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FAVEL, GILBERT (Gilbert Pelletier), trafiquant métis, né le 12 juillet 1864 à Moose Jaw (Saskatchewan), fils de Benjamin Pelletier, Métis, et d’une Crie prénommée Marie ; il épousa une Métisse ; décédé en 1902 ou après.

Pour des raisons obscures, Gilbert Pelletier vécut de l’âge de 12 à 16 ans au sein de la famille de Charles Favel, dans la région des monts Touchwood, aujourd’hui en Saskatchewan, et prit le nom de Favel. Dans des documents de traité, il figure parmi les membres de la bande de Paskāw**, qui relevait de l’agence de Muscowpetung au département des Affaires indiennes. À un moment quelconque, il fit un peu de traite. Apparemment, en 1886 et en 1887, il renonça aux droits qui lui étaient reconnus par traité ainsi qu’à son appartenance à la bande et, pour 160 $, céda sa procuration à un marchand d’Indian Head. Ce dernier fut ainsi habilité à obtenir un titre de concession d’une valeur de 240 $ échangeable contre la terre à laquelle Favel avait droit en tant que Métis.

Favel serait sans doute resté dans l’anonymat s’il n’avait été arrêté au fort Qu’Appelle, à l’été de 1900, pour avoir participé au prétendu camouflage d’un meurtre. Un certain Wah-pin-gen était mort dans les premières heures du 27 juin 1900 au campement de Lebret. Sa veuve et Favel avaient immédiatement transporté son cadavre au cimetière de la réserve Pasqua. On avait attribué son décès à une hémorragie pulmonaire, ce qui était plausible puisqu’il souffrait de tuberculose. Quelques semaines plus tard, comme on murmurait qu’il s’agissait plutôt d’un crime, l’affaire fut portée à l’attention de la Police à cheval du Nord-Ouest. On exhuma le cadavre le 30 juillet et le coroner conclut que Wah-pin-gen était mort d’une blessure par balle à la jambe. Une enquête policière plus approfondie révéla que Favel, qui fournissait du whisky au campement de Lebret et souhaitait peut-être le cacher, avait aidé à panser la blessure, mais découragé quiconque d’aller chercher une aide médicale. En outre, il avait insisté pour que la veuve dissimule la cause véritable de la mort en racontant une histoire inventée de toutes pièces. En interrogeant plus avant les témoins, la police identifia comme suspect numéro un Oke-mah-we-cappo, qui en voulait à Wah-pin-gen d’être intervenu dans une querelle domestique. On captura Oke-mah-we-cappo à Great Falls, au Montana, mais il parvint à s’enfuir avant qu’on ait pu l’extrader.

Entre-temps, soit le 2 août, Favel comparut au fort Qu’Appelle devant un jury réuni par le coroner. Le jury recommanda qu’il soit détenu comme complice après le fait et accusé d’avoir fourni illégalement de l’alcool à des Amérindiens. Comme on escomptait remettre rapidement la main sur Oke-mah-we-cappo, on incarcéra Favel à Regina en attendant de le faire comparaître. J. A. Mitchell, agent des Affaires indiennes à Muscowpetung, pressa ses supérieurs de faire diligence en leur faisant valoir que les autochtones étaient « enclins à penser que, parce qu’il s’agi[ssait] du meurtre d’un Indien par un autre Indien, les autorités ne déploier[aient] peut-être pas les mêmes efforts pour châtier le meurtrier que si la victime [avait été] un Blanc ».

Oke-mah-we-cappo n’ayant pas encore été retrouvé, Favel était en prison depuis un an et demi sans avoir été formellement mis en accusation lorsque son cas fut enfin porté à l’attention du public. En effet, au mois de janvier 1902, John K. Welsh, d’Indian Head, publia dans le Regina Standard une lettre dans laquelle il protestait contre les terribles conditions qui régnaient dans la prison et soulignait l’injustice de cette détention. Robert Milliken, pasteur méthodiste à Regina, intervint à son tour : « si cet homme était à l’aise et avait beaucoup d’amis et d’influence, disait-il, il ne moisirait pas en prison depuis dix-neuf mois sans [avoir eu] la moindre forme de procès ». Finalement, le 13 février 1902, Favel fut mis en accusation ; il dut toutefois attendre jusqu’en mai pour subir son procès parce qu’une épidémie de variole s’était déclarée dans la région du fort Qu’Appelle et que l’on avait du mal à faire venir des témoins à Regina.

Devant le tribunal, l’avocat de la couronne tenta de prouver qu’il y avait bien eu meurtre, que Gilbert Favel s’était rendu complice en empêchant la victime de recevoir des soins et que, par la suite, il avait dissimulé la cause du décès en répandant des faussetés. Favel répliqua qu’il n’avait fait qu’obéir aux souhaits de la veuve. Son avocat fit valoir que la poursuite n’avait pas réussi à prouver qu’il y avait eu meurtre ni que Favel aurait eu quelque motif d’aider le suspect à s’enfuir. Le jury acquitta Favel qui, semble-t-il, rentra dans l’ombre aussi vite qu’il en était sorti. Son cas illustre les faiblesses de l’appareil gouvernemental et judiciaire des Territoires du Nord-Ouest, surtout à l’égard des personnes d’origine autochtone.

Richard A. Willie

AN, RG 10, 3996, file 201848 ; RG 15, 509, file 143889 ; 1346 ; RG 18, 2476.— Saskatchewan Arch. Board (Regina), Acc. R83–262 (Supreme Court suits), 1902, R. v. Gilbert Favel.— Regina Leader, 1er août 1900, 17 janv. 1901, 22 mai 1902.— Regina Standard, 15 janv., 1er, 12, 26 févr., 5, 12 mars, 21 mai 1902.

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Richard A. Willie, « FAVEL, GILBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/favel_gilbert_13F.html.

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Auteur de l'article:   Richard A. Willie
Titre de l'article:   FAVEL, GILBERT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   29 décembre 2014