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KENNEDY, WILLIAM NASSAU, peintre en bâtiment, soldat, homme politique, fonctionnaire et entrepreneur, né le 28 avril 1839 à Newcastle, Haut-Canada, deuxième des six enfants de John Kennedy, lieutenant-colonel dans la milice, et de Catharine Lambert ; il épousa Mary Anne Chambers, et ils eurent quatre fils et une fille ; décédé à Londres le 3 mai 1885.

William Nassau Kennedy abandonna tôt l’école et travailla quelque temps comme entrepreneur. Il apprit le droit pendant deux ans auprès du barrister David William Dumble à Peterborough, puis il suivit les traces de son père en se faisant peintre en bâtiment et décorateur d’intérieurs. Il était de tradition, chez les Kennedy, de se distinguer dans la carrière militaire, et William, en février 1857, s’enrôla comme simple soldat dans la 1re compagnie, nouvellement créée, des Peterborough Rifles. Cinq ans plus tard, avec son père et ses frères, il participa à la mise sur pied de la 1re compagnie de la Peterborough Infantry. Après avoir franchi plusieurs échelons dans la catégorie des sous-officiers, Kennedy obtint un certificat de première classe de la Toronto Military School et fut nommé enseigne le 7 juillet 1865. Le nouvel officier subalterne accompagna l’unité de son père, qui, en juin 1866, alla défendre la péninsule du Niagara durant l’invasion des Féniens, mais les volontaires de Peterborough n’eurent pas l’occasion de se battre. L’année suivante, en qualité de capitaine du 57th Battalion of Infantry de Peterborough, qui venait d’être formé, Kennedy fut nommé adjudant-major à titre temporaire et instructeur responsable des exercices. Par la suite, la Military Riding School de Toronto lui accorda un certificat de première classe avec une mention spéciale pour sa compétence en équitation et en escrime. Tout comme son père, qui avait été juge de paix et contrôleur des impôts à Peterborough, William se montra soucieux du bien public et il siégea au conseil municipal de cette ville pendant six ans.

À la fin de 1869, on apprit que les Métis de la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba) s’opposaient par les armes à l’annexion de Rupert’s Land au Canada. On invita le 57e bataillon de Peterborough à désigner un officier devant faire partie de l’expédition envoyée à la Rivière-Rouge sous le commandement du colonel Gamet Joseph Wolseley*. Nommé à ce poste convoité, Kennedy se rendit à Upper Fort Garry (Winnipeg) en qualité de lieutenant dans le lst Battalion of Infantry (Ontario Rifles). Il acquit ainsi de l’expérience et se lia d’une amitié chaleureuse avec le colonel Wolseley ; ce lien devait par la suite lui être profitable.

Kennedy décida de rester au Manitoba. Lorsqu’en octobre 1871 les Féniens dirigés par William Bernard O’Donoghue* et John O’Neill* lancèrent un raid contre cette province à partir du territoire américain voisin, il leva une unité provisoire de volontaires, la Winnipeg Rifle Company, afin d’aider la petite garnison de Winnipeg à repousser les envahisseurs. Cet événement montra la nécessité de maintenir une milice locale de citoyens soldats, et, exactement une semaine après l’invasion, Kennedy contribua à la mise sur pied de la Winnipeg Field Battery dont il devint l’adjudant-major. L’année suivante, il accéda au commandement de cette unité, poste qu’il devait occuper jusqu’en 1883.

Dans les années 1870, Kennedy devint un citoyen de premier plan à Winnipeg. En 1873, on le nomma receveur de l’enregistrement du comté de Selkirk et de Winnipeg, de même que greffier de cette ville, et l’on croit qu’il exerça ces fonctions jusqu’en 1881. En 1874, il devint membre du premier Conseil exécutif des Territoires du Nord-Ouest, et, l’année suivante, il fut élu deuxième maire de Winnipeg ; il occupa le premier poste durant un an et le second au cours de deux mandats consécutifs d’une année. Sa famille le rejoignit à Winnipeg en 1876. Membre de la section protestante du bureau d’Éducation de Manitoba de 1876 jusqu’en 1881 au moins, il en remplit les fonctions de président en 1876.

Éminent propagandiste de l’essor du Manitoba, Kennedy se montra actif au sein de quelque 11 entreprises ferroviaires entre 1875 et 1883 ; il prit part aux activités de la Compagnie du chemin de fer de colonisation du sud-ouest du Manitoba et il occupa le poste de vice-président du Manitoba and Hudson’s Bay Railway en 1884. Il semble qu’il s’occupa également de biens immobiliers. Son goût de la vie sociale l’amena à faire partie de l’ordre d’Orange, des Foresters et de plusieurs sociétés masculines. Membre fondateur de la Prince Rupert’s Lodge, Kennedy devint grand maître suppléant de la Freemasons’ Grand Lodge of Manitoba, lors de sa création en 1875. Il s’intéressait en outre à des domaines aussi variés que les concours de tir au fusil et la musique.

Dans l’Ouest, en 1883, on était aux prises avec des difficultés économiques, avec des conflits de travail chez les équipes affectées à la construction du chemin de fer canadien du Pacifique et avec l’agitation des Métis et des Indiens qui se sentaient menacés par la progression du chemin de fer. Les effectifs de la Police à cheval du Nord-Ouest étaient trop limités et la milice des Prairies insuffisamment entraînée et équipée pour faire face à des troubles de quelque envergure. Nourrissant certaines appréhensions, des citoyens de Winnipeg ayant à leur tête le capitaine Kennedy résolurent de lever un bataillon entier de fusiliers ; on mit sur pied le 90th Winnipeg Rifles le 9 novembre 1883. Nommé commandant de cette unité, Kennedy fut alors promu major et lieutenant-colonel honoraire.

Tandis qu’il formait son bataillon, le colonel Kennedy apprit que son ancien commandant et collègue devenu major général, sir Gamet Joseph Wolseley, cherchait des hommes de canot canadiens pour transporter une expédition militaire britannique ayant pour mission de remonter le Nil jusqu’au Soudan, afin de secourir le major général Charles George Gordon qui était bloqué à Khartoum. Kennedy leva rapidement un contingent de Manitobains, mais les autorités britanniques responsables du recrutement lui refusèrent la permission de se joindre à ceux qui partaient. Le major Frederick Charles Denison*, qui appartenait à une influente famille de militaires de Toronto et commandait les Canadian voyageurs, ne prisait guère l’idée d’avoir comme second un officier de grade plus élevé que lui. Les volontaires manitobains, d’autre part, montrèrent un tel déplaisir à l’idée d’effectuer la traversée sans Kennedy que l’on décida, pour sortir de l’impasse, de promouvoir Denison au rang de lieutenant-colonel honoraire et d’autoriser Kennedy à se rendre en Égypte avec le titre civil de contremaître. Une fois sur place, Denison confia à Kennedy le poste de payeur temporaire du contingent canadien et, là-dessus, celui-ci se servit de la vieille amitié qui le liait au major général Wolseley pour se faire nommer payeur permanent.

Outre sa valeur professionnelle, Kennedy manifesta en maintes occasions une grande habileté à manœuvrer dans une milice où régnait alors le favoritisme. Lorsqu’il avait mis sur pied le contingent des Canadian voyageurs, Kennedy avait recruté quelques jeunes gens de l’élite commerçante et professionnelle de Winnipeg, ce qui allait nettement à l’encontre de la volonté explicite des autorités britanniques qui avaient recommandé de n’engager que des gens d’expérience. Ces jeunes impérialistes étaient véritablement pénétrés d’un esprit d’aventure et de patriotisme, mais ils ne connaissaient presque rien au maniement des canots. Accompagnant les voyageurs dans leur remontée du Nil, Kennedy ne manqua aucune occasion de prendre le parti de ses Manitobains, lorsque Denison critiquait le rendement contestable qu’ils fournissaient en tant qu’hommes de canot. Pendant le voyage de retour en Angleterre, Kennedy attrapa la petite vérole ; il fut hospitalisé à Londres, où il succomba finalement à cette maladie.

William Nassau Kennedy fut un exemple typique de personnalité municipale, d’entrepreneur et de commandant de milice canadien du xixe siècle. Dans un milieu de vie éloigné qui se prêtait à la concurrence et offrait un grand nombre de possibilités aux plus hardis, la milice n’avait guère de quoi attirer la plupart des hommes. Kennedy compta parmi ceux qui, fortement attachés au Canada et à l’Empire, n’hésitèrent pas à utiliser les hommes et les circonstances, ni à recourir au favoritisme et aux privilèges découlant de leurs fonctions, afin de maintenir une milice de citoyens soldats symbolisant l’ordre et l’autorité ; cette milice allait être mise à l’épreuve au cours de la rébellion qui éclata dans le Nord-Ouest en 1885.

J. A. Rodger Letourneau

PAM, MG 14, B59.— Records of the Nile voyageurs, 1884–85 : the Canadian voyageur contingent in the Gordon relief expedition, C. P. Stacey, édit. (Toronto, 1959).— George Young, Manitoba memories ; leaves from my life in the prairie province, 1868–1884 (Toronto, 1897).— Manitoba Daily Free Press, 4 mai, 24 oct. 1885.— Peterborough Examiner (Peterborough, Ontario), 7 mai 1885.— E. J. Chambers, The 90th Regiment : a regimental history of the 90th Regiment, Winnipeg Rifles ([Winnipeg], 1906).— Roy MacLaren, Canadians on the Nile, 1882–1898 : being the adventures of the voyageurs on the Khartoum relief expedition and other exploits (Vancouver, 1978).

Bibliographie générale

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J. A. Rodger Letourneau, « KENNEDY, WILLIAM NASSAU », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kennedy_william_nassau_11F.html.

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Auteur de l'article:   J. A. Rodger Letourneau
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   21 août 2014