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LEMIEUX, FRANÇOIS-XAVIER, avocat et homme politique, né à Lévis, Bas-Canada, le 9 février 1811, fils de Gabriel Lemieux et de Judith Bonneville, décédé dans sa ville natale le 16 mai 1864.

En 1647, Gabriel Lemieux de Rouen, en Normandie, émigra à Québec avec son frère utérin, Pierre. En 1655, il reçoit du grand sénéchal Jean de Lauson* des titres de propriété sur une terre de 3 arpents de front sur le fleuve et de 40 arpents de profondeur. C’est de cette ancienne souche de Lemieux, établie à Pointe-Lévi (Lévis, Lauzon), que descend François-Xavier Lemieux.

Après ses études au séminaire de Québec, Lemieux fait son droit au bureau du futur juge Jean-Baptiste-Édouard Bacquet. Il est reçu au barreau le 1er avril 1839 et pratiquera dès lors à Québec, partageant son temps entre le droit et la politique. Sa carrière politique s’ouvre le 12 juillet 1847, alors qu’il devient le représentant du comté de Dorchester à la chambre d’Assemblée du Canada-Uni. Son adversaire étant Elzéar-Henri Juchereau* Duchesnay de Sainte-Marie-de-la-Beauce, réformiste comme lui, sa victoire n’est pas celle d’opinions politiques mais celle du bas du comté (Lauzon) sur le haut du comté (Beauce) et sans doute celle d’une économie en voie d’industrialisation sur la tradition agricole. Jusqu’à la dissolution du gouvernement de Henry Sherwood* et de Denis-Benjamin Papineau*, le 7 décembre suivant, Lemieux siège dans la plus forte opposition depuis l’Union. Il appuie le manifeste du Comité constitutionnel de la réforme et du progrès [V. René-Édouard Caron*], qui est lancé le 8 novembre 1847 et dont Louis-Hippolyte La Fontaine reprend les principes fondamentaux dans son programme politique de 1848.

Dans le gouvernement de La Fontaine et de Robert Baldwin*, Lemieux se fait « l’organisateur en chef, tant au Parlement que dans toutes les campagnes », du mouvement en faveur de l’abolition de la tenure seigneuriale. Membre de la commission formée à cette fin en 1851, il est, avec Lewis Thomas Drummond*, l’auteur du premier projet de loi qui est rejeté en chambre en 1852, mais qui sera le schéma de base de la loi de 1854. Il est aussi intimement mêlé à la reconnaissance juridique du Grand Tronc du Canada et à la construction des tronçons reliant Lévis à Richmond et à Rivière-du-Loup.

En 1854, quand on détache le nouveau comté de Lévis des comtés de Dorchester et de Beauce, Lemieux y est élu sans concurrent. Comme il est « du bois dont on fait les ministres » et qu’il s’est distingué par son activité parlementaire durant les dernières sessions, il devient, le 27 janvier 1855, commissaire des Travaux publics dans le cabinet d’Ahan Napier MacNab et d’Étienne-Paschal Taché. Il occupe encore cette charge dans le ministère de Taché et de John Alexander Macdonald*, du 24 mai 1856 au 25 novembre 1857. Quand la retraite de Taché amène la dissolution du cabinet Taché-Macdonald, Lemieux reste à l’écart du nouveau ministère de Macdonald et de George-Étienne Cartier*. Il semble qu’il s’agisse, pour lui, comme pour Joseph-Édouard Cauchon* et Drummond, d’une retraite volontaire et non d’un évincement, bien qu’à cette occasion Cartier sacrifie des hommes de son parti pour tenter une réconciliation de tous les groupes politiques, même les plus radicaux. En effet, aux élections de décembre 1857, Lemieux est élu sous l’étiquette libérale-conservatrice et, à la session suivante, il vote en ce sens. Cependant, Lemieux ne se sent pas lié au parti libéral-conservateur et il entre, comme receveur général, dans « le gouvernement de quarante-huit heures » de George Brown* et d’Antoine-Aimé Dorion*, le 2 août 1858. Dès lors, son appui est acquis à l’aile libérale modérée que dirige Louis-Victor Si cotte* et, aux élections de 1861, il est défait par son ancien adversaire libéral, Joseph-Goderic Blanchet*, qui vient de se rallier au parti libéral-conservateur. Alors que les libéraux modérés enregistrent un progrès dans la région de Québec, cette défaite montre bien que Lévis reste fidèle à un parti, quitte à renier son vieux représentant depuis 15 ans, et que les lignes des partis finissent par s’affermir sept ans après l’union officielle des conservateurs et des réformistes modérés des deux Canadas, dans la célèbre coalition de Francis Hincks* et d’Augustin-Norbert Morin.

Le 15 septembre 1862, Lemieux est élu sans concurrent au Conseil législatif pour la division de La Durantaye ; le 1er mai suivant, on le nomme bâtonnier du Barreau de Québec. Mais ses forces physiques déclinent, et, le 16 mai 1864, il meurt à Lévis. Dans l’histoire politique de l’Union, alors que les partis politiques avaient une existence précaire, Lemieux fut un des hommes qui forcèrent le parti de l’opposition à répudier son radicalisme et qui marquèrent la transition entre le parti « rouge » de Louis-Joseph Papineau* et le parti proprement libéral de Wilfrid Laurier*.

Andrée Désilets

Canada, prov. du, Assemblée législative, Troisième rapport et délibérations du comité spécial de l’Assemblée législative [...] au sujet de la tenure seigneuriale (Québec, 1851).— Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 3 août 1858.— Le Courrier du Canada, 1847–1864.— Le Journal de Québec, 1847–1864.— La Minerve, 1847–1864.— Montreal Gazette, 13 juill. 1861.— Quebec Mercury, 3 août 1858.— CPC, 1864.— Desjardins, Guide parlementaire.— Le Jeune, Dictionnaire.— Bernard, Les Rouges, 149, 191.— Chapais, Hist. du Canada, VII, VIII.— Cornell, Alignment of political groups, 108.— P.-G. Roy, L’église paroissiale de Notre-Dame de la Victoire de Lévis ; notes et souvenirs (Lévis, Québec, 1912) ; Glanures lévisiennes (4 vol., Lévis, 1920–1922), IV ; Profils lévisiens (2 séries, Lévis, 1948), 1re sér. : 65.— L.-P. Turcotte, Canada sous l’Union, II : 322.— Andrée Désilets, Une figure politique du XIXe siècle, François-Xavier Lemieux, RHAF, XX (1966–1967) : 572–599 ; XXI (1967–1968) : 243–267 ; XXII (1968–1969) : 223–255.— Lucien Serre, La plus ancienne souche des Lemieux, BRH, XXXIV (1928) : 112–116.

Bibliographie générale

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Andrée Désilets, « LEMIEUX, FRANÇOIS-XAVIER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lemieux_francois_xavier_9F.html.

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Auteur de l'article:   Andrée Désilets
Titre de l'article:   LEMIEUX, FRANÇOIS-XAVIER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   28 juillet 2014