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GLACKMEYER, LOUIS-ÉDOUARD, notaire et conseiller municipal, né à Québec le 7 décembre 1793, fils de Frédéric-Henri Glackmeyer*, professeur de musique, et de Marie-Anne O’Neil, décédé à Québec le 9 février 1881.

Le père de Louis-Édouard Glackmeyer, originaire de la ville de Hanovre (République fédérale d’Allemagne), vint au Canada en 1776 à titre de maître de bande d’un des régiments des troupes auxiliaires de Brunswick et de la Hesse. Sa mère était la sœur du fameux Jean-Baptiste O’Neil, bedeau de la cathédrale de Québec, rendu célèbre par ses frasques et ses boutades racontées par Louis-Honoré Fréchette* dans ses Originaux et détraqués (Montréal, 1892). Louis-Édouard Glackmeyer étudie au petit séminaire de Québec et, le 13 décembre 1815, est admis à la profession de notaire. Employé comme assistant dans le bureau du greffier en loi de la couronne en 1815, Glackmeyer ne tarde pas à se dégoûter des minuties de la bureaucratie de l’époque et, quelques mois plus tard, il ouvre sa propre étude, rue Saint-Pierre, à Québec.

En 1830, lors de la mort de George IV, le procureur général du Bas-Canada, James Stuart*, prétend que tous les officiers publics et tous les membres des professions libérales doivent renouveler leur commission et payer les mêmes frais que lors de leur octroi primitif. Au cours de la session de 1831, Glackmeyer se plaint à la députation. La chambre décide alors de demander la démission de Stuart. « On lui reprochait certains actes commis durant l’élection de William-Henry [en 1827], la perception excessive de certains honoraires sur des renouvellements de commissions notariales, des procédures ayant pour seul objet d’accroître ses émoluments. » Lord Aylmer [Whitworth-Aylmer*] suspend Stuart en 1831 et lord Goderich, secrétaire aux Colonies, le démet définitivement de ses fonctions en 1832.

Le 7 juillet 1840, 25 notaires de la région de Québec se réunissent sous la présidence de Roger Lelièvre et fondent l’Association des notaires du district de Québec. Les principaux objectifs de cette association sont de veiller à tout ce qui pourrait intéresser la profession, tant pour les membres que pour le public, et de surveiller les études des clercs aspirant à la profession. Un comité de sept membres, dont fait partie Glackmeyer, est chargé de dresser les règlements de l’association. Toutefois, comme les choses ne vont pas à sa guise, le notaire Glackmeyer démissionne de son poste.

Lors de l’organisation des chambres de notaires de Québec, de Montréal et de Trois-Rivières par la loi organique de 1847, Glackmeyer manifeste d’abord quelques doutes sur le succès de cette entreprise, mais finit par s’y rallier. Par cette loi, les chambres avaient acquis, de l’autorité royale, les pouvoirs de nommer, de refuser et de punir leurs propres membres. Le 20 septembre 1847, Glackmeyer est nommé syndic de la Chambre des notaires de Québec. À l’élection pour le second mandat (1850–1853), il est élu président de cette chambre.

En 1851, à l’occasion d’une demande d’amendements à la loi du notariat du Bas-Canada, Glackmeyer est cité devant un comité de l’Assemblée législative du Canada-Uni, concernant les honoraires des notaires. Dans son témoignage, le président de la Chambre des notaires de Québec affirme que la plupart des notaires considèrent que la loi ne permet pas aux chambres de fixer le minimum des honoraires, mais seulement le maximum. Selon Glackmeyer, le notariat ne pourrait retirer que des avantages d’une telle réglementation, mais elle n’empêchera pas les notaires de travailler à vil prix.

Malgré l’hostilité qu’elle suscite, Glackmeyer se prononce en faveur d’une loi adoptée en 1860, dont le procureur général George-Étienne Cartier* s’était fait le défenseur. Cette loi réglait tout ce qui concernait les certificats donnés par les registraires et pourvoyait au mode de radiation des hypothèques, à l’enregistrement des procurations et à la construction de voûtes de sûreté dans les bureaux d’enregistrement. De plus, elle ordonnait la confection d’un cadastre général pour toute la province et le renouvellement de tous les titres comportant hypothèque, une fois le cadastre terminé. Cette même année, la Chambre des notaires de Québec, sous la présidence de Glackmeyer, rejette un projet de loi soumis au Conseil législatif et voulant que les actes notariés soient contresignés par des témoins. En dépit de ces protestations, le conseil adopte le projet de loi.

En 1862, à la suite de la loi organique de 1847 et de celle de 1859 permettant la création de nouvelles chambres de notaires, celles-ci étaient passées de trois à dix dans le Bas-Canada. Les examens d’admission, différents d’une chambre à l’autre, permettaient presque à n’importe qui de devenir notaire. En outre, chaque district avait ses propres règlements, ses propres tarifs et ses propres façons de faire. Pour pallier ce fouillis, le notaire Louis Archambeault de la chambre de Montréal présente, en 1869, un projet de loi créant une chambre unique des notaires et fixant leur nombre de même que leur lieu de résidence. Ce dernier point soulève une vive opposition, dont celle de Glackmeyer qui y voit une atteinte à la liberté de chaque individu de choisir sa profession et de l’exercer dans le milieu de son choix. Archambeault modifie son projet en ce sens, et la loi est adoptée en 1870, créant ainsi une chambre unique des notaires de la province de Québec.

Le 5 octobre 1870, lors de l’élection pour le premier mandat, Glackmeyer est choisi comme vice-président de la Chambre des notaires de la province de Québec. En 1873, à l’élection pour le second mandat, il devient président. Il est réélu à ce poste en 1876, mais démissionne vu son grand âge. Dans son rapport final, Glackmeyer souligne les efforts faits par la chambre pour préparer des examens plus sévères pour l’admission des candidats et améliorer ainsi la réputation du notariat dans la province ; il se prononce contre une loi réduisant de quatre à trois ans la « cléricature » des étudiants. Il avait le premier suggéré l’idée d’un tableau où seraient inscrits tous les noms et adresses des notaires en exercice dans la province de Québec. Ainsi, au moment de sa retraite, en 1876, on pouvait compter 756 notaires au Québec.

Glackmeyer avait épousé à Québec, le 6 août 1822, Marie-Henriette Lagueux, fille d’Étienne-Claude Lagueux*, riche marchand de Québec qui représenta pendant longtemps le comté de Northumberland à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada. Il se trouva donc mêlé très tôt aux grands débats politiques et vécut dans l’intimité des Bédard et des Nelson. Il eut même quelques velléités de se porter candidat tantôt au Saguenay, tantôt dans Montmorency et tantôt dans le comté de Québec. Il suivit Wolfred Nelson* lorsqu’il se sépara de Louis-Joseph Papineau* mais revint à ce dernier, en 1848, et combattit avec lui contre l’Union des deux Canadas. Il voulut alors se présenter dans le comté de Québec, selon une lettre publiée dans le Canadien en 1848. Mais le notaire délaissa rapidement la politique. Il fut cependant membre du conseil de la ville de Québec de 1833 à 1845 et de 1854 à 1856, représentant tour à tour les quartiers Saint-Charles et Saint-Pierre. Il fut également estimateur municipal de cette ville en 1833, puis l’un des juges de paix en charge de l’administration municipale de 1836 à 1840.

Une autre passion, plus tenace, fut celle que Glackmeyer eut pour la musique. Il fit partie comme flûtiste d’un quatuor dirigé par le juge en chef Jonathan Sewell* et, plus tard, fut président du Septette Club, formé en 1857 et qui regroupait sa sœur, Angélique-Henriette Glackmeyer, le notaire Chavigny de La Chevrotière, Alfred Paré, Archibald Campbell* et les trois frères Pfeiffer. Glackmeyer habita successivement Québec, La Canardière, Charlesbourg et Beauport. À Charlesbourg, où il possédait un domaine rural, il pouvait donner libre cours à son goût pour la botanique, science qu’il connaissait très bien. À Beauport, Glackmeyer fit, de 1844 à 1859, de nombreuses observations météorologiques qu’il consigna dans un livre aujourd’hui conservé aux Archives publiques du Canada.

Louis-Édouard Glackmeyer n’était pas un homme du monde et ne sortait guère de son étude très achalandée de la rue Saint-Pierre. Il passait même aux yeux de ses contemporains pour quelque peu excentrique ; mais ses bonnes et solides qualités lui ont valu la confiance et le respect de ses confrères et de ses concitoyens.

Claude Vachon

APC, MG 30, D1, 14 : 18 ; MG 24, 194.— Arch. du séminaire de Chicoutimi (Chicoutimi, Québec), Fonds Provancher, Ernest Gagnon, « Notes sur le notaire Glackmeyer » ; Lettres de L.-É. Glackmeyer.— « Mémoire sur la partie occidentale du Canada, depuis Michillimakinac jusqu’au fleuve du Mississipi », BRH, 26 (1920) : 25.— P.-V. Charland, « Notre-Dame de Québec ; le nécrologe de la crypte ou les inhumations dans cette église depuis 1652 », BRH, 20 (1914) : 305.— Le Jeune, Dictionnaire, II : 666.— P.-G. Roy, Fils de Québec (4 sér., Lévis, Québec, 1933), III : 56–58.— Georges Monarque, Un général allemand au Canada : le baron Friedrich Adolphus von Riedesel (Montréal, 1946), 143–145.— J.-E. Roy, Hist. du notariat, II–IV.— P.-G. Roy, La famille Glackmeyer (Lévis, 1916).— André Vachon, Histoire du notariat canadien, 1621–1960 (Québec, 1962), 79–155.— P.-B. Casgrain, « Une autre maison Montcalm à Québec (1759) », BRH, 8 (1902) : 337.— La Musique (Québec), I (1919) : 74.— P.-G. Roy, « La famille Glackmeyer », BRH, 22 (1916) : 195–205.

Bibliographie générale

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Claude Vachon, « GLACKMEYER, LOUIS-ÉDOUARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/glackmeyer_louis_edouard_11F.html.

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Auteur de l'article:   Claude Vachon
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   20 septembre 2014