DCB/DBC Mobile beta
+

Nouvelles du DBC/DCB

Nouvelles biographies

Biographies modifiées

Biographie du jour

ARTHUR, SIR GEORGE – Volume VIII (1851-1860)

décédé le 19 septembre 1854 à Londres

La Confédération

Le gouvernement responsable

Sir John Alexander Macdonald

De la colonie de la Rivière-Rouge au Manitoba (1812–1870)

Sir Wilfrid Laurier

Sir George-Étienne Cartier

Sports et sportifs

Les fenians

Les femmes dans le DBC/DCB

Les conférences de Charlottetown et de Québec en 1864

Les textes introductifs du DBC/DCB

Les Acadiens

Module éducatif

La guerre de 1812

Les premiers ministres du Canada en temps de guerre

La Première Guerre mondiale

Lemieux, sir François-Xavier (baptisé François-Xavier-Ferdinand), avocat, homme politique et juge, né le 9 avril 1851 à Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy (Lévis, Québec), fils d’Antoine Lemieux, cultivateur, et d’Henriette Lagueux ; le 4 février 1874, il épousa dans la paroisse Notre-Dame de Québec Marie-Aurélie-Diane Plamondon (décédée le 14 janvier 1933), et ils eurent 12 enfants ; décédé le 18 juillet 1933 dans la paroisse Saint-Cœur-de-Marie, Québec, et inhumé trois jours plus tard au cimetière Notre-Dame de Belmont, Sainte-Foy (Québec).

François-Xavier Lemieux est un descendant de l’ancienne souche de Lemieux établie à la Pointe-Lévy (Lévis) au milieu du xviie siècle. À son baptême, il reçoit les deux prénoms de son oncle et parrain, François-Xavier Lemieux* (souvent simplement prénommé François). Avocat et homme politique de Lévis, ce dernier – qui meurt célibataire en 1864 – assume les frais d’éducation de son neveu. Après avoir fréquenté l’école du rang, le collège de Lévis (1861–1864) et le séminaire de Québec (1864–1869), le jeune Lemieux étudie le droit à l’université Laval de Québec (1869–1872), puis fait son stage de droit au bureau de Gilbert Larue. Bachelier en droit, il est admis au Barreau de la province de Québec le 24 juillet 1872. Il pratique ensuite comme avocat à Québec et fait ses preuves en droit criminel ; en 1878, par exemple, il assure la défense de George Bartley, suspecté du meurtre du sergent Lazare Doré, et obtient l’acquittement.

Au cours de ses études en droit, Lemieux s’est initié aux débats publics en participant à un parlement universitaire, sorte de parlement modèle. Puis, dans la lignée de son défunt oncle et sous l’influence de son beau-père, Marc-Aurèle Plamondon*, il s’engage en politique au sein du Parti libéral provincial. Il fréquente assidûment les cercles libéraux de Québec et participe, au printemps de 1880, à la fondation du Club de réforme – le cénacle des libéraux situé rue de la Fabrique (côte de la Fabrique), dont les activités cessent en 1882 – et de son organe intitulé le Libéral. L’Électeur, dont le rouge trop prononcé lui attirera les foudres de l’épiscopat, puis le Soleil, qui adoptera un ton modéré tout en demeurant le journal officiel du Parti libéral, s’en porteront les héritiers, respectivement en 1880 et en 1896.

Aux élections provinciales de 1878, Lemieux a fait ses débuts en politique active comme candidat du Parti libéral dans Bonaventure. Le climat politique est alors plus favorable aux libéraux, l’Église ayant elle-même établi, par la voix du délégué apostolique George Conroy*, la différence entre le libéralisme doctrinaire, dont certains aspects s’opposent à la doctrine catholique, et le libéralisme politique, qui se veut simplement réformiste. Lemieux a donc bon espoir de sortir vainqueur de l’élection, mais il affronte Joseph-Israël Tarte*, conservateur et ultramontain redoutable. Défait, il tente de nouveau sa chance en 1882, cette fois au fédéral et pour la circonscription de Beauce. Il affronte Joseph Bolduc, Beauceron très engagé socialement dans la région et député conservateur depuis 1876. Il essuie une autre défaite.

Considérant ses chances meilleures dans sa région natale, Lemieux s’y présente en 1883, à l’occasion d’une élection partielle provinciale, contre Joseph-Edmond Roy*. Cet adversaire de taille appartient à une vieille famille lévisienne très influente au sein du Parti conservateur. C’est sur le terrain mouvant des griefs de l’opposition que Lemieux bâtit son programme électoral. Il s’en prend au gouvernement conservateur et au premier ministre Joseph-Alfred Mousseau*, à qui il ne reconnaît ni l’agressivité ni l’autorité pour diriger une province qui, après le grenouillage politique qu’a causé la vente du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental par le gouvernement de Joseph-Adolphe Chapleau*, se trouve en état de crise. La transaction a même été source de mécontentement au Parti conservateur. Montréal se trouvant favorisé, l’opinion s’est particulièrement soulevée dans les régions de Trois-Rivières et de Québec. S’est alors formé, au Parti conservateur, le camp des castors [V. Louis-Adélard Senécal* ; François-Xavier-Anselme Trudel*], opposé à l’aliénation d’un bien jugé national. Compromis, Chapleau a dû quitter le gouvernement de la province en 1882. Mousseau est alors devenu premier ministre, changement qui n’a rien arrangé. Les castors font la vie dure à Mousseau et à son gouvernement. Dans ces circonstances, Lemieux use de stratégie politique et profite des frictions internes et du morcellement du Parti conservateur. En réunissant à son avantage les votes des libéraux et ceux des castors qui rongent et divisent le gouvernement Mousseau, il remporte la victoire contre Roy avec une majorité de 36 voix. Dans la Patrie du 17 novembre 1883, on peut lire : « Aujourd’hui, il a l’honneur de remporter une victoire glorieuse qui en vaut des centaines comme celles qu’il aurait dû remporter à Bonaventure et à Beauce. Pour attendre il a beaucoup gagné. »

Victoire plus que triomphe, l’entrée de Lemieux à l’Assemblée législative a cependant une grande portée politique en révélant que Mousseau n’a plus la pleine confiance de son parti. Comme le rapporte l’Électeur du 17 novembre : « Il faut bien l’admettre, la défaite de M. Roy est un coup mortel porté au gouvernement, qui comptait bien obtenir dans Lévis un triomphe facile et y faire élire son candidat sans difficulté. » Cédant à la pression, Mousseau abandonne la politique, en janvier 1884, pour devenir juge de la Cour supérieure et laisse à John Jones Ross*, conservateur de droite, la responsabilité de redorer le gouvernement. Après sa victoire, Lemieux reçoit, du chef du Parti libéral fédéral, Edward Blake*, une invitation à se présenter à la Chambre des communes. Il ne songe toutefois pas à quitter l’arène provinciale et voit son mandat renouvelé aux élections générales de 1886, qu’il gagne de nouveau contre Roy.

Entre-temps, en 1885, Lemieux a été l’avocat criminaliste de langue française qui a assuré, avec James Naismith Greenshields et Charles Fitzpatrick*, la défense de Louis Riel*, accusé de haute trahison. Le choix de Lemieux s’explique par son lien de parenté avec Jean-Baptiste-Romuald Fiset (les deux hommes ont épousé des cousines), ancien compagnon de collège et ami personnel de Riel. Fiset fait le lien entre l’Association nationale pour la défense des prisonniers métis et l’accusé. De plus, Lemieux a alors à son actif de grands succès aux assises judiciaires de Québec, et est connu pour aimer les défis et les causes à retentissement. Il vient de remporter une grande victoire en sauvant Louis Sougraine de la potence, sans aucun témoin et par son seul jeu sur les sentiments et les passions du jury, affaire à laquelle Pamphile Le May* a d’ailleurs consacré un roman en 1884.

Au cours du procès de Riel, Lemieux écrit à sa femme de Regina : « Nous avons vu le fameux Louis Riel, il y a un instant […] C’était une affaire solennelle que la rencontre de cet homme, prisonnier d’État, et qui a joué un rôle si important dans son pays. » Les avocats de Riel plaident l’aliénation mentale, ce qu’aurait pu confirmer l’attitude de l’accusé au procès, mais, le 1er août 1885, le jury rend un verdict de culpabilité. Le juge Hugh Richardson* prononce alors la sentence de mort et Riel est pendu le 16 novembre suivant. Selon Lemieux, la cause était jugée avant même l’ouverture du procès. En participant à l’une des affaires judiciaires les plus célèbres de l’histoire canadienne, Lemieux gagne cependant des points auprès d’Honoré Mercier* et des libéraux nationaux [V. sir Wilfrid Laurier*], et acquiert du prestige au Québec, province alors sympathique à Riel.

Malgré les attentes de Lemieux, Mercier, assermenté premier ministre de la province de Québec le 29 janvier 1887, n’en fait pas l’un de ses ministres. Idéologiquement, les deux hommes ne sont pas entièrement d’accord. Mercier affiche un fort penchant pour l’autonomie provinciale : il interroge l’esprit de la Confédération et déplore la politique centralisatrice du gouvernement fédéral. En 1887, il convoque même, à Québec, une conférence interprovinciale – la première de l’histoire du pays depuis la Confédération – sur l’étude de ces questions. Pour sa part, Lemieux demeure un franc libéral, à l’instar de Laurier. Il ne songe pas à se plaindre de la tutelle fédérale, ni du paternalisme de certains députés fédéraux de Montréal.

En 1890, Lemieux se présente de nouveau dans Lévis, cette fois contre Angus Baker, conservateur peu connu. Il est élu, mais n’accède pas au cabinet de Mercier. Déçu, il s’éloigne du groupe des nationaux et refuse de se présenter aux élections de mars 1892, provoquées par la destitution, le 16 décembre 1891, de Mercier, compromis dans le scandale de la baie des Chaleurs. Par une coïncidence étonnante, le trio Greenshields, Fitzpatrick et Lemieux se reforme. Lemieux assure la défense de Mercier qui est exonéré de toute conspiration. Ce dernier remercie son avocat en ces termes : « Vous avez été éloquent et habile, mais, par-dessus tout, vous avez été un véritable ami. » Mercier sort vieilli et brisé de ce procès ; il meurt prématurément le 30 octobre 1894. Lemieux est alors sollicité pour prendre la relève de Mercier dans Bonaventure. Il hésite, s’étant dissocié des nationaux en 1892, mais il cède et est élu à l’élection partielle de décembre 1894. Aux élections provinciales de mai 1897, il est élu dans Bonaventure et Lévis. Malgré cette double victoire, il démissionne de ses fonctions de député à la suite de sa nomination comme juge de la Cour supérieure pour le district d’Arthabaska le 13 novembre 1897.

Si la carrière politique de Lemieux n’a sans doute pas été à la hauteur de ses ambitions, sa carrière juridique, qui l’a notamment mené à assurer la défense de Riel et de Mercier, a été beaucoup plus fructueuse. Comme l’a écrit Tarte en 1892 : « La liste de ceux qu’il a sauvés de la prison ou de l’échafaud est longue ! » Lemieux est élu bâtonnier du barreau de Québec en 1896 et en 1897, et bâtonnier général de la province de Québec en 1897. À titre de juge de la Cour supérieure, il succède à son beau-père, qui se retire à la demande de Laurier. Lemieux est muté au district de Saint-François en 1898, puis à celui de Québec en 1906. Il devient, en 1911, juge en chef suppléant de la Cour supérieure et, en 1915, juge en chef titulaire. Relevant du gouvernement conservateur de sir Robert Laird Borden, cette prestigieuse nomination illustre la solide notoriété qu’a acquise Lemieux, fidèle libéral, dans le domaine juridique.

À la Cour supérieure – tribunal de droit commun au Québec saisi, en première instance, de tous les litiges ne relevant pas spécifiquement d’un autre tribunal –, le juge Lemieux entend des causes de natures diverses. Par exemple, il fait autorité sur la question – fort discutée dans les milieux ecclésiastique et juridique à la suite du jugement de John Sprott Archibald en mars 1901 [V. Paul Bruchési] – de la validité juridique du mariage catholique clandestin. Dans son jugement de la cause Durocher c. Degré rendu en Cour de révision le 17 mai 1901, il déclare que « si la religion que nous professons nous oblige de faire célébrer notre mariage devant notre curé, et si elle nous défend de le contracter devant tout autre fonctionnaire, il faudra donc nous soumettre à ces prescriptions ». Le juge Lemieux préside également plusieurs procès pour meurtre, crime alors passible de la peine de mort. Il met son expertise juridique au service de la cause de la tempérance, à laquelle il consacre un ouvrage en 1910, ainsi que des articles et des conférences.

Lemieux a reçu des honneurs et occupé des fonctions prestigieuses. Il obtient deux doctorats en droit honoris causa, l’un de l’université Laval, en juin 1900, et l’autre du Bishop’s College de Lennoxville (Sherbrooke), en mai 1929. Il est nommé membre du Conseil de l’instruction publique en 1911. Créé commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en juin 1914, il reçoit, du roi George V, le titre de chevalier en janvier 1915. Il agit comme administrateur de la province de Québec en 1925 et 1927, pendant le mandat du lieutenant-gouverneur Narcisse Pérodeau.

Le juge sir François-Xavier Lemieux meurt en fonction le 18 juillet 1933. Il a davantage brillé comme avocat criminaliste que comme politicien avant d’accéder à la magistrature, où il a rempli grandement une tâche noble, sous la mouvance d’une ardeur et d’un esprit de travail que l’insuccès politique n’a pas ébranlés.

Andrée Désilets

À titre de juge, François-Xavier Lemieux a laissé plusieurs écrits, dont le Mariage clandestin des catholiques devant la loi du pays […] (Montréal, 1901), qu’il a publié en collaboration avec É.-J. Auclair. À la cause de la tempérance, il a consacré l’ouvrage Sobre et Riche (Québec, 1910), le discours intitulé « l’Alcool et les Annales judiciaires » et paru dans Premier Congrès de tempérance du diocèse de Québec, 1910 : compte rendu (Québec, 1911) : 212–222, ainsi que des articles, dont « Un fait historique », la Rev. populaire (Montréal), 5 (1912), no 6 : 126.

Arch. privées, Andrée Désilets (Sherbrooke, Québec), Fonds M.-A. Plamondon et F.-X. Lemieux, Corr., discours et coupures de journaux.— BAnQ-Q, CE301-S1, 4 févr. 1874 ; 16 janv., 21 juill. 1933 ; CE301-S19, 11 avril 1851 ; P145.— Le Devoir, 18, 21 juill. 1933.— Le Monde illustré (Montréal), 17 juill. 1897.— Andrée Désilets, « Une figure politique du xixe siècle, François-Xavier Lemieux », RHAF, 20 (1966–1967) : 572–599 ; 21 (1967–1968) : 243–267 ; 22 (1968–1969) : 223–255 ; « Une figure politique du xixe siècle, François-Xavier Lemieux » (mémoire de d.e.s., univ. Laval, 1964).— Lorraine Gadoury et Antonio Lechasseur, les Condamnés/es à la peine de mort au Canada, 1867–1976 : un répertoire des dossiers individuels conservés dans le fonds du ministère de la Justice ([Ottawa], 1994).— P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec (Lévis, Québec, 1936 [i.e. 1937]) ; les Juges de la province de Québec.— J.-I. Tarte, 1892, procès Mercier : les causes qui l’ont provoqué, quelques faits pour l’histoire (Montréal, 1892).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Andrée Désilets, « LEMIEUX, sir FRANÇOIS-XAVIER (baptisé François-Xavier-Ferdinand) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 sept. 2020, http://www.biographi.ca/fr/bio/lemieux_francois_xavier_16F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique


Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/lemieux_francois_xavier_16F.html
Auteur de l'article:    Andrée Désilets
Titre de l'article:    LEMIEUX, sir FRANÇOIS-XAVIER (baptisé François-Xavier-Ferdinand)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2020
Année de la révision:    2020
Date de consultation:    19 septembre 2020