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MAN (Mann), JAMES, éducateur et ministre méthodiste, né au début des années 1750 à New York ; décédé célibataire le 25 décembre 1820 à Cape Negro, Nouvelle-Écosse, et inhumé à Shelburne, Nouvelle-Écosse.

Même s’il vécut et prêcha en Nouvelle-Écosse de 1783 jusqu’à sa mort en 1820, James Man demeure un personnage assez insaisissable. D’ascendance hollandaise, il avait peut-être été luthérien dans sa jeunesse. Dans les années 1760, son frère John fut étroitement mêlé à la première vague de méthodisme à New York et y fut quelque temps ministre de l’église Wesley. De son côté, James fut l’assistant du révérend Charles Inglis, qui allait bientôt devenir le premier évêque anglican de la Nouvelle-Écosse. Apparemment, James Man devint méthodiste avant de quitter New York.

Comme bien d’autres méthodistes, les frères Man furent identifiés à la cause loyaliste pendant la guerre d’Indépendance américaine et immigrèrent en Nouvelle-Écosse en 1783. James Man ouvrit une école à Liverpool en 1785 ; Simeon Perkins, qui allait bientôt se lier d’amitié avec lui, nota le 9 janvier que « M. Mann, le maître d’école, a[voit] prononcé un sermon et des prières très acceptables devant la congrégation ». Un an plus tard, Man fut recruté comme novice pour le ministère méthodiste par le révérend Freeborn Garrettson, prédicateur américain que Thomas Coke et William Black* avaient persuadé en 1784 de venir en Nouvelle-Écosse.

Le méthodisme se développa spontanément en Nouvelle-Écosse, à peu près comme il l’avait fait plus tôt dans les Treize Colonies. William Black, premier prédicateur itinérant du mouvement et membre d’une famille de méthodistes du Yorkshire, demanda d’abord de l’aide à John Wesley, qui le pressa de s’adresser aux sociétés américaines. De 1784 à 1800, une vingtaine de missionnaires de la nouvelle Église méthodiste épiscopale travaillèrent avec Black, les frères Man et d’autres, mais en 1800 il ne restait plus que deux prédicateurs américains en Nouvelle-Ecosse. Black se tourna de nouveau vers la Conférence wesleyenne, en Angleterre, qui assumait la responsabilité des sociétés établies dans les provinces Maritimes. En 1818, lors de la constitution de la Général Wesleyan Methodist Missionary Society, ces provinces furent érigées en district missionnaire régulier et placées sous sa direction.

La carrière de James Man coïncida avec les années décisives de l’établissement du méthodisme dans les colonies de l’Atlantique. En 1786, il commença à parcourir la circonscription ecclésiastique de Barrington ; comme il le signala plus tard, la société gagna 50 membres au cours de sa première année de tournées. Ordonné avec Black et John Man à la conférence de l’Église méthodiste épiscopale à Philadelphie en 1789, il travailla jusqu’à sa mort dans les circonscriptions ecclésiastiques de Barrington, Cumberland, Liverpool, Halifax et Shelburne ainsi que dans celles de Sheffield et Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. C’est lui qui fit construire la première église méthodiste à Sackville, au Nouveau-Brunswick, et, en 1806, il présida l’inauguration d’une nouvelle église à Shelburne. En 1791–1792, il prêcha plusieurs mois à New York. Pendant une partie des années 1802 et 1803, il remplaça Black comme surintendant des sociétés de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Toutefois, Man considérait Shelburne comme son point d’attache, et, avant comme après sa retraite, en 1812, il fit la navette entre cette ville et d’autres régions pour obéir aux directives de ses confrères.

La forme de méthodisme que James Man contribua à implanter dans les Maritimes se distinguait par certaines caractéristiques. Tout comme en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les missionnaires étaient d’authentiques itinérants, et, chaque année, chacun d’eux était affecté pour la forme à une nouvelle circonscription. En réalité, cependant, les plus anciens en vinrent à former un groupe passablement stable, car ils étaient identifiés à des centres particuliers : Black à Halifax, John Man à Newport, en Nouvelle-Écosse, Duncan McColl* à St Stephen (St Stephen-Milltown, Nouveau-Brunswick) et James Man à Shelburne. Par conséquent, le méthodisme se consolida assurément dans ces régions, mais son organisation n’eut pas la même souplesse qu’ailleurs. En outre, même si Man et ses collègues étaient de fervents évangélistes, ils semblent avoir été plus mesurés que leurs homologues de l’Église méthodiste épiscopale. On a dit des sermons de Man qu’ils étaient « sobres, édifiants et ordinairement sans passion, [et qu’ils portaient] quelquefois sur l’amour du calvaire, mais plus souvent sur les terreurs de la loi ». Il partageait avec ses collègues missionnaires une antipathie profonde à l’égard de l’antinomianisme qui, aux yeux des méthodistes, caractérisait le mouvement New Light et ses successeurs baptistes [ V. Henry Alline*]. Ainsi, en 1796, il rapportait : « J’ai empêché Stephen Snow de faire des exhortations [...] Il est animé d’un grand enthousiasme et ne croit nullement à la perte de la grâce. » Un an plus tôt, il s’était inquiété en songeant que la société de Saint-Jean pourrait être « prise en charge » par des « novateurs antinomiens ». De plus, les frères Man croyaient que les méthodistes devaient être de loyaux sujets. C’est le loyalisme qui les avait menés en Nouvelle-Écosse. En 1795, Man faisait remarquer « cette ville [New York] n’est pas bien religieuse. La politique et les principes républicains rongent [la religion] dans bien des cœurs. » Plus tard, parlant des États-Unis, il allait s’exclamer : « Ah ! monsieur, un châtiment les attend ; n’en doutez point, un châtiment les attend. »

Physiquement, il semble que James Man était impressionnant. D’après une description, il était « bien bâti, [avait] le teint foncé, sui[voit] d’ordinaire l’ancienne coutume des « vêtements courts » et s’occup[ait] avec un soin scrupuleux des détails de sa tenue ». Cette allure imposante allait de pair avec sa forte personnalité. Remarqué à cause de sa droiture personnelle et de son zèle puritain – comme tant d’autres prédicateurs, il dénonçait souvent les bals et la danse –, Man croyait fermement qu’en tant que missionnaire méthodiste il lui incombait de sauver les gens de leur vilenie en prêchant les enseignements de Wesley sur le don gratuit de la grâce et la perfection chrétienne. Il parcourut sans relâche la Nouvelle-Écosse et la vallée de la Saint-Jean pour établir et faire croître des sociétés méthodistes animées des mêmes croyances. Il prononça son dernier sermon le jour de sa mort. Un de ses collègues prédicateurs, Winthrop Sargeant, dit de Man qu’« aucune frivolité ni gaieté n’apparaissaient dans ses rapports sociaux et que pourtant il était jovial et heureux ». Un autre prédicateur affirma : « Même les impies ne supporteraient aucune insinuation contre sa mémoire, mais combattraient en sa faveur. » La communauté méthodiste que Man avait contribué à fonder dans les provinces Maritimes allait se nourrir du souvenir de son zèle modéré et désintéressé.

G. S. French

School of Oriental and African Studies, Univ. of London (Londres), Council for World Mission Arch., Methodist Missionary Soc., Wesleyan Methodist Missionary Soc., Corr., Canada, 1800–1817 (infra aux United Church Arch., Central Arch. of the United Church of Canada, Toronto).— James Man, « Memoir of Mr John Man, missionary in Nova Scotia », Methodist Magazine (Londres), 41 (1818) : 641–646.— Methodist Magazine, 44 (1821) : 622s.— « The papers of Daniel Fidler, Methodist missionary in Nova Scotia and New Brunswick, 1792–1798 », G. [S.] French, édit., United Church of Canada, Committee on Arch., Bull. (Toronto), 12 (1959) : 3–18 ; 13 (1960) : 28–46 (les originaux de ces lettres se trouvent à la Drew Univ. Library (Madison. N.J.).— Perlons. Diary, 1780–89 (Harvey et Fergusson) ; Diary, 1790–96 (Fergusson) ; Diary, 1797–1803 (Fergusson).— Matthew Richey. A memoir of the late Rev. William Black, Wesleyan minister, Halifax, N.S., including an account of the rise and progress of Methodism in Nova Scotia [...] (Halifax, 1839).-G. H. Cornish. Cyclopædia of Methodism in Canada, containing historical, educational, and statistical information [...] (2 vol., Toronto et Halifax, 1881–1903).— E. A. Betts, Bishop Black and his preachers (2e éd., Sackville, N.-B., 1976).— S. D. Clark, Church and sect in Canada (Toronto. 1948).— G. G. Findlay et W. W. Holdsworth, The history of the Wesleyan Methodist Missionary Society (5 vol., Londres, 1921–1924), 1.— G. [S.] French, Parsons & politics : the rôle of the Wesleyan Methodists in Upper Canada and the Maritimes from 1780 to 1855 (Toronto, 1962).— T. W. Smith, History of the Methodist Church within the territories embraced in the late conférence of Eastern British America [...] (2 vol., Halifax, 1877–1890).

Bibliographie générale

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G. S. French, « MAN, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/man_james_5F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
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