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McEVAY, FERGUS PATRICK, prêtre et archevêque catholique, né le 8 décembre 1852 à Lindsay, Haut-Canada, fils de Michael McEvay et de Mary Lehane ; décédé le 10 mai 1911 à Toronto.

Nommé en l’honneur de Patrick McEvay, un grand-oncle prêtre, Fergus Patrick McEvay descendait d’Irlandais catholiques établis dans le centre du Haut-Canada avant les migrations provoquées par la famine de la fin des années 1840. Son père, marchand et fermier à Lindsay, mourut en 1855. Les McEvay s’installèrent ensuite plus à l’est, dans le canton d’Ennismore, mais Fergus Patrick termina quand même ses études élémentaires à l’école catholique de Lindsay. En 1871, il habitait le hameau d’Ennismore, dans la famille de l’aubergiste Thomas Lehane, peut-être un de ses parents, et travaillait comme manœuvre et « agent général ». Trois ans plus tard, il entreprit ses études classiques au St Michael’s College de Toronto. Diplômé en 1878, il resta au collège pour une année préparatoire en théologie au cours de laquelle il remporta la médaille Dowling pour une dissertation anglaise. En 1879, il entra au St Francis de Sales Seminary à Milwaukee, dans le Wisconsin, mais un an plus tard, il reprit ses études de théologie au St Michael’s College. Il termina sa licence de théologie au grand séminaire de Montréal de 1880 à 1882.

McEvay fut ordonné le 9 juillet 1882 à Trenton, en Ontario, par l’évêque de Kingston, James Vincent Cleary*. Le 25 juillet, on le prêta au nouveau diocèse de Peterborough [V. Jean-François Jamot*] et on l’affecta à Fenelon Falls, à partir d’où il desservirait les églises de mission de Bobcaygeon, de Victoria Road et de Galway. En 1887, on le nomma curé de la cathédrale St Peter-in-Chains de Peterborough. Son affiliation au diocèse de Kingston prit fin en 1889, au moment où il partit avec Mgr Thomas Joseph Dowling*, qui venait d’être muté au diocèse de Hamilton.

Au cours de ses neuf années à Hamilton, McEvay eut l’occasion de déployer ses talents d’administrateur. En 1890, il fut nommé curé de la cathédrale St Mary et vicaire général du diocèse. À ce double titre, il entreprit de rénover la cathédrale, vieille de 30 ans, bâtit une chapelle et un caveau funéraires au cimetière Holy Sepulchre et contribua à l’agrandissement du St Joseph’s Hospital et des couvents des Sisters of Loretto et des Sisters of St Joseph. De plus, il coordonna la construction de deux nouvelles églises à Hamilton, St Lawrence en 1890 et St Joseph en 1894. À Rome, où il avait accompagné Dowling dans sa visite ad limina en 1893, il avait été fait camérier du pape. Les évêques du Canada aussi remarquèrent ses qualités administratives : en 1899, quand l’évêque de London, Denis O’Connor, fut muté à Toronto, ils recommandèrent McEvay à la succession, ce qui fut accepté.

Les tensions religieuses et linguistiques présentes d’un bout à l’autre du pays n’épargnaient pas le diocèse de London, et McEvay le savait fort bien. Son allocution du 6 août 1899, jour de son intronisation, laissait présager que les « quatre solitudes » au Canada – anglophones, francophones, protestants et catholiques – seraient toujours un sujet de préoccupation pour lui. Afin de rassurer ses diocésains francophones, il annonça : « en tout temps, mon but et mon désir, en tant que bon pasteur, sera de veiller au bien spirituel de tous ». Quant aux protestants, il les invita à vivre dans la charité avec ses ouailles pour préserver la « paix et [la] prospérité de ce jeune [et] grand pays ». Hélas, McEvay assombrirait ses relations avec ses coreligionnaires francophones en prônant publiquement la coopération entre anglophones catholiques et protestants.

En 1901, le diocèse de London, situé dans une région ontarienne très majoritairement protestante, comptait 59 383 catholiques ; ils constituaient une petite minorité paisible dans la plupart des comtés, sauf Kent et Essex, où il y avait une assez forte concentration de francophones. Bien que le recensement de 1901 ait révélé que près des deux tiers de ses diocésains fréquentaient régulièrement l’église, McEvay s’inquiétait en privé des dangers subtils auxquels ils étaient exposés : écoles publiques, cercles protestants de couture, mariages mixtes, confréries. En novembre 1900, il avait rapporté au délégué apostolique Diomede Falconio que la « propagande indirecte des protestants » posait des problèmes particulièrement aigus dans les régions rurales où la population catholique était faible et clairsemée. Le meilleur moyen d’empêcher les fidèles de quitter le giron de l’Église, signala-t-il à Rome, était d’ériger plus de paroisses, de recruter plus de prêtres et de fonder plus d’écoles séparées. Il espérait voir les catholiques encourager « les méthodes d’enseignement les meilleures et les plus modernes employées par les religieux des deux sexes afin que [leurs] enfants puissent rivaliser avec succès avec [ceux des] écoles publiques ». Pendant l’épiscopat de McEvay, de nouvelles paroisses furent donc érigées à Windsor, à Clinton, à Dublin, à Harrow et à Stratford ; en 1908, le Catholic Record de London nota que le nombre d’écoles catholiques suffisait aux besoins du diocèse.

Au début de son épiscopat, les écoles séparées de l’Ontario étaient la priorité de McEvay. Dès 1898, à l’époque où il était curé de la cathédrale de Hamilton, il avait profité de la publication de l’encyclique de Léon XIII sur la question scolaire du Manitoba, Affari vos, pour réitérer dans un sermon la position du Vatican sur les droits scolaires des catholiques et les moyens à employer pour en assurer le respect. Même si le compromis conclu en 1896 par Wilfrid Laurier et Thomas Greenway* avait préservé dans une certaine mesure l’instruction religieuse, McEvay souligna que cette entente n’avait aucunement restauré les droits garantis aux catholiques manitobains au moment de la Confédération. Reprenant l’appel du pape en faveur d’une « pleine justice pour la minorité », il incita les catholiques ontariens à préserver leurs écoles séparées. Ce même sermon témoigne de ses efforts constants en vue d’apaiser les tensions interconfessionnelles et d’assurer le respect des droits des catholiques grâce à la coopération des protestants bien disposés envers eux. Il invita ceux-ci à soutenir la minorité manitobaine « sans parti pris » et à ne pas oublier que, un jour ou l’autre, une minorité protestante pourrait se trouver dans des « conditions semblables ».

Au cours des débats sur les écoles séparées en Ontario, McEvay fit preuve du même esprit de conciliation envers les hommes politiques non catholiques. En 1904, le juge Hugh MacMahon décida que seuls les religieux enseignants catholiques établis en Ontario avant 1867 seraient exemptés de satisfaire aux exigences provinciales en matière de qualification professionnelle, ce qui indigna les élites catholiques. La crise s’aggrava en 1907 quand le surintendant de l’Éducation de l’Ontario, John Seath, présenta un projet de loi obligeant tous les religieux enseignants à détenir un brevet en bonne et due forme. Joseph-Thomas Duhamel*, archevêque d’Ottawa, et Charles-Hugues Gauthier*, archevêque de Kingston, qui ne pouvaient guère se passer des congrégations enseignantes, craignaient que les religieux enseignants francophones ne se replient dans la province de Québec au lieu d’aller obtenir un brevet dans les écoles normales de l’Ontario. Par contre, pour les inspecteurs laïques des écoles catholiques, le projet de loi de Seath offrait l’occasion de démontrer que l’enseignement était aussi bon dans les écoles catholiques que dans le système public. Les actes de McEvay et ses déclarations sur la nécessité d’améliorer la pédagogie dans les écoles catholiques du diocèse indiquent qu’il était assez d’accord avec eux.

Malgré les inquiétudes de ses collègues évêques, McEvay ne perdit pas son calme. Vu la faible population catholique du diocèse et le fort soutien de l’opinion au projet de loi, la médiation lui semblait une meilleure voie que l’agitation. Il appuyait les négociations de l’archevêque O’Connor avec le gouvernement ontarien et était disposé à conclure un compromis avec le premier ministre James Pliny Whitney. En février 1907, dans une lettre personnelle à Whitney, il demanda que les religieux enseignants de son diocèse (plus de 80) ne soient pas tenus d’obtenir un brevet. Ces enseignants avaient fait leurs preuves dans les classes, ajoutait-il, et leur délivrer un brevet rétroactivement était conforme à l’objectif du projet de loi : assurer un enseignement de qualité. Il informa aussi le premier ministre qu’il préférait ne pas faire de vagues, mais s’attendait que le gouvernement ne manifeste « aucun parti pris ». L’attitude de l’Ontario envers les catholiques, rappelait-il, ne devait pas pâlir en comparaison du « traitement [...] suprême accordé à la minorité » au Québec.

Bien que le résultat des négociations n’ait pas satisfait les évêques les plus revendicateurs, qui exigeaient soit des exemptions complètes pour les religieux enseignants, soit le retrait pur et simple du projet de loi de Seath, McEvay sembla convaincu que, dans ce climat difficile, Whitney faisait tout son possible pour les catholiques. Presque résigné à l’imposition des brevets, il dit au premier ministre : « Donnez-nous ce que vous pouvez et nous ferons de notre mieux pour nous soumettre. » Le projet de loi fut adopté en avril 1907 sans aucune concession importante aux revendications épiscopales. Alors, McEvay poussa simplement le raisonnement jusqu’à sa conclusion logique : si l’Ontario exigeait que les instituteurs catholiques acquièrent la même qualification que leurs collègues des écoles publiques, ils avaient droit au même salaire et les écoles séparées devaient recevoir une part équitable du produit des impôts.

McEvay n’eut guère le temps de défendre cette position en tant qu’évêque de London. En 1908, Denis O’Connor démissionna du siège de Toronto et McEvay lui succéda, en dépit des pressions exercées par certains évêques pour faire nommer l’évêque de North Bay, David Joseph Scollard*. (En fait, la nomination de McEvay, le 13 avril, précéda la démission officielle d’O’Connor, le 4 mai.) McEvay dirigerait le plus influent diocèse du Canada anglais durant trois ans seulement et serait gravement malade à plusieurs reprises pendant cette période. Pourtant, il se révélerait un véritable bâtisseur, notamment dans le secteur des églises pour immigrants, des missions intérieures, de la formation du clergé et du leadership catholique du Canada anglais. McEvay ne s’illusionnait pas sur sa tâche. « Toronto est une ville difficile à administrer tant pour l’Église que pour l’État, confia-t-il à sir Wilfrid Laurier ; j’espère bien être conciliant, mais sans doute des tempêtes religieuses éclateront-elles de temps à autre, çà et là. »

En 1910, l’archidiocèse comptait en gros 70 000 catholiques, dont plus de 43 000 dans la région torontoise. Cette population augmentait vite, en partie à cause du nombre croissant d’immigrants catholiques venant du sud et de l’est de l’Europe. On estime par exemple que, en 1911, la population italienne de Toronto, très majoritairement catholique, pouvait atteindre les 8 000, selon la demande de main-d’œuvre saisonnière. Le prédécesseur de McEvay avait fait peu pour les nouveaux venus. Aiguillonné par leur présence grandissante et alarmé par le prosélytisme pratiqué auprès d’eux par les protestants dans la ville même, McEvay lança un vigoureux programme en vue de leur donner des lieux de culte et de recruter des prêtres. Malgré les problèmes de personnel et les susceptibilités ethniques, il présida en 1908 à l’établissement de la paroisse Our Lady of Mount Carmel, destinée à la communauté italienne, puis en 1911 à l’achat d’une église pour les Polonais par le philanthrope Eugène O’Keefe et à l’érection de la paroisse St Nicholas (rebaptisée par la suite St Josaphat) pour les Ukrainiens de rite byzantin. En outre, de nouvelles paroisses anglophones furent érigées à Welland, à Perkinsfield et à Toronto (deux), et l’on ouvrit des missions à Brampton et à Earlscourt (Toronto).

McEvay ne s’intéressait pas seulement aux immigrants de son archidiocèse. En 1908, il participa à la fondation d’une association de collecte de fonds et de recrutement vouée à l’établissement de missions dans tout le Canada, la Catholic Church Extension Society. Pendant ses premières années, elle veilla surtout à fournir des prêtres, des chapelles, de la documentation religieuse et des écoles aux immigrants. Sous la chancellerie de McEvay, elle obtint une constitution pontificale de Pie X, acheta le Catholic Register de Toronto et réunit dans son conseil d’administration une brochette d’éminents laïques catholiques. Selon McEvay et le président de la société, le révérend Alfred Edward Burke*, la Catholic Church Extension Society était à la fois, pour l’Église, un moyen de garder un « oeil vigilant » sur tous les immigrants et d’affirmer une présence catholique de langue anglaise dans les territoires missionnaires de l’Ouest canadien. Il ne faudrait pas sous-estimer les dimensions patriotiques de cette société. McEvay admettait que, vu la difficulté de trouver des prêtres immigrants, l’Église devrait compter sur des prêtres missionnaires qui parlaient l’anglais, « qui est [la langue] de la majorité dans l’Ouest et [...] la langue que les étrangers doivent nécessairement apprendre pour gagner leur vie ».

Toujours en vue d’assurer « le progrès de l’Église » à Toronto et dans tout le pays, McEvay encourageait fortement les vocations sacerdotales. Il constitua un fonds de fiducie pour la formation des prêtres, parraina des Ontariens pour qu’ils aillent étudier dans des séminaires de la province de Québec et de l’Europe, puis entreprit de fonder son propre séminaire. Grâce à une généreuse donation d’Eugene O’Keefe, il autorisa l’achat d’un terrain sur les falaises de Scarborough ; la construction du St Augustine’s Seminary y commencerait en 1910. Pour McEvay et ses collègues, la fondation de cet établissement était une œuvre d’envergure « nationale » et témoignait de la confiance grandissante des Canadiens anglophones catholiques en eux-mêmes. Désormais, les candidats anglophones à la prêtrise ne seraient plus obligés de passer par des établissements américains ou par le grand séminaire de Montréal. Le séminaire de McEvay, inauguré en 1913, incarnait l’espoir que Toronto serait le foyer d’un grand mouvement missionnaire catholique.

Tout en œuvrant pour les immigrants et la formation des prêtres, McEvay continuait de s’intéresser aux écoles catholiques de l’Ontario. Dans une allocution « détaillée » prononcée devant le premier concile plénier des évêques du Canada, tenu à Québec en 1909, il déclara : « Des dirigeants sages font tout ce qui est en leur pouvoir pour aider l’Église à donner une bonne instruction religieuse à la génération montante. » En 1909–1910, il dirigea les négociations des évêques ontariens avec le gouvernement Whitney, négociations visant à obtenir une plus forte portion des taxes scolaires versées par les compagnies de services publics et les entreprises ainsi qu’à assurer la publication d’une nouvelle série de manuels catholiques. En janvier 1910, le Congrès d’éducation des Canadiens français de l’Ontario réclama l’expansion des écoles bilingues. Comme les Ontariens anglophones et francophones étaient en désaccord sur cette revendication, le gouvernement et les évêques suspendirent leurs pourparlers. Au plus tard en août, les évêques rejetèrent les demandes du Congrès d’éducation et appuyèrent la décision gouvernementale selon laquelle les élèves francophones recevraient un enseignement en français seulement dans les petites classes, jusqu’à ce qu’ils sachent assez l’anglais pour continuer leurs études. McEvay, dit-on, fut inflexible sur ce point : selon lui, l’anglais devait être enseigné dans toutes les écoles et les autres langues devaient être utilisées « seulement comme un moyen en vue de cette fin ». Comme d’autres, il craignait que les protestants hostiles aux catholiques ne profitent du débat sur les écoles bilingues pour lancer une vaste offensive contre toutes les écoles séparées, sans égard à la langue. D’ailleurs, il était furieux. Très attaché aux prérogatives épiscopales, il répudia à la fois les délégués francophones du Congrès d’éducation, qui se substituaient aux évêques pour diriger les catholiques de la province, et la « coterie de prêtres mécontents » qui entendaient faire valoir les griefs des anglophones contre les francophones indépendamment des évêques.

Le débat sur les écoles bilingues indique dans quelle mesure McEvay avait fini par se mêler aux querelles entre anglophones et francophones qui se manifestaient dans divers aspects de la vie ecclésiastique au Canada. Par exemple, Adélard Langevin, archevêque de Saint-Boniface au Manitoba, jugeait que la Catholic Church Extension Society empiétait sur son territoire missionnaire. Cette intrusion l’irritait et l’insultait : non seulement suggérait-elle que lui-même avait peu fait pour les immigrants catholiques, mais elle menaçait l’autorité des francophones sur les missions situées à l’ouest de l’Ontario. Pour Langevin comme pour bon nombre d’évêques de la province de Québec, la Catholic Church Extension Society, sise à Toronto, n’était guère qu’un agent d’anglicisation. En 1910, Louis-Nazaire Bégin*, archevêque de Québec, et Joseph-Alfred Archambeault, évêque de Joliette, démissionnèrent du conseil d’administration de la société, ce qui aggrava les tensions entre les deux groupes linguistiques. Comme les questions relatives à l’immigration et aux écoles bilingues étaient en jeu, McEvay se sentit tenu d’exposer sa propre version des faits à Bégin. Dans deux lettres – une écrite en tant que chancelier de la Catholic Church Extension Society et l’autre en tant qu’archevêque –, il nia être francophobe et qualifia de scandaleuses les chicanes publiques entre catholiques francophones et anglophones. La société aidait tous les catholiques, sans distinction, y compris plusieurs évêques francophones des Prairies, précisait-il, mais, comme l’anglais était la langue de l’avenir dans l’Ouest canadien, elle se devait d’offrir ses services dans cette langue aux Canadiens de fraîche date. En tant qu’archevêque, il prévint sèchement Bégin que l’Église ne pouvait « être assujettie à aucune ambition étroite, nationale ou régionale ».

Dans une matière connexe mais directement liée aux questions d’éducation et à l’autorité épiscopale, McEvay continuait d’affirmer la nécessité de restreindre le pouvoir des francophones en Ontario. Vers 1910, il alla jusqu’à informer Pie X que le travail des évêques ontariens avait été gêné par un groupe de prélats et d’hommes politiques venant surtout de la province de Québec « qui sembl[aient] placer la race au-dessus de la religion et la langue au-dessus de la foi ». Tout en s’en prenant au nationalisme franco-catholique, il assurait le pape que les évêques anglo-celtiques de sa province veilleraient au bien des Franco-Ontariens. De même, en 1911, il prévint son successeur à London, Michael Francis Fallon*, que l’Église ontarienne devait résister aux positions extrémistes qui excluraient les francophones de ses rangs.

Au cours des débats sur les écoles et l’immigration, McEvay s’imposa tranquillement comme chef de file des catholiques anglo-canadiens. En outre, il redonna de l’autorité à son archidiocèse, qui s’était refermé sur lui-même sous l’épiscopat d’O’Connor. Même le bruyant Fallon, souvent considéré comme le porte-parole de l’irlando-catholicisme revendicateur en Ontario, s’inclinait devant McEvay. En vue de « tuer » l’influence du nationalisme canadien-français, McEvay resserra les liens entre les provinces ecclésiastiques du Canada anglais. Dans ce même but, en 1909, McEvay et les archevêques Edward Joseph McCarthy* de Halifax et Gauthier de Kingston engagèrent le père Henry Joseph O’Leary* comme agent ou mandataire au Vatican. Grâce à ses relations à la curie, O’Leary était en mesure de leur communiquer des informations de première main, de faire valoir les préoccupations des catholiques anglophones et, dans bien des cas, de faciliter les décisions de Rome au moment d’élire des évêques dans des diocèses d’importance stratégique. Le groupe de McEvay put se vanter d’avoir damé le pion à la hiérarchie de Québec quand Fallon fut nommé au diocèse de London en 1909 et quand Gauthier, l’année suivante, remporta l’archidiocèse convoité d’Ottawa, siège traditionnellement confié à des prélats du Canada français. En 1911 toutefois, McEvay fut déçu de voir « des gens atteints de [la] toquade nationaliste » réussir à faire nommer Olivier-Elzéar Mathieu évêque de Regina.

À ce niveau de la politique ecclésiastique, le leadership de McEvay présente plusieurs contrastes. Adversaire du nationalisme canadien-français dans l’Église, il prenait pourtant soin de faire une distinction entre le prêtre au nationalisme « aveugle » et le prêtre canadien-français apolitique. Ce dernier, il était disposé à le soutenir ; le fait qu’il ait nommé le père mariste Henri Brunet à Penetanguishene en témoigne. Et puis, même s’il rejetait la fusion du catholicisme et du nationalisme, son épiscopat était marqué par un nouveau nationalisme catholique qui mettait l’accent sur la langue anglaise et les liens du Canada avec la Grande-Bretagne. En 1908, lorsque le Catholic Record signala que McEvay défendait un « canadianisme de bon aloi », il décrivait peut-être par mégarde un prélat qui avait abandonné les anciens modèles du nationalisme et de l’esprit de clocher irlandais et rêvait de voir les catholiques de langue anglaise jouer un plus grand rôle dans le Canada du xxe siècle.

Ce qui impressionne chez McEvay, c’est qu’il ne laissa pas la maladie l’empêcher de remplir ses fonctions politiques et administratives durant ses trois années à Toronto. Au printemps de 1910, il se rendit au St Joseph Sanatorium de Mount Clemens, au Michigan, pour prendre des bains de sel, mais il continua résolument de diriger ses affaires par correspondance. Son anémie pernicieuse, désordre sanguin caractérisé par une faiblesse physique, était assez grave pour qu’il révise son testament en juin. Sur l’invitation de l’évêque de Fall River, il passa l’été à Newport, dans le Rhode Island. Son état s’améliora suffisamment pour lui permettre d’assister au Congrès eucharistique international à Montréal en septembre et de reprendre ses fonctions à Toronto à l’automne. Hélas, en janvier 1911, il fit une rechute ; trop faible pour remplir « la moindre fonction épiscopale », il envisagea de démissionner. Ses suffragants, Fallon et Dowling, l’en ayant dissuadé, il demanda à Rome de nommer un évêque auxiliaire qui administrerait l’archidiocèse pendant sa convalescence. Le 10 mai, moins d’un mois après l’envoi de sa requête, il s’éteignit à l’âge de 58 ans.

Des dizaines de prélats et des hommes politiques de toutes confessions religieuses déplorèrent la disparition de Mgr Fergus Patrick McEvay et firent son éloge. Les fidèles et les curieux se pressèrent en si grand nombre à ses funérailles qu’il fallut leur distribuer des billets pour qu’ils défilent dans l’ordre devant sa dépouille. On l’inhuma au St Augustine’s Seminary, ce qui était tout indiqué. Bien que son épiscopat ait été bref, McEvay fut le premier évêque catholique moderne de Toronto. Grâce à son travail auprès des immigrants, à sa position sur les écoles catholiques et à sa campagne pour fonder un séminaire et recruter des candidats ontariens au sacerdoce, son Église s’engagea dans le xxe siècle sur des fondations solides. De plus, son épiscopat provoqua chez les catholiques anglophones un mouvement d’affirmation de soi dont l’archidiocèse de Toronto était le centre.

Mark G. McGowan

AN, MG 27, II, C1 : 5814–23 ; RG 31, C1, 1871, Ennismore Township, Ontario : 55 (mfm aux AO).— AO, F 5, MU 3122.— Arch. de l’archevêché de Saint-Boniface, Manitoba, Fonds Langevin : 34269–34271, 34286–34291.— Arch. de l’archidiocèse d’Ottawa, Toronto corr., Duhamel à Cardinal Gotti, 2 févr. 1908 ; McEvay à Duhamel, 29 janv. 1909.— Archivio Segreto Vaticano (Rome), Delegazione apostolica del Canadà, 157.37.— Arch. of the Roman Catholic Archdiocese of Toronto, ME (McEvay papers) ; MN (McNeil papers), AE07.01.— Catholic Record (London, Ontario), 1er, 8 juill. 1899, 30 juill. 1904, 30 mai, 6 juin 1908.— Catholic Register (Toronto), 1901–1910, 9, 23 févr., 18, 25 mai 1911, 18 mai 1916.— Catholic Weekly Review (Toronto), 9 avril 1892.— Daily Mail and Empire, 12 mai 1911.— Daily Times (Hamilton, Ontario), 27 juin 1899.— Hamilton Spectator, 8 août 1899.— Toronto Daily Star, 12 mai 1911.— Annuaire, Ontario, 1871 : 364.— E. J. Boland, From the pioneers to the seventies : a history of the diocese of Peterborough, 1882–1975 (Peterborough, Ontario, 1976).— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 1 : 211.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— Évêques catholiques du Canada, André Chapeau et al., compil. (Ottawa, 1980).— 50 golden years, 1913–1963 : St. Augustine’s Seminary, Toronto, Ontario, R. J. Dobell, compil. ([Toronto, 1963 ?]).— P. J. Kennedy, « Fergus Patrick McEvay and the Church in Ontario : a biography of the fourth archbishop of Toronto » (mémoire non publié, St Augustine’s Seminary, 1982).— M. [G.] McGowan, « Toronto’s English-speaking Catholics, immigration, and the making of a Canadian Catholic identity, 1900–30 », dans Creed and culture : the place of English-speaking Catholics in Canadian society, 1750–1930, Terrence Murphy et G. [J.] Stortz, édit. (Montréal et Kingston, Ontario, 1993), 204–245 ; « A watchful eye : the Catholic Church Extension Society and Ukrainian Catholic immigrants, 1908–1930 », dans Canadian Protestant and Catholic missions, 1820s–1960s ; historical essays in honour of John Webster Grant, J. S. Moir et C. T. McIntire, édit. (New York, 1988), 221–243 ; « We are all Canadians » : a social, religious and cultural portrait of Toronto’s English-speaking Roman Catholics, 1890–1920 » (thèse de {{ph.d}}., Univ. of Toronto, 1988).— Luigi Pautasso, « Archbishop Fergus P. McEvay and the betterment of Toronto Italians », Italiana Canadiana (Toronto), 5 (1989) : 56–103.— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), 2.— F. A. Walker, Catholic education and politics in Ontario [...] (3 vol., Toronto, 1955–1987 ; vol. 1–2 réimpr., 1976), 2 : 201–204.

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Mark G. McGowan, « McEVAY, FERGUS PATRICK », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcevay_fergus_patrick_14F.html.

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Auteur de l'article:   Mark G. McGowan
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   23 novembre 2014