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FULLARTINE, JOHN (on a parfois écrit Fullertine ou Fullerton, mais de sa propre signature on relève Fullartine), qui succéda à James Knight en qualité de gouverneur et commandant en chef pour la Hudson’s Bay Company à la baie James, naquit vers 1652, et mourut à Londres en octobre 1738.

À son entrée au service de la Hudson’s Bay Company en 1683, John Fullartine, d’Édimbourg, fut désigné comme « marchand » mais on ne sait pas encore dans quel métier il avait fait son apprentissage. Il fut sans contredit parmi les premiers Écossais à être employés par la compagnie, et l’on peut supposer qu’il obtint sa place sur la recommandation du gouverneur John Nixon* ; ce dernier favorisait en effet le recrutement de gens d’outre-frontière parce que « dans leur pays on avait la vie difficile » et que non seulement ils accepteraient des salaires réduits mais aussi « se contenteraient plus facilement de l’ordinaire que les Anglais ».

Fullartine se rendit à la baie James sur le Diligence, commandé par le capitaine Nehemiah Walker*, et s’initia au commerce de la fourrure au poste de la rivière Rupert. Lorsque la compagnie donna ordre à Henry Sergeant*, gouverneur des postes de la baie James, de tirer du mica de la rivière Eastmain, Fullartine fut désigné pour faire partie du détachement qui devait s’y rendre. Cependant le projet n’eut pas de suite et il demeura vraisemblablement à la rivière Rupert puisqu’on l’y retrouve en septembre 1685 lorsque Hugh Verner*, principal agent de la traite, reçut un avertissement de Zacharie Jolliet qu’une attaque des Français contre les postes de la compagnie était à redouter. Dès que les voyages d’hiver furent possibles, on envoya Fullartine au fort Albany afin de prévenir Sergeant et lui demander conseil. Il était là le 16 juillet 1686 (ancien style) lorsque la menace se réalisa et que le gouverneur Sergeant rendit la place à Pierre de Troyes*. Fullartine fut l’un des prisonniers qui, une fois remis en liberté, s’embarqua vers le nord sur le Colleton, déjà bondé, pour passer l’hiver de 1686–1687 soit au fort York soit à New Severn. Puis, l’automne suivant, il retourna en Angleterre.

C’est durant une période de paix entre la France et l’Angleterre qu’Albany et les autres postes de la baie James furent pris. À cause de la trêve qui régnait entre les deux puissances, l’expédition de 1688 sous John Marsh*, envoyée à la rivière Albany pour rétablir le commerce, dut se limiter a ce seul objectif. Marsh avait reçu l’ordre d’éviter tout conflit avec les Français en garnison au fort Albany (devenu fort Sainte-Anne) sous le commandement de Pierre Le Moyne d’Iberville. Fullartine faisait partie de cette expédition manquée. Dès la deuxième semaine de mars 1689, tous les survivants de l’expédition étaient prisonniers des Français. Plus tard, au cours de l’année, il fut l’un des captifs auxquels on permit de se rendre par voie de terre en Nouvelle-France. Mais comme l’Angleterre et la France avaient repris les hostilités, il connut deux ans de « servitude pénible » avant d’être envoyé en France et emprisonné à La Rochelle. Sa femme fut parmi celles qui sollicitèrent l’intercession de la reine Mary pour la mise en liberté de leurs époux : libéré au printemps de 1692, il retourna à Londres.

En juin 1692, il signa un nouveau contrat avec la Hudson’s Bay Company et s’embarqua de la Tamise sur le Royal Hudson’s Bay (capitaine Michael Grimington). L’escadre, escortée par le Pery (capitaine Charles Cotesworth) et le Prosperous (capitaine Henry Baley), se proposait de reprendre le fort Albany. La flotte était sous le commandement de James Knight, à qui le comité avait demandé « d’avoir de la considération » pour son vieil employé, John Fullartine. Après une escale au fort York, les vaisseaux se rendirent à l’île Gilpin, au large de la région de l’East Main, où les 127 hommes et officiers, dont Fullartine, passèrent l’hiver de 1692–1693 « sous l’autorité du commandant James Knight ». Le fort Albany fut pris sans difficulté le 22 juin 1693, en dépit de la résistance des quelques Français qui s’y trouvaient. Le comité félicita Fullartine d’avoir « poussé si loin l’accomplissement » de son devoir. Il semble que, durant l’hiver de 1693–1694, Fullartine fit le commerce tant pour le compte de la compagnie que pour son propre compte, s’attirant du même coup la reconnaissance des directeurs et un avertissement relatif au commerce privé interdit par les règlements.

Lorsqu’en 1694 Knight renvoya son adjoint, Stephen Sinclair, en Angleterre, il nomma Fullartine à ce poste et le choix fut approuvé à Londres. Trois ans plus tard, Knight ne voulant pas différer davantage son retour en Angleterre, laissa son commandement aux mains de Fullartine. Sans doute celui-ci avait-il espoir d’être retenu à ce poste par la compagnie et d’être nommé gouverneur, mais la suite des événements à la baie d’Hudson devaient dissiper ses espérances. Les Français, qui convoitaient la région de Port Nelson, avaient renoncé aux attaques contre les postes de la baie James, et venaient, pour la seconde fois en quatre ans, de reprendre le fort York (rebaptisé fort Bourbon). Fullartine attendait du ravitaillement et des nouvelles d’Angleterre que devait apporter en 1697 le Dering [III] (capitaine Michael Grimington). Mais ce bâtiment retourna directement en Angleterre après « l’avoir échappé belle » lors du combat qui eut lieu au large de la rivière Hayes, le 26 août, et qui fut suivi par la prise du fort York par Iberville. Ainsi, Fullartine et « son petit groupe » restèrent sans réapprovisionnement et sans nouvelles. On ne sait au juste à quel moment il fut informé des pertes de la compagnie, mais il est possible que, au cours de l’hiver suivant, des Indiens lui aient appris la capitulation du fort York. Il fut sûrement mis au courant de la situation lorsque le convoi de ravitaillement arriva d’Angleterre à l’été de 1698. Il perdit alors tout espoir d’être bientôt nommé gouverneur car, comme on s’attendait à ce que le fort Albany soit échangé contre le fort York, selon les articles 7 et 8 du traité de Ryswick, la compagnie envisageait le retour de Knight à Albany à titre de premier représentant. Cependant, les commissaires ne s’entendirent pas sur la question du fort York, de sorte que les dispositions du traité de Ryswick ne furent jamais appliquées à la baie d’Hudson. Le fort Albany resta donc propriété de la compagnie, seul fort anglais dans la baie jusqu’au moment où, en 1714, la compagnie fut réintégrée dans ses droits par le traité d’Utrecht (1713).

Fullartine fut adjoint au gouverneur jusqu’au retour de Knight à Londres en 1700, puis il assuma la fonction de gouverneur durant l’hiver 1700–1701. Avec l’arrivée du navire ravitailleur en 1701, il reçut sa commission de gouverneur et de commandant en chef des postes situés aux rivières Albany, Moose et Rupert, de tous les territoires du détroit et de la baie d’Hudson, des régions de l’East Main et du West Main. On lui donna Anthony Beale comme adjoint. Contrairement à celle de Knight, la commission de Fullartine n’avait pas été appuyée par un mandement de la couronne, la compagnie ayant été prévenue qu’en vertu de la charte du 2 mai 1670 sa propre commission suffisait. Mais, lorsque l’Angleterre entra dans la guerre de Succession d’Espagne, en 1702, la compagnie jugea opportun, « en vue de mieux assurer la défense d’Albany », d’obtenir de la reine Anne une commission pour Fullartine. Ce mandat le constituait gouverneur et commandant des endroits nommés dans la commission de la compagnie et de tout autre territoire « nouvellement établi, colonisé, découvert ou repris, et qui antérieurement a été nôtre ou nous appartient de droit, et nous est ou nous fut concédé par la charte ».

La lettre du 2 août 1703 de Fullartine accusant réception de sa commission est la première en provenance du fort Albany dans les archives de la compagnie. Elle faisait ouvertement état des problèmes et difficultés régnant à Albany, alors que la guerre en Europe faisait monter le prix des marchandises et nuisait à la vente des fourrures. Fullartine fit remarquer que si le commerce n’était pas suffisamment rentable pour que Londres envoie un navire chaque année « bientôt le jeu n’en vaudrait plus la chandelle » car les déboires successifs avaient dégoûté tous les hommes du pays. Après le départ du vaisseau pour l’Angleterre en 1703, son personnel se chiffrait à 35 hommes et garçons.

Fullartine avait demandé de rentrer en Angleterre l’année suivante parce qu’il était « douloureusement sujet à la gravelle et à des pierres au foie », mais il lui fallut attendre jusqu’en 1705 le prochain navire. Sur la recommandation de Fullartine, le comité avait nommé Anthony Beale pour lui succéder. Le 13 septembre, une fois les affaires de 1704–1705 réglées, Fullartine, ayant rassemblé ses hommes, leur lut l’acte de nomination du nouveau gouverneur. Puis il s’embarqua sur le Hudson’s Bay [II] en partance pour l’Angleterre, mais le capitaine Michael Grimington tomba malade et le navire ne réussit pas à sortir de la rivière Albany. On ignore si Fullartine fit un rapport écrit au comité au sujet de la controverse qui eut lieu entre Beale et lui : seule la version de Beale sur ces événements subsiste. Selon ce dernier, les membres du conseil d’Albany, y compris Fullartine, se réunirent et convinrent que le vaisseau hiverne à l’île Gilpin au large de la région de l’East Main où Fullartine pourrait commercer pour la compagnie. Mais peu de temps après, Fullartine soudain « se mit en colère et s’arrogea l’autorité », menaçant « de mener pieds et poings liés » quiconque lui ferait obstacle. Beale, le sachant « enclin à l’emportement », refusa de céder, et ce fut Fullartine qui plia. Il n’y eut pas d’autres désaccords, mais des cancans de la part « de certains fripons » décidèrent Fullartine à ne pas retourner au fort Albany. À son retour de l’île Gilpin durant l’été de 1706, il « se logea dans une tente » jusqu’à son départ pour l’Angleterre.

Le comité fit bon accueil à Fullartine à son arrivée à Londres le 21 octobre 1706 et, quand les arrérages de traitement furent payés au début de l’année suivante, ce fut lui, et non Beale, qui reçut la rémunération de gouverneur pour l’hiver de 1705–1706. Fullartine devait vraisemblablement l’appui du comité à sa commission royale de 1702 qui n’avait pas été révoquée.

Beale ayant demandé de rentrer au pays, la compagnie engagea de nouveau Fullartine pour retourner à Albany au début de mars 1708. Dans les instructions remises à Fullartine au moment de son départ en mai, le comité soulignait qu’il était nommé gouverneur et commandant en chef « au delà des mers » selon la commission de la compagnie qui était « honorée et confirmée » par le mandement de la reine. On lui donnait ordre de tenter d’établir un poste à la rivière Moose dans le cas où les Français se seraient emparés d’Albany. Mais il trouva les choses en bon ordre et il reprit ses fonctions pour ses dernières années de services outre-mer. Entre son arrivée à Albany et son retour en Angleterre, soit depuis l’automne de 1708 jusqu’à celui de 1711, le comité ne reçut directement aucune nouvelle de Fullartine, car la compagnie n’avait pas envoyé de navire à Albany en 1709 et le Hudson’s Bay [II] (capitaine Joseph Davis) qui s’y rendit l’année suivante ne put retourner en Angleterre avant 1711. Mais on avait eu des nouvelles d’une source inattendue à la fin d’avril ou au début de mai 1710. Quatre chefs mohawks de la Nouvelle-Angleterre venus à Londres, demander à la reine Anne du secours contre les Français, acceptèrent de « prendre une collation » en compagnie du gouverneur et des membres du comité à Hudson’s Bay House. Ce fut au cours de cette réception que l’un des invités informa ses hôtes de l’attaque manquée des Français contre le fort Albany. Il était au courant de l’événement parce qu’il se trouvait au Canada au retour de l’expédition française. Les renseignements fournis par le chef mohawk ainsi que ceux que donne le rapport de Fullartine (rapport qui s’est perdu depuis mais d’où le comité tira des citations pour l’édification de Joseph Isbister* au fort Albany durant la guerre de Succession d’Autriche) et divers autres documents nous révèlent que l’attaque eut lieu vers le 26 juin 1709. Il semble que Fullartine ait été averti de l’approche des Français par un Indien sympathisant, Jack Tuckey. Les assaillants qui comptaient une centaine d’hommes, dont 30 Indiens, perdirent leurs deux chefs et 16 hommes au combat. Du côté de la compagnie, on ne déplorait que deux morts : James Fidler et Oliver Stricklar. Tous deux étaient absents du fort au moment de l’assaut, mais sur le chemin du retour ils tombèrent dans une embuscade et furent tués.

À son retour au pays, le 2 octobre 1711, Fullartine fut bien accueilli par le comité. Lors de l’assemblée générale du 27 novembre suivant, il détenait suffisamment de titres de la compagnie pour se faire élire membre du comité. Ses connaissances et son expérience du commerce de la fourrure et de la vie sur la terre de Rupert furent sûrement précieuses aux membres de la direction qui ne s’étaient jamais aventurés dans les parages du détroit d’Hudson. Jusqu’à sa mort à Newington Green, dans le Middlesex, en octobre 1738, Fullartine se signala par son travail consciencieux au sein du comité.

Fullartine fut l’un des premiers employés de la compagnie à s’élever d’une fonction très modeste a celle de gouverneur des territoires d’outre-mer et à faire partie du comité de Londres. Au temps où il était fonctionnaire dans la baie, les intérêts de la compagnie étant menacés par l’offensive des Français, son courage et sa loyauté furent éprouvés. Il sut mériter le respect des Indiens aussi bien que celui de ses hommes et fut un habile négociant pour la compagnie. De simple marchand au poste de gouverneur outre-mer, sa montée fut lente mais continue ; ce mode de promotion créa un précédent dans la baie et fut souvent imité au xviiie siècle Fullartine était assidu aux réunions hebdomadaires du bureau de Londres, mais, comme on ne transcrivait que le compte rendu des résolutions, nous ne savons pas exactement quelle part il a pu avoir dans les décisions de la compagnie. De son vivant il devint légendaire. Le récit de sa résistance à Albany a été déformé avec les années (la version de Samuel Hearne* en est un exemple) puis oublié. Toutes les sources de renseignements se rapportant à cet épisode dans les archives de la compagnie ont aujourd’hui été examinées, et le rôle joué par Fullartine dans la défense des droits de la compagnie à la baie d’Hudson est de nouveau reconnu.

Alice M. Johnson

Une seule lettre de Fullartine subsiste ; elle est reproduite dans HBRS, XXV (Davies et Johnson), où l’on trouve aussi un renvoi à tout ce qui se rapporte à la question dans les archives de la HBC. Des renseignements concernant la situation commerciale et financière de la compagnie durant la carrière de Fullartine figurent dans HBRS, XXI (Rich). On fait mention de sa mort dans The Historical Register (Londres), XXIII (1738) : 40, et son testament, daté du 17 mars 1736 (validé le 20 octobre 1738), est conservé à Somerset House, P.C.C., Brodrepp, f.232.  [a. m. j.]

Bibliographie générale

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Alice M. Johnson, « FULLARTINE, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/fullartine_john_2F.html.

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Auteur de l'article:   Alice M. Johnson
Titre de l'article:   FULLARTINE, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   22 octobre 2014