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McINTYRE, AGNES BUCHANAN (Whiddon), infirmière, surintendante de refuges et gardienne dans un poste de police, née le 22 mars 1858 (date gravée sur sa pierre tombale) ou le 22 mars 1863 (date du recensement de 1901) à Édimbourg, fille de Daniel McIntyre et d’une prénommée Margaret ; le 27 janvier 1898, elle épousa à Toronto Edward Gauthier Whiddon, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédée dans cette ville le 8 décembre 1912.

Il est possible qu’Agnes Buchanan McIntyre, arrivée au Canada en 1882, ait vécu un moment à Montréal et travaillé pour la Woman’s Missionary Society en tant qu’infirmière visiteuse auprès de malades protestants. De confession baptiste, elle s’associa apparemment aux œuvres de mission et de tempérance de William Holmes Howland* une fois installée à Toronto vers 1885. (La personne du même nom qui enseignait à Toronto à ce moment-là était quelqu’un d’autre.) En raison de ses interventions en faveur de la tempérance, on se souviendrait d’elle comme d’une conférencière « de très grand talent ». Pour son travail d’infirmière au Toronto Smallpox Hospital pendant l’épidémie de variole de 1888, le conseil municipal lui remit 100 $ et une médaille d’or.

Dès le début des années 1890, Agnes Buchanan McIntyre offrait refuge aux filles « égarées » et aux enfants des rues dans sa maison de l’avenue Centre, dans le quartier St John. Selon les annuaires municipaux, elle fut surintendante du Night Shelter for Women en 1892–1893 et en 1895, surintendante des Gospel Mission Rooms en 1894 et directrice du Shelter for Girls en 1897. Ce refuge, ouvert deux ans plus tôt par l’Union chrétienne de tempérance des femmes à l’initiative de l’inspecteur de police David Archibald*, devait protéger les jeunes filles contre les tentations de la grande ville. Dès sa deuxième année d’existence, le nombre de filles qui y avaient logé s’élevait à 130 ; la durée moyenne de leur séjour était de deux jours trois quarts. La majorité d’entre elles étaient placées comme domestiques ; on en aidait d’autres à rentrer chez leurs parents ou leurs tuteurs. Malgré le succès de cette maison, Mlle McIntyre démissionna de son poste en juillet 1897. En janvier 1898, elle épousa Edward Gauthier Whiddon, veuf et père de quatre enfants ; il était peintre en bâtiments et peintre d’enseignes.

Vers 1895, Agnes Buchanan McIntyre avait suppléé une certaine Elizabeth Smith en travaillant à temps partiel comme gardienne au poste de police n° 1, rue Court. Grâce à cette expérience et à son travail dans les refuges, elle obtint une place de gardienne le 1er janvier 1899. Durant 13 ans, on la verrait beaucoup au poste de police, car elle y résida à partir de sa nomination ; son bureau avait été meublé à cette fin. Le tribunal de police siégeait au poste n° 1 [V. Rupert Etherege Kingsford] ; fouiller les femmes à leur arrivée et les accompagner au tribunal faisait partie des principales fonctions d’Agnes. En outre, elle secondait les détectives, notamment dans les affaires de vol. Apparemment, elle montrait à la fois du courage et de la générosité. C’était « un petit bout de femme », mais, selon un collègue, elle était « rusée comme un renard ». À propos de son travail avec les détenues coriaces, elle a dit : « J’ai appris à les manœuvrer. Ce n’est pas un établissement de charité ici. » Bien que son salaire annuel se soit situé entre 400 $ et 500 $, elle payait les frais judiciaires de femmes particulièrement nécessiteuses et, à l’occasion, elle servait de témoin expert. Ainsi, en 1905, elle témoigna en faveur de Genevieve Harkness, qui accusait James O’Brien de viol. Après la nomination d’une gardienne adjointe en mars 1910, on la muta à titre expérimental au quartier général de la police afin qu’elle puisse se présenter au tribunal de police – le quartier général et le tribunal se trouvaient alors à l’hôtel de ville – et aider le personnel et le service des détectives. En 1912, elle habitait une pension rue Gould.

Son mariage tardif et ses lourdes responsabilités à la police avaient contribué à écourter la vie conjugale d’Agnes. Dès 1909, son mari résidait à la House of Industry ; en 1911, il fut transféré au Home for Incurables. Quant à Agnes, elle obtint un congé de maladie avec plein salaire en octobre 1912. Elle mourut au Toronto Western Hospital en décembre, après une opération pour l’appendicite, et fut inhumée au cimetière Mount Pleasant dans le lot familial d’un collègue policier, l’inspecteur Andrew Allison. Sa modeste succession fut subdivisée entre son mari et un bénéficiaire vivant en Écosse qui ne put être retracé.

Agnes Buchanan McIntyre Whiddon, précisa une nécrologie, « n’était pas seulement un rouage dans l’appareil de la justice. Elle était une femme. » À une époque où le marché du travail et la fonction publique offraient peu de débouchés aux femmes d’âge mûr, à part l’enseignement, elle avait exercé diverses fonctions. Son travail s’inscrivait dans les causes sociales défendues par une génération de femmes et d’hommes vivant en milieu urbain. En ce temps de réforme féministe axée sur les valeurs maternelles, la tâche de « sauver » les filles de la tentation et du vice offrait aux femmes une occasion sans précédent de s’organiser et de travailler.

Susan E. Houston

Nous aimerions remercier Leigh Valliere, étudiant diplômé en histoire de la York Univ., North York, Ontario, pour son aide dans la préparation de la biographie qui précède.  [s. e. h.]

AN, RG 31, C1, 1901, Toronto, Ward 3, div.2 : 1 (mfm aux AO).— AO, F 885, MU 8407.7, MU 8407.10 ; RG 22-305, n° 26434 ; RG 22-392, boîte 265, dossier 8835 ; RG 80-5-0-253, n° 1217.— City of Toronto Arch., RG 1, A (City Council, minutes), 1888, 2 : 1792.— EUC-C, Fonds 127, 79.205C, dossiers 2-1, 3-1, 3-3.— Metropolitan Toronto Police Museum and Discovery Centre, Board of police commissioners, minutes, 1899–1912, particulièrement 1er janv. 1899, 1er mars 1910 ; Police constable, Annual report, 1899 ; Station n° 1, duty books, 1899.— Mount Pleasant Cemetery (Toronto), Burial records and tombstone inscription.— Evening Telegram (Toronto), 9 déc. 1912.— Globe, 9 déc. 1912.— Toronto Daily Star, 9 déc. 1912.— Annuaire, Toronto, 1891–1912.— EPC, Woman’s Missionary Soc. [(Home, French and Foreign)], Historical sketch of past 25 years of the Womans Missionary Society of the Presbyterian Church in Canada (Montréal, 1907), 6s.

Bibliographie générale

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Susan E. Houston, « McINTYRE, AGNES BUCHANAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcintyre_agnes_buchanan_14F.html.

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Auteur de l'article:   Susan E. Houston
Titre de l'article:   McINTYRE, AGNES BUCHANAN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   25 octobre 2014