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HARMON, DANIEL WILLIAMS, trafiquant de fourrures et auteur d’un journal, né le 19 février 1778 à Bennington, Vermont, quatrième fils de Daniel Harmon et de Lucretia Dewey ; décédé le 23 avril 1843 à Sault-au-Récollet (Montréal-Nord, Québec).

À l’époque de sa naissance, les parents de Daniel Williams Hannon tenaient une auberge à Bennington ; en 1796, ils s’installèrent avec leurs enfants dans une autre localité du Vermont, Vergennes. C’étaient de fervents congrégationalistes, et leur piété allait déteindre sur Harmon et influencer sa vie de trafiquant. Jeune homme, il trouvait cependant trop étouffante l’atmosphère puritaine du foyer, si bien qu’en 1799 il gagna Montréal, où il devint commis dans une maison de courtage en fourrures, la McTavish, Frobisher and Company [V. Simon McTavish*]. Cette année-là ou au début de 1800, la North West Company l’embaucha à titre de commis, au salaire de £20 par an. Le 29 avril 1800, au moment de partir pour le Nord-Ouest, il entreprit le journal dans lequel il devait, durant 19 années, non seulement raconter sa vie quotidienne de trafiquant de fourrures, mais exposer les débats moraux qu’allait susciter en lui son entourage libertaire, voire libertin.

Harmon fut d’abord affecté au fort Alexandria (près de Fort Pelly, Saskatchewan), où il resta cinq ans. En février 1805, nota-t-il avec sa minutie coutumière, le poste devait assurer la subsistance de quelque 70 personnes qui avaient besoin chaque jour d’au moins 450 livres de viande de bison. Dans son journal de 1803, il évoque la violence qui en était venue à caractériser la rivalité entre la North West Company et la New North West Company (appelée parfois la XY Company) : « Cette incompatibilité d’intérêts engendre de constantes mésententes et occasionne des brouilles fréquentes entre les parties adverses [...] Ici, le meurtrier échappe aux fers, car aucune loi humaine ne peut atteindre les gens du pays ni avoir quelque effet sur eux. » En février 1805, il apprit avec satisfaction que la fusion de la North West Company et de la XY Company avait mis fin aux hostilités. Par la suite, il évita soigneusement d’être mêlé aux affrontements encore plus violents qui opposèrent les Nor’Westers et les hommes de la Hudson’s Bay Company.

Plus tard en 1805, on muta Harmon à South Branch House (près de Batoche, Saskatchewan), où il demeura jusqu’en 1807. C’est à cet endroit qu’il se maria, à la façon du pays. Déjà, au fort Alexandria, des chefs cris lui avaient offert leurs jeunes filles, et il avait connu des tourments intérieurs au terme desquels son éducation puritaine avait triomphé de ses inclinations naturelles. « Je rends grâce à Dieu, écrivit-il le 11 août 1802, de n’être pas tombé dans un piège tendu sans doute par le Diable lui-même. » Éprouvé par la solitude, comme « tous les hommes qui pass[aient] une période quelconque dans cette partie du monde », il se laissa cependant gagner, à South Branch House, par une belle Métisse de 14 ans, Lizette Duval, fille d’un voyageur canadien et d’une Indienne snare. « Si nous pouvons vivre dans l’harmonie ensemble, disait-il, je la garderai avec moi aussi longtemps que je resterai dans ce coin non civilisé du monde, mais quand je retournerai dans mon pays natal j’essaierai de la confier à quelque homme honnête et bon avec qui elle pourra passer le reste de ses jours ici. »

Les relations de Harmon et de son épouse métisse – baptisée plus tard Elizabeth, mais qu’il appelait toujours dans son journal « ma femme » ou « la mère de mes enfants » – s’avérèrent exemplaires. Elle l’accompagna en 1806 à Cumberland House (Saskatchewan), puis au lac Sturgeon, dans le département de Nipigon, et ensuite au fort Chipewyan (Alberta), dans le département de l’Athabasca, où Harmon arriva le 7 septembre 1808. Plus tard, ils s’installèrent au fort Dunvegan, dans la région de la rivière de la Paix, et y restèrent jusqu’en 1810. Ils franchirent ensuite les Rocheuses pour se rendre dans le district de New Caledonia, administré par John Stuart et qu’avait ouvert depuis peu à la traite des fourrures Simon Fraser*, lui aussi du Vermont.

Harmon travailla dans cette région pendant neuf ans, le plus souvent au fort St James, sur le lac Stuart, mais aussi au fort Fraser. Ses activités étaient diversifiées. La traite ne lui prenait, estimait-il, que le cinquième de son temps. Par contre, il consacra beaucoup d’efforts à assurer l’autosuffisance alimentaire des forts de New Caledonia en accumulant de grosses réserves de saumon séché (à certains moments, il y avait 25 000 poissons dans son entrepôt) et en lançant l’agriculture dans la région, dont le bref été, avec ses longues journées de chaleur, était excellent pour la culture maraîchère. De plus, il observa avec soin et relata la vie des Indiens porteurs parmi lesquels il travaillait. Il enseigna l’anglais à sa femme et à ses filles et envoya ses fils faire leurs études au Vermont. Sa famille était nombreuse ; certaines sources parlent de 10 enfants, d’autres de 12 ou même 14, dont au moins quelques-uns moururent en bas âge. En 1818, Harmon devint associé hivernant de la North West Company. L’année suivante, il quitta le district de New Caledonia pour le Bas-Canada.

La mort de son fils aîné avait métamorphosé l’attitude de Harmon envers sa femme, qu’il se sentait désormais incapable d’abandonner. « Comment pourrais-je vivre dans le monde civilisé, écrivait-il, et laisser mes enfants bien-aimés dans une région sauvage ? Cette pensée m’est aussi amère que la mort. Comment pourrais-je les arracher à l’amour de leur mère et la laisser gémir de leur absence jusqu’à son dernier souffle ? » Le 18 août 1819, Harmon arriva au fort William (Thunder Bay, Ontario) avec sa femme et ses enfants. Ce jour-là, il mit fin à son journal. Il partit ensuite pour Montréal avec sa femme, qu’il épousa officiellement plus tard, puis pour Vergennes dans le Vermont, après un arrêt à Burlington où il s’occupa de la publication de son journal. Au moment où celui-ci parut, en 1820, Harmon avait repris la traite des fourrures et dirigeait le poste du lac à la Pluie (près de Fort Francis, Ontario).

Lorsque la Hudson’s Bay Company absorba la North West Company en 1821, Harmon devint chef de poste en vertu d’une entente selon laquelle il démissionnerait immédiatement mais conserverait sa part pendant sept ans. Il retourna ensuite au Vermont mais, comme bien des trafiquants de fourrures, il ne connut pas la prospérité après avoir quitté le Nord-Ouest. Il ouvrit avec son frère Calvin un magasin et une scierie, autour desquels ils établirent un petit village du nom de Harmonsville (Coventry). Mais ses affaires allèrent mal, de sorte qu’il partit louer une ferme à Sault-au-Récollet, près de Montréal, probablement au cours de l’hiver de 1842–1843. Il n’y réussit cependant pas mieux qu’à Harmonsville et mourut presque dans le dénuement, le 23 avril 1843, en laissant à sa femme et à ses six enfants une succession de moins de £100.

Daniel Williams Harmon ne fut pas l’un des grands personnages de la traite des fourrures. Il occupa surtout des postes subalternes et ne fit pas d’explorations. Sa renommée repose uniquement sur son journal, œuvre solide qui présente non seulement une narration descriptive de la vie des trafiquants de fourrures au début du xixe siècle, mais un compte rendu émouvant des dilemmes moraux que l’auteur parvint à résoudre.

George Woodcock

Le journal de Daniel Williams Harmon, péniblement édité et réécrit par le révérend Daniel Haskel de Burlington, Vt., a paru sous le titre de A journal of voyages and travels in the interiour of North America, between the 47th and 58th degrees of north latitude, extending from Montreal nearly to the Pacific Ocean, a distance of about 5,000 miles, including an account of the principal occurrences, during a residence of nineteen years, in different parts of the country [...] (Andover, Mass., 1820 ; réimpr., New York, 1922). Le manuscrit original n’existe plus, mais une copie manuscrite (peut-être même de la main de Harmon) faite en 1816 et envoyée par Harmon à ses connaissances au Vermont se trouve aux Univ. of Iowa Libraries, Special Coll. and mss (Iowa City) ; une photocopie est aussi disponible aux APC. Ce manuscrit, intitulé « Copy of a Journal or Narrative of the most material circumstances occured to and some thoughts and reflections [...] during the space of sixteen years while in the North West or Indian Country », a servi à la préparation d’une nouvelle édition parue sous le titre de Sixteen years in the Indian country : the journal of Daniel Williams Harmon, 1800–1816, introd. de W. K. Lamb, édit. (Toronto, 1957). Cette édition comprend également, tirées de la version de 1820, les données relatives aux années 1816–1819.

Il existe un portrait de Harmon au Bennington Museum (Bennington, Vt.) ; il est reproduit dans les deux éditions de son journal et dans John Spargo, Two Bennington-born explorers and makers of modern Canada ([Bradford, Vt.], 1950).  [g. w.]

      Docs. relating to NWC (Wallace).— Brown, Strangers in blood.— Marcel Giraud, The Métis in the Canadian west, George Woodcock, trad. (2 vol., Edmonton, 1986).— Innis, Fur trade in Canada (1930).— Morton, Hist. of Canadian west (Thomas ; 1973).— Van Kirk, « Many tender ties ».— M. [E.] Wilkins Campbell, The North West Company (Toronto, 1957) ; The Saskatchewan [...] (New York, 1950).— J. H. Archer, « Tales of western travellers Daniel Williams Harmon », Saskatchewan Hist. (Saskatoon), 4 (1951) : 62–67.

Bibliographie générale

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George Woodcock, « HARMON, DANIEL WILLIAMS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/harmon_daniel_williams_7F.html.

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Auteur de l'article:   George Woodcock
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   22 septembre 2014