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CLARKE, JOHN, trafiquant de fourrures, né en 1781 à Montréal, fils de Simon Clarke, aubergiste, et d’Ann Waldorf ; vers 1812, il épousa à la façon du pays Josephte Kanhopitsa, et ils eurent une fille ; en ou avant 1816, il se remaria, dans les mêmes conditions, avec Sophia (Sapphira) Jacobina Spence (décédée en 1824), fille de Joseph Spence, commis de la Hudson’s Bay Company, et cette union fut bénie à Montréal le 9 novembre 1821 ; en 1822, il épousa à la façon du pays Marianne Trustler (Tranclar, Trutter), et de cette union qui fut bénie à Montréal le 26 octobre 1830 naquirent quatre fils et quatre filles ; décédé le 19 décembre 1852 à Montréal.

John Clarke entra au service de la North West Company en qualité d’apprenti commis le 17 janvier 1800. Au printemps suivant, il se rendit de Montréal à Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota) avec un groupe d’employés de la North West Company, parmi lesquels se trouvait Daniel Williams Harmon*. Après trois semaines mouvementées à Grand Portage, Clarke partit pour la région de l’Athabasca en juillet avec John Finlay et Alexander Henry* le jeune. En 1802, il établit un poste de la North West Company à Pierre-au-Calumet (au nord de Fort McMurray, Alberta), sur la rivière Athabasca ; il travailla au fort Vermilion (près de Fort Vermilion), sur la rivière de la Paix, en 1804–1805, puis il se vit confier la direction du fort St John (près de Fort St John, Colombie-Britannique), en amont de la même rivière, en 1809. Mais cette promotion ne donna pas d’heureux résultats, et Clarke quitta la North West Company pour regagner Montréal au printemps de 1810. Un de ses collègues, George Keith, écrivit un peu plus tard : « ces derniers temps, sa conduite dans la région était quelque peu répréhensible [...] Il arrive qu’un peu d’avancement nous éblouisse et nous fasse parfois oublier la condition dans laquelle nous étions auparavant. »

Plus tard cette année-là, peut-être grâce au fait qu’il était apparenté par sa mère à John Jacob Astor*, Clarke devint associé au sein de la Pacifie Fur Company, laquelle appartenait à Astor ; en octobre 1811, il était à la tête d’un groupe de la compagnie, parmi lequel se trouvait Ross Cox, qui s’embarqua sur le Beaver à New York et parvint au fort Astoria (Astoria, Oregon) en mai 1812. À la fin de juin, avec quelques employés, il remonta le fleuve Columbia pour construire un poste de traite devant permettre de concurrencer Spokane House (près de Spokane, Washington) que la North West Company avait établi sur la rivière Spokane ; au cours de l’hiver, Clarke et James McMillan, commis de la North West Company, se livrèrent une lutte féroce pour l’obtention des fourrures. Clarke eut également des difficultés avec les Indiens. En revenant au fort Astoria avec ses fourrures au printemps de 1813, il pendit un Indien qui avait dérobé un gobelet d’argent, et son groupe fut obligé de fuir devant des assaillants avides de vengeance.

Lorsque la guerre de 1812 rendit incertaine la maîtrise par les Américains de la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord, la Pacifie Fur Company fut contrainte de vendre à la North West Company, en octobre 1813, toutes les installations du fort Astoria, et cette cession fut négociée par Duncan McDougall*, qui était un astorien et un ancien Nor’Wester. Durant tout l’hiver de 1813–1814, Clarke travailla pour la North West Company au fort Astoria (rebaptisé fort George), sous la direction de John McDonald* of Garth. L’été suivant, avec deux autres ex-astoriens, Donald McKenzie et Gabriel Franchère*, il accompagna le convoi de la North West Company qui se rendait par voie de terre dans les Canadas.

Après avoir refusé un poste au département des Affaires indiennes, Clarke signa un contrat lucratif avec la Hudson’s Bay Company en 1815. Colin Robertson* l’engagea, au salaire initial de £400, pour une expédition que la compagnie voulait mener dans le but de contrecarrer les activités commerciales de la North West Company dans la région de l’Athabasca. En mai, le groupe quitta Terrebonne, dans le Bas-Canada, pour s’enfoncer à l’intérieur des terres ; en juillet, Robertson se retira de l’expédition à Jack River House (Manitoba), et Clarke fut alors désigné par Thomas Thomas* et James Bird, deux fonctionnaires de la Hudson’s Bay Company, pour le remplacer. Dès le début de l’automne, le groupe connut des difficultés. À Cumberland House (Saskatchewan), les hommes affrontèrent les Nor’Westers dans une escarmouche qui fut suivie d’un échange de prisonniers à l’amiable. Au delà d’Île-à-la-Crosse, ils manquèrent de nourriture, car la compagnie rivale empêchait les Indiens qui normalement auraient ravitaillé l’expédition de rejoindre Clarke. En octobre, celui-ci fonda le fort Wedderburn, dans une île du lac Athabasca, en face du fort Chipewyan (Fort Chipewyan, Alberta) qui appartenait à la North West Company. Il remonta ensuite la rivière de la Paix avec cinq canots, dans l’espoir d’hiverner près du fort Vermilion, mais deux hommes de la North West Company, John McGillivray et William McIntosh*, réussirent à le priver de tout ravitaillement. Après que 3 de ses hommes furent morts de faim à la rivière Loon et que 13 autres eurent péri en essayant de retourner au fort Wedderburn, Clarke fut obligé de remettre ses marchandises à McIntosh en échange de provisions. Le fort Wedderburn survécut à ce que Clarke appela le « régime de famine » de la North West Company, mais aucun revenu ne vint compenser les lourdes pertes subies.

La saison de traite de 1816–1817, dans cette région, fut également semée d’obstacles. Un imposant groupe de la North West Company au lac Athabasca immobilisa les employés de la Hudson’s Bay Company au fort Wedderburn en les menaçant et en s’emparant des hommes et des marchandises. Finalement, le 23 janvier 1817, un associé de la North West Company, Archibald Norman McLeod*, exerçant son autorité en qualité de juge de paix, mit Clarke en prison et saisit le fort de la Hudson’s Bay Company. Détenu au Grand lac des Esclaves (Territoires du Nord-Ouest), puis au fort Vermilion, Clarke n’eut pas l’occasion de mettre sur pied une nouvelle expédition au cours de la saison de traite qui suivit. Dans l’intervalle, ses collègues de la Hudson’s Bay Company avaient commencé à blâmer sa conduite. Tout en louant son courage, Robertson avait noté en juillet 1816 : « l’héroïsme avec lequel il a supporté ses malheurs couvre une multitude de fautes ». Deux ans plus tard, Robertson fit la remarque suivante :  « sa vanité démesurée est telle qu’il est aussi difficile de [le] diriger que de lutter contre la North West Company ». A Edmonton House (Edmonton), James Bird exprima des critiques semblables.

Robertson prit la direction des opérations de la Hudson’s Bay Company dans la région de l’Athabasca en 1818 et demanda à Clarke de remonter la rivière de la Paix, où celui-ci, après une escarmouche au fort Vermilion, fonda le fort St Mary’s (près de Peace River). En juin 1819, Clarke se trouvait aux rapides Grand (Manitoba) avec William Williams*, gouverneur de la Hudson’s Bay Company, et il participa à l’arrestation de plusieurs Nor’Westers, dont Benjamin Joseph Frobisher* et John George McTavish*. Il travailla à Île-à-la-Crosse durant les deux saisons de traite qui suivirent et, lorsque la Hudson’s Bay Company et la North West Company s’unirent en 1821 [V. Simon McGillivray*], il fut nommé agent principal, malgré l’opposition du gouverneur George Simpson, et obtint un congé d’une année avant d’assumer la direction du fort Garry (Winnipeg). En soumettant de façon arrogante la colonie de la Rivière-Rouge à l’autorité de la compagnie, Clarke suscita l’hostilité du gouverneur Andrew H. Bulger et des colons. On lui reprocha notamment d’interdire aux colons tout trafic avec les Indiens, même pour obtenir des provisions, dans le but mesquin de protéger le commerce des fourrures de la Hudson’s Bay Company.

Sévèrement critiqué par le comité de Londres de la Hudson’s Bay Company en 1823, Clarke fut muté à la direction du poste du Petit lac des Esclaves (Alberta) qu’il dirigea de 1824 à 1826, puis il se rendit au fort Pelly (Fort Pelly, Saskatchewan), où il administra le district de la rivière du Cygne avec compétence jusqu’en 1830. Persuadé que c’était « aux efforts conjoints de M. Robertson et lui-même que la Hudson’s Bay Company [devait] dans une large mesure la splendeur & l’importance de son rang & de sa situation dans le vaste Monde du Commerce », Clarke se rendit à Londres en 1831 dans l’espoir que la compagnie reconnaisse les services qu’il avait rendus. Toutefois, comme le nota Simpson, « le comité le traita avec le mépris qu’il méritait ». Dans son « Character book » de l’année 1832, Simpson décrit Clarke comme « un pauvre garçon vantard et ignorant » qui montrait une « absence complète de tout principe ou sentiment relié à la franchise, à l’honneur et à l’intégrité [...] Bref, il [était] une honte pour le « commerce des fourrures. » Malgré son efficacité contre la concurrence, son air imposant et sa capacité de dominer les Indiens et les employés par la force de sa personnalité, il ne possédait pas les qualités sociales et le caractère que l’on attendait de la nouvelle génération de fonctionnaires de la compagnie.

De 1831 à 1833, John Clarke travailla à Mingan, dans le Bas-Canada, où il fut bientôt en conflit avec son supérieur, James Keith, qui dirigeait le département de Montréal. Après avoir obtenu congé de 1833 à 1835, il prit sa retraite à Montréal où il mourut en 1852.

Jennifer S. H. Brown

ANQ-M, CE1-63, 26 oct. 1830 ; CN1-29, 17 janv. 1800.— APC, MG 19, E5, 2.— PAM, HBCA, A.36/4 : fo 182 ; MG 2, A5.— PCA, St Gabriel Street Church (Montréal), reg. of baptisms, marriages, and burials, 9 nov. 1821.— Les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest (Masson), 2.— Catholic Church records of Pacific northwest (Munnick).— Cox, Adventures on the Columbia.— Docs. relating to NWC (Wallace).— Harmon, Sixteen years in the Indian country (Lamb).— HBRS, 1 (Rich) ; 2 (Rich et Fleming).— A. Ross, Adventures on the Columbia ; The fur hunters of the far west ; a narrative of adventures in the Oregon and Rocky mountains (2 vol., Londres, 1855).— Simpson, « Character book », HBRS, 30 (Williams), 151–236 ; Fur trade and empire (Merk ; 1968).— Campbell, Hist. of Scotch Presbyterian Church, 125.— Adèle Clarke, Old Montreal, John Clarke : his adventures, friends and family (Montréal, 1906).— J. S. Galbraith, The little emperor ; Governor Simpson of the Hudson’s Bay Company (Toronto, 1976).— J. J. Hargrave, Red River (Montréal, 1871 ; réimpr., Altona, Manitoba, 1977), 491–496.— A. S. Morton, A history of the Canadian west to 1870–71, being a history of Rupert’s Land (the Hudson’s Bay Company territory) and of the North-West Territories (including the Pacific slope), L. G. Thomas, édit. (2e éd., Toronto [et Buffalo, N.Y., 1973]).— J. U. Terrell, Furs by Astor (New York, 1963).— J. R. Anderson, « John Clarke of Athabasca », Family Herald (Montréal), 12 juill. 1933 : 19–20.

Bibliographie générale

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Jennifer S. H. Brown, « CLARKE, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/clarke_john_8F.html.

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Auteur de l'article:   Jennifer S. H. Brown
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   22 octobre 2014