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KINONGÉ (Kenougé, « The Pike », surnommé Le Brochet par les Français), chef des Outaouais du Sable, allié des Français ; il passa la plus grande partie de sa vie à Michillimakinac ; circa 1660–1713.

C’est en 1660 qu’il est fait mention de Kinongé pour la première fois. Le père René Ménard* avait passé l’hiver dans la famille de ce chef indien, à la baie de Kiaonan (aujourd’hui Keweenaw) et lui avait reproché ses quatre ou cinq femmes, coutume que les tribus des Grands Lacs admettaient généralement comme une marque de puissance et de distinction. C’est sans doute à la suite de ce désaccord que Kinongé « traitta fort mal le pauvre Pere, & enfin l’obligea de se separer de luy & de se faire une chaumine de branches de sapin. »

En 1679, Daniel Greysolon Dulhut rapporta que, l’année précédente, des Outaouais, sous la direction de Kinongé, avaient pillé, sur le lac Supérieur, des flottilles de canots chargés de fourrures appartenant aux Cris et qu’il était à craindre que ces actes de brigandage n’amènent les Cris à commercer avec les Anglais de la baie d’Hudson. Comme les Cris menaçaient de se venger, Kinongé décida de faire la traite dans le voisinage du pays des Illinois.

Vers 1680, il était devenu, parmi les alliés des Français, un de ceux qui possédaient le plus d’influence dans la région des lacs supérieurs. Deux commerçants français ayant été assassinés par des Indiens à la baie de Kiaonan en 1683, c’est dans la cabane de Kinongé, à Michillimakinac, que Dulhut tint le procès. Les exécutions qui suivirent surprirent et indignèrent les Indiens ; aussi, dès le lendemain, Dulhut donnait-il un festin dans la même cabane dans l’intention de rasséréner Kinongé qui avait « le mal de cœur » à l’idée que des arrêts de mort avaient été prononcés sous son toit. Quelque dix ans plus tard, en 1695, le chef Kinongé se rendait à Montréal à la conférence des Indiens des régions des lacs supérieurs. Buade* de Frontenac espérait rétablir la paix entre les Outaouais et les Sioux car l’état de guerre entre ces tribus nuisait au commerce des fourrures. Il leur proposa de tourner contre les Iroquois leurs énergies belliqueuses et leur promit troupes, armes et approvisionnements. Cette offre ne manqua pas de plaire à Kinongé qui répondit : « toute notre jeunesse est en guerre, ils seront bien aises d’en trouver à leur retour pour la continuer. »

Kinongé eut un rôle à jouer dans l’affaire Le Pesant, en 1706. Les Outaouais de Michillimakinac n’avaient pas pris part à l’attaque contre Détroit en août 1706. Kinongé et d’autres Indiens en apportèrent l’assurance au gouverneur Rigaud de Vaudreuil qui reconnu t qu’ils étaient à l’abri de tout soupçon et loua la fidélité de Kinongé mais qui exigea, pour Le Pesant, un châtiment exemplaire. En ce même mois d’août, Vaudreuil refusa aux Iroquois la permission d’attaquer Michillimakinac, proclamant l’innocence de ces Outaouais. Une fois de plus, il souligna la loyauté de Kinongé.

En juin 1707, le gouverneur convoqua les chefs outaouais à Montréal afin qu’ils lui fournissent de plus amples explications sur l’affaire Le Pesant. Il fit l’éloge de Kinongé qui était présent à la réunion, mais réserva un accueil plutôt froid à Outoutagan et aux autres chefs. Redoutant la puissance de Le Pesant, les chefs firent valoir les diffiicultés qu’ils auraient à s’en emparer. Vaudreuil répondit qu’il donnerait à Cadillac [Laumet] l’ordre de faire grâce à tous les Outaouais à l’exception de Le Pesant et il insista pour que ce dernier soit puni de mort. C’est le fidèle Kinongé qui se rendrait à Détroit, porteur des instructions à l’adresse de Cadillac.

À Détroit, au mois d’août, Cadillac informa les chefs outaouais, y compris Kinongé et Koutaoiliboe, qu’il refuserait désormais de traiter avec eux jusqu’à ce qu’on lui livre le coupable. Les autres chefs exercèrent de fortes pressions sur Kinongé, sachant qu’il appartenait au même clan que Le Pesant. On décida donc que Jean-Paul Legardeur de Saint-Pierre et les chefs outaouais se rendraient à Michillimakinac pour procéder à l’arrestation de Le Pesant et le ramener à Détroit. Ainsi fut fait. Mais plus tard, semble-t-il, Cadillac le laissa s’échapper. Tout au cours de cette affaire, Kinongé joua un rôle capital. Il fut un intermédiaire précieux entre Michillimakinac, Montréal et Détroit et on peut affirmer que, sans son aide, la capture de Le Pesant n’eût pas été aussi facile.

On trouve le nom de Kinongé dans une lettre que le père Joseph-Jacques Marest écrivit à Vaudreuil, de Michillimakinac en juin 1708, dans laquelle il blâmait sévèrement Cadillac d’avoir tenté d’attirer à Détroit ce qu’il restait d’Outaouais ; il faisait remarquer que Kinongé s’opposait à ce déplacement. En 1713, Kinongé (un chef Kiskakon selon Vaudreuil) était au nombre des Indiens de Michillimakinac qui vinrent demander à Vaudreuil d’envoyer La Porte de Louvigny leur prêter main-forte lors d’un raid contre les Renards.

Donald Chaput

AN, Col., C11A, 6, ff.222–253, 372ss ; 26, ff.75, 106ss, 138 ; 28, ff.165ss.— Capital punishment in Michigan, 1683 : Duluth at Michilimackinac, Michigan History (Lansing), L (1966) : 349–360.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1939–40 : 380–384, 387–405 ; 1947–48 : 229.— Découvertes et établissements des Français (Margry), VI : 49–57, 60ss.— JR (Thwaites), XLVIII : 117.— Michigan Pioneer Coll., XXXIII.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX, 594–632, 779–781.— Sheldon, Early History of Michigan.

Bibliographie générale

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Donald Chaput, « KINONGÉ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kinonge_2F.html.

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Auteur de l'article:   Donald Chaput
Titre de l'article:   KINONGÉ
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   19 septembre 2014