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JOHNSTON, WILLIAM, agitateur et pirate, né le 1er février 1782 à Trois-Rivières, province de Québec, fils du loyaliste James Johnston qui fut sergent dans le corps de rangers loyalistes d’Edward Jessup*, décédé le 17 février 1870 à Clayton, New York.

« Bill » Johnston ne fréquenta guère l’école, mais il apprit le métier de forgeron et celui de constructeur de navires durant sa jeunesse qu’il passa dans le canton d’Ernestown, au Haut-Canada ; au cours des années 1804 à 1813, il dirigea une entreprise de transport de marchandises sur les Grands Lacs, puis il géra un magasin à Kingston. En 1810, Johnston épousa Anna Randolph, une Américaine du comté de Washington, New York, et il devait affirmer plus tard que cette décision était à l’origine de ses ennuis. En 1812, il s’enrôla comme simple soldat au 1er régiment de la milice de Frontenac mais, l’année suivante, il fut incarcéré à Kingston : on le soupçonnait d’être un agent américain en liaison avec la flotte du commodore Isaac Chauncey* ; il rejeta toujours cette accusation. Il s’évada de prison et, laissant derrière lui des biens qu’il évaluait lui-même à $20 000, il se joignit à l’armée américaine. On connaît mal le rôle qu’il joua durant le reste de la guerre, mais on sait qu’il se livra à l’espionnage et à des raids peu importants contre les expéditions britanniques d’approvisionnement et de courrier. Il prétendit par la suite qu’il avait personnellement fait la connaissance et mérité la gratitude de Chauncey et du général Jacob Brown.

Au cours des années 20 et 30, Johnston se fit connaître par les opérations de contrebande qu’il mena entre French Creek (Clayton, N.Y.) et la région de Kingston. Durant cette période, plusieurs de ses parents du Haut-Canada, accusés d’entretenir des rapports avec « le traître et pirate notoire, William Johnston », étaient en butte à des vexations.

Lorsque William Lyon Mackenzie s’enfuit à Buffalo, dans l’état de New York, à la mi-décembre 1837, Johnston se mit à la disposition des Patriotes. Il fit un bref séjour à l’île de Navy, le quartier général de Mackenzie, où il reçut des Patriotes un « brevet d’officier de marine ». Le 22 février 1838, avec Rensselaer Van Rensselaer*, il fut parmi ceux qui menèrent contre l’île de Hickory, près de Gananoque, un raid qui échoua. Avec un petit nombre de partisans, il entreprit ensuite une série de raids indépendants dans la région frontalière, à partir d’une base secrète située dans les Mille-Îles ; son exploit le plus remarquable fut la prise du vapeur canadien de passagers, le Sir Robert Peel, à l’île de Wells (Wellesley) durant la nuit du 29 au 30 mai 1838. Il se proposait d’utiliser ce navire comme bateau pirate pour capturer d’autres vapeurs britanniques sur les Grands Lacs, mais le nombre restreint d’hommes dont il disposait – 13 seulement – ne lui permit pas de réaliser son projet, et le Sir Robert Peel fut brûlé dans les eaux américaines après avoir été pillé. Lord Durham [Lambton *] et le gouverneur de l’état de New York offrirent alors respectivement £ 1000 et $500 pour la capture de Johnston.

Le 10 juin 1838, à titre de « commandant en chef de l’armée navale et de la flottille », Johnston fit paraître une proclamation dans laquelle il affirmait qu’il dirigeait un mouvement en faveur de « l’indépendance des Canadas ». Durant l’été de 1838, il continua d’effectuer périodiquement des raids contre des navires et des établissements, même s’il était sans cesse poursuivi par les forces britanniques et américaines. Il assista à la réunion de l’association secrète des frères-chasseurs, tenue à Cleveland en septembre 1838, où il fut nommé « commodore de la Lower Division du lac Ontario » ; c’est à ce titre qu’il joua un rôle, peu glorieux, lors du raid américain mené par Nils von Schoultz* contre Prescott – la bataille dite du « Moulin à vent » – en novembre 1838 : son navire échoua et il n’atteignit jamais la rive canadienne. Il se livra alors aux autorités américaines, parce que « le temps tournait au froid ». Libéré sous caution au début de 1839, il recommença à mener des raids – de moindre envergure – à partir des Mille-Îles. Il fut enfin capturé pendant l’hiver de 1839 et condamné à un an de prison à Albany, en février 1840, mais il s’évada en mai. Il ne fut jamais repris et fut finalement gracié par les autorités fédérales ; au moment de son évasion, de toute manière, on ne pouvait guère plus parler du mouvement patriote comme d’un mouvement organisé. Johnston passa le reste de sa vie dans la région de Clayton, où ses six enfants et son frère John vinrent également s’installer. Il devint gardien de phare sur l’île de Rock, puis tavernier à Clayton.

Les contemporains de Bill Johnston, de chaque côté de la frontière, lui reconnaissaient un courage, une vigueur et une ingéniosité hors du commun, mais cet homme se montrait également grossier, fanfaron et d’une honnêteté douteuse. À cause de sa réputation équivoque, les historiens canadiens l’ont généralement considéré comme un simple criminel, devenu pirate dans le but de faire fortune, mais les nombreuses lettres qu’il adressa à Mackenzie entre 1837 et 1840 permettent certainement de lui prêter des intentions plus louables. Républicain convaincu, il avait une foi sincère en un gouvernement et une société plus démocratiques que ceux qu’il avait connus dans le Haut-Canada. Pourtant, il n’était en aucune façon un révolutionnaire. Il ne croyait pas à un soulèvement spontané des Canadiens. Ses idées politiques étaient conservatrices, au sens américain du mot. Dans les années 30 et 40, il appuya régulièrement le parti whig de Henry Clay et William Harrison contre les démocrates de Martin Van Buren. Il ne cachait pas qu’il était devenu membre du mouvement. des Patriotes pour « forcer les deux pays à se battre », en espérant que les Américains allaient l’emporter ou, du moins, que la Trésorerie britannique allait dépenser autant d’argent que possible. Bien qu’il finît par perdre, lui aussi, tout espoir de voir les deux Canadas se libérer, il demeura fidèle à cette cause plus longtemps que la plupart des autres agitateurs frontaliers. « Vous pouvez compter que je resterai fidèle à la cause des Patriotes jusqu’à mon dernier souffle », affirmait-il à Mackenzie en mars 1840. Et il ajoutait : « Je ne suis pas encore endormi comme tant de ceux qui se disent nos amis. »

J. K. Johnson

APC, MG24, C10 ; RG5, A1, 195, 203, 208, 223 ; B41, 4 ; RG 7, G6, 4 ; G9A, 3–5, 7–9 ; RG 8, I (C series), 608–614, 1274, 1717 ; RG 9, I, B1, 16–18, 20, 23s., 31, 34–36, 39.— PAO, Mackenzie-Lindsey papers.— PRO, CO 42/280, 42/282, 42/285–286, 42/290, 42/297, 42/300, 42/445, 42/451, 42/459, 42/461, 42/463.

Bibliographie générale

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J. K. Johnson, « JOHNSTON, WILLIAM (1782-1870) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/johnston_william_1782_1870_9F.html.

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Auteur de l'article:   J. K. Johnson
Titre de l'article:   JOHNSTON, WILLIAM (1782-1870)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   17 avril 2014