France.

Les contemporains de Raudot ont émis plusieurs hypothèses au sujet de cette nomination. Les uns pensaient que c’était là le couronnement d’une carrière juridique distinguée ; d’autres prétendaient qu’il ne partait que pour trois ans, afin d’aider son fils. D’aucuns enfin estimaient qu’il devait cette faveur aux liens de parenté qui l’unissaient au ministre, comme cela avait été le cas avec son prédécesseur, François de Beauharnois*. Pontchartrain, selon ces derniers, souhaitait vivement l’aider à améliorer son sort. Il y a probablement un peu de vrai dans chacune de ces remarques, mais aucune n’est vraiment convaincante. Il est vrai, par exemple, que l’on attendait de Jacques qu’il aidât Antoine-Denis et le formât afin de le préparer à assumer d’autres fonctions, mais c’est lui seul qui recevait un traitement et leurs commissions respectives ne permettent aucun doute à cet égard : c’est bien lui qui avait le pas sur son fils. D’autre part le ministre ne se préoccupa jamais beaucoup de la situation financière des Raudot. Au contraire, il comptait bien que les deux hommes vivraient du traitement du père, qui recevait 12 000# par an. Il insista même pour que la moitié de cette somme leur soit payée en lettres de change canadiennes, ce qui leur faisait perdre environ 3 000ª. Et, bien que par deux fois ils n’eussent pas reçu leurs provisions annuelles, Pontchartrain exigea qu’ils paient, les autres années, le transport et les frais de douane de celles qui arrivèrent à bon port. Il faut donc chercher plus loin que la simple faveur en laquelle le tenait un membre de sa famille pour expliquer le choix de Raudot comme intendant de la Nouvelle-France. Peut-être fut-il nommé en raison de ses qualités, de son tempérament et de la tournure d’esprit qui était la sienne au moment où il obtint le poste.

Le 7 septembre 1705, 55 jours après leur départ de France, les Raudot, Jacques, Antoine-Denis et Jacques-Denis, arrivèrent à Québec en compagnie d’un neveu de Jacques, le chevalier Dussy. Ils étaient rendus juste à temps pour se joindre à beau-harnois lors des cérémonies, longtemps retardées, qui devaient marquer l’accession de Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, au poste de gouverneur général. Cette première apparition en public ne dut pas manquer d’impressionner les gens de Québec. Tout jeune encore, Antoine-Denis était remarquablement intelligent, et il avait cette prestance noble et austère qui inspire immédiatement le respect. Mais, à l’époque, c’est son père qui était certes le plus imposant des deux. Et Jacques, qui était fort conscient de sa propre importance, n’aurait pas souffert qu’il en fût autrement. Un Québécois de l’époque trace le portrait d’un « vieillard distingué, lettré avec une pointe de pédanterie » et qui pouvait discourir sur les sujets les plus variés. C’est bien ainsi qu’on le devine à travers les dépêches qu’il envoie au ministre, surtout lorsque n’y transparaît pas la violence de son caractère, vite réveillée par la moindre insulte, réelle ou imaginaire : ces dépêches sont bien composées, avec de nombreux détails, et bien écrites. Leur contenu trahit à la fois le juriste d’expérience et l’homme doué d’une énergie débordante bien décidé à exercer toute l’autorité dont il était investi.

Mais Jacques Raudot savait aussi apprécier les bonnes choses. Ses deux fils et lui vécurent ensemble à Québec dans un confort relatif et ils firent vite du Palais de l’Intendance le rendez-vous de la bonne société de la ville. Jacques aimait la compagnie des jeunes gens, malgré ses 67 ans, et s’intéressait fort aux aimables veuves de Québec, bien que sa femme ne mourût qu’en 1710. Il offrait des concerts à la dernière mode de Paris, avec à la fois chanteurs et instruments. Le choix de ces divertissements eut tôt fait d’éveiller les scrupules des austères ecclésiastiques de la colonie et les propos acerbes qu’on échangea de part et d’autre le firent accuser de manquer de respect envers le clergé. Cela ne fut certes pas la seule fois où la personnalité de Jacques Raudot éveilla l’hostilité de ses contemporains, mais on eut vite fait de se rendre compte qu’il s’agissait là d’un homme d’une compétence exceptionnelle, qu’on avait envoyé en Nouvelle-France pour tenter de résoudre des problèmes exceptionnels.

Raudot avait commencé à étudier la situation avant même de quitter Paris et la lecture de divers mémoires, les conversations avec des notables canadiens comme Denis Riverin lui avaient permis de se rendre compte que l’économie de la Nouvelle-France était bien près de sombrer dans le marasme. L’interminable guerre de Succession d’Espagne avait vidé les coffres de la marine et empêché le transfert de capitaux dont la colonie aurait eu grand besoin. La situation économique de la Nouvelle-France était en effet gravement compromise par le ralentissement du commerce, l’augmentation du coût de la vie et un système monétaire précaire. Pis encore, la saturation du marché européen du castor avait presque ruiné la Compagnie de la Colonie, dont les capitaux, comme les administrateurs, étaient canadiens. C’était là une situation qui affectait la plupart des commerçants et des fonctionnaires de la Nouvelle-France et qui exigeait, semble-t-il, qu’on donnât une nouvelle orientation à l’économie coloniale. Dès le début, Raudot eut la ferme intention de créer des conditions de vie telles que les habitants délaisseraient la traite des fourrures pour se consacrer à l’agriculture. Mais le péril économique n’était pas le seul problème. Dans les instructions qu’il reçut, on précisait que les administrateurs de la compagnie s’étaient livrés à des malversations évidentes et les membres d’autres institutions, comme ceux du Conseil souverain, par exemple, ne pensant qu’à leurs propres intérêts, avaient commis des abus que payaient chèrement les Canadiens de milieux plus modestes. Cet état de choses était de nature à chagriner le plus optimiste des hommes, et il n’est guère surprenant que Jacques Raudot, sitôt arrivé en Nouvelle-France, se soit mis à chercher des manifestations de la corruption et de l’oppression qui y régnaient et les ait trouvées à chaque détour du chemin.

Du jour où il assuma ses fonctions, en 1705, jusqu’à son départ en 1711, Raudot ne cessa de critiquer les institutions de la colonie, les fonctionnaires qui en avaient la responsabilité, et la population qui tolérait ces conditions. À maintes reprises, il conseilla d’effectuer des changements radicaux dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture, dans le système judiciaire, dans le régime seigneurial, dans les règlements municipaux et jusque dans la forme même du gouvernement. Il classa les habitants de la colonie en deux groupes : il y avait ceux qui possédaient des droits acquis, les « oppresseurs », et pour Raudot cela voulait dire commerçants, fonctionnaires, seigneurs et même le clergé. Et il y avait les habitants, les « opprimés ». Mais dans les deux groupes, selon lui, régnaient la pauvreté, l’avarice, l’insoumission et l’ignorance. Le mot « ignorant » revient fréquemment sous la plume de Raudot, qui l’applique tout particulièrement aux représentants du roi, du plus humble commis au gouverneur général lui-même. En 1709, il informe Pontchartrain qu’il y avait « très peu de sujets dans ce pays [...] ayant les qualités propres pour estre à la teste de quelque affaire ». Les gens de qualité, égoïstes qu’ils étaient, se souciaient de leurs affaires au lieu de s’intéresser au bien commun, et les habitants étaient indisciplinés, n’ayant reçu ni éducation ni instruction. Il fallait même protéger les curés contre leurs avanies.

Pareille situation représentait un véritable défi aux yeux de Raudot, avec sa longue expérience dans la magistrature et l’habitude qu’il avait de faire savoir aux gens ce dont ils avaient réellement besoin. Il confia les responsabilités financières de l’intendance à Antoine-Denis et consacra toute son énergie à l’ordre public et à l’administration de la justice, en s’efforçant de réduire à la soumission la plus complète les détenteurs de droits acquis et les habitants qui, tout en éprouvant une crainte respectueuse à son égard, bénéficieraient en même temps de son paternalisme. Pour ce qui était des habitants, il proposa trois réformes importantes : dans chaque seigneurie, il y aurait des maîtres d’école, formés à l’institution de François Charon de La Barre, à Montréal, ce qui coûterait au roi la somme de 2 000# : on donnerait plus d’autorité aux capitaines de milice, qui représentaient le roi dans les paroisses, en les faisant sergents de l’armée avec une solde annuelle de 100#. Enfin, on ferait rigoureusement respecter les ordonnances de police, surtout celles qui concernaient l’alcool et les mœurs. Ce programme se trouva malheureusement compromis par la mort inopinée du sieur Charon, le manque d’argent et le refus du ministre d’agréer la proposition qui concernait les capitaines de milice. Raudot rendit bien des centaines d’ordonnances, qui réglementaient tout, depuis le nombre des boulangers à Montréal jusqu’à la conservation des vergers, mais on n’y prêtait guère attention. En 1708, dégoûté, il écrivait : « On aime point les Intendants dans ce pays-ci parce qu’ils sont chargés de la police ».

Mais Raudot se préoccupait encore plus de mettre au pas les détenteurs de droits acquis. Lors de son arrivée dans la colonie, il avait été témoin de l’investigation menée lors de troubles qui auraient fort bien pu se terminer en émeute à Montréal, à cause de la cupidité d’un épicier qui avait tenté de tirer profit de la pénurie de sel. Faisant allusion à ces excès et à bien d’autres du même ordre, il déclara au ministre : « Sieur Raudot regarde, Monseigneur, ces sortes de choses comme des vexations que le Supérieur veut faire à l’inférieur » ; il se jura de les faire disparaître complètement. C’est dans cet esprit qu’il se disposa à examiner les affaires de la Compagnie de la Colonie. Il admit que la compagnie avait, depuis sa fondation en 1700, subi le contrecoup de deux graves problèmes : la saturation du marché du castor en Europe et le manque de capitaux. Mais il se refusait à admettre que les administrateurs de la compagnie n’aient pas été, en partie du moins, responsables des dettes qui, en 1705, s’élevaient à près d’un million et demi. En conséquence, avant même de quitter Paris, il soumit un mémoire contenant des recommandations dont l’une concernait la réorganisation de la compagnie sur le plan administratif. Pontchartrain l’approuva, car il était depuis longtemps convaincu que la situation critique de la compagnie était due à la corruption des administrateurs. Il ordonna à Raudot de dissoudre le conseil d’administration et de le remplacer par deux délégués. De plus, on instaurerait une politique d’austérité et Raudot devrait se garder de tomber dans les mêmes erreurs que Beauharnois, qui avait prêté aux directeurs des sommes importantes provenant du trésor royal.

Raudot s’employa à suivre ces instructions avec son intransigeance habituelle. Lors d’une assemblée convoquée dans le but de faire connaître aux directeurs les décisions prises par le ministre et d’élire les deux nouveaux délégués, il éclata en reproches à l’égard de l’assistance et tenta d’imposer les représentants de son choix. Lorsque le procureur général du Conseil souverain, Ruette d’Auteuil, protesta devant ces façons arbitraires, Raudot répliqua avec violence que l’assemblée n’était pas là pour délibérer, mais pour écouter. Cependant, lorsque Pontchartrain eut vent des manières despotiques de l’intendant, il lui enjoignit de convoquer une nouvelle assemblée en 1706, où l’on élirait librement, à la majorité, les délégués. L’attitude de Raudot à l’égard des directeurs de la compagnie devait évoluer considérablement par la suite, mais il ne pardonna jamais à Auteuil de l’avoir humilié et d’avoir osé contester son autorité. Il se persuada même que le procureur général était l’individu le plus corrompu et le plus corrupteur du Conseil souverain et de tout le système judiciaire.

Auteuil, apprit l’intendant à Pontchartrain, était venu en Nouvelle-France bien décidé à régner en maître sur la magistrature et y était arrivé grâce à une véritable cabale familiale : on arrangeait les causes, on terrorisait les subalternes et on sauvegardait son indépendance en semant la discorde entre le gouverneur général et l’intendant. Après 20 ans de tyrannie, le Conseil souverain était devenu un instrument docile entre les mains des détenteurs de droits acquis, un tribunal pour les privilégiés, « les officiers de guerre et les seigneurs de ce pays [qui] croient pouvoir faire justice eux-mêmes ». Le pauvre paysan qui souhaitait intenter un procès à l’un de ces nobles personnages était découragé de bien des façons : retard dû à des détails de procédure, menaces d’aller en appel au Conseil d’État, en France, refus de la part du gouverneur ou du commandant de donner les autorisations nécessaires si un officier était en cause. Raudot allait même plus loin et, citant l’exemple d’Auteuil et de ses actions injustifiables lors d’un procès fameux, mettant en cause sa belle-sœur, Mme de La Forest [Charlotte-Françoise Juchereau], à propos de titres de propriété, l’intendant déclarait qu’on ne mettrait fin à ces abus que si le procureur général était rappelé en France. Acculé au pied du mur, Pontchartrain n’avait guère le choix. Il se rangea du côté de l’intendant et, en 1707, démit Auteuil de toutes ses fonctions. Enfin maître de la situation, Raudot se mit à contrôler lui-même tout ce qui était du domaine de l’administration de la justice. Il enlevait des causes aux prévôtés quand cela lui plaisait, et en régla lui-même plus de 2 000 en 14 mois, humiliant publiquement les juges qui lui semblaient incompétents. Comme de coutume, Versailles reçut d’innombrables plaintes à la suite de ses façons d’agir.

Cela n’empêcha pas Raudot de chercher où instaurer de nouvelles réformes. Lorsqu’il vit le nombre incroyable de litiges portant sur des titres de propriétés qu’il avait à arbitrer, il décida qu’il fallait remanier le régime seigneurial. À son avis, les Canadiens, dans leurs rapports entre eux, ne tenaient presque jamais compte de la procédure convenable et, par conséquent, il arrivait souvent que les habitants n’aient pas de titre incontestable à leurs terres. Certains avaient de simples billets, d’autres devaient se contenter de la parole du seigneur ; de telle sorte qu’il n’y avait à peu près pas de concession que l’on ne pût contester, ou de contrat que le seigneur ne pût modifier, en y apportant les changements qui lui convenaient. De fait, ajoutait Raudot, les seigneurs avaient profité de la confusion pour augmenter les rentes et imposer des obligations plus dures. Dans certains cas, on avait ajouté une clause dé retrait roturier au contrat, ce qui donnait un avantage incontestable au seigneur si un de ses censitaires voulait vendre sa terre, et pourtant cette façon de faire ne reposait pas sur la coutume de Paris. Les seigneurs maintenaient également des obligations dont on ne faisait presque jamais usage, comme le droit de banalité, dans l’espoir d’en retirer un jour de l’argent. Qui plus est, ils avaient usé de leur influence sur le Conseil souverain pour empêcher la publication d’un arrêt, au moins, qui allait à l’encontre de leurs intérêts. En bref, Raudot estimait que seule l’intervention du roi pouvait mettre fin à de tels abus.

Il demanda que l’on publie deux décrets qui feraient pencher la balance en faveur des habitants. Le premier confirmerait dans leurs droits tous les propriétaires et fixerait les limites de leurs terres en se basant sur une occupation d’une durée de cinq ans. Cette mesure, ajoutait Raudot pour rassurer le ministre, était indispensable si l’on voulait que la colonie prospérât. Le second décret établirait une rente peu élevée, fixée une fois pour toutes, et qui, soit dit en passant, ne tenait aucun compte de la qualité des terres. Les dates de paiement seraient fixées de façon moins rigide et l’habitant pourrait payer en argent ou en nature, selon ce qui lui conviendrait le mieux. De plus, on supprimerait des obligations comme le retrait roturier qui, selon Raudot, était particulièrement injuste pour l’habitant. En outre, les droits du seigneur à une partie des produits de la pêche et des terres à bois de ses censitaires diminueraient de façon importante, comme d’ailleurs la corvée. Raudot aurait voulu exiger davantage de la part des seigneurs et les forcer à prendre à leur charge l’instruction des paysans, et à se charger entièrement du recensement annuel. Il se plaignait également de ce que les seigneuries étaient beaucoup trop étendues et insuffisamment développées.

Il est évident que, si les recommandations de Raudot avaient été suivies, le régime aurait subi des changements importants dans sa nature même. Mais il n’en fut rien. Le ministre encouragea certainement Raudot et fit même quelques efforts pour préparer les fameux décrets, mais on en resta là. Le gouvernement français estima peut-être que Raudot allait trop loin et que ses propositions étaient trop radicales. Mais l’intendant avait du moins le mérite d’avoir attiré l’attention sur les inconvénients du système seigneurial et mis en lumière la nécessité d’entreprendre des réformes. C’est donc avec une certaine satisfaction que Raudot dut, en 1711, accueillir la promulgation des édits de Marly qui tentaient de remédier à la situation créée par des domaines trop étendus et sous-développés.

Toutes les suggestions faites par Raudot sur la refonte des institutions coloniales reposaient sur un même principe : l’intendant devait avoir une autorité beaucoup plus considérable. Raudot, partisan de la centralisation et du paternalisme, voulait le pouvoir à tout prix. Cela ne pouvait manquer d’amener un conflit avec le gouverneur général qui voyait dans de pareilles prétentions une menace réelle à sa propre autorité. Au fond, connaissant l’humeur querelleuse de Raudot, il est bien étonnant de voir qu’il se passa trois ans avant que l’explosion se produisît. C’est que, pendant cette période, leurs intérêts demeurèrent parallèles. Tous deux voulaient avant tout assurer une position nouvellement acquise et détruire Auteuil et sa cabale ; l’un et l’autre s’opposaient aux grands projets de Lamothe Cadillac [Laumet] et, devant les problèmes d’ordre socio-économique auxquels ils devaient faire face, il fallait absolument qu’ils agissent de concert. C’est pourquoi l’intendant, en 1705, put écrire que Vaudreuil était favorable à l’idée de donner de l’avancement à son fils Jacques-Denis, et que le gouverneur était « un homme sage et bien raisonnable ». Mais, en 1708, cette belle entente avait totalement disparu. Raudot mit tout en œuvre, pendant les trois dernières années qu’il passa au Canada, pour ruiner la carrière de Vaudreuil.

On ne sait pas très bien comment débuta la querelle. Il est toutefois vraisemblable qu’une insulte personnelle quelconque excita la colère de Raudot, toujours prompt à s’enflammer. Quoi qu’il en fût, une série de couplets satiriques, visant Raudot et attribués à François Mariauchau d’Esgly, capitaine des gardes de Vaudreuil, mit le feu aux poudres. Après cela, il devint impossible de raisonner de façon sensée. Raudot publia des ordonnances où il menaçait de fortes amendes quiconque serait pris à chanter ces couplets, mais il soupçonnait Vaudreuil de payer des jeunes gens pour les rendre populaires ; il se plaignit de ce que la chambre de Mme de Vaudreuil [Louise-Élisabeth Joybert] était le rendez-vous des calomniateurs. La bonne société de la colonie se trouva bientôt divisée en deux factions, les officiers se rangeant en général aux côtés de Vaudreuil, et les fonctionnaires se montrant solidaires de Raudot. À l’automne de 1708, les Québécois furent régalés de plusieurs échanges d’injures et Vaudreuil fit arrêter le sieur de Marigny, partisan de Raudot ; la querelle passa alors sur le plan administratif. L’intendant protesta que Vaudreuil avait empiété sur ses prérogatives en soutenant la décision, prise par une assemblée d’officiers montréalais, de refuser le chirurgien-major que Raudot venait de nommer et de le remplacer par un médecin de leur choix. L’intendant en fut bouleversé et, dans sa hâte d’informer le ministre de la conduite de Vaudreuil, il envoya un canot à la poursuite du dernier vaisseau en partance pour la France, avec mission de le rattraper à tout prix.

Bien que le canot n’y parvînt point, Pontchartrain apprit par d’autres sources que les relations entre les deux principaux administrateurs de la colonie s’étaient envenimées. Dans une dépêche datant de 1709, il reprocha à Vaudreuil sa conduite dans l’affaire du chirurgien, mais il se montra encore plus sévère à l’égard de Raudot et de la passion qu’il mettait jusque dans les affaires les plus banales. L’intendant, sans manifester le moindre remords, riposta par un document d’une extrême rancœur, où il énumère, en 80 folios, toutes les iniquités commises par Vaudreuil. Il alla même jusqu’à citer des faits remontant à 1705, et prit la peine d’expliquer comment il avait été amené à l’époque à prodiguer des compliments au gouverneur général. Parmi ses accusations, on retrouve celles que presque tous les intendants formulèrent un jour ou l’autre contre les gouverneurs. Vaudreuil tirait profit du commerce illicite et se servait de ses interprètes pour obtenir des cadeaux des Indiens et leur vendre de l’eau-de-vie. Il favorisait les membres de sa famille, fort nombreux, et ses officiers subalternes, en les mettant à l’abri de poursuites judiciaires. Il défendait mal la colonie et encourageait Jacques Levasseur de Neré, l’ingénieur, à construire de coûteuses mais inutiles fortifications ; il sapait la confiance que les habitants pouvaient avoir dans le gouvernement de la colonie en nommant capitaines de milice de véritables criminels. Mais son grief le plus important, c’est que Vaudreuil menait les affaires de la colonie de façon despotique et ne reconnaissait pas les droits de l’intendant. Il prétendait, par exemple, que Vaudreuil nommait les inspecteurs des fortifications sans le consulter. Pis encore, parmi ces inspecteurs, il y avait en bonne place des gens que Raudot appelait des « chansonniers ». Il n’y avait que le ministre, disait-il, qui pouvait changer pareille situation et éviter de nouvelles querelles en définissant clairement les pouvoirs de chacun.

Bien entendu, Raudot n’était pas en peine de suggestions à ce sujet. Ses idées sont intéressantes, non seulement par ce qu’elles nous apprennent de sa querelle avec Vaudreuil, mais parce qu’elles reflètent bien l’attitude ambitieuse et condescendante de la noblesse de robe à l’endroit de la noblesse d’épée, dans la France du début du xviiie siècle. Il commence par expliquer que, lors du départ de Jean Talon*, le gouverneur était resté seul maître pendant trois ans, période pendant laquelle il avait exercé les prérogatives de l’intendant en plus des siennes. Au cours des décennies suivantes, les intendants, les uns après les autres, selon Raudot, tentèrent de reprendre l’autorité qui était la leur. Mais en cas de discussion, c’était le gouverneur qui avait le dernier mot, et cela, Raudot ne pouvait le tolérer. Citant Vaudreuil en example, il expliquait que les gouverneurs étaient en général capables de mener les affaires militaires, mais qu’ils avaient une instruction trop rudimentaire pour qu’on les laissât prendre des décisions vitales pour la colonie. Par contre, l’intendant, lui, avait reçu la formation indispensable à ce travail, et par conséquent se trouvait le plus qualifié des deux pour servir d’ « homme de confiance » au ministre. Il était donc bien normal que les intendants n’aient pas à souffrir de contradiction dans les domaines de la justice, du commerce, de la police, en fait, dans tout ce qui n’était pas du ressort immédiat de l’armée. Par exemple, à l’avenir, le gouverneur et lui devraient nommer de concert les capitaines de milice, mais il devrait être seul responsable de la surveillance des corvées, de la nomination des inspecteurs et de l’émission des congés, quand il ne s’agissait pas d’affaires militaires. En d’autres termes, Raudot estimait que, l’intendant étant le mieux préparé à gouverner, il fallait lui accorder plus d’autorité et ne pas le soumettre au droit de veto du gouverneur.

Malgré sa demande pressante de réforme dans la répartition du pouvoir administratif, Raudot n’avait pas l’intention de demeurer dans la colonie pour y continuer la lutte. En 1709, il demanda son rappel et celui d’Antoine-Denis, alléguant l’animosité de Vaudreuil et la rigueur du climat canadien. Mais ce soudain manque d’enthousiasme pour la Nouvelle-France ne diminuait en rien son ambition, à preuve sa requête pour obtenir le poste prestigieux de conseiller honoraire à la Cour des aides de Paris. Pontchartrain, en 1710, refusa d’accéder à une demande aussi exagérée, mais lui fit part d’une bonne nouvelle : Antoine-Denis devait revenir en France pour occuper les fonctions d’intendant des classes. C’était là un avancement extraordinaire si l’on considère l’âge du jeune homme et ses états de service. Jacques suivrait en 1711, mais on le prévenait que, s’il voulait garder la faveur du gouvernement et en faire bénéficier sa famille, il lui fallait, à son départ de la Nouvelle-France, se trouver en bons termes avec Vaudreuil. C’était là lui faire comprendre sans ambages que son avenir était en jeu, et Raudot, faisant taire son orgueil, pria le sieur de Marigny de lui servir d’ambassadeur et se réconcilia avec Vaudreuil, allant même jusqu’à le rencontrer dans des réceptions mondaines. Mais ce n’était qu’une trêve dictée par la nécessité, et, quand Raudot quitta le Canada en juillet 1711, à bord du Héros, avant même l’arrivée de son successeur Bégon* (il avait confié les affaires de l’intendance à Clairambault d’Aigremont), on vit bien qu’il n’avait jamais vraiment pardonné à Vaudreuil.

C’est ainsi que, pendant les trois dernières années au cours desquelles il exerça les fonctions d’intendant, Raudot ne prit aucune des initiatives et des mesures qui avaient marqué les années précédentes. Sur le plan de l’harmonie et de la bonne entente au sein de l’administration, ce fut l’échec complet. Et pourtant, les années passées au Canada purent lui paraître, rétrospectivement, fort satisfaisantes. D’une part elles avaient servi son avancement. À son retour en France, il était devenu commis principal au département de la Marine, chargé plus particulièrement des prises de guerre. Il était également un des directeurs du commerce maritime et, en 1722, avait enfin vu ses vœux comblés : il était devenu conseiller honoraire à la Cour des aides. De plus, en 1719, il avait été nommé conseiller de la Marine, poste important qui rehaussait son prestige. Il existe ça et là quelques indications permettant de penser qu’il avait également augmenté sa fortune en Nouvelle-France. Bien entendu, ses ennemis, et il en avait beaucoup, l’accusèrent d’avoir spéculé sur la monnaie de carte et d’avoir profité du commerce illicite. Autre indice plus probant : les réponses ambiguës de Raudot au tribunal français qui lui enjoignait, en 1722, d’expliquer comment il pouvait avoir en sa possession la somme de 281 000#. Il déclara que, sur cette somme, 113 000ª représentaient des économies sur son traitement et le fruit de la vente d’articles ménagers avant son départ pour la Nouvelle-France. Voilà qui n’est guère convaincant, surtout si l’on se souvient du nombre de fois où, au Canada, il se plaignit d’être sans argent. Mais la plus grande satisfaction de Raudot provenait de l’avancement qui était accordé aux membres de sa famille qui étaient au service du roi. En 1710, Antoine-Denis occupait déjà une place enviable parmi les membres de la noblesse de robe. Raudot de Chalus, venu dans la colonie à l’âge de 19 ans avec le grade d’enseigne, en repartit capitaine à 24 ans. De même, le chevalier Dussy, qui n’avait aucun grade en arrivant, quitta le Canada en 1708 à la veille d’obtenir une lieutenance. Dans ce domaine, Raudot avait réussi admirablement.

Il est difficile d’émettre un jugement sur la façon dont Raudot s’acquitta de ses fonctions d’intendant et de décider si ce fut une réussite ou un échec. Il fut indubitablement l’un des administrateurs les plus dynamiques et les plus intelligents qui aient jamais été envoyés en Nouvelle-France. Doué de la volonté inflexible des gens autoritaires, il s’efforça d’étudier chaque institution coloniale en fonction des services qu’elle pouvait rendre. Lorsque ses investigations révélaient quelque privilège, quelque méthode pouvant porter préjudice au développement de la colonie, il mettait tout en œuvre pour y remédier. Ses dépêches, rédigées dans un style incisif, portant sur la justice ou le régime seigneurial, témoignent de son infatigable énergie. Toutefois, si l’on étudie sérieusement le système seigneurial qu’il attaqua si durement, on se rend compte des exagérations qu’il commit. De plus, il manquait de réalisme et trop souvent son zèle de réformateur l’empêchait de comprendre les difficultés et les particularités de la vie au Canada. C’était là une grave lacune, qui l’amena à faire des recommandations un peu simplistes et bien trop radicales pour que les autorités en France pussent les adopter. Mais Raudot fut aussi victime de la violence de son tempérament, qui fit si souvent de ses rapports avec les autres représentants de la France une longue suite de querelles mesquines. La plus petite contrariété lui semblait une insulte personnelle et, comme ce fut le cas avec Vaudreuil, la passion l’emportait bien souvent sur la raison.

Tout bien considéré, c’est peut-être comme observateur qu’il rendit le plus de services à la Nouvelle-France, car il attira l’attention sur le fonctionnement de ses institutions et décrivit de façon lucide, quoique trop souvent méprisante, les habitants de la colonie. Ses dépêches sont, pour l’historien, une précieuse source de renseignements sur son époque.

Donald J. Horton

Les renseignements concernant l’histoire de la famille Raudot ont été puisés dans les articles de Dionne, Dubé, Le Jeune et Régis Roy [infra], ainsi que dans le BRH. Mais d’autres détails importants, le fait par exemple que Raudot soit né neuf ans plus tôt que les autres documents ne l’indiquent, et les précisions concernant la situation financière de Raudot a son retour du Canada proviennent de la BN, mss Cabinet des titres, 28 921, 13, 23, 25, 31 ; mss : Dossiers bleus, 557, 14 680.

En ce qui concerne les recommandations faites par Raudot dans le domaine de la justice, de l’administration et du régime seigneurial, on les retrouve dans : AN, Col., C11A, 22–32, 34, 36, 110, 125 et Col., C11G, 1–6 ; AQ, NF, Registres du Cons. sup. ; ainsi que dans les ordonnances de Raudot [V. : Édits ord. passim ; Ord. comm. (P.-G. Roy), II : 330–334]. Dans Documents relating to the seigniorial tenure, W. B. Munro porte un jugement très pertinent sur les idées de Raudot à l’égard du régime seigneurial.

Pour d’utiles précisions sur la vie et le caractère de Raudot, V. : APC, FM 8, F, 61 ; Juchereau, Annales (Jamet) ; Guy Frégault, Politique et politiciens au début du xviiie siècle, Écrits du Canada français (Montréal) XI (1961) : 91–208.

Enfin on trouvera dans AN, Col., B, 25–33 et dans AN, Col., C11A (supra) des documents sur la querelle entre Raudot et Vaudreuil. De plus, les ouvrages suivants traitent de façon intéressante de cette querelle : Guy Frégault, Le Grand Marquis, Pierre de Rigaud de Vaudreuil et la Louisiane (2e éd., Paris et Montréal, [1962]),69–72 ; F. M. Hammang, The Marquis de Vaudreuil : New France ai the beginning of the eighteenth century (Bruges, 1938), 81–108, 133–138, 182–187 ; Y. F. Zoltvany, Philippe de Rigaud de Vaudreuil, governor of New France, 1703–1725 (Thèse de ph .d., Edmonton, Alberta, 1963).  [d. j. h.]

AN, Col., C13A, 2–4 ; Col., D2C, 49, 2e partie ; Col., F3, 8–9 ; Marine, C1, 157.— APC, FM 8, A, 6.— ASQ, Lettres, N ; Lettres, P.— Charlevoix, History (Shea), V : 285–294.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1938–39 : 10–179 ; 1939–40 : 355–463 ; 1942–43 : 399–443 ; 1946–47 : 371–460 ; 1947–48 : 137–339.— Documents relatifs à la monnaie sous le régime français (Shortt), I : 226, 230.— Jug. et délib., V, VI, passim.— JR (Thwaites), LXIX : 301.— RAC, 1911.— Le Jeune, Dictionnaire.— F.-X. Garneau, Histoire du Canada (4 vol., Québec, 1846), 11 : 270–273.— Harris, The seigneurial system, 34s., 68–71, 157s.— Lanctot, History of Canada, II : 153–160, 201–221.— [C.-M.] Raudot, Deux Intendants du Canada (Auxerre, 1854).— E. R. Adair, The French-Canadian seigneury, CHR, XXXV (1954) : 187–207.— N.-E. Dionne, Les Raudots : intendants de la Nouvelle-France, RC, XXXI (1895) : 567–610.— J.-C. Dubé, Origine sociale des intendants de la Nouvelle-France, Communication présentée au Congrès des Sociétés savantes (Ottawa, 1967).— Guy Frégault, La Compagnie de la Colonie, Revue de luniversité dOttawa, XXX (1960) : 5–29, 127–149 ; Le Régime seigneurial et l’expansion de la colonisation dans le bassin du Saint-Laurent au dix-huitième siècle, CHA, Report (1944) : 61–73.— Lionel Groulx, Le Gallicanisme au Canada sous Louis XIV, RHAF, I (1947–48) : 54–90.— R. La Roque de Roquebrune, La direction de la Nouvelle-France par le Ministère de la Marine, RHAF, VI (1952–53) : 470–488.— R. Roy, Les Intendants de la Nouvelle-France, MSRC, 2e sér., IX (1903), sect. : 65–107 ; Jacques et Antoine-Denis Raudot, BRH, IX (1903) : 157–159 ; Quelques notes sur les Intendants, BRH, XXXII (1926) : 442s.— H. M. Thomas, The Relations of Governor and Intendant in the Old Regime, CHR, XVI (1935) : 27–40.

Bibliographie générale

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Donald J. Horton, « RAUDOT, JACQUES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/raudot_jacques_2F.html.

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Auteur de l'article:   Donald J. Horton
Titre de l'article:   RAUDOT, JACQUES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   24 octobre 2014