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LE MOYNE DE LONGUEUIL, MARIE-CHARLES-JOSEPH, baronne de LONGUEUIL (Grant), seigneuresse et philanthrope, née le 21 mars 1756 à Montréal, fille de Charles-Jacques Le Moyne de Longueuil, baron de Longueuil, et de Marie-Anne-Catherine Fleury Deschambault ; décédée le 17 février 1841 dans la même ville et inhumée six jours plus tard à Longueuil, Bas-Canada.

Fille posthume du troisième baron de Longueuil, porté disparu après la bataille du lac Saint-Sacrement (lac George, New York), Marie-Charles-Joseph Le Moyne de Longueuil est la sœur jumelle de Marie-Catherine-Joseph, qui mourra quelques mois après sa naissance. Durant sa tendre enfance, Marie-Charles-Joseph vit avec sa mère à l’Hôpital Général de Montréal. Son grand-père, Joseph Fleury* Deschambault, devient son tuteur et s’occupe de ses intérêts.

Peu après la mort de Charles-Jacques Le Moyne de Longueuil, Paul-Joseph Le Moyne* de Longueuil, frère de Charles*, deuxième baron de Longueuil, prétend que le titre de baron lui revient puisqu’il est le dernier descendant mâle du premier baron. L’affaire est portée devant les plus éminents juristes de Paris. Ceux-ci émettent entre 1771 et 1776 trois opinions toutes favorables à Marie-Charles-Joseph à qui le titre de quatrième baronne de Longueuil revient de plein droit. De 1774 à 1777, elle est en France avec sa mère pour y réclamer une pension en considération des services rendus par son père et les frères de celui-ci, et des pertes subies par sa famille durant la guerre de Sept Ans. Elle obtient pour un temps une pension de 300#.

À son retour dans la province de Québec, Marie-Charles-Joseph épouse le 7 mai 1781 David Alexander Grant, capitaine dans le 84th Foot et neveu de William Grant* qui, 11 ans plus tôt, avait épousé sa mère. Sans doute à cause des obligations militaires de son mari, elle réside d’abord à Québec où elle donne successivement naissance à trois fils, dont Charles William, futur cinquième baron de Longueuil. La famille s’établit ensuite au manoir de l’île Sainte-Hélène, près de Montréal. En 1791, le couple reçoit de William Grant les droits de banalité sur l’île Sainte-Hélène et la baronnie de Longueuil. La même année, Mme Grant accouche de Marie-Élisabeth, future seigneuresse de Pierreville et de Belœil.

Le 20 mars 1806, Mme Grant se retrouve veuve. L’inventaire des biens de la communauté révèle que la fortune de la famille est basée sur la propriété foncière : la baronnie de Longueuil, les seigneuries de Belœil et de Pierreville, 36 400 acres de terre dans les cantons d’Upton, de Roxton, de Barford et de Hereford, dans le Bas-Canada, ainsi que la moitié de Wolfe Island, près de Kingston, dans le Haut-Canada, soit 26 000 acres de terre. Peu après, Mme Grant doit faire face à plusieurs poursuites judiciaires intentées par les censitaires de la baronnie parce que son mari a vendu plutôt que concédé des terres à bois, ce qui allait à l’encontre des règles du régime seigneurial.

Dès 1819, Mme Grant s’installe en permanence à Montréal, rue Sainte-Marie (rue Notre-Dame). Elle possède également une résidence à Longueuil, rue Charlotte. En 1823, elle participe à l’essor économique de Longueuil en y faisant construire un moulin à vapeur qui sert à carder et à moudre. En 1829, elle remet à son fils aîné, Charles William, la moitié de la baronnie de Longueuil pour laquelle celui-ci rend foi et hommage. Par la suite, comme la population du village de Longueuil augmente rapidement, elle fait diviser en 1835 une partie du domaine en lots et préparer un plan de rues par l’arpenteur Joseph Weilbrenner.

Mme Grant est reconnue comme une femme pieuse et charitable. Dès 1809, elle cède une partie de l’emplacement du vieux fort qui tombe en ruine pour la construction d’une nouvelle église à Longueuil. En 1812, elle donne au curé Augustin Chaboillez* un terrain situé près de l’église et sur lequel celui-ci se fera construire une grande maison. Elle lui cède encore, en 1815, un terrain à l’arrière de l’église pour l’agrandissement du cimetière. En 1821, elle souscrit à la Société de Québec des émigrés. La baronnie de Longueuil connaît à cette époque une expansion du côté du village de Dorchester, qui deviendra plus tard la ville de Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu). En 1826, Mme Grant donne un terrain qui servira à l’érection d’une église [V. Gabriel Marchand*]. Elle accepte, en 1827, la présidence de l’Association des dames de la charité, œuvre fondée par Angélique Blondeau, veuve de Gabriel Cotté*. En 1832, durant la terrible épidémie de choléra, un groupe de dames pieuses, sous l’inspiration de Mme Cotté, met sur pied l’Orphelinat catholique de Montréal dont Mme Grant est aussi nommée présidente. Elle cumulera ces deux fonctions jusqu’à sa mort.

Marie-Charles-Joseph Le Moyne de Longueuil est la dernière descendante française en titre de la famille Le Moyne de Longueuil au Canada. Tout comme sa mère, par son mariage elle permet aux nouveaux maîtres du Bas-Canada de s’introduire dans les rangs de la noblesse canadienne. Avec sa disparition, la baronnie de Longueuil passe définitivement aux mains de la nouvelle aristocratie britannique. L’abolition du régime seigneurial est proche.

Louis Lemoine

Un portrait de Marie-Charles-Joseph Le Moyne de Longueuil a été reproduit à la page 24 de l’ouvrage de Marie-Claire Daveluy cité plus bas.

ANQ-M, CE1-12, 23 févr. 1841 ; CEl–51, 21 mars 1756 ; CN1-74, 31 mai–16 oct. 1806.— ANQ-Q, CE1-61, 7 mai 1781 ; CN1-25, 5 mai 1781.— APC, MG 24, L3.— Arch. du diocèse de Saint-Jean-de-Québec (Longueuil, Québec), 7A/49, 67 ; 12A/25 ; 14A/19, 28.— Arch. nationales (Paris), Fonds des Colonies, B, 149 : fos 369, 432  1/2 ; 161 : fo 76.— ASN, AP-G, L.-É. Bois, G, 12 : 222.— ASQ, Fonds Viger-Verreau, Sér. O, 0176 : 3–5, 22–39 ; 0178 : 14–18.— BVM-G, Fonds baronnie de Longueuil, pièces 1–508.— « Les Grant de Longueuil », J.-J. Lefebvre, édit., ANQ Rapport, 1953–1955 : 123–184.— La Gazette de Québec, 26 nov. 1821, 15 juill. 1822.— F.-J. Audet et Fabre Surveyer, les Députés au premier Parl. du B.-C., 239–240.— F.-M. Bibaud, le Panthéon canadien (A. et V. Bibaud ; 1891).— Montreal directory, 1819–1820.— P.-G. Roy, Inv. concessions, 2 : 64 ; 4 : 82, 84.— Auguste Achintre et J.-A. Crevier, l’Île Sainte-Hélène : passé, présent et avenir ; géologie, paléontologie, flore et faune (Montréal, 1876), 10–12.— M.-C. Daveluy, l’Orphelinat catholique de Montréal (18321932) (Montréal, 1933), 303–304.— Alexandre Jodoin et J.-L. Vincent, Histoire de Longueuil et de la famille de Longueuil [...] (Montréal, 1889).— Robert Rumilly, Histoire de Longueuil (Longueuil, 1974).— T. Beauchesne, « les Barons de Longueuil », Nova Francia (Paris), 4 (1929) : 311–315, 362–367.— Odette Lebrun, « Épouses des LeMoyne : les baronnes de Longueuil », Soc. d’hist. de Longueuil, Cahier (Longueuil), 2 (1973) : 3–10.

Bibliographie générale

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Louis Lemoine, « LE MOYNE DE LONGUEUIL, MARIE-CHARLES-JOSEPH, baronne de LONGUEUIL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_moyne_de_longueuil_marie_charles_joseph_7F.html.

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Auteur de l'article:   Louis Lemoine
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   20 avril 2014