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ENGLISH, THOMAS, constable et chef de police, né le 5 décembre 1846 dans le canton de London, Haut-Canada, fils de Thomas English et de Mary Ann McStay ; il épousa Annie Bolton, et ils eurent trois filles et deux fils ; décédé le 15 décembre 1916 à Vancouver.

Le grand-père paternel de Thomas English avait quitté le comté d’Armagh (Irlande du Nord) pour immigrer dans le canton de London vers 1819. Sixième d’une famille de neuf enfants, Thomas était jeune homme quand il partit de la maison. Dès les années 1860, il travaillait à Chicago, où selon toute apparence il organisa une compagnie de volontaires canadiens pour faire échec aux raids féniens de 1866. Sa carrière de policier commença par la suite quelque part en Ontario. Plus tard, les policiers de Cleveland, dans l’Ohio, lui feraient cadeau d’un revolver à crosse de nacre pour avoir arrêté le meurtrier d’un de leurs lieutenants.

Le 25 janvier 1882, English fut admis dans le corps de police de Winnipeg. Sa promotion au grade de sergent, un an plus tard, suggère qu’il était compétent, mais il fut démis de ses fonctions peu après. En effet, au printemps de 1886, la commission de police ouvrit une enquête sur des allégations selon lesquelles le chef David B. Murray avait touché de l’argent de certaines maisons de prostitution et de jeu en échange d’une protection contre les descentes et les poursuites judiciaires. English, un des 30 témoins, déclara qu’un détective de la ville lui avait laissé entendre qu’il y avait eu une sorte d’entente avec le chef pour que ces maisons ne soient pas « inquiétées ». Murray fut blanchi, mais English ne s’en tira pas aussi bien. Le 25 mars, les commissaires adoptèrent une résolution en faveur de son congédiement parce qu’il n’avait pas communiqué ses renseignements à ses supérieurs. Pendant les quatre années suivantes, il travailla pour la municipalité à titre d’inspecteur des permis.

En décembre 1890, la ville de Calgary cherchait un nouveau chef de police. Le 21 janvier 1891, le conseil municipal, indifférent au fait qu’English avait été démis de ses fonctions à Winnipeg, accepta une recommandation en faveur de sa nomination. De toute évidence, English avait des appuis à Winnipeg. Peu après sa nomination, le Calgary Tribune publia une lettre où un ex-échevin disait que le conseil « n’aurait pas pu trouver candidat plus apte à occuper [ce] poste ». Au fil des 18 années où English dirigea la police, son personnel, composé d’abord d’un constable et d’un guetteur de nuit, passa à 26 hommes, et Calgary, qui comptait seulement environ 4 000 habitants et dont l’économie était fondée sur le commerce du bétail et les chemins de fer, se transforma en une ville de plus de 30 000 habitants. English était un homme qui n’avait pas froid aux yeux et à qui l’usage de l’intimidation était familier. Selon l’historien Max Foran, ce « rude représentant de la loi sur le front pionnier menait la ville efficacement ».

English ne tarda pas à être mêlé à une autre controverse. En 1892, des tensions surgirent entre la police municipale et le détachement de la Police à cheval du Nord-Ouest en poste à Calgary. Le personnel du détachement estimait que la police municipale ne collaborait pas pleinement à la mise hors circuit d’une prostituée nommée Lottie Carkeek. Selon certains policiers du détachement, English était, au mieux, trop laxiste et, au pire, coupable de protéger une prostituée, accusation qui l’amena à envisager des poursuites en diffamation.

Plus tard dans le courant de l’année, les tensions et l’incertitude quant à la délimitation des pouvoirs des deux corps policiers refirent surface. Une émeute antichinoise éclata à cause d’une épidémie de variole ; la Police à cheval dut non seulement restaurer la paix, mais aussi décréter une quarantaine. English, qui se trouvait hors de Calgary au plus fort de l’émeute, n’était pas très enthousiaste à l’idée de soutenir les agents de la Police à cheval. Ceux-ci portèrent des accusations contre lui après qu’il eut pénétré sur le terrain de la station de quarantaine et attaqué un de leurs sergents au moment de sortir. Le 10 août 1892, par suite de plaintes sur l’évidente inefficacité de la police d’English, le conseil municipal confia au comité de police le mandat de décider si Calgary devait être confié à la Police à cheval. Le comité conclut que oui, mais celle-ci refusa.

Au début des années 1890, sous l’effet d’une courte récession, des groupes d’hommes d’affaires, des organisations de citoyens et des associations religieuses avaient lancé une croisade contre les bordels, les saloons, les maisons de jeu et les campements de vagabonds, qui représentaient selon eux une menace pour les bonnes mœurs et l’économie. English multiplia les interventions contre ces lieux et procéda à plus d’arrestations, mais on ignore dans quelle mesure ce fut efficace. Parfois, la prison locale, décrépite, ne pouvait pas loger tous les prévenus. Bon nombre des condamnés, incarcérés faute de pouvoir payer l’amende, furent relâchés, semble-t-il. En outre, la croisade ne nuisit pas aux maisons de prostitution situées hors des limites de la ville.

La police avait beau se montrer plus sévère, elle ne pouvait répondre à des attentes irréalistes. En 1906, le conseil autorisa English à « débarrasser la ville de tous les individus suspects » et à imposer des restrictions aux conducteurs de voitures de louage et aux propriétaires de pensions pour chevaux qui soutenaient le commerce de la prostitution. Cependant, English osa affirmer en public que le jeu et la prostitution n’étaient pas des problèmes si graves. En 1907, des citoyens formèrent une ligue pour étudier les allégations sur l’inaction de la police. Bien qu’une enquête tenue au début de l’année suivante ait exonéré English de tout blâme, il est possible qu’il ait fermé les yeux sur la prostitution à Calgary. Toutefois, l’application de la loi était difficile : à cause des ressources limitées et de la forte augmentation de la population, beaucoup de crimes échappaient sans doute aux enquêtes et aux poursuites. En 1906, English n’avait que sept policiers pour un secteur d’environ six milles carrés où vivaient 14 000 personnes. En raison de l’explosion démographique des trois années suivantes, on augmenta rapidement l’effectif de la police, mais la plupart des hommes d’English étaient engagés davantage pour leurs biceps que pour leur connaissance du Code criminel ou des règlements municipaux. Comme ils s’occupaient davantage des crimes graves et des tâches habituelles que des campagnes périodiques de protection de la moralité publique, peu d’arrestations pour prostitution figurent dans les registres de la police. De plus, English devait savoir que l’incarcération des femmes posait un problème : la prison de Calgary n’avait que quatre cellules – réservées principalement aux personnes ivres – et le seul endroit destiné aux prisonnières était la salle de garde de la Police à cheval.

Après l’enquête de 1908, les jours du chef de police English étaient comptés. Pendant l’été de 1909, on l’accusa d’avoir manqué aux règles concernant la façon de porter à nouveau certaines accusations pour jeu de hasard, étape nécessaire parce qu’il fallait intenter des poursuites en vertu des règlements municipaux plutôt qu’en vertu du Code criminel. Une enquête conclut que les accusations avaient été renouvelées dans les règles après une demande du solicitor de la municipalité, mais le 14 juillet 1909, les commissaires réclamèrent la démission d’English. Comme il refusait de partir, on le congédia. English resta à Calgary et ouvrit en 1910 la New Method Employment Agency. Sa femme, Annie Bolton, décéda en novembre 1916, et il se rendit peu après à Vancouver, où il succomba, semble-t-il, à une défaillance cardiaque.

En tant que policier dans l’Ouest canadien, l’affable Thomas English eut une carrière qui engloba la fin de l’époque pionnière et le début de l’urbanisation au xxe siècle. Certes, il connut des controverses et des revers, mais la durée de sa survie professionnelle, à Calgary surtout, fut remarquable, compte tenu des changements sociaux survenus à cette époque.

Neil B. Watson

Calgary Police Service Museum/Arch., John Robertson, history of the Calgary Police Force.— City of Calgary Arch., Council minutes, 21 janv. 1890 : 230s. ; 16 juill. 1909 : 429.— Ville de Winnipeg, Dir. des arch. et des doc. publics, City Council, minutes, 25 janv. 1882.— Winnipeg Police Dept. Museum, Police commission minutes, 17, 25 mars 1886, et extraits d’articles de journaux annexés à ce procès-verbal.— Calgary Herald, 14 juill. 1909, 15 déc. 1916.— Calgary Tribune, 21 janv. 1891.— William Beahen, « Mob law could not prevail », Alberta Hist. (Calgary), 29 (1981), no 3 : 1–7.— Judy Bedford, « Prostitution in Calgary, 1905–1914 », Alberta Hist., 29, no 2 : 1–11.— « The English family : descendants of Thomas English Senior & Abigail Watt [...] », W. E. Hitchins, compil. (texte dactylographié, London, Ontario, 1980 ; exemplaire conservé au London Public Library and Art Muséum).— Max Foran et Edward Cavell, Calgary : an illustrated history (Toronto, 1978).— Frontier Calgary : town, city, and region, 1875–1914, A. W. Rasporich et H. C. Klassen, édit. (Calgary, 1975).— Margaret Gilkes et Marilyn Symons, Calgary’s finest : a history of the city police force (Calgary, 1975).— T[homas] Thorner et N. [B.] Watson, « Patterns of prairie crime : Calgary, 1875–1939 », dans Crime and criminal justice in Europe and Canada, L. A. Knafla, édit. (Waterloo, Ontario, 1981), 219–255.— Tom Ward, Cowtown : an album of early Calgary (Calgary, 1975).

Bibliographie générale

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Neil B. Watson, « ENGLISH, THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/english_thomas_14F.html.

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Auteur de l'article:   Neil B. Watson
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   1 novembre 2014