DCB/DBC Mobile beta
+

HWISTESMETXĒ´QEN (qui signifie « grizzly qui marche » ; connu aussi sous les noms de Shiwelean, de Nicola, de N’Kuala et sous d’autres variantes orthographiques de Nicolas), chef principal des Okanagans ; circa 1793–1859.

Un grand nombre des renseignements que l’on possède sur Hwistesmetxē΄qEn, appelé Nicola par les premiers trafiquants de fourrures, proviennent du folklore et de la tradition orale des Indiens okanagans, un des groupes de Salishs qui habitaient l’intérieur de ce qui est aujourd’hui la Colombie-Britannique. Ces récits légendaires, qui ont conservé la toponymie et les appellations okanaganes, ont été recueillis par des anthropologues et par des historiens de la région ; en dépit de leur manque de précision, ils présentent un portrait remarquablement cohérent des principaux événements qui marquèrent la vie de Nicola. Celui-ci descendait d’une longue lignée de chefs principaux des Okanagans et, selon la légende, il était né dans le campement retranché que son père Pelkamū´lôx (qui signifie « il roule sur le sol ») avait établi près de la jonction des rivières Similkameen et Okanagan (Washington). Nicola était encore tout jeune quand Pelkamū´lôx conduisit son peuple vers le nord, au lac Fish (Colombie-Britannique), où il s’établit près de la bande de son frère Kwoli’la, au lac Chapperon. Pelkamū´lôx se rendait parfois dans les plaines, en passant par le pays des Têtes-Plates, pour aller chasser le bison, et les légendes rapportent sa rencontre avec deux trafiquants de la North West Company, Finan McDonald et un dénommé Lagacé, au col Hell’s Gate (près de Helena, Montana). Cette rencontre aurait eu lieu quelque temps après l’arrivée de McDonald et de David Thompson dans la région du fleuve Columbia en 1807. Ce fut le premier contact des Okanagans avec des Blancs, et Pelkamū´lôx, célèbre pour son éloquence, revint dans son pays et raconta l’histoire des hommes à la peau blanche et aux yeux bleus, des bâtons qui produisaient le tonnerre, la fumée et le feu, et qui pouvaient tuer des oiseaux en plein vol, ainsi que celle d’un animal, le cheval, qui pouvait courir plus vite que le bison. Au cours d’une des fêtes organisées pour entendre ces récits, un chef lillooet déclara que de telles choses ne pouvaient exister et que Pelkamū´lôx était un menteur. Le chef principal se leva pour défendre son honneur, mais fut frappé de deux flèches lancées par son accusateur. Avant de mourir, Pelkamū´lôx nomma son fils Nicola chef principal et, l’ayant confié aux bons soins de Kwoli’la, il engagea le jeune garçon à venger sa mort.

On ne connaît pas la date exacte de la mort de Pelkamū´lôx. Il semblerait toutefois que Nicola était chef principal lorsque le premier groupe de la Pacific Fur Company, société établie depuis peu, arriva dans la région de l’Okanagan pendant l’hiver de 1811–1812, sous la direction de David Stuart. Ovide Montigny, membre du groupe, rencontra apparemment Nicola à la tête du lac Okanagan. Après un hiver de traite couronné de succès, Montigny retourna au quartier général de la Pacific Fur Company, au fort Astoria (Astoria, Oregon), laissant sous la surveillance du chef principal les marchandises qu’il n’emportait pas avec lui. La légende rapporte comment, à son retour l’automne suivant, le trafiquant récompensa le jeune chef en lui faisant cadeau de dix fusils, de munitions, de tabac et d’autres articles. Selon la tradition, lorsqu’on rappela à Nicola qu’il devait venger la mort de son père, il organisa une troupe de quelque 500 guerriers des tribus okanaganes, thompsons, shuswaps et similkameens, et il attaqua les Lillooets sur leur territoire de pêche le long du fleuve Fraser, tuant de 300 à 400 membres de la tribu.

En essayant de reconstituer les événements entourant la vie de Nicola, il y a cependant une autre source dont il faut tenir compte. Le journal du poste de la rivière Thompson (Kamloops, Colombie-Britannique), que tenait John McLeod*, relate en novembre 1822 le meurtre d’un Indien influent, censément Pelkamū´lôx, qui « fut tué par les Indiens du fleuve Fraser et subit la plus cruelle torture, ayant été laissé à languir plusieurs jours après qu’on lui eut ouvert les entrailles ». En janvier 1823, McLeod mentionne les plans de Nicola pour « venger la mort de son père ».

Durant les premières années de la traite des fourrures sur le territoire de New Caledonia (Colombie-Britannique), l’influence de Nicola fut très appréciée des trafiquants de la North West Company et de la Hudson’s Bay Company. De plus, la générosité de son accueil favorisa grandement les bonnes relations qui existèrent entre eux et les Salishs de l’intérieur des terres. À la fin des années 1830, l’agent principal Samuel Black*, préposé au poste de la rivière Thompson, prêta une charrue à Nicola pour lui permettre de cultiver des pommes de terre et d’autres légumes à son campement d’été du lac Nicola ; cette première tentative de culture dans la région fut très vite imitée par d’autres bandes. À la suite de l’assassinat de Black par un jeune guerrier shuswap en 1841, Nicola calma les hommes de la Hudson’s Bay Company, qui craignaient un soulèvement général, en prononçant un émouvant panégyrique qui fut rapporté par Archibald McKinlay et dans lequel le chef indien réclamait la capture de l’assassin.

Cependant, au cours des années qui suivirent, les hommes de la Hudson’s Bay Company au fort Kamloops (nom que prit le poste de la rivière Thompson au début des années 1840) témoignèrent moins de respect envers Nicola. John Tod* prétendit dans sa vieillesse qu’il avait déjoué un complot selon lequel Nicola, dans les années 1840, avait voulu s’emparer du poste, mais on ne trouve dans son journal aucune mention d’une telle conspiration. Le chef de poste Paul Fraser nota en ces termes une visite que fit le chef indien à la fin de 1851 : « Neckilus est arrivé de la grande prairie, mendiant comme d’habitude des vivres ; ce vieillard est une vraie peste pour l’établissement. »

Comme le voulait la tradition des puissants et riches chefs salishs, Nicola eut un grand nombre de femmes, peut-être même jusqu’à 17, et beaucoup d’enfants. À son décès, dont fit mention la Hudson’s Bay Company en 1859, son corps fut temporairement enseveli au poste de Kamloops, avant sa translation à la tête du lac Okanagan où il fut enterré. On trouve un monument à sa mémoire, qui porte le nom d’« Inkuala », dans le cimetière okanagan, au nord de Vernon, en Colombie-Britannique. Des noms de lieux comme le lac Nicola et la rivière Nicola, dans la région de Kamloops, perpétuent également son souvenir.

Mary Balf

PABC, Add. mss 505, 2, file 15 : fos 12–15 ; Fort Kamloops, Journals, 3 août 1841–19 déc. 1843, 17 août 1850–17 mai 1852, sept. 1854–juin 1855.— PAM, HBCA, B.97/a/1 : fos 9, 14, 14d ; D.5/6 : fos 466–468.— HBRS, 10 (Rich) ; 18 (Rich et Johnson).— Angus McDonald, « Angus McDonald : a few items of the west », F. W. Howay et al., édit., Wash. Hist. Quarterly, 8 (1917) : 188–229.— John Tod, « Career of a Scotch boy », Madge Wolfenden, édit., BCHQ, 18 (1954) : 222–224.— Sophia Steffens, The land of Chief Nicola [...] (s.l., [1961]).— M. S. Wade, The Thompson country [...] (Kamloops, C.-B., 1907).— M. H. Brent, « Indian lore », Mme Harold Cochrane, compil., Okanagan Hist. Soc., Report (Vernon, C.-B.), 30 (1966) : 105–113.— G. M. Dawson, « Notes on the Shuswap people of British Columbia », SRC Mémoires, 1re sér., 9 (1891), sect. ii : 26–28.— J. A. Teit, « The Salishan tribes of the western plateaus », Franz Boas, édit., Bureau of American Ethnology, Report (Washington), 45 (1927–1928) : 23–396.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Mary Balf, « HWISTESMETX?´QEN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hwistesmetxe_qen_8F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/hwistesmetxe_qen_8F.html
Auteur de l'article:   Mary Balf
Titre de l'article:   HWISTESMETX?´QEN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   26 octobre 2014