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MacPHERSON, ISABEL ECCLESTONE (Mackay), écrivaine, née le 24 novembre 1875 à Woodstock, Ontario, troisième fille de Donald MacLeod MacPherson, marbrier, et de Priscilla Eliza Ecclestone ; le 22 avril 1895, elle épousa dans cette ville Peter John Mackay, et ils eurent trois filles ; décédée le 15 août 1928 à Vancouver.

Connue pour son tempérament chaleureux et son ambition, Isabel (Belle) MacPherson grandit dans la communauté écossaise du comté d’Oxford, en Ontario, où elle gagna des prix à des concours de danses écossaises. Elle étudia au Woodstock Collegiate Institute et fit paraître ses premiers textes dans des publications scolaires. À 15 ans, elle commença à publier des poèmes et des nouvelles dans des journaux et magazines canadiens. De 1890 à 1900, sous le pseudonyme de Heather, elle collabora régulièrement au Daily Express de Woodstock. Miss Witterly’s China (Toronto, 1896), histoire parue dans un magazine puis rééditée sous forme d’opuscule pour la Woman’s Missionary Society de l’Église méthodiste, et Pansies for thoughts (1898), poèmes imprimés par la Woodstock Public Library, furent ses premiers livres. La présence de certains de ses vers dans une anthologie publiée à Toronto en 1900, Selections from Scottish Canadian poets, et surtout la parution en 1904, chez l’éditeur torontois William Briggs, d’un recueil intitulé Between the lights, lui permirent d’élargir son auditoire. Elle avait déjà une solide réputation lorsqu’elle reçut, en 1907 puis en 1910, le prix du Globe de Toronto pour le meilleur poème sur un sujet tiré de l’histoire du Canada.

Son mariage en 1895, la naissance de ses enfants en 1902 et en 1904, puis son installation à Vancouver avec sa famille en 1909 par suite de la nomination de Peter John Mackay au poste de greffier en chef (sténographe) de la Cour suprême de la Colombie-Britannique ne ralentirent pas la carrière d’Isabel Ecclestone MacPherson Mackay. Avec ses revenus d’auteure, elle payait une domestique et pouvait ainsi se consacrer à ses activités littéraires. Ses filles, qui évoqueraient son enjouement et sa distraction, étaient les premières à entendre les multiples poèmes et histoires qu’elle composait pour des périodiques destinés à la jeunesse. La réédition d’un choix de ses poèmes à Toronto et à New York en 1918 sous le titre de The shining ship, and other verse for children confirma sa renommée de poète lyrique doté d’un bon sens du rythme. En 1930, on qualifierait ce recueil de « classique canadien » ; il est vrai que, en 1918, un critique américain le compara à du Robert Louis Stevenson qui aurait « boité en traînant de la patte ». Cette poésie sur l’enfance a bénéficié d’une popularité plus durable que le reste de son œuvre ; jusqu’en 1967, des manuels scolaires en ont contenu des échantillons.

Comme elle l’avait prédit dans le Canadian Bookman de Toronto en avril 1909, s’établir à Vancouver eut « un effet stimulant » sur Isabel Mackay. Avec « Thin ice », paru en feuilleton cette année-là dans un autre périodique torontois, le Canadian Courier, elle passait à de plus longs textes de fiction. La prose, ferait-elle observer plus tard, « est une bonne gymnastique pour l’esprit et ne dépend pas d’un moment d’exaltation mentale ». Son cercle littéraire s’agrandissait grâce au Canadian Women’s Press Club, une des organisations principales des féministes de la première vague. Présidente fondatrice de la section vancouvéroise de ce club en 1910, elle fut vice-présidente de la section de la Colombie-Britannique et de l'Alberta de 1913 à 1916. À l’époque, le journalisme et la littérature étaient les professions les plus prisées par la « femme nouvelle », qui revendiquait l’égalité dans la sphère publique. Chez Mme Mackay, le féminisme se manifesta discrètement : par une recension du classique d’Olive Schreiner, Women and labour, dans l’hebdomadaire féminin Chronicle en mars 1912 ou par une remarque isolée à propos du vote des femmes dans un dialogue de son roman The window gazer (Toronto et New York, 1921). Cependant, ses œuvres de fiction, qui étudient la dynamique psychologique du pouvoir dans les relations familiales et autres, dénotent une conscience féministe.

Par l’entremise de son cercle littéraire, Isabel Ecclestone MacPherson Mackay devint l’amie intime de deux des poètes les plus éminentes de sa génération, Emily Pauline Johnson* et Marjorie Lowry Christie Pickthall. Elle leur prodigua des soins pendant les maladies qui leur seraient fatales et facilita la production de leurs derniers livres. En effet, elle participa à la gestion du fonds de fiducie constitué pour publier Legends of Vancouver en 1911 et subvenir ainsi aux besoins de Mlle Johnson ; c’est à son chalet d’été de la baie Boundary, au sud de Vancouver, que Mlle Pickthall composa The woodcarver’s wife […] (Toronto, 1922). Les seules réflexions d’Isabel Mackay qui portent expressément sur la poétique se trouvent d’ailleurs dans un texte consacré à Mlle Pickthall. Elle y décrit la poésie comme une évasion mystique hors des contraintes de la vie quotidienne, ce qui était l’un des poncifs du romantisme en vogue à l’ère victorienne. On ne doit pas oublier pour autant que, entre ces femmes de lettres, c’était le rire qui cimentait l’amitié. Emily Pauline Johnson avait « un grand sens de l'humour », a écrit Isabel Mackay, et cette qualité contribuait à équilibrer ses « différents héritages » : la tradition orale des Amérindiens, chargée d’émotion, et la sensibilité littéraire de la tradition européenne. Le modèle narratif employé par Mme Mackay dans Indian nights (Toronto, 1930) doit beaucoup au travail de « traduction » que Mlle Johnson avait accompli en transposant, dans des histoires anglaises, la méthode et le contenu de légendes amérindiennes.

Dans le courant de sa carrière, Isabel Mackay elle-même fut réputée pour son humour, ainsi que pour son « tour d’esprit philosophique » et pour une « note de désir ardent » que venait tempérer la « représentation concrète des sensations ». Ces traits sont manifestes dans Fires of driftwood, recueil inspiré par les feux de camp de la baie Boundary et publié à Toronto en 1922. Le poème qui a donné son titre au livre – une des rares expériences de Mme Mackay avec le vers libre – et l’élégie finale révèlent l’influence de Marjorie Lowry Christie Pickthall. En 1942, dans la seule étude critique qui a été faite de l’œuvre d’Isabel Mackay, Louis Dudek disait percevoir, dans le poème-titre, une « étrange saveur magique » qui aurait pu permettre à l’auteure de se « distinguer » si elle avait continué dans cette voie et pu soutenir une émotion ou si elle était parvenue, en accordant l’idée et la forme, à un rythme aussi subtil que celui de Fear, un autre de ses poèmes. Selon Dudek, la plus grande partie de sa poésie est gâchée par des envolées fantasques, une « personnification faible », un « symbolisme superficiel » et des rimes tintinnabulantes – caractéristiques que, en poète résolument imagiste, il rangeait parmi l’attirail de l’« éternel féminin ». En 1928 pourtant, donc en pleine période de nationalisme littéraire, l’auteur et historien Roderick George MacBeth* saluait en Mme Mackay, en Mlle Johnson et en Mlle Pickthall de « talentueuses filles du dominion » et les félicitait d’être restées au pays, contrairement à tant d’hommes de lettres. Néanmoins, la poésie d’Isabel Mackay présente surtout un intérêt historique. Elle ne possède ni l’« ardente sincérité » (termes employés par Mme Mackay) ni l’éclat dramatique de celle d’Emily Pauline Johnson, ni la maîtrise technique de celle de Marjorie Pickthall.

Les critiques de l’époque estimaient qu’Isabel Ecclestone MacPherson Mackay donnait sa pleine mesure en poésie, mais ils admettaient qu’elle était plus connue pour ses romans. Adaptés au goût du jour, ces derniers reçurent un accueil assez favorable. D’après le Daily Sentinel-Review de Woodstock, son premier roman, The house of windows (Londres et New York, 1912), était « un livre prometteur plutôt qu’une réussite totale ». L’histoire se passe dans un grand magasin, et l’auteure illustre, sous le mode du réalisme social, l’exploitation des ouvrières. L’Athenæum de Londres et le New York Times trouvèrent le sujet original et la mise en scène, vivante. Cependant, à cause d’une intrigue mélodramatique qui se termine par les fiançailles de trois couples, l’ensemble tourne au roman à l’eau de rose. L’amour triomphe de tout. Échaudée par une remarque du directeur littéraire Melvin Ormond Hammond – en 1908, dans une lettre de refus, il lui avait reproché ses « opinions anticonformistes » –, Isabel Mackay se plie aux convenances et donne satisfaction à un public avide de beaux sentiments. Up the hill and over (Toronto et New York, 1917), qui met en scène une famille exclusivement composée de femmes subsistant grâce à un seul maigre salaire, ne fit pas l’unanimité non plus. D’après le Canadian Courier, la « folie » était un sujet pour « ceux qui étudi[aient] la psychologie morbide » mais ne convenait pas dans un roman. Toutefois, le Times Literary Supplement de Londres parla du « portrait bien brossé d’une femme qui a cédé à la malédiction des drogues ». L’éclairage jeté par Isabel Mackay sur l’existence quotidienne d’une petite ville de l’Ontario rappelait, signala avec à-propos le Canadian Magazine, la « couleur locale » des romans et nouvelles de Mary Wilkins Freeman, écrivaine de la Nouvelle-Angleterre. Comme l’ont montré par la suite des critiques féministes, le régionalisme était alors un genre important dans la littérature féminine. D’une petite localité, Mme Mackay passa à la grande ville dans Mist of morning (Toronto et New York, 1919), où, contrairement à beaucoup de romanciers canadiens de l’époque, elle n’insistait pas sur l’immoralité de la vie urbaine. D’abord paru en feuilleton dans le Canadian Magazine, ce roman, de l’avis de John Daniel Logan et de Donald Graham French, est un « curieux » mélange de « roman d’imagination » et de « réalisme sentimental ». Centré sur un personnage qui nourrit de grands rêves et habite dans une maison de chambres à Toronto, il se termine à la veille de la Première Guerre mondiale, par des déclarations d’amour.

Dans ses deux romans suivants – qui furent bien reçus par la critique, quoique pour des raisons diverses –, Isabel Ecclestone MacPherson Mackay revenait au réalisme et à la couleur locale tout en montrant plus de finesse dans l’analyse psychologique. The window gazer décrit une étrange relation entre deux êtres : un professeur qui a été traumatisé par les bombardements pendant la guerre et qui étudie la psychologie des peuples primitifs, et une femme dont le père, violent, est un spécialiste du folklore amérindien qui habite dans une île près de Vancouver. Le Canadian Bookman nota que Mme Mackay avait fait des progrès dans la construction de l’intrigue et la caractérisation tandis que le Times Literary Supplement et la New York Times Book Review vantèrent l’art avec lequel, en maintenant « un climat humoristique », elle critiquait les convenances religieuses et sociales. Dans The window gazer comme dans Blencarrow (Toronto et Boston, 1926), Isabel Mackay mettait moins l’accent sur les bonnes mœurs que sur les états mentaux. Intéressée par les travaux de Sigmund Freud et de William James sur la psychologie, elle rassemblait, dans ses carnets, de la matière sur la folie et les maladies de la mémoire. Blencarrow – de l’avis général, son meilleur roman – fait l’anatomie des formes de l’amour en montrant les différences entre générations au moyen des expériences d’un groupe de garçons et de filles qui grandissent ensemble dans une petite ville assez semblable à Woodstock. À cela se greffe une intrigue secondaire, l’histoire des membres d’une famille déchue à cause du père, un alcoolique qui, par ses mauvais traitements, leur rend la vie insupportable. En abordant le thème de la violence familiale, Isabel Mackay était en avance sur son temps, mais les critiques canadiens, obnubilés par le nationalisme culturel, ne virent pas son modernisme et vantèrent plutôt la « profondeur » des personnages et l’« atmosphère » qu’elle avait su créer en dépeignant la petite ville. Pour eux, une œuvre de ce genre était la quintessence du « roman canadien »

Encouragée par l’activité qui régnait dans les milieux du théâtre amateur au Canada dans les années 1920, Isabel Mackay composa un certain nombre de pièces. Son talent pour le « dialogue plein de sève » contribua à son succès de dramaturge, comme à son succès de romancière, et elle remporta de nombreux prix. Au sujet de The last cache, pièce qui fut jouée pour la première fois au Hart House Theatre de Toronto le 16 mai 1927 et publiée à New York la même année, Lawrence Mason du Globe déclara que c’était une pièce « ingénieuse » et « une petite révélation bien lugubre sur la faiblesse humaine ». De nos jours, l’intrigue truffée de coïncidences et le caractère stéréotypé des personnages chinois et indiens troubleraient les spectateurs. The second lie (Toronto, 1926), qualifié de « négligeable » par l’historien de la littérature Michael Tait, est peut-être le meilleur écrit de Mme Mackay : le thème de la violence domestique y est traité de manière soutenue dans un dialogue bien structuré. Charles Vincent Massey*, qui y jouait le rôle du mari tyrannique en 1926, a écrit par la suite que c’était « une saynète à la manière du “Grand Guignol” », ce qui est fort juste. Quant à la comédie Goblin gold (New York, 1933), dans laquelle une famille dirigée par une veuve vivant dans un taudis urbain est sauvée de la pauvreté par un parent qui a découvert de l’or, elle valut à son auteure le prix du gouverneur général à titre posthume en 1929. De son vivant, Isabel Mackay avait déjà reçu des honneurs. En 1926, elle accéda à la présidence de la section britanno-colombienne de la Canadian Authors Association. Deux ans plus tard, elle gagna le prix de l’Imperial Order Daughters of the Empire pour une nouvelle intitulée « Initials only ». N’eût été sa mort, la nouvelle est un genre qu’elle aurait peut-être pratiqué davantage.

Des restes de puritanisme et de philistinisme empêchèrent Isabel Ecclestone MacPherson Mackay d’aborder en toute liberté dans son écriture des sujets modernes tels le malaise urbain et la sexualité. Écrivaine populaire, Mme Mackay se pliait aux lois du marché ; sa production, « intéressante sans être décadente », plaisait. Son œuvre est tombée dans l’oubli, mais, au début du xxe siècle, occupait une place de choix parmi un groupe dynamique de femmes de lettres. Morte d’un cancer en 1928 à l’âge de 52 ans, elle eut droit à une nécrologie en première page du Globe, signe que ses contemporains l’estimaient pour ses écrits et pour sa contribution à des sociétés littéraires.

Barbara Godard

La principale collection de papiers d’Isabel Mackay, dont ses publications, des coupures de journaux et des exemplaires ou des copies d’une grande partie de la documentation conservée dans d’autres archives, se retrouve dans la Lady Aberdeen coll. à la Univ. of Waterloo Library, Special Coll. Dept. (Waterloo, Ontario), WA 18. On trouve des lettres et manuscrits dans différents dépôts, notamment à l’Acadia Univ. Library, Esther Clark Wright Arch. (Wolfville, N.-É.), aux BCA, MS-2367 (I. E. Mackay papers), dans la Lorne and Edith Pierce Coll., Canadian Literary mss, Queen's Univ. Arch. (Kingston, Ontario), et à la Univ. of B.C. Library, Special Coll. et Univ. Arch. Div. (Vancouver), M399 (I. E. Mackay papers). Les actes de naissance et de mariage d’Isabel Mackay sont conservés aux AO, RG 80-2-0-69, nº 15412 et RG 80-5-0-227, nº 9376. Une longue liste de ses écrits publiés et non publiés a paru sous le titre Isabel Ecclestone Mackay bibliography, Susan Bellingham, compil. (Waterloo, 1987).

On trouve des notices biographiques sur Isabel Mackay dans divers ouvrages de référence, dont The Oxford companion to Canadian history and literature, Norah Story, édit. (Toronto, 1967), et le Dictionary of literary biography (207 vol. parus, Detroit, 1978–    ), 92 (Canadian writers, 1890–1920, W. H. New, édit.,1990)

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Barbara Godard, « MacPHERSON, ISABEL ECCLESTONE (Mackay) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/macpherson_isabel_ecclestone_15F.html.

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Auteur de l'article:   Barbara Godard
Titre de l'article:   MacPHERSON, ISABEL ECCLESTONE (Mackay)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   22 octobre 2014